BelL Jud., V, ix
i88 LES DERNIERS JOURS
qu'une pensée, celle de fuir de cet enfer qui s'appelait Jérusalem.
Les uns vendaient à vil prix tout ce qu'ils possédaient; les autres avalaient les pièces d'or qu'ils avaient en leur possession, afin de les soustraire aux voleurs; puis ils s'évadaient et se réfugiaient auprès des Romains. Là, ils retrouvaient ce qu'ils avaient avalé, et pouvaient acheter ce dont ils avaient besoin. Titus les congédiait et leur permettait d'aller chercher un refuge où ils voudraient. Ce qui les excitait le plus à quitter la ville, c'était la pensée qu'ils se délivraient ainsi des affreuses misères dont ils avaient tant souffert, et qu'ils n'avaient plus à craindre la servitude.
Malheureusement pour eux, les soldats de Jean et de Simon prenaient plus de précautions encore pour les empêcher de fuir de la ville, qu'ils n'en prenaient pour en fermer l'entrée aux Romains. Quiconque se laissait soupçonner de songer à déserter était égorgé à l'instant*.
Au reste, les riches qui persistaient à rester dans la ville avaient exactement la même chance ; pour s'emparer de leurs biens, on les accusait de vouloir passer à l'ennemi, et on les massacrait. La faim ne servait qu'à exaspérer la fureur des séditieux, et chacun de ces deux fléaux allait grandissant chaque jour. Comme il n'y avait plus aucun dépôt connu de blé, on envahissait les maisons pour les fouiller. Si l'on trouvait quelque provision, on en tuait sans pitié les détenteurs, comme s'ils étaient coupables d'avoir nié qu'il leur restât quelque chose. Si l'on ne trouvait rien, on torturait les habitants, sous le prétexte qu'ils avaient trop bien caché leurs ressources. L'aspect de ces malheureux paraissait suffisant pour reconnaître s'ils gardaient oui ou non des vivres. Ceux qui