LETTRE DE M. ROUILLÉ, COMMUNE A MM. DE RAYMOND ET PRÉVOT
Versailles, le 17 juillet 1753.
Messieurs, vous savez quelles sont les dispositions du Roi en faveur des habitans de l'Acadie qui se sont retifés sur
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LES DERNIERS JOURS DE: L'ACADIE Nat
nos frontières. Les représentations que M. l'abbé Le
Loutre (1) a faites ici sur Ja situation où ils se trouvent et
dont j'ai rendu compte à S. M., l'ont confirmé dans ces
dispositions, et elle souhaite toujours, de plus en plus, qu'on leur procure, autant qu'il sera possible, les secours qui peuvent leur être nécessaires,
Ces secours doivent avoir pour objet, non-seulement de subvenir aux besoins actuels de ces habitans, mais même de les mettre en état de s'en passer bientôt, en facilitant leurs établissements.
C'est dans cet objet que le sieur Le Loutre a demandé, pour ceux qui se sont retirés du côté de Beauséjour, que le Roi voulüt bien entrer dans la dépense des levées qu'ils apellent des abboitaux , et qui leur sont nécessaires pour pouvoir faire valoir leurs terres, et il a représenté qu'avec une somme de cinquante mille livres, ces levées pourroient être faites, et que, dès lors, ces habitans pourroient se passer de tout secours. Malgré la situation fâcheuse des finances de S. M., Elle est disposée à les aider pour la construction de ces ouvrages, s'ils doivent produire l'utilité que ce missionnaire y a envisagée, et que la dépense n'en excède pas son estimation ; ainsi, il faut faire constater ces deux points, et faire dresser un plan estimatif sur lequel on puisse travailler (2).
1) Le gouverneur Cornwallis offrit ultérieurement cent livres sterling pour la tête de ce missionnaire ; après la prise de Beauséjour, il subit huit ans de captivité dans l'île de Jersey, (Cf, Abbé CasGnais, Un pélerinage au pays d'Evangéline , pp. 101, 194). L'abbé Le Loutre était chargé des Micmacs de la Baie Verte, ou frontières de l'Acadie, L'abbé Manach était son assistant.
(2) Quand bien même ces levées produiroien ‘ l'effet qu'en attend l'abbé Le Loutre, de quelle utilité l'établisse.nent de ces Acadiens
seroit-il à l'Isle Roiïale ? C'est mal connoître l'Acadien que de croire
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Le sieur Le Loutre prétend que le sieur Jaçau-Fiedmont ce peut être chargé de cette opération. Vous pourrez lui en pi donner l'ordre en observant d'en informer MM. du Quesne se et Bigot, et si le compte que cet officier en rendra est d
« conforme au projet proposé par ce missionnaire, $. M. ql trouvera bon que vous preniez des mesures pour l'exécu- ré tion de cet arrangement (1). le
Le sieur Le Loutre m'a assuré qu'au moien de ce secours si particulier pour les abboïteaux des habitations, ils se ta
logeront eux-mêmes à leurs dépens. C'est là un article au essentiel (2), car tant qu'ils ne seront pas logés, on ne peut pas s'assurer qu'ils se fixent dans les établissemens qu'ils qu | ont pris. Ainsi, il ne faut rien négliger pour les engager à F” | se bâtir des maisons. les Le méme missionnaire avoit proposé d'établir une monnoïe pour avoir cours dans ces quartiers, à l'instar de | qu'il travaille assés pour semer des grains au-delà de ce qu'il en faut pour | sa subsistance et pour en fournir à Louisbourg. Il valoit bien mieux m' | que le Roi dépensât ces 50,000 liv. à défricher, à l'Isle Roiale ou à l'Isle plu Saint-Jean, des terres qu'on auroit distribuées à ces Acadiens, L'exemple ter des autres habitans, venus de l'Europe , qu'on auroit en soin d'entreméler n' | avec eux, leur auroit donné de l'émulatiou pour le travail, et les secours ; qu'on en auroit pu tirer auroient été bien plus à portée. Car on ne doit po: pas s'imaginer qu'ils servent à quelque chose tant qu'on les laissera aux un environs de Beuuséjour. La connoissance de ce qui s'est passé avant la mé guerre doit suflire pour en convaincre. (S.)
(1) Ilest bien singulier que Jacau ne suffisant pas même à la direction des ouvrages du fort dont il est chargé, on veuille encore lui donner celle Le de ces levées. Pour qu'elles puissent être solides, il fallait faire venir un di homme d’Hollande, entendu à la construction des digues, (S.) de }
(2) C'est une finesse de l'abbé Le Loutre d'avoir fait valoir cet article, y Lu car on n'a rien donné, à l'Isle Roïale ni à l'Isle Saint-Jean, aux nouveaux sat habitans pour la construction de leurs maisons. C'est une erreur de croire de les fixer par là, puisque ceux de Mordienne et de J'Espagnolle, qui sont (a
l'Ac
logés fort commodément, ont grand envie de s'en aller. (S.)