Bell.Jud.^y, VI
sant face au nord-ouest, et dont la face mitoyenne a été occupée par la tour Psephina. Au saillant de celle-ci, c'est-à-dire à l'extrémité sud, sur toute la largeur de la face sur laquelle elle était établie, le fossé est traversé par un agger parfaitement déterminé, et qui en recouvre toute l'escarpe.
Immédiatement au nord-est de Psephina était une seconde tour, dont l'assiette de rocher est très-visible encore aujourd'hui. Un second agger traverse le fossé et vient s'appuyer contre le saillant de droite (angle nord) de cette tour. A celuici comme au premier, la contrescarpe est, à très-peu près, noyée sous les terres accumulées. A coup sûr, ce groupe de deux aggeres destinés à l'attaque d'un môme saillant, représente l'une des attaques signalées par Josèphe, dans la répartition de l'armée assiégeante autour de la place, répartition qui avait probablement pour but d'éparpiller les ressources de la défense.
Du saillant occupé par le Qasr-Djaloud jusqu'au Bab-el- Aamoud, ou porte de Damas, Tcnceinte actuelle, aussi bien que l'enceinte antique sur la base de laquelle elle s'est pour ainsi dire posée, Tonceinte, dis-je, présente deux branches à peu près rectilignes, dont la plus grande, celle qui se relie à la porte de Damas, est en retraite sur la première, qu'elle rachète par une face d'une cinquantaine de mètres de développement.
La branche reliée au voisinage de la tour Psephina offre, à peu près à son milieu, un cran de crémaillère formant une sorte de petit saillant, devant lequel le fossé taillé dans le roc est encore bien indiqué. Il est donc très-facile de reconnaître en ce point, c'est-à-dire contre le saillant même, un agger nettement caractérisé.
La même particularité se remarque au saillant formé par la face reliant les deux branches de l'enceinte dont nous nous
t64 LES DERNIERS JOURS
occupons. Nous avons donc ici encore un groupe de deux aggeres placés à moins de i 00 mètres de distance, d'axe en axe.
A 140 mètres plus loin, c'est-à-dire prescpie sur le milieu de la branche d'enceinte reliée au Bab-el-Aamoud, se voit en place un nouvel agger très-bien conservé.
Je serais assez disposé à considérer les trois aggeres dont je viens de signaler la position, comme constituant, dans leur ensemble, une des trois attaques de Titus.
Enfin, à la porte de Damas, nous trouvons, à droite et à jçauche des tours des Femmes, deux aggeres très-élevés, trèscaractérisés et dont l'origine ne peut guère être douteuse. Là donc, à mon avis, se trouve la troisième attaque de l'armée romaine.
Des fouilles à travers ces différents aggeres seraient assurément fort instructives. Peut-être y retrouverait-on des indices saisissables du mode d'emploi et de la destination des bois qui entraient dans la composition des ouvrages de cette nature. Malheureusement ces fouilles, je n'ai pu les entreprendre, et un officier chargé d'une mission spéciale par le gouvernement français pourrait seul réussir à lever tous les obstacles que l'inertie turque élèverait avec le plus grand soin, mais sans savoir pourquoi , afin d'entraver une recherche de ce genre.
En considérant surplace la disposition et la dimension de ces aggeres^ il nous avait paru vraisemblable, à mes compagnons et à moi j qu'ils n'avaient pu être destinés qu'à supporter et à amener des tours d'approche; nous allons voir qu'ils ont dû servir de plates-formes pour les machine? chargées de battre les murailles.
Lorsque le travail fut terminé^ les fabri légionnaires (c'étaient évidemment des hommes dont l'instruction avait une
grande analogie avec celle des sapeurs du génie de nos jours) mesurèrent la distance qui séparait la tête de Vagger de la muraille. Ils employèrent, pour cela , un plomb suspendu à une cordelette, et que l'on jetait de Vagger contre la muraille. Il ne leur était pas possible de prendre autrement cette mesure essentielle, parce que du haut du mur on les eût accablés de traits de toute espèce; ayant reconnu, de cette façon, que les hélépoles pouvaient atteindre les points à battre, on les fit avancer. Titus alors fit approcher aussi les machines de jet, afin d'empêcher que les assiégés ne parvinssent à éloigner les béliers, et il donna l'ordre de commencer le battage.
Au fracas épouvantable qui retentit soudain sur trois points distincts de l'enceinte, répondirent de- grandes clameurs partant de l'intérieur; la crainte envahit cette fois les plus déterminés des séditieux. Comprenant enfin que le danger qui les menaçait leur était commun, ils sentirent qu'ils n'avaient plus d'autre parti à prendre, que de réunir leurs efforts pour conjurer ce danger; les deux partis, tout à l'heure prêts à s'entr'égorger, convinrent donc de déposer leurs haines et de réunir leurs armes contre les Romains, dût cette trêve du moment n'être que passagère et expirer î^ussitôt qu'ils auraient çu raison de l'étranger.
Simon le premier fit crier aux défenseurs du temple qu'ils pouvaient en sortir en toute sécurité , et courir aux murailles pour repousser les assiégeants. Jean, quoique plein de défiance, se vit obligé de permettre à ses soldats de profiter de cette ofire. Amis et ennemis se mêlèrent immédiatement, sans souci de leurs querelles apaisées, et coururent à l'envi aux murailles, du haut desquelles ils se mirent à jeter des masses de matières enflammées sur les machines, en ne cessant d'accabler de traits les hommes qui manœuvraient les hélépoles.
Les plus audacieux, se précipitant en troupes nombreuses sur les batteries romaines, arrachaient les claies qui les protégeaient et attaquant corps à corps les hommes chargés de les défendre, parvenaient parfois à les vaincre , bien plus par leur témérité, que par leur expérience des armes.
Titus était infatigable; il ne cessait d'accourir au secours des siens, partout où le danger devenait sérieux, et couvrant les flancs de ses machines avec de la cavalerie chargée de soutenir les archers, il réussit à repousser les sorties d'incendiaires, et à répondre avantageusement au tir de ceux qui, du haut des tours, criblaient ses soldats de traits de toute espèce. Il put de la sorte rendre possible le jeu des hélépoles.
Cependant la muraille résistait aux coups , et un bélier de la quinzième légion arriva seul k renverser l'angle d'une tour. Mais il n'en résulta pas de danger immédiat pour cette tour qui dominait de beaucoup le point entamé, parce qu'il n'était pas facile d'arracher en même temps une partie du mur attenant à l'angle ruiné \
Il n'y avait guère qu'une seule issue k proximité des attaques principales, et par laquelle les Juifs pussent faire des sorties; c'était la porte qu'a remplacée aujourd'hui la porte de Beït-lehm ou Bab-el-Khalil. Peut-être aussi usèrent-ils pour attaquer les aggeres les plus éloignés de la tour Psephina , de la porte ouverte dans la longue face septentrionale de l'enceinte, et qui probablement existait dès lors, là où se voit aujourd'hui la porte condamnée dite d'Hérode (Bab- «z-Zaharieh) . Quoi qu'il en soit, les sorties, ayant affaire à de la cavalerie, devaient avoir beaucoup à souffrir; dans les mouvements de retraite, elles perdaient nécessairement