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vous a écrite au sujet de celle que nous avons reçue en commun du Ministre, en datte du 17 juillet dernier, et dont a été envoié copie à M. l'abbé Le Loutre, nous nous sommes abouchés ensemble et nous sommes convenus de vous écrire pour vous prier de nous envoier, le plutôt qu'il sera possible, un état estimatif fait avec le sieur Jacau de Fiedemont, de ce que coûteront les levées, ou abboiteaux, que M. l'abbé Le Loutre a proposé à la Cour de faire faire; les dits abboiïteaux tendant à ce que les habitans refugiés et non relugiés, dans la partie où commande M. de La Martinière, puissent se procurer leur nourriture par euxmêmes.
Il'est très à propos, Messieurs, que cet état constate qu'il ne coûtera effec*‘ement rien au Roi au-delà de cette somme, et qu'elle sera suffisante pour remplir le projet de M. l'abbé Le Loutre et les vües de la Cour.
Il est nécessaire aussi que le sieur Jacau-Fiedmont fasse un mémoire détaillé dans lequel lil exposera! tout ce qu'il convient de faire pour venir à l'objet proposé (1).
Le Ministre désire, de plus, d'ètre assuré qu'au moien des 50,000 liv., que le Roi a accordé pour faire ces abboiteaux, les habitans se logeront eux-mêmes, sans qu'il en coûte rien de plus à Sa Majesté.
Nous vous prions, Messieurs, d'informer MM. du Quesne
et Bigot de ce que nous vous marquons des intentions du
(1) Ce détail n'est pas suffisant, il faudrait savoir, de plus, quel espace de terrain ces abboïteaux mettront à l'abri de la mer, combien on peut y placer de colons, la nature du sol, le tems qu'il faudra à ces terres à se détacher des parties salines avant d’être susceptibles de production, ce qu'il en coûicra pour leur entretien, l'effort que les eaux peuvent faire dessus, la forme qu'on compte lui donner, quels matériaux dans le païs , l'endroit où on Les
trouvera, etc, (S.)
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Ministre (1) sur lé contenu de cette lettre et d'adfesser votre réponse à M. le comte de Raymond ou à celui qui commande en son absence, et à M. Prévôt.
LE COMTE DE RAYMOND A M, ROUILLÉ Louisbourg, le 1° octobre 1753.
M. Joubert, capitaine de cette garnison, qui est l'officier que j'ai toujours chargé d'aller placer les villages qui ont été établis depuis que je suis ici, vient de revenir de la Baie des Espagnols, où il a été conduire et placer les vingtcinq soldats, habitans de cette année, que je me suis attaché à faire chojsir des meilleurs travailleurs et de bonne conduite, autant qu'il a été possible.
Il a été d'autant plus à propos de placer ce nouveau village dans cette partie de l'isle que, dans la tournée que j'y ai faite, nous y avons tous vu une très bonne terre, des productions de très beaux fromens et de toutes sortes de grains, un beau ciel et où il ne fait point de brume (2). Ce hâvre, d'ailleurs, que l'on peut dire être le plus beau port qu'il y ait dans aucune des colonies françoises, est déjà habité par un grand nombre de familles acadiennes, dans lesquelles il y a près de soixante filles en état d'être
(1) Pourquoi donnent-ils cette commission à d'autres, puisque la Cour les en avoit chargés eux-mêmes, C'est, sans doute, encor une délicatesse de R{aymond], qui ne veut pas qu'il soit dit qu'il rende des comptes à M, du Quesne, (S.)
(2) 1 n'est pas étonnant qu'il n’y eût point de brume à la fin de juillet, — R{aymond] n’y a point vu de froment, mais seulement quelques avoines et des légumes. Les habitans ne sont pas d'accord sur la bonté de la terre. Il y en a presque autant qui disent qu'elle est mauvaise, qu'il ÿ en a du sentiment opposé, Mais quand bien même ces derniers auroient raison, il n'est pas tout à fait décidé si les grains y viendroient à maturité à {a longue. ; (S.)
