Bell, Jud.^Y, IV
Voici la description de Jérusalem conservée par Tacite ; elle est trèsconcise , mais n'en mérite pas moins d'être prise en grande considération, comme tout ce qui est tombé de la plume de l'illustre écrivain.
a Magna pars JudaeaB vicis dispergitur. Habent et oppida. Hierosolyma genti caput. Illic immensse opulentiœ templum; et primis munimentis urbs, dein regia; templum intimis clausum. Ad fores tantum Judœo aditus : limine, prœter sacerdotes, arcebantur. » {IlisL, lib. V, cap. vni.)
« Igitur castris, uti diximus, ante mœnia Hierosolymorum positis, instructas legiones oslentavit (Titus). » [Ibid., cap. x.)
« Sed urbem, arduam situ, opeja molesque Grmaverant, quîs vel plana satis mu,nirontur. Nam duos colles immensum editos claudebant mûri, per artem obliqui, aut introrsus sinuati, ut latera oppugnantium ad ictus patescerent. Extrema rupis abrupta et turres, ubi mons juvisset, in sexaginta pedes, inter devexa, in centenos vicenosque attollebantur, mira specie, ac procul intuentibus pares. Alia intus mœnia, regiœ circumjecta. Conspicuoque fastigio turris Ântonia, in honorem M. Ântonii ab Ilerode appellata. i> [Ibid., cap. XI.)
Templum in modum arcis, propriique mûri, labore et opère ante alios; ipsae porticus, quts templum ambiebatur, egregium propugnaculum. Fons
Ces renseigaenaents sont fort précis, et, à part l'exagération ridicule, si habituelle à Josèphe, des dimensions données aux blocs de pierre employés par l'ordre d' Agrippa, il n'y a rien que de très-acceptable dans tout ce que je viens d'emprunter à notre historien. La grande coupure taillée dans le roc vif pour isoler Antonia, a été retrouvée dans les travaux entrepris lorsque les dames de Sion sont venues créer leur bel établissement près de l'arc de l'Ecce-Homo ; et cette découverte a donné une bonne preuve de plus de l'exactitude de l'historien des Juifs, en tout ce qui concerne les faits généraux. Mais ne lui demandez pas de chiffres, car il n'a jamais eu, à ce qu'il paraît, la moindre aptitude pour se rendre compte des nombres et des dimensions. Y a-t-il rien, en effet, de plus manifestement inadmissible que ces blocs de 20 coudées de longueur et de 10 coudées de largeur, employés à construire une muraille de 10 coudées d'épaisseur ellemême, de telle sorte que cette muraille se serait composée d'une seule rangée de blocs empilés? Quoi qu'il en soit, poursuivons notre étude de la description des murailles de Jérusalem, d'après le récit de Josèphe.
« Au-dessus du mur s'élevaient des tours hautes et larges (c de 20 coudées, carrées et massives comme le mur lui- (( même, et ne cédant en rien au temple, pour l'assemblage
perennis aquae, cavati sub terra montes, et piscina? cisterna^que servandis imbribus. Praeviderant conditores, ex diversilate morum, crebra bella ; inde cuncta, quamvis adversus lotigum obsidium , et a Pompoio expugnatis, raetus atque usus pleraque monstravere. Atque, per avariliam Claudianorum tpmporum, empto jure municndi, slruxero muros in paco, tanquam ad bollum; magna colluvie, et cacterarum urbium clade aucti * : nam pcrvicacissimus quisque illuc perfugerat, eoque seditiosius agebant. [Hist,, lib. V, cap. xii.)
