‹ Les derniers jours de JérusalemChapitre 81 sur 147 · I. BelLJud., V, XII · texte numérisé non relu

I. BelLJud., V, XII

Cédron, et à en juger par la contrevallation si bien conservée de Massada, je suppose que cette branche descendait en suivant une direction assez voisine de la ligne de plus grande pente. Elle recoupait donc le fond de la vallée à une centaine de mètres environ au nord du tombeau de la Vierge. Puis elle gravissait la pente également roide du mont des Oliviers, oïl nous la retrpuvons parfaitement reconnaissable, sur une longueur d'à peu près 700 mètres. Elle forme là une espèce (le bourrelet couvert de pierres tombales, et sert en quelque sorte de limite au cimetière juif.

Qu'était-ce que la roche Péristéréon (le colombier, le pigeonnier)? Nous n'en savons rien, puisque Josèphe n'a pas pris soin de nous le dire. Mais feu le D. Schulz, consul de Prusse à Jérusalem, a émis sur cette roche une hypothèse que je crois parfaitement fondée. A proxhnité de la contrevallation se trouve l'excavation funéraire si remarquable, connue sous le nom de tombeau des Prophètes. C'est un souterrain semi-circulaire, dans lequel les fours à cercueil sont disposés comme les trous à pigeon d'un colombier. Et comme, d'ailleurs, les caves sépulcrales destinées à recevoir les restes, ou mieux les cendres d'un grand nombre de personnes, se nommaient chez les Romains un columbarium^ Schulz a supposé que le Péristéréon de Josèphe n'était autre chose que le tombeau des Prophètes. Je l'admets d'autant plus volontiers que ce monument se trouve en effet bien voisin du point où le mont des Oliviers est séparé du mont du Scandale, qui est bien évidemment la colline désignée par Josèphe comme celle qui domine la vallée de Siloam. Les traces de la contrevallation, après s'être perdues sur une longueur de 300 mètres environ, se remontrent au delà de la route de Béthanie, sur le flanc qui domine le village de Siloam, et sur une longueur de plus de 600 mètres. Là, nouvelle lacune au point où elle des-

cendait, au fond de la vallée de la Source (et; t?iv tyiç xyiy^; (papoyya) . Cette source, c'est, à n'en pouvoir douter, celle du Bir-Eyoub. Car une fois la vallée franchie et le flanc oriental du mont du Mauvais-Conseil escaladé, on retrouve la contrevallation bien caractérisée, et courant parallèlement à la vallée de Hinnom , sur une longueur de 300 mètres environ.

Ici se présente une nouvelle question : quel est le tombeau à qui nous devons attribuer le nom de tombeau du grandprêtre Ananus ? Il y a tant de belles tombes creusées vers ce point, dans le flanc du mont du Mauvais-Conseil, qu'il serait téméraire d'attribuer à priori au grand prêtre Ananus l'une plutôt que l'autre. A mon avis, il est impossible d'émettre une hypothèse quelque peu plausible sur le compte de ce tombeau. Schulz a supposé que le tombeau d'Ananus pourrait bien n'être que la belle excavation funéraire connue sous le nom de grotte de Saint-Onuphre, mais je ne saurais me ranger à son avis ; car cette tombe est certainement bien plus ancienne que l'époque à laquelle le grand prêtre Ananus reçut la sépulture sur le mont du Mauvais-Conseil. Deux souverains pontifes ont porté ce nom ; mais tous deux sont d'une époque relativement assez récente. Ainsi, nous trouvons Ananus, fils de Seth, promu au souverain pontificat par Quirinius, et déposé par Vaiérius Gratus. Son fils, également nommé Ananus, fut également grand prêtre ; ce fut lui qui condamna saint Jacques à être lapidé. Albinus, procurateur de Judée sous Néron, le déposa, à la demande de la nation juive. Le tombeau qu'il s'agirait de retrouver a donc été creusé depuis l'ère chrétienne, et l'on ne fera croire à personne que la curieuse frise de la grotte de Saint-Onuphre ne soit pas de plusieurs siècles antérieure à cette époque.

