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et six cent trente-sept sauvages. M, de Contrecœur ne garda avec luy dans le fort que ce qu'il falloit de troupes pour le deflendre.
M. de Beaujeu, chargé du commandement, apprit par
les découvreurs qu'il faisoit marcher devant luy, que les
Anglois étoient arrestés dans le bois, dans un chemin qu'ils avoient fait l'année dernière, depuis le fort de la Nécessité jusqu'à trois lieues de celuy Duquesne: qu'ils étoient formés en une colonne dont tout le centre, depuis la tète jusqu'à la queue, étoit rempli de leurs chariots et bagages; que quelques compagnies de grenadiers marchoient à la tète de cette colonne, sur à peu près quinze hommes de front, soutenus par deux pièces de canon, que deux petits corps de cavalerie légère formotent l'arrière-garde de cette armée, et que le reste de leur artillerie étoit placée vers le centre. Seur de la position des ennemis, M. de Beaujeu sépara les nations sauvages et les fit étendre des deux côtés du chemin dans le bois. I] mit à la teste de chaque nation un officier ou cadet qui en parloit la langue, et leur ordonna de ne se montrer que lorsqu'il auroit attaqué l'ennemi en front. Ensuite, il formases soldats et miliciens sur quinze hommes de hauteur, qui étoit à peu près le même front que présentoient les compagnies de grenadiers anglois. Dans cet ordre, il les attaqua avec un courage intrépide ; ils le reçurent de leur côté avec un feu bien noury, et s'ouvrant après chaque décharge, de droite et de gauche, pour laisser un libre passage aux canons chargés à grappes de raisins qu'ils cachoient, ils ébranloient un peu notre détachement , lorsque, tout à coup, les sauvages, qui s'étoient postés avantageusement derrière des arbres, firent leur décharge (décharge d'autant plus terrible que le feu en est continuel , et que, comme vous scavez, cher cousin, aucun coup ne porte jamais à faux).
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Ce feu inattendu surprit les Anglois. Pour y remédier, ils furent contraints de faire face des deux côtés du chemin, Ce mouvement diminua l'effort qu'ils faisoient au front, donna le temps à notre détachement de se remettre et de combattre avec plus d'égalité. M, de Beaujeu aïant été tué à la troisième décharge, M. Dumas prit le commandement, secondé de M, de Lignerie. I] fit mettre la bayonnette au bout du fusil à nos soldats et foncer sur les Anglois. Ils mollirent à leur tour et firent un feu de retraite. Nos sauvages, les voyant se reploier à la queue de leur colonne, après avoir fait feu, prirent ce mouvement pour une fuite, sortirent du bois le casse-teste en main et, faisant leurs horribles cris, ils fondirent sur eux avec une fureur inexprimable.
Les Anglois ne pouvant supporter ce choc, quoyqu'ils eussent la bayonnette au bout du fusil, rompirent leurs rangs et, ne pouvant se rallier à cause de la mauvaise disposition de leur ordre de bataille, se sauvèrent en désordre. La moitié de notre détachement les poursuivit jusqu'au bord de la Malanquelé, l'autre resta pour garder le champ de bataille.
Ce combat commença sur les onze heures et demie du matin, et finit sur les quatre à cinq heures du soir. Les Anglois ont laissé douze cents cinquante hommes sur le champ de bataille; nous leur avons pris quatre pièces de canon du calibre de douze livres de balles, deux autres du calibre de six livres, quatre obusiers de sept pouces et demi de diamètre, onze mortiers, le tout de fonte, dix-neuf cents quarante cartouches à mousquet, dix-sept barils de poudre de cent livres, cent quatre-vingt-douze bombes
obusières de quarante-trois livres, cinquante-cinq grenades de six livres et demi, cent cinquante-sept bombes de sept livres, un grand nombre de pelles ferrées et d'outils propres
à faire un siège, beaucoup de munitions de bouche, dont, à la vérité, la plus grande partie a été dissipée par les sauvages sur le champ de bataille, plusieurs chariots, cinq cents chevaux, cent bœufs ou vaches, beaucoup de moutons.
Le butin que nos soldats et sauvages ont fait se monte à plus de 180,000 livres, on a fait plusieurs prisonniers, parmi lesquels on a trouvé sept femmes, on a trouvé aussi plusieurs de ces dernières parmi les morts.