1. Ceci se rapporte certainement à ce que Tacite dit un peu plus haut {Ibid., cap. x) : Missu Neronis; Vespasianus fortuna famaque, et egregiisministris, intra duas a?states, cuncta -camporum, omnesque, prêter Hierosolyma , urbes victore exercitu tenebat.
ic et la beauté des pierres. La partie massive des tours, ayant « 20 œudées de hauteur, était surmontée de magnifiques « salles, avec étage supérieur, où se trouvaient des citernes « propres à recueillir l'eau des pluies ; de larges escaliers y « donnaient accès. Cette troisième muraille était garnie de « 90 tours semblables , et ces tours étaient séparées par « un intervalle de 200 coudées. Le mur intermédiaire (le « second sans doute) était divisé par 14 et le mur antique « par 60 tours. Quant au circuit entier de la ville, il était « de 33 stades *. »
J'ai dit tout à l'heure ce que je pensais des chiffres que nous fournit Josèphe; il est bon de justifier mon dédain absolu, par un exemple tiré du passage que je viens de rapporter*. .
Le mille romain était égal à 8 stades olympiques. Or, le mille romain est de 1,481 mètres ; divisant ce chiffre par 8 nous avons pour le stade olympique 185 mètres. Est-ce de ce stade et de la coudée royale de 525 millimètres que Josèphe s'est servi? Quelques simples chiffres vont nous donner la réponse. 33 stades, dit Josèphe, nous représentent le circuit de Jérusalem ; donc ce circuit égale 33 fois 185 mètres, ou 6,105 mètres.
D'un autre côté, le mur d'Agrippa, ou troisième mur, est garni de 90 tours de 20 coudées de largeur. 20 fois 90 font 1,800 coudées, soit 1,800 fois 525 miUimètres ou 945 mètres. L'intervalle qui sépare deux tours consécutives est de 200 coudées > ou de 105 mètres. Le troisième mur comporte 89 de ces intervalles , ou 89 fois 105 mètres , ce
<. BelLJud:, Y, ly, 3.
2. Je ne saurais mieux faire que de reproduire textuellement ici les calculs que j'ai insérés dans mon voyage en Terre-Sainte (t. II, p. 55 et suivantes) .
qui fait un total de 9,3^5 mètres qui , ajoutés à la somme des largeurs des tours égale à 915 mètres, nous donne 10,290 mètres. Il ne nous en faut pas plus, j'imagine, pour conclure, que les chiffres de Josèphe sont absurdes, ou qu'ils ont été outrageusement altérés, car le résultat immédiat qu'ils donnent, c'est que la partie est plus grande que le tout. Donc nous devons rester dans le doute le plus absolu sur la valeur du stade et de la coudée employés par Josèphe , ou du moins nous pouvons affirmer, dès à présent, qu'il ne s'est pas servi à la fois du stade olympique de 185 mètres, et de la coudée de 525 millimètres.
Conduits par l'invraisemblance qu'offre la largeur de 20 mètres donnée aux tours , supposons un instant que la coudée qu'emploie Josèphe soit le djamed ou la demi- coudée de 262 millimètres (en négligeant un demi-millimètre), et recommençons nos calculs, en conservant toujours le stade olympique, c'est-à-dire 6,105 mètres pour le circuit total de Jérusalem.
Dans ce cas, nous avons 1,800 coudées de 262 millimètres, soit 472 mètres pour la somme des faces extérieures des tours. Les 89 intervalles ou courtines, de 200 coudées, nous donnent 4,672 mètres; je néglige les fractions. 4,672 mètres plus 472 nous donnent pour la troisième muraille seule 5,144 mètres, second chiffre aussi absurde et inadmissible que le premier, puisqu'il ne nous reste, en retranchant 5,144 de 6,105 que 961 mètres pour représenter toute la partie de l'enceinte qui partant de la tour Hippicus va contourner le mont Sion, celle qui couvre Ophel , et la portion de l'enceinte du Haramech-Chérif comprise depuis !e milieu de sa face sud jusqu'au Bab-Setty-Maryam. Tout cela mesuré sur le terrain, en suivant le tracé certain de la muraille antique, a un développement de 2,100 mètres à peu près. Ce qui reste de l'enceinte
actuelle mesure à peu près 1,800 mètres, ce qui nous donne 3,900 mètres environ pour le circuit total. De quelque manière qu'on s'y prenne, il y aura toujours une différence de plus de 2,000 mètres entre la somme des 33 stades de Josèphe, et le pourtour de l'enceinte réelle.
