‹ Les derniers jours de l'Acadie, 1748-1758 [microforme]Chapitre 11 sur 67 · OMAN E · texte numérisé non relu

OMAN E

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plus, l'utilité d'étre un entrepôt pour les voyageurs, tant de

la ville, que de ceux qui viendront des Ports Dauphin et

Toulouse par Labrador (1).

Ces habitans cultivateurs peupleront la colonie et seront toujours des soldats en cas de besoin : comme pendant trois ans n'étant point remplacés, qu'au bout de ce terme, et après, comme miliciens, pour être emploiés, soit à la deffense de l'intérieur du pais ou de la place, quand on voudra les y faire rentrer.

Les arrangemens que j'ai fait pour les avoir sous les veux et être informé de leur travail, dont ils ne pourront se disculper par les précautions que j'ai prises et expliquées cy-dessus, empécheront qu'ils ne tombent dans les mêmes inconvéniens que ceux à qui on avoit donné anciennement de pareils congés. [ls avoient été placés et dispersés dans différentes parties de l'isle, trop éloignés les uns des autres, et hors de portée d’être éclairés dans leur travail et leur conduite, en sorte que, ces gens-là se voiant sans nulle discipline, se sont adonnés, la pluspart, à la débauche , ou à vendre du rhum, et n'ont, en aucune façon, rempli l'esprit de l'ordre du Roi, à l'exception d'un seul, nommé Langevin, placé sur le bord de la rivière de Miré, chés qui J'aiété. J'y ai vu un très grand défriché , des arbres fruitiers, et tout ce qu'il avoit ensemencé venir d'une beauté admirable (2) eten grande quantité. [Il est convenu, qu'avant

(3) L'utilité de cet entrepôt est imaginaire, personne ne se sert de chemin pour venir de ces deux ports à la ville. (S.)

(2) Ilest certain que le peu d'attention qu'on donnoit à ces soldats colons a pu contribüer à leur peu de réussite, mais il ÿ a peut-être encor quelqu'autre raison. R, n’a vu dans le terrain de Langevin — qu'il vante tant — que des légumes, Je pourrois même dire que le sol y est si caillouteux, qu'il est à craindre que le grain n’y vienne pas bien, Ce qu'il assure de ces boisseaux de récolte pour un de semence est fort douteux. (S.)

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la prise de l'isle, qu'il ensemençoit alors ses terres en grains, elles lui produisoient trente boisseaux pour un de semence, et sur ce que je me fâchai beaucoup contre lui de ce qu'il n'avoit pas ensemencé de grains cette année, il me dit que c'étoit un vœü (1) qu'il avoit fait, parce qu'on ne lui avoit pas donné deux bœufs qu'on lui avoit promis à la reprise de possession de cette isle, et que deux qu'il avoit acheté sur son compte étoient morts; je me suis engagé, sous votre bon plaisir, à l'exécution de la parole qui lui avoit été donnée, à condition qu'il ensemenceroit ses terres le printems prochain, et je l'ai menacé de lui ôter son habitation s'il ne le faisoit pas, ce qu'il m'a promis d'exécuter.

L'habitude journalière où est M. Prévôt, de contrecarrer et mettre obstacle, autant qu'il peut, à tout ce que je projette, me fait présumer qu'il ne manquera de contrarier encor én dessous cet établissement, mais vous estes informé de leur utilité et conforme aux ordres du Roi, à tout ce que vous m'avés dit et mandé, sur les soins particuliers que je dois prendre pour la culture des terres, et je pense que pour y parvenir et l’accélérer autant qu'on peut, la difficulté d'avoir des fonds empêchant qu'on ne puisse faire, dans la même année, un défrichement suffisant, il

n'est rien de mieux que cet établissement qui, d'ailleurs, ne coûte rien (2).

(1) Ce vœu est bien ridicule, on pourroit l'en relever sans scrupule, C'est une finesse de ce drôle pour avoir ses deux bœufs dont, certainement, il pourroit se passer, car c'est un des habitants les plus à son aise dans son espèce, Il a gagné considérablement à vendre du poisson et du gibier qu'il fait ramasser de toutes parts, (S.)

(2) Le Ministre doit être bien las de toutes ces plaintes sans preuves contre P, (S.)

(Pa) LES DERNIERS JOURS DE L'ACADII

DU MÊME Louisbourg, le 12 novembre 1752,

J'ai eu l'honneur de vous mander, l'année dernière, que j'avois acheté l'habitation du fond de la baie, à une lieüe de Louisbourg (1), de M. de Brouillan (2), à laquelle j'ai fait beaucoup travailler pour donner l'exemple, ce qui a donné une grande émulation à nombre de particuliers qui ont fait des défrichés surprenants depuis un an, et construit une si grande quantité de maisons, qu'on ne reconnaitroit plus les environs de Louisbourg. Comme je serai fort aise de perpétuer mon nom dans une colonie où je me flatte que J'aurai fait quelque bien (3) et qu'on s'y ressouviendra de moi, Je vous suplie de m'accorder cette concession, dont je Joins ici copie et du contract d'acquisition que j'en ai fait, à titre de franc aleu noble avec haute, moienne et

(1) Matière fort intéressante pour un ministre. R. ne dit pas qu'il ne l'a point encore paiée, qu'il n'a donné que 2.000 liv. dessus, quoiqu'il dût la paier comptant, Tout le travail qu'il ÿ a fait faire consiste en bois de chauffag: qu'il vouloit faire voiturer par terre, et sur lequel il comptoit gagner beaucoup, au lieu qu'il s'y ruine, et par entêlement ï'en veut pas démordre, Il est faux que cela ait donné de l’émulation pour défricher des terres, et les maisons nouvelles qu'on a bâties sont dans le Barachoïs (*) et n'ont rien de commun avec ce travail, (S.)

(2) M. de Saint-Ovide de Brouillan, gouverneur de l'Ile Royale en 1735,

(3) C'est ce dont le public ne convient point ici. R. est en horreur à tout

le monde et on n'aspire qu'après son départ. (S.)

(*} « On nomme, dans ce païs, barachois, de petits étangs, fort voisins de la mer dont ils ne sont séparés que par une grave et chaussée de cailloux,

On ne sauroit faire une lieue le long des côtes de l'Isle Roïale sans en trouver, » (Picuon. Lettres et Mémoires sur le Cap-Breton, p. 18.) Une grare est une partie de grève où l'on fait sécher la morue,

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