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mariées, et qui vont, tout d'un coup, donner des femmes à nos nouveaux colons, ce qui ne peut produire que de très bons effets (1), et déterminer ces Acadiens, naturellement inconstans, à se fixer, avec plus de plaisir, dans la colonie et à en augmenter la force...
Je reviens à la Baie des Espagnols, dont les habitans acadiens avoient entièrement négligé la culture de leurs terres Jusqu'à ce que j'v aie été et mis un officier pout y veiller. J'ai une joie véritable de voir qu'actuellement ils y prènnent goût eux-mêmes. Quelques-uns d'eux m'ont apporté des bleds, orges et avoines, etc., qu'ils ont recueilli en si grande abondance, en comparaison du peu qu'ils avoient semé, qu'il y en a mêèine qui en ont vendu (2), et
M. de Joubert, qui y a été depuis que la récolte y est faite, y a vu des productions de 60 , 50, 40, 20, etc., pour 1 de
semence, ainsi que J'ai eu l'honneur de vous marquer dans une autre lettre. J'en ai vu, dans la partie de Miré, pendant . trois récoltes de suite (3). d
J'aurois bien désiré que nous eussions pu donner des vaches dès cette année, au moins à ceux de ces habitans of qui auroient eu déjà des pra les pour nourrir les bestiaux à qu'on leur auroit donnés, et je n'ai pas manqué de leur en “ faire défricher pour l'année prochaine, tant pour chacun * de ces habitans en particulier, que des communes pour m al In
(1) I auroit mieux valu attendre à marier ces soldats qu'ils eussent déjà fait un défriché assés considérable pour élever leur famille, car ces femmes ne di sont d'aucun secours pour le travail et coûtent an Roi des rations. (S.) qu
(2) Ge n'est pas à proportion de la semence qu'on vend du grain, mais de la consommation qu'on en fait. Les habitans ont troqué de l'avoine contre de la farine de froment, cela ne fait rien à la qualité des terres.
(S.) \l (3) I faudroit savoir si c'est sur le mème terrain, et combien, chaque année, il a produit. (S.)
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chaque village établi (1). J'avois espéré qu'on auroit pu, dès cette année, commencer à peupler un peu l'isle de vaches, aïant trouvé dans les papiers que M. des Herbiers m'a laissé, que le Roi avoit accordé, dès l'année de la prise de possession, un fonds d'environ vingt mille livres pour en acheter, 6e qui me donna occasion d'en parler à M, Prévôt qui me fit répondre que ce fonds avoit été emploié à autre chose par vos ordres (2), en sorte que je n'ai plus eu rien à répliquer...
Le P. Clément, que les Récollets ont envoié ici pour être curé, est arrivé... Ce curé a très bien débuté, il préche fort bien, j'ai été à un sermon qu'il nous a donné le jour de la prise de possession (3). \
(1) Sur la somme que le Roi a accordée cette année pour des défrichemens, il étoit aisé [del ménager de quoi acheter une trentaine de vaches qu'on auroit pu distribuer à tous les habilans de Miré, Ils auroient trouvé dans cette rivière de quoi les nourrir. (S.)
(2) Iest bien singulier qu'on ait chengé la destination de ce fonds ; si on l'avoit emploïe en 1749, au plus tard en 1750, il pouvoit suffire à acheter deux cents vaches qui auroïent bien multiplié depuis ce tems-là. Il y a cent fois plus de prairies dans l'Isle Royale seule, qu'il ne falloit pour les nourrir, Sion avoit, en mème téms, obligé ceux à qui on les auroit données de rendre une vache au bout de trois ans, on pourroit aujourd’hui en redistribuer la même quantité à de nouveaux colons, sans qu'il en coûtât rien au Roi, et ainsi successivement, Car une génisse est en étai de porter ici à 18 ou 20 mois. (S.)
(3) R, s'érige en juge compétent d'un sermon. Je le récuserois, mais il a voulu aprendre au Ministre qu'il a été au sermon, parce qu'il a apris qu'il ctoit un peu dévot, (S.)
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