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Les Juifs poussant des cris terribles eurent immédiatement devant eux ceux qui étaient proches , et ceux qui étaient loin accoururent en hâte. Ici l'impétuosité était bonne à quelque chose; elle réussit donc à l'emporter un moment sur la discipline romaine. Les premiers rencontrés furent culbutés par les Juifs qui se trouvèrent bientôt en présence de ceux qui s'étaient ralliés et mis en rang.
Au même moment un combat terrible avait lieu autour des machines que les uns s'efforçaient de brûler, et dont les autres ne s'efforçaient pas moins de détourner la flamme. Des cris de fureur retentissaient de part et d'autre ; de part et d'autre on s'égorgeait. Les Juifs cependant, excités par la rage du désespoir, eurent un avantage marqué, car ils réussirent à mettre le feu aux ouvrages. Tout eût été dévoré par les flammes, si les hommes d'élite que Titus avait amenés d'Alexandrie, et qui dans ce combat montrèrent une vaillance incomparable, n'eussent réussi à contenir les assaillants jusqu'à ce que Titus, à la tête de sa cavalerie la plus solide, pût exécuter sur eux une charge à fond.
S'il faut en croire Josèphe, toujours prêt à attribuer à son héros seul le succès de tous les combats auxquels il prit part, Titus tua de sa propre main douze ennemis, et la terreur qu'il inspira fit prendre immédiatement la fuite aux autres. Je me permettrai de croire que les compagnons de Titus ne restèrent pas inactifs, lorsqu'ils chargèrent en même temps que lui , et que ce fut à cette charge collective que fut due la retraite des Juifs et le salut des ouvrages. Quoi qu'il en soit, une fois qu'ils eurent tourné les talons, les malheureux Juifs durent laisser bien des leurs sur lejchamp de bataille, et ils ne rentrèrent probablement qu'à grand'peine dans la ville, l'épée dans les reins.
Que devint la portion de la sortie qui s'était lancée bra-
vement sur le camp? Josèphe ne nous le dit pas, et je nie crois presque en droit d'en conclure qu'ils ne battirent en retraite cpie lorsqu'ils virent la déroute de leurs compagnons.
De ce côté aussi , il y eut certainement beaucoup de sang versé. 11 faut croire qu'on ne se faisait guère quartier de part et d'autre, puisque, après c^ combat, il ne resta (lu'un prisonnier vivant entre les mains des Romains.
Titus ne fit pas preuve en cette circonstance de sa clémence proverbiale, car il donna l'ordre de crucifier le malheureux en vue des murailles, afin, dit Josèphe, que ses compagnons, effrayés par ce spectacle, perdissent un peu de leur assurance. Voilà, on en conviendra, un étrange moyen d'apaiser les haines; et ce supplice, à coup sûr, ne fit qu'exaspérer ceux qui en furent spectateurs. Disons-le sans hésitation, traiter ainsi un prisonnier de guerre, pris bravement les armes à la main, c'était une infamie. Et ce n'est pas la seule qui marqua cette sanglante journée. Lorsque le combat eut cessé, Jean, le chef des Iduméens, entama du haut des murailles un colloque avec un soldat romain qu'il connaissait, et pendant qu'ils échangeaient des paroles inoffensives , un Arabe lui envoya en pleine poitrine une flèche qui le tua sur le coup. Ce fut un véritable deuil pour les ^ifs, et une perte cruelle pour les patriotes, que Josèphe traite toujours de séditieux , car c'était à la fois un homme d'action et de conseil * .
Dans la nuit qui suivit, un accident fortuit faillit devenir pour l'armée romaine la cause d'un véritable désastre. Titus avait fait construire trois tours de bois, hautes de 50 coudées (26 '"25), destinée^à être placées sur chacun des aggeres (è)ca<rrou j^wjxaToç), afin que du haut de ces tours on pût chas-