Il y a, dans le voisinage immédiat, une vaste excavation maçonnée à la romaine et que l'on nomme improprement le

haq-ed-damm (le chaudemar, du moyen âge). Peut-être est-ce là le vrai tombeau d'Ananus. On peut le supposer, mais on ne saurait le prouver. Au reste, il est bon de noter qu'il ne peut être question dans le récit de Josèphe que du premier pontife du nom d'Ananus, le corps du second, mis à mort par les Juifs, étant resté sans sépulture.

Il résulte très-clairement du texte de Josèphe, que le mont du Mauvais-Conseil servit d'assiette au camp de Pompée. Quant à la ligne de contrevallation de Titus, elle suit la crête du banc de roches le plus élevé qui domine la vallée de Hinnom. Cette ligne se retrouve à peu près à 200 mètres (en plan) du Bir-Eyoub, et elle est très-reconnaissable sur une longueur d'environ 300 mètres, puis elle se perd de nouveau pour ne reparaître que fort loin de là, et couronnant le mamelon qui, à l'occident, fait face à la tour Hippicus. Là, elle se montre sur une longueur de plus de 200 mètres. Mais, comme d'un autre côté, le camp détaché de celui de Titus, qui était placé devant Psephina, a été forcément construit sur ce mamelon, il serait fort possible que le retranchement qui se retrouve en ce point ne fût en réalité que celui du camp lui-môme. Ce camp, d'ailleurs, a dû, comme celui de l'intérieur de Bezetha, voir la ligne de contrevallation venir s'appuyer sur ses flancs. Car là, il devenait inutile de tracer un nouveau vallum dont l'existence eût été parfaitement superflue.

Entre les deux dernières branches de retranchement que je viens d'indiquer, toute trace d'ouvrage militaire a disparu, grâce à la perpétuité des travaux de culture exécutés dans ce canton.

Ou était placé le hameau des Pois chiches, que la contrevaflation rencontrait en s'infléchissant au nord? Nous n'en savons absolument rien; mais à coup sûr, il devait se trouver au sud du Birket-es-Soulthan actuel, et très-probablement à

cheval sur la route de Beït-Lehm, là où il existe toujours un certain nombre de maisons* auprès desquelles est venu se placer l'hospice juif fondé par sir Moses Montefiore. La ligne enveloppait ensuite le monument d'Hérode situé dans le voisinage et au sud du Birket-Mamillah. Les nouvelles constructions qisses, aussi bien que les travaux de jardinage, ont fait disparaître la ligne de contrevallation dans tout ce quartier. Mais nous la retrouvons parfaitement caractérisée, le long du chemin qui suit parallèlement la branche de la fortification moderne située entre le Qasr-Djaloud (tour Psephina) et la porte de Damas (porte située entre les tours des Femmes). Là elle se perd définitivement et tout naturellement, puisqu'elle rentrait dans Bezetha, pour venir s'appuyer sur le côté occidental du camp de Titus.

Voilà donc le tracé de la contrevallation bien déterminé ; mais il nous reste à vérifier certains chiffres que contient le récit de Josèphe. Suivant lui, la contrevallation entière avait un développement de 39 stades. Prenons le stade olympique de 185 mètres, nous aurons une longueur totale de 7215 mètres. Vérifions ce premier chiffre. Le compas ne nous donne que 5925 mètres; il n'y a donc pas de doute possible, Josèphe s'est servi, comme pour l'évaluation du circuit des murailles de Jérusalem, d'un stade différent du stade olympique. Voyons donc s'il n'aurait pas cette fois encore adopté le stade hébraïque de 140 mètres. 39 de ces stades nous donnent 5460 mètres, somme qui diffère de 465 mètres de la somme des 39 stades indiqués par l'historien, c'est-à-dire de près de 3 stades hébraïques. A quoi tient cette erreur?. Je l'ignore; mais j'affirme qu'elle existe.