La maîtresse du général Braddork, belle comme l'Amour, habillée en amazone et montée sur un superbe cheval, a été tuée combattant à côté de son amant, malgré toute l'envie qu'on avoit de la conserver. Son amant, luy-même, a été mortellement blessé, mais les Anglois l'ont emporté. Les effets et bijoux, trouvés sur la maîtresse de Braddork, ont été estimés à 10,000 livres.
Nous avons perdu, de notre côté, vingt hommes, parmi lesquels sont MM. Beaujeu, Quarqueville (1), lieutenant,
de cette armée, il ne s'en étoit sauvé qu'onze (dont il y en
et La Perrade, enseigne (2), et, de plus, treize sauvages. S Nous avons eu très peu de blessés. 1 | Des déserteurs anglois ont assuré, depuis cette action, . que Braddork étoit mort, que tous les officiers d'artillerie c | et ingénieurs avoient été tués, et que de tous les officiers c |
avoit cinq de blessés), avec trois cents hommes.
MM. Du Buisson, officier, et Vieuxpont-Normanville, s cadet, furent détachés, après la bataille, pour observer la
retraite des Anglois. Ils ont été jusqu'au fort de la Nécessité, qu'ils ont trouvé brülé en partie. Ils y ont trouvé huit mortiers à grenades, cent vingt-cinq chariots de vivres demy
(1) De Carqueville, mort en chemin, du champ de bataille au fort. (3) Mort le lendemain, (Autre relation envoyée par M. de Fiedmond.)
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bruslés, deux cent vingt-cinq barils de poudre deffoncés dans un ruisseau, plusieurs boulets, sept cents bombes, dix-neuf grilles à rougir les boulets, et quantité de malles. Dans celle de M. Braddork, se sont trouvées plusieurs lettres d'un nommé Stobo, officier anglois et prisonnier à Québec depuis un an, qui mandoit à ce général les instructions de sa Cour pour sa campagne, On dit qu'elles portotent. qu'il devoit d'abord s'emparer du fort Duquesne, ensuite Ge celuy de la Rivière-au-Bœuf, de celuy de la Presqu'Ile, et de là !s') établir lau! Niagara (r).
M. JOUBERT A M. DE SURLA VILLE De Louisbourg, ce 25 aoust 1755.
J'ay reçu la lettre dont vous m'avés hon:oré du 20 avril, à mon retour de l'Isle de l’Entrée où l'on m'a envoyé en détachement à mon arrivée de Saint-Domingue... Sans la sage précaution que l'on a pris d'envoyer des bàtiments de pèche croiser sur les bancs pour avertir de ce qui
se passe, les flûtes que l'on attend de Rochefort, la flûte
l'Outarde, dans laquelle a passé Du Fresne (2), auroit sûrement tombé entre les mains de l'escadre anglaise qui croise devant le port de Louisbourg pour intercepter les bâtiments du Roy et les tâtiments marchands chargés de vivres...
(1) Une relation analogue, envoyée par M. Joubert (cf, la lettre du 10 septembre), indique, au nombre de nos blessés, MM. Le Borgne, lieutenant, Bayeul, enseigne, Hertel et Montmidv. cadets ; elle ajoute que des déserteurs uous apprirent que nous avions eu affaire à deux mille hommes, qu'un millier d'autres, demeurés à quatre lieues plus loin, avaient pris la fuite sans combattre, abandonnant vivres et munitions, et s'en étaient retournés en Virginie, Celte action est généralement connue sous le nom de bataille de la Honongahéla, du nom d'un affluent de l'Ohio ou Belle Rivière; de cet harmomeux nom indien, les Canadiens avaient fait Malengueulce.
(2) Gapitaine à l'Ile Royale,
Peu de jours après mon retour, je vous ay écrit à Paris, pour vous informer de ce qui se passe dans nos contrées ; Je crains fort que la prise de l'A/cide et du Lis ocasionne une guerre généralle que nous ne sommes pas en état de soutenir.
