LE C'° DE RAYMOND
(1} On ne peut plus douter que la tête ne lui ait tourné, Les Ministres rendent des comptes au Roi et ne lui font pas même la cour pour les plus grands seigneurs du Roiïaume, — A peine R, est-il connu du Roi; ce ne fut même qu'après une intrigue et des soins infinis qu'il put être présenté avant son départ, encor ce ne fut que dans la galerie, Son imagination, actuellement , l'a fortement persuadé qu'il est un personnage considérable qui mérite une partie de l'attention de Sa Majesté . ,. Quelle extravagance!
erai i je ines zèle
mon
i un
istres plus ne fut senté ation, trable
ance !
M. DE LA BOULARDERIE. — LE 4 CARTEL à. —— OPINION DE L'ABBÉ MAILLARD SUR L'AVENIR DES POPULATIONS FRANCO-INDIENNES, -—- SYMPATHIES FRANÇAISES DÉS ACADIENS ; DISPOSITIONS DU ROI EN LEUR FAVEUR, -— L'ABBÉ LE LOUTRE ET SES € ABBOITEAUX ». -—- RECENSEMENT DES MISSIONS SAUVAGES. —— L'ILE SAINT-JEAN, — L'ABBÉ MAILLARD ET LES RÉCOLLETS. -— FONDATION D'UN VILLAGE ACADIEN DANS LA BAIE DES ESPAGNOLS,
M. Le Poupet de La Boularderie, dont il est question dans la lettre suivante, a légué, jusqu'à ce jour, son nom à une des îles du Cap Breton, appelée jadis Verderonne. Son souvenir mérite donc de fixer quelques instants l'attention.
issu d'une ancienne famille bien connue du Cotentin, établie en Acadie depuis au moins une génération (1), le capitaine de La Boularderie, à la suite de circonstances qu'il expose lui-même dans l'énoncé de ses services militaires (2), s'était fixé à l'Ile Royale, où il était seigneur de la Petite Brador et de l'Ile Verderonne, dont les habitants lui payaient annuellement un droit d'hommage pour
(1) CF. Rameau pe Saint-Pire , Une colonie féodale en Amérique, FAcadie. T, I, p. 402.
(2) CF, Appendice.
n2 LES DERNIERS JOURS DE L'ACADII
les terres qu'ils y occupaient. Chef d'une nombreuse
famille, il avait tous ses fils inscrits, dés le maillot (1), sur les contrôles de la garnison, Voici leurs noms, relevés sur un état de 1751:
Chevalier de La Boularderie, cadet à l'aiguillette à dater de 1747, 13 ans.
Louis Le Poupet de Beneville, cadet soldat à dater de 1749, 9 ans.
Jean-Richard Le Poupet de Saint-Aubin, cadet soldat à dater de 1749, 6 ans.
Le Poupet de Vesly (2), cadet soldat à dater de 1750, 3 ans.
LE COMTE DE RAYMOND A M, ROUILLÉ Louisbourg, le $ janvier 1753.
J'ai concerté avec M. Prévôt, ainsi que vous m'avés fait l'honneur de me marquer de le faire, les secours qu'il conviendroit de donner à M. de La Boularderie,,. Tous ses enfants sont, ou cadets à l'aiguillette, ou cadets soldats... Il ne lui! reste que ses apointemens de capitaine réformé et son habitation de Labrador, qui seroit, sans contredit, très lucrative, si elle étoit mise en valeur, y aiant
beaucoup de défriché fait, mais dont il ne tire rien, faute
(1) E y avait même des cadets d'un an, notamment le fils du capitaine d'Estimauville, Getie coutume de commencer au berceau l'éducation mmilitaire était genérale sous l'Ancien Régime, Bien plus, détail qui, de nos jours, semblerait barbare, ces enfants combattaient parfois et étaient tués ou blessés dès l'âge le plus tendre; les armées de la République en fournirent encore des exemples, tels que Bara, Viala, etc,
(2) Paroisse du Cotentin, berceau de cette famille. M. de Vesly était, en 1789, capitaine en second au batailion de la Guyane; la plupart des officiers canadiens, demeurés Français, servirent, d'ailleurs , ultérieurement , et de préférence, dans les troupes coloniales. (CF, Etat général de la France en 1789, par M. ne WAROQUIER,)
| fl LES DERNIERS JOURS DE L'ACADIE taE | ar 4 d'avoir de quoi y faire travailler, Il n'a mème pas de quoi UE s'y loger, sa maison qui étoit très helle, et ses granges, aiant ur Û été brülées dans le tems de la guerre ; il y a, de plus, perdu À tous ses bestiaux.,, ‘er 4 C'est un ancien officier qui est bien corrigé de tous ses d égaremens passés et que j'ai su si bien contenir, qu'il de n'est plus question de toutes les disputes continuelles qu'il avoit avec ses vassaux et gens de son habitation à Labrador. , Va Je ne sais s'il n'y auroit pas un bon parti à prendre pour le Roi au sujet de cette habitation où on assure qu'il y a 204 une très grande quantité d'arpens de terre prêts à étre ensemencés en grains de toutes espèces que l'on y fait venir parfaitement bien... (1).
