BelLJud., V, VI
un monde énorme et il y a tout lieu de croire que l'expérience ne fut pas souvent renouvelée, ou du moins qu'elle ne le fut que lorsque les circonstances semblaient la favoriser.
Dès le premier jour, en effet , les assiégés acquirent un peu plus de prudence. Une fois rentrés dans leurs murailles, ils se tinrent tranquilles et observèrent. Voyant alors les Romains regagner leur camp, et ne laisser qu'un petit nombre d'hommes de garde autour des travaux , parce qu'ils se figuraient que les Juifs s'étaient retirés, soit par lassitude, soit par crainte, ceux-ci se précipitèrent en masse par la porte placée près de la tour Hippicus, et qui n'était pas en vue, et ils se ruèrent, la torche à la main, sur les ouvrages d'attaque, avec une impétuosité telle, qu'ils parvinrent jusqu'aux retranchements du camp le plus prochain*. Voilà l'explication de Josèphe; mais, où celui-ci ne voit que de l'impétuosité, il y a autre chose, à mon sens. Ainsi que je le disais, il n'y a qu'un instant, les sorties sur les attaques principales ne pouvaient s'exécuter que par la porte voisine de la tour Hippifcus. Le bon sens l'indiquait; le fait est constaté positivement par notre historien. Mais pour réussir à incendier les machines qui mordaient la muraille, il fallait et du temps et une certaine liberté d'action; il était donc indispensable d'assaillir de front le camp placé vis-à-vis la tour Hippicus, et d'en occuper assez sérieusement la garnison , pour permettre à l'autre fraction de la sortie d'arriver sans difficultés sérieuses jusqu'aux ag gères. Voilà la seule explication possible de l'attaque de ce camp, attaque qui eût été insensée, sans un pareil but à atteindre.
Mais que dire, cette fois encore, de l'incurie romaine qui ne fait pas surveiller la porte par laquelle tout danger doit sortir?