Nous éprouvons aujourd'huy combien il auroit été avantageux, dans la position où nous sommes, d'avoir employé, dans son temps, les fonds accordés pour des bestiaux. Ceux qui en estoient chargés n'en sont pas la partie souffrante, malheureusement. Ils ont des ressources que le pauvre militaire et l'habitant n'a pas ; le poisson et les pois au lard sont notre ressource aujourd'huy. S'il ne nous estoit pas parvenu un grand bâtiment et une gouelette du Canada, chargée de farine, qui ont heureusement passé avec la frégate qui les convoyoit, par le passage de Menadoux, pour éviter l'escadre anglaise qui estoit au large de Scatary,
nous aurions eu de la peine d'avoir des farines jusques à l'arrivée de l'Outarde.
| Le Ministre estoit dans une sy grande sécurité sur le pe mouvement des Anglais, qu'il avoit écrit à nos chefs, par n° | une frégate, de tirer des farines de la Nouvelle-Angleterre, (] | le plus que l'on pourroit, en attendant les flûtes. pi | Il auroit fallu que l'on eût reçu cet ordre l'année der- dé | nière ; nous serions à plaindre sy les autres flûtes que l'on
attend n'ont pas le sort heureux de l'Oufarde. vé | Les fortifications vont fort lentement... Il nous est ar- M rivé deux ingénieurs ; Bresson ne revient pas, la perte n'est | pas grande ; l'on fait passer ses fils en France.
| J'ay passé quinze jours à l'Isle de l'Entrée, que je croyois à l'abry d'un coup de main... j'ay trouvé ce poste très critique ; sy Je pouvois réussir à obtenir mon changement, ss je ne pourrois qu'être heureux de sortir d'un pais qui dt n'offre qu'un advenir peu gracieux. M, Drucourt a demandé
Paris, rées ; ionne at de
avanloyé, Ceux rante, re miu lard it pas inada, a fré- , pour atary , ques à
sur le s, par terre,
| dere l'on
st ar- » n'est
OyoIs > très ment, s qui
andé
mon changement pour Saint-Domingue, il expose que mes blessures ne me permettent pas de continuer à servir à l'Isle Royalle, à cause des divers changements de temps...
MM. de Coux, du Chambon et d'Estimauville sont chevaliers de Saint-Louis ; j'espère que, l'année prochaine, l'on fera du Haget chef d'escadre. Peut-on sy mal distribuer de telles grâces...
M. de Montalembert ne passe point en France; il a eu peur qu'il ne luy arrive la même aventure qu'à son autre voyage, c'est-à-dire que l’on profite de son absence pour luy enlever sa Dulcinée. Il est amoureux fou de l'aînée Thiéry, qui le déteste et qui cependant s'est déterminée à l'honorer de sa main. Il faut que la tête ait tourné à Montalembert, à qui j'en ay dit mon sentiment, ainsy que quelque autre, sans que cela l'ayt ramené à ce qu'il se doit; en un mot, il veut l'être, et il le sera. Il pourra dire: —- Tu l'as voulu, Georges Dandin.
.. Vous avés bien raison de vous applaudir de n'être point employé dans l'expédition du Canada. Je crains qu'elle n'ayt point une heureuse issue, j'en 4y aussy mauvaise opinion que vous... Je souhaite que l'Anglais n'°ntreprenne rien, car je suis persuadé qu'il auroit bon marché de nous, faute de tête...
Le « général » Le Loutre est parti pour France, vous le verrés à Paris l'hiver prochain. Il reste au séminaire des Missions Etrangères.
DU MÊME
De Louisbourg, ce 10 septembre 1755.
J'ai l'honneur de vous adresser une relation de ce qui s'est passé en Canada, avec un plan de l’ordre de marche du général anglais à la Belle Rivière...
Je n'ay pas manqué d'informer M. Delalane, à Saint-
Domingue, de la demande de M. de Drucourt, afin qu'il écrive à M. Laporte, ainsy qu'il me l'a offert. Je le prie même, au cas que l'on ne forme pas des bataillons des troupes que le Roy entretient dans cette colonie, de demander pour moy la majorité du Mirebalais. C'est un coup de partie pour moy sy j'obtiens ma demande, par le mariage avantageux qui ma été proposé et par l'avancement que J'ay lieu de me flatter.
