Bell. Jud., V, X
290 LES DERNIERS lOURS
,/ de œups. On trainait par les cheveux les femmes qui essayaient de cacher ce qu'elles s'apprêtaient à dévorer. Point de pitié pour la vieillesse, point de pitié pour l'en&nce. Les enfants, on les brisait sur le pavé, tenant encore entre les dents la bouchée de pain qu'on leur disputait. Si quelqu'un, à la venue de ces bandits, se hâtait d'avaler ce qu'ils venaient lui arracher, ils le traitaient avec plus de cruauté encore, et comme s'il eût commis un crime. Pour découvrir les vivres cachés, ils inventaient des tortures infâmes (6p({6oi; [lèv IjJwppaT- TOVTeç toi; âSXtoi; toùç tcôv ai&oudv iropouç, fàê^otç &'6$eiaiç ovaTcetpovTeçToc; eJpaç*). Pour forcer un malheureux à avouer qu'il avait un pain ou une poignée de farine, ils commettaient des actes dont la désignation seule fait horreur. Et que l'on ne croie pas que ces bourreaux fussent poussés par la faim ! Elle les eût, en quelque sorte, rendus excusables. Point! Us ne cherchaient qu'à inspirer la terreur et à se procurer des provisions pour le plus grand nombre possible de jours. Si parfois il arrivait que des infortunés parvinssent à se glisser de nuit jusqu'aux lignes romaines, afin de ramasser des racines sauvages et de l'herbe, on les attendait au retour, et lorsqu'Us se croyaient hors de danger, on leur enlevait tout ce qu'ils avaient recueilli. Ils avaient beau invoquer le nom redoutable de Dieu, supplier de leur laisser au moins une part de ce qu'ils avaient rapporté au péril de leur vie, il n'y avait rien pour eux , trop heureux si leurs spoliateurs ne les assassinaient pas^
Les petits étaient ainsi traités par les soldats; les grands
1. Je ne me sens pas le courage de traduire cette phrase, et je me contente d'en donner la transcription latine pour ceux de mes lecteurs auxquels le grec ne serait pas familier : « Miseris pudendorum quidem meatus ervis obturantes, podicem vero pracacutis sudibus transfigentes. » Ne serait-ce pas là une de ces accusations fantastiques que l'esprit de parti invente quelquefois?
î. Bell. JufL, V, X, 3.
DE JÉRUSALEM. m
et les riches étaient traînés devant les chefs qui se les réservaient. Pour les uns 9 on se contentait de les accuser faussement de trahir la patrie, et de vouloir livrer la ville aux Romains, et on les mettait incontinent à mort; pour la plupart , on produisait de faux témoins les dénonçant comme décidés à quitter la ville. Celui qui avait été dépouillé par Simon était remis entre les mains de Jean, et réciproquement. Les deux chefs se partageaient ainsi le sang et les cadavres de la Dation ; car si la discorde régnait entre eux, lorsqu'il s'agissait du pouvoir suprême, ils s'entendaient à merveille pour combiner leurs crimes ^
Ces allégations de Josèphe sont trop passionnées pour ne pas paraître entachées d'exagération. N'oublions pas, d'ailleurs, que Josèphe n'était plus moralement en position de juger les événements avec impartialité; il appartenait,, en effet, à l'un des deux grands partis en présence, dont chacun mettait sur le compte de l'autre les crimes les plus affreux, dont chacun accusait l'autre d'avoir causé la ruine de la patrie. Encore un étrange rapprochement à constater entre la révolution juive de 70 et la révolution française de 1793. Qu'on se rappelle le sort des suspects! N'est-ce pas mot pour mot ce que nous trouvons dans Josèphe ?
Je fais grâce au lecteur du paragraphe que nous lisons ensuite dans le récit de Josèphe; parce que l'homme qui a pu l'écrire n'a plus à mes yeux ni le calme ni la dignité qui rendent l'historien respectable. On peut déplorer les crimes que le patriotisme mal entendu engendre parfois; mais il ne me semble pas permis d'arguer de ces crimes pour déclarer que la nation à laquelle on appartient est une race de brigands, digne de toutes les malédictions et de tous