Dell. Jiut., V, xiu
en telle multitude et il y avait une telle disproportion entre le nombre des bourreaux et celui des victimes, qu'il dut renoncer à ce châtiment sommaire. Il convoqua donc les chefs des auxiliaires et les légats des légions, car quelques légionnaires eux-mênjes s'étaient rendus coupables de ce crime odieux, et il leur demanda s'ils n'avaient pas honte des riches armes qu'ils portaient, en pensant que des soldats qui avaient l'honneur de combattre sous ses ordres, s'avilissaient par le plus lâche des crimes, pour poursuivre un lUcre incertain. « Les Arabes et les Syriens, ajouta-t-il, peuvent « être maîtres de leurs actes dans une guerre étrangère, « mais croient-ils que je leur permettrai de faire partager « aux Romains leur froide cruauté et leur haine des Juifs? Je a le sais, déjà quelques légionnaires se sont rendus coupables « de cette infamie. Quiconque la renouvellera sera impi- « toyablement puni de mort. » I^s légionnaires reçurent alors l'ordre de surveiller tous ceux sur lesquels pèserait un soupçon, et de les arrêter immédiatement. .Malheureusement la soif de l'or aveugle celui qui la ressent et lui fait oublier toute prudence et toute honte. Dieu, d'ailleurs, avait condamné la nation entière, et avait décidé que ce qui semblait une voie de salut, ne serait que celle d'une perte assurée. Le crime que Titus avait défendu sous peine de mort, continua donc de se commettre en cachette. Ces barbares allaient à la rencontre des transfuges, afin de les atteindre avant qu'ils ne pussent être aperçus du camp, et ils les égorgeaient. Puis, après s'être assurés qu'il n'y avait pas dans les alentours de Romains aux aguets, ils se dépêchaient de fendre le ventre à leur victime, et d'arracher de ses entrailles leur horrible gain. Il arrivait rarement que l'avidité de ces misérables fût satisfaite, et presque toujours leur espérance était déçue. Certainenient la terreur qu'un pareil sort inspirait
aux Juifs déserteurs dut faire rebrousser chemin à beaucoup d'entre eux^ Triste, bien triste extrémité que celle où l'hésitation ne peut plus porter que sur le choix du supplice !
Dès que les rapines exercées sur la population de Jérusalem commencèrent à faire défaut, Jean n'hésita pas à recourir au sacrilège. Il fit fondre beaucoup des offrandes déposées dans le naos, puis la plupart des vases consacrés et nécessaires au culte, les bassins, les plats et. les tables. Il n'épargna même pas les acratophores (cruches à vin) qu'Auguste et sa femme avaient envoyés au temple. Ainsi, tandis que les empereurs Romains avaient l'habitude d'honorer et d'enrichir le sanctuaire, on vit un Juif anéantir les dons pieux des étrangers, en disant à ses compagnons qu'on pouvait, sans scrupule, user de tout ce qui appartenait à Dieu, quand on combattait pour lui, et que le temple <levait nourrir ses défenseurs. Le vin et l'huile consacrés aux libations à faire sur les holocaustes et confiés à la garde des prêtres, furent tirés des magasins (ceux-ci étaient dans le hiéron intérieur, ev tô Iv^oT^pw Upw) , et distribués aux soldats, qui n'eurent pas horreur de consommer plus d'un hin de ces provisions sacrées , qui devinrent leur boisson ou leur servirent à oindre leurs membres ^ « Je n'hésite pas à déclarer ce que la douleur m'inspire, ajoute Josèphe, et je crois fermement que si les Romains n'avaient pas persévéré dans le châtiment de ces scélérats, la ville eût été engloutie par un tremblement de terre, ou noyée par un nouveau déluge, ou détruite par les foudres qui ravagèrent la terre sodomitique ; car elle contenait une race bien plus criminelle que celle qui fut anéantie dans cette catastrophe. Aussi la population