D' Anville , qui a fait un travail des plus remarquables sur la topographie de Jérusalem , et cela sans avoir visité jamais cette ville illustre, n'a pas été moins embarrassé que je ne le suis, pour se rendre compte des chiffres de Josèphe. Recourant alors aux mesures données par le Talmud , il a constaté, par des textes positifs, que le mille des Juifs était à la fois égal à 7 stades et demi et à 2,000 coudées. Or 2,000 coudées de 525 millimètres nous donnent i ,050 mètres, lesquels, divisés par 7, 5 stades , portent le stade juif à 140 mètres. Essayons donc maintenant ces nouvelles valeurs, puisque nous sommes réduits à tâtonner. Conservons cependant le djamed pour la coudée employée par Josèphe , puisque des tours uniformes de 10'" 50 de largeur ne sont guère admissibles. Les tours auront ainsi 5'"25 de largeur, qui, multipliés par 90, nous donnent toujours 472 mètres pour les largeurs des tours, et 4,672 mètres pour la somme des courtines , soit 5,144 raètra^ en tout. Nos 33 stades réduits à 140 mètres, valeur du stade hébraïque, ne nous donnent plus que 4,620 mètres, et pourtant cette fois encore la partie devient plus grande que le tout.
De pareils résultats sont bien faits, on en conviendra, pour rebuter, et j'abandonne sans regret les chiffres di Josèphe, lesquels d'ailleurs sont en désaccord flagrant ave( les mesures prises sur le terrain. Josèphe, dans son Livn contre Apion (I, 22) rapporte le passage où Hécatée d'Abdèrc parle de Jérusalem comme d'une ville forte, de 50 stade.' de tour, et contenant 120,000 habitants. Si les 33 stadeh sont exagérés , ainsi que je viens de le démontrer, que dirons-
BOUS des 50 stades d'Hécatée? Que nous devons à plus forte raison. rejeter ce chiffre, et passer outre.
Eusèbe nous a conservé sur l'étendue du circuit de Jérusalem, deux renseignements, dont un au moins a une valeur que l'on ne peut guère contester. Nous allons les examiner successivement.
Le premier* est dû àTimocharès, l'historien d'Antiochus,
qui donne à Jérusalem un périmètre de 40 stades (çtîcI
Ta *IepocoXu(ta nriv (Jiàv irepifjieTpov eyetv GTa&iou; M). Disons tout de suite que ce chiffre précis de 40 stades est à bon droit suspect. D'ailleurs, 40 fois 185 mètres feraient 7,400 mètres, et il ne m'en faut pas plus pour que je m'attribue le droit de mettre ce chiffre au rebut.
Le second renseignement ne peut pas être traité avec le même sans façon, car celui-ci émane de Vagrimensor ou arpenteur de la Syrie. Le voici*: « L'arpenteur qui a me- <i sure la Syrie dit, dans le premier livre de son travail, que K Jérusalem est bâtie sur un lieu montueux et raboteux {ItzI u (xerecipou Te xal Tpayéw; tottou) ; il ajoute qu'une partie de ses «* murailles est construite en pierres polies (âiro Xtôou ^cgtoD) , « mais la plus grande partie en moellons (Ta 8ï 7r).eiova à^o « -/oXwcoç) ; il dit enfin que le périmètre de la ville est de if 27 stades. »
27 stades olympiques de 185 mètres nous donnent 4,995 mètres en tout, tandis que 27 stades juifs de 140 mètres seulement ne nous donnent plus que 3,780 mètres. Si nous rapprochons ce chiffre de celui que la mesure directe nous a fourni sur le terrain, soit 3,900 mètres, et si nous tenons compte des petites différences de détail qui existent forcément entre le tracé actuel et le tracé mesuré à la corde par l'arpen -