BelLJud., V, ii
t<0 LES DERNIERS JOURS
bant le 14 du mois macédonien de Xanthicus, approchait. Eléazar et ses partisans déclarèrent qu'ils ouvriraient les portes du temple et qu'ils admettraient tous ceux qui viendraient y célébrer la solennité du jour*. Jean de Giscala était trop habile pour négliger cette occasion de s'emparer de la forteresse de son rival. Les moins connus de ses soldats cachèrent leurs armes sous leurs vêtements, et, se mêlant aux hommes pieux qui se rendaient au temple, ils y pénétrèrent avec eux. Une fois introduits dans la place , ils jetèrent les manteaux qui les gênaient, et se montrèrent tout a coup lepée à la main. A l'instant même, un effroyable tumulte surgit autour du naos; en effet, la foule inoffensive des dé vols, étrangère d'ailleurs aux haines de parti , se figurait que le danger présent menaçait tout le monde, tandis que les Zélotes d' Eléazar comprenaient à merveille que l'on n'en voulait qu'à eux seuls. Désertant en toute hâte les portes qu'ils étaient chargés de garder, et sautant à bas des parapets de leurs murailles, ils se réfugièrent, sans en venir aux mains, dans les cloaques du temple. Le peuple, affolé de terreur, s'empilait contre l'autel, ou s'enfuyait autour du sanctuaire. On les assommait à coups de bûche , ou on les passait au fil de Fépée. En ce jour d'horreur bien des haines personnelles furent assouvies, et beaucoup périrent, sous le prétexte qu'ils étaient des Zélotes, mais en réalité, pour expier quelque ancienne offense faite à leurs assassins. Ceux-ci, qui égorgeaient sans pitié des innocents, épargnèrent les ennemis véritables qu'ils étaient venus surprendre. Ils les firent sortir des cloaques, leur laissèrent la vie sauve et pactisèrent avec eux. Une fois devenus maîtres dû temple intérieur et de tous ses magasins sacrés,
4. Nous constaterons un peu plus loin que ce fut le U de Xanthicus (7 mars 70), que Titus transporta son camp du Scopus au voisinage immédiat de la tour Psephina. {Bell. Jud., V, xiii, 7.)
ils n'eurent plus aucun souci de Simon, et il ne resta, à partir de ce moment, que deux partis, au lieu de trois, parmi les défenseurs de la cité sainte *.
Le récit que je viens d'analyser contient un renseignement curieux. Les Zélotes se réfugièrent, dit Josèphe, dans les souterrains, dans les cloaques du hiéron (etç toùç uirovo{Aouç Tou Upou). Quels peuvent être ces souterrains, ces cloaques? Sans nul doute les canaux par lesquels s'écoulaient vers le Cédron les eaux de lavage du temple; mais, où les trouver aujourd'hui? Je soupçonne, sauf meilleur avis, que leur entrée n'est autre que le puits fermé par une dalle, et qui se voit à fleur du sol, dans le pavé placé au-dessous de la Sakhrah. Ce puits se nomme Bir-el-Arouah, « le puits des âmes, » et les dévots musulmans se figurent que c'est dans ce puits que prennent leur source les grands fleuves de l'univers, c'est-àdire le Nil, le Tigre et l'Euphrate. On a souvent prétendu qu'en prêtant l'oreille au-dessus de l'orifice on entendait distinctement le murmure d'une eau courante. Je déclare y avoir mis la meilleure volonté du monde, et n'avoir perçu aucun bruit de cette nature. J'aime mieux croire que l'autel des holocaustes était placé au-dessus de la Sakhrah, et que le sang des victimes, entraîné par les eaux que l'on faisait affluer sur le pavé sacré, lors des sacrifices , s'écoulait par le Bir-el-Arouah dans les conduits souterrains que j'ai retrouvés en bas du mur extérieur sud du haram-ech-chérif, au pied de la triple porte murée. Ce n'est là, du reste, je me hâte de le dire, qu'une hypothèse à laquelle je n'attache pas une trop grande importance.
Revenons à Titus.
Campée sur le Sc3pus, l'armée romaine était trop éloignée