Vous trouverés dans Ja marche du général anglais de l'ordre et de la conduite. Cependant, si j'estois chargé de la conduite d'une telle marche, je ne l'imiterois pas. Cette disposition me paroît bien azardeuse ; sy un des flancs est abordé, les troupes ne peuvent point s'entre-secourir, se trouvant séparées par les chariots. Il en résulte encore un autre inconvénient non moins dangereux. Le bruit du canon et de la mousqueterie ne peuvent manquer de mettre le désordre dans cette colonne, par les chevaux. L'atta-
quant a bien de l'avantage sur une telle disposition.
L'évènement justifie les réflections que l'on pourroit faire là-dessus : les sauvages se sont conduits dans cette action en guerriers expérimentés. ù
Je n'ay pas reconnu à la conduite de M. Dieskaut (1) les talents et la sagesse que tout général doit avoir. Il s'est conduit en jeune homme. Lorsqu'il a vü que ce camp estoit retranché, pourquoy ne pas se retirer, après l'avoir fait reconnaître sans l'attaquer ? Pour moy, je crois que la tête luy a tourné à la vue des retranchements...
Tout ce que l'on peut dire pour sa justification, c'est qu'il a trop méprisé son ennemy, que l'action heureuse de la Belle Rivière luy a fait croire qu'il ne faloit que se présenter pour les mettre en fuitte...
(1) Cf. les lettres suivantes,
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Le général Bradock, suivant ses instructions, devoit, après la prise du fort Duquesne, prendre le fort de la Presqu'ysle et, ensuite, se porter à Niagara, où il devoit ètre joint par un nouveau corps de troupes venant de Choagin. Le corps avec qui M. Dieskaut a eu affaire, devoit ataquer le fort St-Frédérick, qui auroit été sûrement emporté avant que M. Dieskaut y füt arrivé. I! devoit passer l'hiver dans cette partie et, au printemps prochain, tomber sur le Montréal. La deffaite de M. de Bradock a, comme vous voyés, sauvé le Canada. La guerre, dans ce païs, a trois fois changé de nature. La deffaite des Anglais à la Belle Rivière a changé la guerre de nos ennemis, d'ofensive en deffensive.
L'échaffouré (sc) de M. Dieskaut le réduit à force égalle.
M. de Boisbert {sic) (1) a fait à l'Acadie ce que Vergore auroit dû faire ; 11 nous metoit en mème, s'yl s'estoit porté à la Baye Verte, de rentrer dans ce païs, si nos forces l'avoient permis. Il n'est point de petites fautes à la guerre qui ne tirent à des conséquences fâcheuses. Vergore fait un très bon garçon, mais plus ataché à ses intérests qu'à son mestier dont il ne possède aucune partie. Ceux qui confient des postes à de tels officiers, sont plus blämables que les officiers. Le Canada et l'Isle Royale tombent souvent dans ce detfaut ; pourveu que l'on ayt une femme et des enfants, il n'en faut pas davantage, l’on a tout ce qu'il faut pour obtenir des commandements. Je finis mes réflections là-dessus, elles me mèneroient trop loin.
(1) Chef de partisans, né en 1727, fils de Louis-Henri Deschamps de Boishébert, seigneur de la Rivière-Ouelle, en Nouvelle-France, et de Geneviève de Ramezay. — Nous aurons l’occasion de revenir sur son compte pendant le siège de Louisbourg, (Gf, abbé C'asGRaix, ouvrage cité,
EE
M. DU FRESNE DU MOTEL (1) A M. DE SURLA VILLE À Louisbourg, Isle Royälle, ce 20 octobre 1755. Monsieur et cher païis,
...Je ne vous feray point le détail de l'action qui s'est passée entre nous et les Anglois, le neuf de juillet, en Canada, puisqu'il y a longtemps que cette nouvelle a transpiré en France. Je me contenterai de vous dire seulement que deux cents hommes des compagnies du Canada, conjointement avec six cents sauvages commandés par M. de Beaujeu, l'un des capitaines de cette colonie, ont battu deux mille de troupes réglées envoiées de la Vieille- Angleterre, commandées par le général Brasdok, qui a été tué, et n'est réchapé des siens que trois cents, presque tous les officiers tués, plusieurs faits prisonniers, le nommé Brastrik, major général de laditte troupe, pris par les sauvages et bruslé par eux à petit feu jusqu'à la mort.