Vient ensuite la mention des treize castella construits en dehors de la circonvallation , pour surveiller les approches de la ville et empêcher l'introduction de tout renfort et de

tout convoi de vivres. D'où ceux-ci pouvaient-ils venir? Assurément pas de la côte de la Méditerranée qui était romaine, mais bien de la Pérée et de la Galilée. Chose très-remarquable ! Si nous visitons un à un tous les sommets qui commandent les vallons ouverts de ce côté, nous retrouvons sur chacun d'eux un mamelon de pierraille, assez élevé et assez développé pour qu'il soit assez difiScile de n'y pas reconnaître les castella désignés par Josèphe. Or, nous avons reconnu douze de ces ouvrages, et si Josèphe ne s'est pas trompé, il ne nous en manque qu'un seul, dont je n'essayerai pas, du reste, de déterminer à priori la situation. La somme des pourtours de ces treize castella fournit un ensemble de 10 stades, c'est-à-dire 1400 mètres. Chacun d'eux avait donc à très-peu près 107 mètres de tour, soit environ 26 mètres de côté. On voit que ces ouvrages n'étaient et ne pouvaient être en réalité que des postes, recevant chaque jour une garnison nouvelle, chargée de fournir les patrouilles de nuit.

Maintenant que nous avons décrit de notre mieux, à l'aide des restes encore subsistants, les travaux de contrevallation et de circonvallation construits par l'ordre de Titus, reprenons notre récit.

Dès que la faculté de sortir de la place fut ainsi enlevée aux Juifs, tout espoir de salut fut perdu pour eux, et la famine, s' aggravant rapidement, enleva bientôt des familles entières parmi le peuple. Les maisons étaient pleines de femmes et de petits enfants, tués par la faim; les rues étaient jonchées des cadavres de ceux que leur âge avait fait résister plus longtemps. Des jeunes hommes aux membres tuméûés erraient comme des* spectres sur les places publiques, et chacun d'eux tombait pour ne plus se relever, là où le fléau le frappait. Les survivants malades, ou même ceux qui avaient conservé leurs forces, n'osaient pas s'occuper d'en-

terrer leurs proches, tant à cause de la multitude des morts, que parce qu'ils n'avaient plus à compter sur leur propre existence. Beaucoup moururent en effet en ensevelissant ceux qu'ils avaient perdus. Beaucoup d'autres allèrent se réfugier dans leur tombe , avant que J'heure fatale n'eût sonné pour eux.

Pas de deuil, pas de gémissements parmi les vivants! L'horrible faim avait éteint toutes les affections. Ceux qui respiraient encore, contemplaient d'un œil sec et avec la raillerie sur les lèvres, ceux qui, plus vite qu'eux, avaient enfin trouvé le repos dans le trépas. Un profond silence et les ténèbres de la mort planaient sur la ville entière. Et pourtant le brigandage dominait encore toutes ces horreurs. Les bandits fouillant les maisons transformées en sépulcres, dépouillaient les cadavres, et après leur avoir arraché leur linceul, s'éloignaient en riant. Parfois ils perçaient de leurs épées les corps sans vie, comme pour éprouver la bonté de leurs glaives, ou ils égorgeaient ceux qui, étendus sur le sol> n'avaient pas encore rendu le dernier soupir. Mais si quelque malheureux les suppliait de l'achever, ils rejetaient sa prière, et laissaient à la faim le soin d'en finir avec lui.

Tous les mourants, désespérés de laisser après eux de pareils monstres, expiraient en jetant un dernier regard sur le temple.

Les séditieux avaient d'abord ordonné d'enterrer, aux frais du trésor public, les cadavres dont ils ne pouvaient supporter la puanteur. Mais bientôt, lorsqu'il n'y eut plus assez de bras pour inhumer ceux qui n'étaient plus, ils se contentèrent de les faire jeter du haut des murailles, dans les vallées placées au-dessous d'elles*.

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