‹ Les derniers jours de JérusalemChapitre 84 sur 147 · Dell. Jud.,y, xiii;i · texte numérisé non relu

Dell. Jud.,y, xiii;i

« supporterons- nous ces horreurs ? Quel espoir de salut « nous reste -t-il, si nous continuons à servir un pareil « monstre ? La famine nous écrase ; les Romains sont presque « dans la ville, et Simon se montre le plus implacable « ennemi de ceux qui font servi. La crainte du châtiment « qu'il a mérité est déjà dans son cœur, et nous ne pouvons « pas douter de la foi romaine. Il n'y a plus à hésiter; « livrons la muraille, et sauvons ainsi la ville, en nous sau- « vaut nous-mêmes. Simon n'aura que ce qu'il mérite, si u un juste supplice l'atteint plus vite qu'il ne pense. » Les dix hommes auxquels Judas faisait ces ouvertures, s'empressèrent d'adopter le projet de leur chef. Celui-ci, au point du jour, fit sortir et dissémina, sous divers prétextes, tous les autres soldats qu'il avait sous ses ordres, de peur que rien de ce qui avait été décidé dans ce conciliabule ne vînt à tran ;pirer, et, à la troisième heure ( de 8 à 9 heures du matin) , il appela les Romains du haut de la tour. Ceux-ci hésitèrent, parce que beaucoup d'entre eux ne faisaient aucun cas des offres de Judas , parce que d'autres y voyaient un piège et que la plupart reculaient devant toute espèce d'action, persuadés qu'ils étaient qu'ils seraient bientôt, sans s'exposer, maîtres de la place. Ces tergiversations causèrent la perte de Judas. Titus, instruit de ce qui ce passait, allait se décider à s'approcher de l'enceinte , à la tête d'un détachement suffisant, lorsque Simon, auquel le complot venait d'être dénoncé, occupa la tour en toute hâte, mit à mort les coupables, sous les yeux des Romains, et fit jeter leurs corps déchirés du haut des murailles*. On voit que les chefs des assiégés étaient bien servis.

Vers le même temps, Josèphe, qui ne cessait d'exhorter

\. Bell. Jud.,\, XIII, 2.

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ses compatriotes à la paix, en rôdant autour des remparts, reçut une pierre à la tête et tomba évanoui. A la vue de sa chute, les Juifs se précipitèrent hors de la. ville, et il eût été certainement enlevé par eux, si Titus n'eût envoyé à temps du monde à son secours. Pendant le combat qui s'ensuivit, Josèphe fut transporté en arrière par les Romains, sans être en état de se rendre compte de ce qui se passait. Les séditieux croyant avoir tué celui dont ils désiraient le plus ardemment la mort, poussèrent à cette vue de grands cris de joie. La nouvelle se répandit promptement dans la ville, et le peuple s'affligea en pensant qu'il avait perdu l'homme dans la foi duquel il avait placé sa dernière espérance. La mère de Josèphe apprit dans sa prison que son fils avait été tué, et elle dit avec calme à ses geôliers, tous hommes de lotapata, qu'elle avait toujours été persuadée qu'il en serait ainsi, et que jamais elle ne reverrait son fils vivant. Dès qu'elle fut seule avec ses ^femmes, elle fondit en larmes et 'déplora son sort de mère, à qui il n'était pas permis d'ensevelir le fils qui, selon ses justes espérances, aurait dû l'ensevelir ellemême.

Heureusement cette fausse nouvelle ne la fit pas longtemps souffrir , et la joie qu'elle avait inspirée aux assiégés fut de courte durée. Josèphe, en effet, fut promptement remis des suites du coup qu'il avait reçu, et, s'avançant aussitôt vers les murailles, il cria aux Juifs qu'ils 4)ayeraient bientôt le mal qu'ils lui avaient fait, en exhortant de nouveau la population inoffensive à avoir confiance en lui. A sa vue, l'espérance revint dans le cœur des gens du peuple, et la consternation augmenta parmi les séditieux*.

