‹ Les derniers jours de JérusalemChapitre 52 sur 147 · I . Bell, Jud., V, VI · texte numérisé non relu

I . Bell, Jud., V, VI

k Cestius, lors de son désastre, et celles qui avaient été trouvées à la prise d'Antonia*. Malheureusement pour les Juifs, ils en ignoraient la manœuvre, et au commencement elles ne leur rendirent presque aucun service. Mais ils ne tardèrent guère à être instruits par des déserteurs, et aussitôt ils réussi-

i . Nous trouvons dans le rccil du siège de lotapala ( Bell. Jud., III, vu, 9 vi suiv.) quelques indications précieuses sur la forme, l'emploi et le nombre dos machines de guerre transportées par une armée romaine de soixante mille hommes environ. Je me fais donc un devoir de rapporter ici ces passages intéressants.

Vespasien ayant établi en cercle (c'est-à-dire autour de la place) ses machines de jet (voLi àçiTnpivj; j/tTî^avà;) (le nombre total de ces machines, op-yava, étiiil de cent soixante), ordonna de tirer sur les défenseurs de la muraille. Les catapultes (xaTa7M'>.Tai) lancèrent des traits (rà; m-^/olç à'itppctCouv), en même temps que des pierres pesant un talent étaient jetées par les pétroboles (U Twv 'ScTpo€o>.cdv), et que du feu et un grand nombre de flèches envoyés sans interruption, rendaient non-seulement la muraille inhabitable, mais encore parvenaient jusqu'à l'intérieur de la place (àxxàxal tf.; «vroç cûoyjç èvucvÛTc x**?*?)î ^aï* '3 troupe d'archers arabes, les acontistes (lanceurs de javelots) et les frondeurs tiraient tous, en même temps que les machines lançaient leurs projectiles (aa« tciç (XYî-y^av>îw.aaiv roaUov) (parag. 9).

Presque toujours il délogeait les Juifs à l'aide des archers arabes, des frondeurs syriens et des bal istes (XîôcCoXct;) (parag. 18).

Vespasien donna Tordre d'avancer le bélier. C'est une très-longue poutre, semblable à un màt de navire. Son extrémité est garnie d'une forte pièce de fer, façonnée en tête de bélier, ce qui lui a valu son nom. Elle est suspendue à l'aide dexM)rdes et par son milieu, comme au corps d'une balance, à une autre poutre étayée de chaque côté par des pieux solides (<jTaupcîç ixaTépwâiv l^paioiç uirecrmpi'jfpiivTfjç) . Tiré en arrière par un nombre considérable d'hommes qui réunissent ensuite leurs efforts pour la repousser en avant, elle va, de sa tête de fer, frapper les murailles. Il n'y a pas de tour si solide, ou de courtine (^ irspiSoXc; rXatù;) , qui'puisse résister aux coups répètes de cette machine, si les premiers ne l'entament pas (parag. 49).

En ce moment, un Juif fit un acte de bravoure digne de louange etde mémoire. C'était un nommé Éléazar, fils de Samœas, originaire de Saab en Galilée. Soulevant une énorme pierre, il la lança avec une telle violence du haut de la muraille sur le bélier, qu'il en brisa la tète. Cela fait, d'un bond il se jeta au milieu des ennemis, s'empara de la tète du bélier et Tamporta, sans témoigner l'ombre de crainte. Sur le rempart, devenu le but de tous les coups de l'ennemi, coups qu^il recevait à corps découvert, il fut percé de cinq flèches. Il n'y fit pas attention, et, lorsqu'il eut remonté au sommet de

rent à en tirer un grand avantage contre les assiégeants. Ils ne cessaient d'ailleurs de faire pleuvoir les pierres et les flèches sur les travailleurs employés aux aggeres^ et parfois

la muraille et s'y fut arrêté, à Tadmiration de tous pour un trait semblable de vaillance, il ne put supporter plus longtemps la douleur de ses blessures et roula avec la tête de bélier, dont il ne se dessaisit pas (parag. 20).

Ce dernier passage ne peut s'expliquer qu'à la condition que la muraille en question (totsT-^o; ) n'ait été qu'une espèce de vallum en pierres amoncelées. Si c'eût été un vrai mur, comment cet homme eût-il pu y remonter? On le voit donc, le mot tsT^o; ne signifie pas toujours une muraille maçonnée en pierres de taille.

Enfin, nous trouvons un dernier passage très-curieux et relatif à la portée des machines romaines de trait. Malheureusement ce passage est empreint d'une exagération qu'il n'est guère possible de méconnaître; le voici :

11 était difficile de se garantir des projectiles lancés de loin par des machines qu'on ne voyait pas (certainement parce qu'elles étaient masquées, et non à cause do la distance). La violence des scorpions (ôvjosXwv) et des catapultes (/.ara^TtXrwv) abattait beaucoup de monde, et les grosses pierres lancées par les machines entamaient en sifflant les créneaux et écornaient les angles des tours (celles-ci étaient donc des tours carrées). Il n'y avait pas de peloton d'hommes rassemblés, en ordre assez profond pour que ces pierres énormes ne pénétrassent pas jusqu'au dernier rang, et no le jetassent pas k terre. Un fait arrivé pendant cette nuit montra la puissance de ces machines de jet. L'un des combattants qui accompagnaient Josèphe eut la tête emportée par une pierre, et son crâne fut envoyé jusqu'au troisième stade, comme s'il eût été lancé par une fronde*. Pendant le jour, une femme enceinte, qui s'était un peu avancée en dehors do sa demeure, reçut dans le ventre un de ces projectiles qui emporta son enfant jusqu'à un demi-stade de distance (70 mètres) (parag. 23).