Dans la tournée générale que j'ai faite des deux colonies, | un grand nombre d'habitans de ceux à qui le Roi donne ras f des vivres, m'ont montré des billets qu'ils avoient d'un u'il À | À f | , reliquat qui leur reste dû de viande salée de l'année 1751, A ce qui est provenu, sans doute, de ce que le navire /'Æole, or qui en étoit chargé, ne nous est point parvenu, aiant été pie obligé de relâcher à la Martinique, où ces viandes ont été LD vendues au profit du Roi. J'en ai parlé à M. Prévôt, qui en “ a dit que c'étoit tant pis pour ces habitans, qu'il avoit reçu 1 des ordres pour ne les point rembourser, ce qui fait beaucoup gémir les misérables que cela regarde... Comme pos j'ignorois les ordres que M. Prévôt avoit reçu à cette occaii sion, Javois comme promis à ces habitans qu'ils en seroient chi remboursés,., (2). Permettés que je vous prie de donner rhi= (1) R, voudroit-il proposer au Roi d'acheter la terre de Labrador ? Une Mis imaison de plaisance, pour Sa Majesté, à l'Isle Roiale, ne seroit pas mal °1ers imaginée, (8.) t de * (2) Si le Roi vouloit se charger de tenir toutes les promesses que R, a en
fait en étourdi et mal à propos, il lui en coûteroit beaucoup. Cependant, il
ne paroît pas nalure} de priver ces misérables du bœuf qui leur revenoit,
vos ordres en conséquence ; ces petites bagatelles font plus
de peine aux nouveaux habitans qu'on ne le sauroit dire,
M, DU CAUBFT À M, DE SURLA VILLE Veskak, ce 16 février 1753.
Le cartel qui a été proposé par M. Duquesne, général du Canada, touchant les déserteurs, a été accepté avec tout l'empressement possible par celui d'Halifaks qui a été très aise de saisir cette occasion, parce que, d'un homme que nous perdions, ils en perdoient dix, sans compter le nombre des femmes qui auroient été capables de composer une nouvelle colonie.
La désertion des habitants qui étoient venus pour établir Halifaks se continue toujours, si bien qu'il v en a un nombre au Gaspareau, y joint üu officier suisse qui a toutes ses lettres de service; ayant été audit lieu pour y chercher de l'employ, n'ayant pu en trouver, il a passé avec les autres. Sur la demande de M. La Houssavye, M. de Vassan l'a fait habiller sur le compte du Roy, en avant grand besoin.
Le cartel accepté dont je vous ay parlé ci-dessus, y en ayant déjà de renvoyez de part et d'autre, a fait un effet merveilleux et rendu la troupe plus souple qu'un gant, si bien qu'elle s'est laissée retrancher les vivres à l'égal de Louisbourg, sans murmurer nullement...
J'ay appris par le courrier qui est venu de Canada, qui
a passé 1Cy pour se rendre à Beauséjour, que les sauvages
surtout ce bœuf ayant été vendu avantageusement à l'Amérique, et l'argent aiant pu en être emploié plus utilement à acheter des mélasses dont $, M a besoin ici. de doute que réellement Prévôt ait reçu ordre de le retrancher. Peut-être avoit-il d'autre vue ; mais, actuellement que la mèche est décou- (S.)
verte, ils'en sera fait un mérite d'economie vis-àevis dn Ministre,
nm
tot
al du tout très ; que mbre
une
tablir a ul qui a OUT Y passé ssaye,
y, en
,y en , effet ant, Si
ral de
a, qui Ivages
l'argent tS. M rancher.
t décou-
LES DERNIFRS JOURS DE [, ACADII na
du pais d'en haut avoient vendu Ja Riviere-Blanche aux \nglois, et se sont engan ss de les aider à faire leur fort et de les soutenir de toutes leurs forces contre les François et autres nations qui voudroient les aller inquietter. Sitôt que M. Duquesne a été informé de ça, il a parti avec M. Bigot pour se rendre à Montréal et travailler à l'équipement de cinq mille Canadiens qu'il a commandé pour aller s'opposer à l'établissemént du tort et pour le faire au nom du Roy de France, avec ordre de donner sans miséricorde sur les
sauvages vendeurs.
L'ABBÉ MAILLARD A M. DE SURLA VILLE Au Saint-Esprit, ce 21 février 1753.
Vos traits historiques, accompagnés de remarques qui reviennent admirablement bien à ce que vous voulez m'insinuer, me confirment assurément dans ce que j'ay déjà plus d'une fois pensé de toutes les nations qui se trouvent dans cette partie de notre globe, Je ne donne pas plus de cinquante ans à ceux-cy et aux Marichites pour qu'on les voye tellement confondus avec les François colons, qu'il ne sera presque plus possible de les distinguer (1)
J'attends quelques beaux jours du mois de mars pour me rendre à Louisbourg.
Je scay, à n'en pouvoir douter, que les sauvages du Cap de Sable ont fait, avec le gouvernement d'Alifax, une espèce de traitté de paix. Il faut, Monsieur, pour obvier à
tout le mal qui pourroit provenir des démarches de ce
(1) Cette prédiction s'est à peu près réalisée : « A peine y en a-til quelques-uns — dit M, l'abhé Casgrain en parlant des Micmacs modernes —qui aient le vrai lype sauvage. Leurs traits et les noms de famille de plu-
sieurs d'entre eux rappellent le sang européen dont ils sont plus ou moins
mèlés, » (Un pèlerinage au pays d'Evangéline, p. 6.)
SLA