Les troupes de terre n'ont eu aucune part à cette acxion, que l'on regarde aussy essentielle pour le Canada que l'a été la bataille de Fontenoy pour la France... Je ne doute pas que vous ne soiés surpris que deux cents hommes des troupes du Canada et six cents sauvages aient battu à platte couture deux mille hommes de troupes réglées qui avoient de l'artillerie et qui avoient ordre de passer au fil de l'épée, sauvages et habitants, et de n’acorder capitulation qu'aux trouppes et d'étendre leurs conquestes autant qu'ils le pourroient. Nous attendons, de jour en jour, des nouvelles de Canada, comptant |sur] M. de Guieskau {sic), qui a marché successivement après cette acxion avec un corps considérable, composé de troupes, habitants et sauvages. Son ordre de marche est sur trois colonnes ; nous atten-
(1) Capitaine à l'Ile Royale ; Normand, des environs de Bayeux,
i s'est et, en transement nada , és par >, ont 'ieillei a été resque lommé es sau-
icxion, que l'a doute res des \ platte voient l'épée, qu'aux ‘ls le velles qui a corps vages.
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PRIE Dis RENE L 4 PUR : be
dons , de cette part, un sucxès bien plus considérable que celui que nous avons déjà eu, eu égard au nombre et au chef qui les conduit. Les Anglais se sont retirés de dessus nos côtes, ce qui facilite l'entrée libre de nos vaisseaux...
M. Thiéry (1), l'un de nos capitaines, est décédé, nous lui avons rendu hier les honneurs funèbres...
J'ai été ce matin chés M. de Drucour et lui ai demandé si, sur l'espoir qu'il m'avoit donné, je pourrois me flatter qu'il demanderoit pour moy la croix, cette année; il m'a répondu qu'il le feroit et qu'il manderoit au Ministre que Mg le duc de Penthièvre (2) s'intéressoit à moy et qu'il insisteroit sur la blessure que j'ay reçue à Bergoopzoom et sur le rang que je tiens dans les troupes de cette colonie.
M. DES BOURBES À M. DE SURLAVILLE A Louisbourg, ce 13 novembre 1755.
.. Comme l'Outarde fait voile demain pour France, je n'ay pas cru devoir la laisser partir sans vous informer d'un échec que nous venons d'avoir en Canada et qui coûte la vie à M. de Dieskau (3). Voicy le fait:
M. de Vaudreuil (4) apprit, le 5 aoust, par des sauvages de Bécancourt, arrivés d'Orange avec deux chevelures et trois prisonniers, que les Anglais f‘isoient de grands préparatifs pour assiéger Saint-Frédéric. Le 8, un party de Nepisings qui avoit frappé sur la côte de Baston (5), rapporta que M. Cherly, gouverneur de cette ville, étoit party pour se rendre à Orange, où il devoit prendre le commande-
(1) M. Chassin de Thièry, beau-père de M, de Montalembert,
(2) Amiral de France.
(3) Le baron de Dieskau, officier général allemand au service de France, survécut à ses blessures. Cette cruelle défaite détermina une déclaration de guerre officielle et l'envoi de Montcalm,
(4) Successeur de M. Duquesne dans le gouvernement du Canada.
(6) Boston.
ment d'une armée de cinq mille hommes, destinée à assiéger St-Frédéric, Il apprit le mème jour, par dix-huit sauvages de Saint-François, que les Anglais marchoient pour assiéger ce fort et qu'ils passoient au travers des montagnes. Toutes ces nouvelles, confirmées les unes par les autres, le déterminèrent à porter la plus grande partie de ses forces du côté de ce fort. Pour cet effet, il fit partir, le 11 d'aoust, trois cents Canadiens de Montréal: le 14 du mesme mois, il en fit partir douze cents autres de Québec. M. de Montesson, officier , partit le mème jour avec Ù soixante-dix sauvages de Narandsouak , trente Algonquins de la Pointe du Lac, cent Abenaquis et Loups du village St-François. M. de Saint-Pierre, officier chéri de toutes les
nations sauvages, et possédant leur confiance et leur langue, partit le 15 du même mois, avec cent quatre-vingt Iroquois du Sault-Saint-Louis, soixante-seize Iroquois du
lac des Deux-Montagnes et cent vingt Nepisings. Le 15 du même mois, les dix-huit compagnies restantes des régiments de La Reine et Languedoc, partirent pour le
même fort. Le 16, deux cents Canadiens partirent, tant par À terre que par eau, pour rejoindre l'armée. M. le baron de t Dieskau partit le même jour de Montréal, pour prendre le a commandement de l'armée. M. Varin, commissaire de la q | marine, le suivit Comme commissaire de l'armée ; cent n | Canadiens partirent le 16 dudit, pour rejoindre M. Dieskau. P | Rendu à Saint-Frédéric, ce général aprit que les Anglais, d aiant été découverts, s'étoient retranchés à Sarasto. Il a! jugea à propos de se porter en avant du fort, affin de pouvoir attaquer les ennemis dans leur marche, si ils s'y a! mettoient pour attaquer Saint-Frédéric. Il s'avança jusqu'à a un endroit nommé Carillon, distant de six lieues de notre n fort; il avoit avec luy plus de quatre mille deux cents hommes, tant en troupes réglées, qu'en Canadiens et en mn |!