Parmi les défenseurs, ceux qui avaient le corps muni de cuirasses en firent un rempart à la place du mur qui s'était écroulé, avant que les machines servant à monter ne fussent jetées par les Romains (parag. 23) frpiv €Xr.6fvai ràc éirtCaTTjpiou; p,ïjxavàç).

Il s'agit évidemment ici de tabliers de ponts mobiles, et que l'on jetait en plan incliné sur la brèche afin d'en faciliter l'ascension.

Tous les renseignements que je viens de reproduire sont d'un très-haut intérêt pour l'histoire de l'art militaire, je ne puis donc pas regretter la longue digression à laquelle ils m'ont forcément entraîné.

* Ne parlons pas du stade olympique de 185 mètres, et évaluons on stades judaïques de 140 mètres la distance indiquée, nous trouvons au moins 280 mètres. Or, cela me parait ridicule et inadmissible.

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se ruant sur les pelotons de garde, ils en venaient aux mains avec eux*.

Les travailleurs romains étaient abrités contre les traits ennemis par des claies de branchages étendues au-dessus des terrassements, et les machines les protégeaient contre les sorties. Toutes les légions étaient munies de machines des plus remarquables, mais la dixième surtout avait à son service des scorpions puissants et d'énormes balistes à l'aide desquels elle faisait le plus grand mal, non-seulement aux sorties, mais même à ceux qui combattaient du haut des murailles. Les pierres lancées par ces machines pesaient 1 talent (plus de 60 kilogrammes), et elles avaient une portée efficace de plus de deux stades (370 mètres) . Ces projectiles écrasaient non-seulement ceux qu'ils frappaient de plein fouet, ^ais encore ceux qu'ils atteignaient au loin, en ricochant. Dans les premiers moments les Juifs parvinrent à s'en garer, grâce à ce que les pierres employées étaient blanches, et que leur vue aussi bien que leur sifflement annonçait leur arrivée. Ils firent très-adroitement leur profit de cette remarque, et distribuèrent au sommet des tours des vigies chargées d'observer le jeu des machines; toutes les fois qu'un projectile était lancé, ils devaient crier en langue du pays : « Un trait vient* ! » Alors ceux qui étaient menacés s'écartaient et se jetaient à terre; c'était un coup perdu. Les Romains, pour obvier à cet inconvénient, imaginèrent de noircir leurs projectiles. On ne put plus les signaler aussi facilement, et à partir de ce moment, chacun d'eux servit à tuer plusieurs hommes.

: 4. Bell.Jud,, VI, VI, 3.

2. Au siège de Sébastopol, des vigies signalaient de ia même manière la venue des bombes, et bien des existences furent sauvées, grâce à cette précaution.

Cependant les Juifs, malgré tout ce qu'ils avaient à souf-

* frir, malgré leurs pertes continuelles, ne cessaient de s'opposer,

par tous les moyens en leur pouvoir, h l'achèvement des ag-

gères. Appelant à leur aide l'esprit d'invention et l'audace, ils

inquiétaient jour et nuit les travailleurs romains * .

Arrêtons-nous ici un instant, et parlons des aggeres que Titus fit construire contre l'enceinte extérieure de Jérusalem. Nous avons vu plus haut qu'il en fut construit sur trois points différents. Il était véritablement intéressant de s'assurer que sur place il existait des traces de ces grands mouvements de terres. A priori il y avait gros à parier que, vu le caractère éternellement insouciant des races qui, depuis les Romains , ont occupé ce pays, la recherche serait fructueuse. Je le. déclare, mon espérance n'a pas été déçue. J'ai longuement étudié les points d'attaque présumés de Titus, avec l'aide de mes amis, MM. le commandant Gélis, et Aug. Salzmann, et, à point nommé, nous avons retrouvé comme de véritables tire-l'œil, les aggeres de Titus. Ils ont bien eu, sans aucun doute, leur sommet quelque peu arasé par le temps, mais ils existent encore, élevés de plusieurs mètres, et traversant le fossé antique, dont il est facile de retrouver le tracé précis, lorsqu'il est taillé dans la roche.

Procédons par ordre : Titus a dirigé sa principale attaque contre la tour Psephina. Or, Psephina c'est la ruine nommée aujourd'hui Qasr-Djaloud, je l'ai déjà dit plus haut. Si nous recherchons le fossé antique, nous le retrouvons immédiatement; car il est fort bien conservé en ce point, par un hasard vraiment providentiel, et il nous fournit avec toute la sûreté désirable le tracé de cette partie de l'enceinte antique. Elle constitue une crémaillère à trois crans successifs, fai-

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