‹ Les derniers jours de l'Acadie, 1748-1758 [microforme]Chapitre 13 sur 67 · DT. 000 PT SIT · texte numérisé non relu

DT. 000 PT SIT

gularité de faire manger au Roi (1) des pâtés de l'Isle Roiale, sera un vrai cadeau à faire à Sa Majesté. Il sera d'autant plus grand, si mon projet réussit en entier, qu'il y a deux de ces pâtés dans lesquels j'ai fait mettre des truffes qui viennent de chés moi, lesquelles, pa les précautions qu'on a prises, me sont arrivées très fraiches, en sorte que vous pourriés dire, et le Roi aussi, avoir mangé des pâtés aux truffes d'Angoumois, venant de l'Isle Roiale(2).

Je fais encore une autre expérience. J'ai l'honneur de vous envoier quatre perdrix en plume, dont la beauté et la nouveauté feront certainement plaisir. Je leur ai fait boucher le bec avec de la cire, pour que l'air n'y pénètre point, et qu'elles se conservent plus longtemps.

Pour distinguer les deux pâtés qui seront aux truffes, j'ai fait écrire en dessus et en pâte: Zruffes, et aux deux autres : Faits à l'Isle Royale.

Je risque encor deux lièvres qui, s'ils arrivent à bon port, feront une singularité, étant tout blancs ; il est de la nature de ce climat que les lièvres y sont en été tout comme en France (3), et en hiver iis deviennent blancs.

Je désire bien vivement que le tout vous parvienne à bon port. J'ai une vraie impatience de savoir si l'orignal (4) qui s'est sauvé de la traversée, et que j'ai appris être arrivé jusqu'à Rochefort sain et sauve, vous est parvenu (5).

(1) C’est là précisément le fort de R, 11 entend mieux que tout le reste ce qu'on apelle intrigue. Cela n'est pas étonnant, il n'a jamais été occupé que de cela et il doit tout ce qu'il est à cet esprit de manège, (S.)

(2) Plaisant sujet de vanité pour un roi et pour son ministre! (S.)

(3) Cela n'est pas vrai, Leur poil tient plus de celui du lapin que de celui du lièvre. (S.)

(4) Variété de cerf,

(5) Cet animal n’est beau qu'autant qu'il a des bois, R. a précisément

envoie deux femelles qui n’en ont point, (S.)

ement

J'ai aussi chargé M. de Villejouin d'un écureuil qui peut étre donné au Roï. Il n'en a sûrement point pas un de pareil en France, il est d'une espèce extrémement rare, d'une grande beauté, d'une grande douceur et très privé. I] se promène familièrement dans la chambre et est accoutumé avec les chats et les chiens. Il se nomme Bonne (1).

Me permettrés-vous une licence ? Oui, je crois qu'elle est permise à quelqu'un qui vous est aussi inviolablement attaché que je vous le suis, et surtout venant du motif qui me fait agir; c'est de vous faire un petit reproche (2) sur ce que vous ne m'avés point envoié votre portrait que je vous avois demandé avec instance, et que je vous renouvelle, pour le laisser dans une colonie avec laquelle (3) votre mémoire devra toujours être précieuse.

Je fais la clôture de mes dépéches en vous priant de me regarder comme un second vous-même (4), (permettés-moi encor ce terme), que vous avés envoié dans une colonie chère à l'Etat et au Roi, l'entrepôt du Canada et la droite de toutes nos colonies méridionales (5), pour être instruit à fond généralement de tout ce qui la concerne: vous le serés par la lecture des lettres et mémoires (6) que j'ai eu l'honneur de vous envoier, ceux que M. de Villejouin vous

porte, ceux que je compte vous envoier encore, ét à mon

(1) Le portrait de cet écureuil est chargé. Il n'est pas vrai que l'espèce en

soit rare, Elle est, au contraire, fort commune dans la Nouvelle-Angleterre,

et bien des gens lui préférent le gris (S.)

(+) I croit parler à sa dulcinée du Toboso, (S.)

(3) de doute fort qu'il le laissât ei si le Ministre le lui donnoit, il le reporteroit en France, pour tirer vanité de cette faveur, (S.)

(4) Quel second il veut donner au Ministre ! (S.)

(5) Qu'entend-il par cette droite ? Peut-on s'exprimer ainsil (S.) (6)

Cela est faux. Ils ne sont remplis que de palivernes et de sotises. (8.)

so LES DÉRNIERS JOURS DE L'ACADIE

retour en France, l'année prochaine, je ne vous laisserai rien à désirai sur cet important objet. Trop heureux si je puis me flatter d'avoir réussi par mes travaux, mes peines et mes soins, à vous donner des preuves de tout mon zèle pour le service du Roi, de ma reconnaissance et de mon attachement pou: vous.

Me permettrés-vous de vous prier de faire pour moi un

petit doigt de cour au Roi (1) P

Page 1