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stantes our le int par ron de idre le > de la cent eskau, glais, to. Il fin de ils s'y isqu'à notre cents et en
sauvages ; il passa quelques jours à cet endroit à étudier la manœuvre des ennemis, Le 8 octobre, il apprit, par un prisonnier anglais, qu'ils avoient construit un fort dans un endroit nommé Lidius, au haut du grand portage du lac Saint-Sacrement, et qu'il n'y avoit dans ce fort que six cents hommes de garnison, et que le reste de l'armée s'étoit retranchée sur le bord du lac Saint-Sacrement, au nombre de quatre mille cinq cents hommes et [que M, Cherly commandoit cette armée.
Sur cette déposition, M. de Dieskau partit de Carillon avec quinze cents hommes, parmi lesquels il y en avoit trois cents de troupes réglées des bataillons de La Reine et Languedoc, et le reste Canadiens et sauvages, pour attaquer le fort de Lidius. En arrivant dans le chemin que les Anglais ont fait dans le portage, nos sauvages tuèrent un courier qui couroit à toutte bride, On trouva sur luy une lettre que le colonel Janson écrivoit au commandant du fort Lidius, pour l'avertir de se tenir sur ses gardes, que les Français marchoient pour l'attaquer. Sur ces nouvelles, M. de Dieskau prit le chemin du fort et fit marcher ses troupes sur cinq colonnes le long du lac. Un moment après, un Anglais fut conduit à M. Dieskau. I] luy confirma que le camp que les Anglais avoient sur le lac Saint-Sacrement, étoit de quatre mille cinq cents hommes; il luy apprit, en outre, qu'on en venoit de détacher cinq cents, avec deux cents sauvages, pour escorter des chariots de vivres au fort.
Sur cet avis, M. Dieskau excita nos sauvages à les aller attaquer ; ils y volèrent, mais, n'étant pas assez forts, ils appelèrent les Canadiens à leur secours; ils y furent et les mirent en fuitte.
M. Dieskau qui, avec son corps de troupes réglées, avoit marché fort lentement, quitta le chemin du fort, doubla
le pas, et poursuivit les fluyards, Il crut que, rentrant dans le camp, il y mettroit l'alarme et que, profitant de ce moment, il les pourrait forcer. [l se trouva tout à coup sous le feu du camp que les Anglais avoient retranché à une
fourche que faisoit le chemin. I fit alors filer ses troupes
sur la gauche, etles Car ‘iens qui avoient pu le suivre, sur la droite,
Les ennemis, aiant ne décharge de leur artillerie et de mousqueterie, firent quitter prise aux Canadiens et aux sauvages qui poursuivoient les fuiards.
Dans le méme instant, M. de Dieskau reçut une poste (1 à la jambe ; il s'assit au pied d'un arbre, sous le feu du camp, pour panser sa blessure. S'étant levé et appuié contre cet arbre, il reçut un second coup de fusil qui luy cassa la cuisse droite, près du genouil ; la même balle luy traversa la cuisse gauche.
M. le chevalier de Montreuil (2), qui étoit auprès de luy, fit venir un Canadien qui proposa à M, Dieskau de s'étendre sur luy pour l'emporter à quatre pattes. Ce général, ne le croiant pas assez fort, en fit appeler un autre qui fut tué sous luy.
Il dit alors qu'il étoit inutile de songer à luy et commanda à M. de Montreuil de faire foncer les troupes. En chemin faisant, il trouva les domestiques de M. de Dieskau, auxquels il dit d'aller secourir leur maître, qui ne le voulut pas, et les menaça de leur brûler la cervelle (3).
