Bell.Jud.,y,xu
Un jour que Titus faisait le tour de ces vallées, il les vit encombrées d'amas de corps humains/ desquels s'échappaient des torrents de sanie.'A cet horrible spectacle, il ne put retenir ses larmes, et levant les mains au ciel, il prit Dieu à I témoin que toutes ces calamités n'étaient pas son ouvrage.
Telle était la situation à l'intérieur de Jérusalem. Pendant ce temps-là, les Romains, qui n'avaient plus de sorties à repousser, car les hommes de guerre qui défendaient la place avaient fini par être atteints à leur tour par le désespoir et par l'inanition, les Romains, dis-je, se livraient au repos et à la joie, dans l'abondance des provisions de toutes sortes qui affluaient au camp, de la "Syrie et des provinces voisines. Beaucoup d'entre eux avaient la cruauté de s'approcher des murailles, pour étaler les vivres dont ils regorgeaient, et irriter ainsi la faim de leurs ennemis.
Ces effroyables malheurs n'ébranlant en rien la détermination des séditieux, Titus, par compassion pour les misérables restes de la population, et dans la pensée d'arracher à la mort ceux qui n'avaient pas encore péri, fit commencer en hâte de nouveaux aggeres, en se procurant avec des difficultés extrêmes les bois nécessaires. Tous les arbres des alentours de la ville avaient été rasés pour subvenir aux premiers travaux. Aussi les soldats durent-ils aller cette fois en chercher jusqu'à la distance de 90 stades (plus de 12 kilomètres). Des aggeres plus puissants que les précédents furent élevés en quatre points contre Antonia seule. Titus ne cessant d'inspecter et de presser les travaux, montrait ainsi aux assiégés qu'il voulait en finir; mais ceux-ci n'avaient aucun repentir des crimes qu'ils avaient commis. Ils n'avaient plus ni corps ni âme, au salut desquels ils eussent à songer. La douleur en effet ne pouvait plus rien sur le corps, aucun sentiment humain n'avait plus d'acci^s dans l'âme de ceux qui déchiraient k
plaisir les cadavres du peuple, et qui entassaient dans les maisons tous ceux qui étaient à bout de forces*.
Ce fut vers cette époque du siège, que Simon condamna au supplice Matthias lui-même, auquel il devait d'avoir occupé la ville. Ce Matthias était fils de Boëthus qui fut grand prêtre; ami fidèle du peuple, il en était adoré. Lorsqu'il vit tous les maux que les Zélotes, auxquels Jean était venu se réunir, infligeaient à la malheureuse population de Jérusalem, Matthias réussit à lui persuader d'accueillir comme un protecteur Simon, avec lequel il n'avait fait préalablement aucune convention, parce qu'il ne pouvait supposer qu'il eût jamais rien à craindre de sa part. Une fois entré dans la ville, où il ne tarda pas à se poser en maître, Simon mit au nombre de tous ses autres ennemis l'homme qui l'y avait fait admettre. Il le fit amener devant lui, l'accusa d'être favorable aux Romains*, et sans lui donner la faculté de se défendre, il le condamna à mort, avec trois de ses fils, le quatrième s'étant depuis peu réfugié au camp de Titus. Matthias se voyant perdu, supplia Simon de le faire exécuter le premier, en implorant cette grâce suprênje au nom du service qu'il