BelLJud., V, X
t92 LES DERNIERS JOURS
les supplices; or, c'est ce que fait Josèphe dans le paragraphe dont il s'agit.
Cependant, les aggeres construits par Tordre de Titus, continuaient à s'élever, malgré toutes les pertes que, du haut de leurs murs, les Juife faisaient subir aux travailleurs. Ce fut vers cette époque du siège que le jeune césar détacha une partie de sa cavalerie pour explorer les vallées environnantes et donner la chasse à ceux qui sortaient de la ville afin d'aller à la maraude. Parmi eux se trouvaient quelques hommes de guerre auxquels les rapines de l'intérieur n'avaient pas réussi : mais le plus grand nombre était composé de pauvres plébéiens, que la crainte pour la vie de leurs proches empêchait seule de passer à l'ennemi. Ils ne pouvaient espérer, en effet, d'échapper en secret, avec leurs femmes et leurs enfants, à la surveillance des séditieux ; pas un d'eux ne pouvait supporter l'idée de laisser ces êtres si chers porter la peine de sa désertion. N'était-il pas sûr qu'on les mettrait à mort, ne pouvant plus atteindre les transfuges eux-mêmes? La faim aiguillonnait leur audace; mais presque toujours ils étaient surpris par les patrouilles romaines. Il fallait bien alors combattre pour se sauver d'un supplice certain, et après le combat il n'y avait plus à demander grâce. Après avoir été accablés de coups et torturés de mille manières avant d'expirer, leurs cadavres étaient crucifiés en vue des remparts de la ville. C'était pour Titus une affreuse peine de penser que chaque jour cinq cents Juifs au moins, et quelquefois beaucoup plus, périssaient de cette manière. Que pouvait-il faire? Relâcher vivants les prisonniers, c'était impossible. Garder à vue une pareille multitude, c'était plus impossible encore. Il fermait donc les yeux et laissait faire, espérant toujours que cet odieux spectacle déciderait les Juifs à se rendre, par crainte d'un sort pareil. Quant aux soldats, emportés par la colère et par la haine, ils crucifiaient
leurs prisonniers, en variant, par manière de plaisanterie, les détails du supplice ^
Se 6gure-t-on ce que devait être une semblable boucherie? Ah ! je me plais à espérer, pour l'honneur des Romains, que ce chiffre de cinq cents victimes quotidiennes est grandement exagéré.
Bien loin d'amener les défenseurs de Jérusalem à des pensées de paix et de soumission, ces massacres ne faisaient que les exaspérer. Entraînant sur les remparts les parents des transfuges et ceux qu'ils soupçonnaient de nourrir des espérances de défection, ils leur faisaient voir de leurs propres yeux le sort réservé à tous ceux qui fuyaient en se fiant aux Romains; ils leur affirmaient que ce n'étaient pas des prisonniers, mais bien des suppliants que l'on traitait avec cette barbarie. Il n'en fallait pas tant pour que la plupart de ceux qui pensaient à fuir renonçassent à leurs projets, jusqu'au moment où la vérité fût connue. D'autres n'hésitèrent pas à passer immédiatement aux Romains et à courir au supplice sur lequel ils comptaient. Pour eux la mort donnée par l'ennemi, comparée à la faim, c'était le terme de leurs misères, c'était le repos. Titus alors imagina de faire couper une main à un certain nombre de ces infortunés, afin qu'on ne pût les accuser d'être des déserteurs, et qu'on crût à leur parole, à cause de leur malheur, et il les renvoya, ainsi mutilés, à Jean et S Simon, pour supplier ceux-ci de cesser toute résistance, de ne pas pousser les Romains à détruire la ville, et de payer par leur reddition leur propre salut, celui de la patrie et celui du temple qui ne devait pas subir le même sort qu'eux. Pendant qu'il essayait ce nouveau moyen d'en venir à des pourparlers de paix, Titus ne cessait d'inspecter successivement tous les travaux des