Bell.Jild,, V, IX, t
de portée de trait, et il choisissait, pour pérorer, un lieu duquel ses paroles pussent être entendues du haut des remparts. « Ayez pitié de vous-mêmes et du peuple, criait-il aux Juifs; ayez pitié de la patrie et du temple ; et ne vous montrez pas plus cruels envers eux que les étrangers. Les Romains, pleins de respect pour tout ce qui vous est sacré, ont jusqu'à présent réprimé leur colère, et pourtant, voyez vos murailles : les plus fortes sont tombées devant eux; la plus faible vous reste. Ne savez-vous pas, par une triste expérience, qu'on ne résiste pas aux Romains? Les Juifs n'ont-ils pas appris qu'il fallait les servir? S'il est beau de combattre pour la liberté, c'était naguère qu'il fallait le faire. Quand une fois l'on a succombé, quand on a obéi pendant des années, vouloir secouer le joug, c'est le fait du désespoir; ce n'est pas prouver qu'on aime la liberté. Si l'on doit dédaigner des maîtres trop faibles, on doit respecter ceux qui sont les dominateurs de l'Univers entier. Quelles sont les régions qui ont échappé à la domination romaine? Celles qui ne sont bonnes à rien, soit à cause de la chaleur, soit à cause des frimas. Ne voyez-vous pas que partout la fortune s'est déclarée pour eux? Dieu lui-même. Dieu qui exerce son empire sur toutes les nations. Dieu est maintenant en Italie. La loi du plus fort est une loi éternelle qui domine les hommes, aussi bien que les bêtes féroces, et la victoire est toujours du côté des gros bataillons. Est-ce que vos ancêtres, qui valaient mieux que vous de toute manière, n'ont pas dû se soumettre aux Romains? Jamais ils ne s'y fussent résignés, s'ils n'avaient compris que Dieu s'était éloigné d'eux. Et vous, quelles ressources avez- vous pour résister? La plus grande partie de votre ville est prise; enfermés dans vos murailles, ces murailles fussentelles entières, vous êtes en une pire condition que si vous aviez été écrasés. Pensez-vous donc que les Romains ignorent
que la famine vous étreint? que le peuple meurt, et que bientôt les hommes de guerre mourront aussi ? Et si les Romains levaient le siège, s'ils ne forçaient pas votre ville l'épée à la main, est-ce que la plus atroce des guerres civiles ne vous dévorerait pas? Est-ce que chaque heure du jour ne la rend pas plus affreuse? Oh! croyez-moi. Il est bon, il est sage, avant que le mal ne soit sans remède, il est sage, quand il en est temps encore, d'en venir à une pensée de çalut. Les Romains peuvent vous pardonner tout ce qui s'est fait jusqu'ici ; mais vous les trouverez sans pitié, si vous persistez dans vos fureurs. Ils sont cléments dans la victoire et ils font taire leurs ressentiments, quand il s'agit de se montrer généreux et bienfaisants. Ils ne veulent pas que votre ville reste sans habitants, que votre pays devienne un désert. C'est pour cela que César vous tend encore la main. S'il prend Jérusalem par la force, pas un de vous n'a de salut à espérei*, et il vous châtiera impitoyablement, parce que vous n'aurez pas écouté la prière qu'il vous adresse, lorsque vous êtes à toute extrémité. Bientôt votre troisième muraille tombera, vous en pouvez juger par la ruine des deux premières,, et quand bien même elle serait inexpugnable, la famine, terrible auxiliaire des Romains, la famine aura raison de vous *. »
Pendant que Josèphe adressait à ses compatriotes ces remontrances tant soit peu entachées de paradoxe, la plupart de ceux qui l'écoutaient du haut des murs lui répondaient par des sarcasmes ; beaucoup d'autres l'accablaient de malédictions, et quelques-uns essayaient de l'atteindre à coups de flèches et de javelots *.
En bonne conscience, il serait difficile de ne pas leur donner raison.