Nous trouvons dans la vie de Josèphe écrite par lui-

i. Dell, Jud„ V, XIII, 3.

même (cap. lxxv) , un passage extrêmement curieux, qui peint à merveille la triste situation morale qui fut faite à notre historien, pendant toute la durée du siège de Jérusalem. Voici comment il s'exprime à ce sujet :

« Vespasien, m'ayant fait partir d'Alexandrie avec Titus, pour aller assister au siège de Jérusalem, je m'y vis plus d'une fois en péril de mort, les Juifs faisant tous leurs efforts pour s'emparer de ma personne, dans le but unique de me livrer au supplice ; les. Romains, toutes les fois qu'ils subissaient un échec, l'attribuant à une trahison de ma part, en appelant à l'empereur, et réclamant sans cesse que le châtiment dû à un traître me fût appliqué. Heureusement pour moi, Titus César, qui était habitué aux vicissitudes de la guerre, imposait silence aux soldats. »

On le voit, le malheureux Josèphe, s'il m'est permis de me servir d'une expression triviale, mais très-juste, Josèphe était placé entre l'enclume et le marteau, et très-certainement il ne dut son salut qu'à l'amitié des maîtres couronnés au service desquels il s'était voué, un peu par reconnaissance, et sans doute beaucoup par intérêt.

Aussitôt après, les désertions recommencèrent. Les uns, poussés par le désespoir, se jetaient du haut en bas des remparts ; les autres, feignant de marcher au combat, s'armaient de pierres et sortaient de la ville. Une fois hors d'atteinte, ils passaient aux Romain^. Mais hélas! un sort bien plus funeste que celui qu'ils avaient enduré dans la ville assiégée les attendait au camp, où ils trouvaient la satiété qui les tuait plus vite encore que la famine qu'ils avaient fuie. Ils arrivaient, en effet, tuméfiés par la faim, et la peau distendue par l'infiltration ; dévorant alors avec frénésie les vivres qu'on leur offrait en abondance, leur estomac se déchirait. A l'exception de ceux auxquels l'expérience avait appris à

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réfréner leur appétit et à rendre peu à peu à leur corps l'habitude de recevoir des aliments, tous mouraient promptement.

Quant aux survivants, une autre plaie leur était réservée, et c'était la plus horrible de toutes. Un des transfuges fut aperçu par des Syriens, cherchant dans ses excréments des pièces d'or qu'il avait avalées. Nous avons raconté déjà que presque tous ceux qui formaient le dessein de s'enfuir, avalaient leur or pour le soustraire aux pillards qui fouillaient partout. L'or était d'ailleurs en si grande quantité dans Jérusalem, ajoute Josèphe, que la pièce qui avait valu jusqu'alors 25 drachmes attiques, n'en valait plus que 12. Cette opinion de notre historien me paraît complètement erronée ; en effet, si l'or monnayé avait perdu la moitié de sa valeur, c'est que les objets de première nécessité avaient doublé de prix. La décroissance des valeurs indiquées par Josèphe indique donc une grande misère, beaucoup plus réellement qu'une grande richesse.

Quoi qu'il en soit, le fait découvert par les Syriens fit aussitôt courir le bruit que les transfuges avaient les entrailles pleines d'or. Il n'en fallut pas plus pour que les Arabes et les Syriens auxiliaires se missent à fendre le ventre de ces malheureux, afin de fouiller leurs intestins, sans tenir aucun compte de leurs supplications désespérées. Je ne crois pas que les Juifs aient eu à endurer de plaie plus atroce que celle-là, car, dans l'espace d'une seule nuit, deux mille d'entre eux périrent de cette affreuse façon*.

Dès que Titus apprit cette atrocité, son premier mouvement fut de faire cerner les assassins par sa cavalerie et de les tailler immédiatement en pièces. Mais ils étaient

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