(1) Chevrotine,
(a) Major général de M, de Montcalm qui succéda à M, de Dieskan,
(3) Apparemment, — remarque M, du Fresne du Motel, dans une relation analogue, — qu'il ne vouloit pas survivre à une action dont il connaissait avoir le dessous, l'aiant entreprise avec trop peu de monde et tro de confiance, u’en ajant pas pris des connoissances satisfaisantes, Son ambition le portoit sans doute à vouloir surpasser cette belle action dont je vous fais
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M. de Montreuil trouva que les troupes avoient fait demy tour à droite et qu'elles étoient rebuttées. Il fit alors battre la retraite ; les Canadiens de la droite se retirèrent à la débandade, après avoir fait quelques décharges sur le retranchement.
L'on fait monter la perte des Anglais À six cents hommes et la nôtre à cent... dont trente à quarante grenadiers, sept hommes de la marine, de douze qu'ils étoient, vingt sauvages, le reste est canadien. L'on compte cent cinquante blessés,
L'on n'a point de nouvelles de M. Dieskau, non plus que de MM. Longueil (1), capitaine de la marine, et de Bernier avde de camp, tous deux blessés, le premier au bras, et l'autre au pied.
M. de Saint-Pierre a été tué, et le garson-major de Za Reine; M. Repentigny (2), de la marine, a eu l'épaule cassée, et Montesson, du mème corps, un coup de fusil dans la poitrine.
part (défaite de Braddock), et dont la gloire n'appartient qu'aux troupes du Canada, sauvages et habitants, Il ne faut jamais qu'un exemple aussi merveilleux hous porte à sacrifier le bien de l'Etat à notre ambition et nous empesche de prendre toutes les précautions néressaires pour réussir dans des entreprises aussi importantes, Son aide de camp (de M. de Dieskau), qui étoit un officier de distinction, du régiment de Royal-Suédois, (M, de Bernier), a été tué... Lorsque M. de Guieskau /sic) a attaqué les Anglais, il y avoit trente heures que ses gens n'avoient mangé... Je suis fasché de cet événement, en ce que la présomption canadieane en sera enorgueillie, car cela ne laisse pas d'humilier les troupes de terre... M. Franquet pense que M. de Raymond pourroit bien remplacer M. de Guieskau; je ne scais pas s'il opéreroit de plus grands miracles, — (La Cour choisit le marquis de Montcalm.)
(1) Le Moyne de Longueil,
(>) Un M. de Repentigny, ancien officier français, mourut aux Indes, vers 1775. Il commandait l'armée du Nabab Ayder Aly Kan, et avait pour
166 LES DERNIFRS JOURS DE L'ACADII
Nous travaillons actuellement à nous retfancher dans tous nos postes. M. de Raymond a été écrasé par un arbre, en faisant faire un retranchement, à trois lieues de Saint- Frédéric ; M, de Boisbert (1, commandant de la Rivière St. lean, qui avoit ordre de brüler son fort et de se retirer dans le bois avec ses trente hommes de garnison, harcèle toujours les ennemis. Il vient de surprendre un gros d'Anglais, de Beauséjour, qui m'rchoient pour surprendre les habitans de Chedaic (2); il en a tué et blessé cinquante ou soixante
A vous parler sincèrement, je n'augure pas bien de la guerre du Canada, si la France n'y envoie pas plus de monde qu'il ny a. On dit que les Anglais ont une flotte qui hiverne à Plaisance (31. Si nous avons guerre ce printemps, cette flotte n'a qu'a monter le fleuve et se présenter devant Québec, Pourrons-nous, avec le peu de monde que nous avons, empêcher ce débarquement et deffendre en mème temps tous nos autres postes; il faudroit nécessairement, pour secourir Québec, rappeler nos troupes des pais d'en haut, ce qui seroit un moïen sûr pour les faire prendre sans cou férir, De plus, tous nos hommes du Canada n'en forment pas douze mille, et les Nouveaux-Anglais
peuvent rassembler cent quarante mille hommes, en faisant
marcher tout le monde. D'où vient vouloir embrasser sept à huit cents lieues de païs, et n'avoir que si peu de monde à le soutenir...
second M. Eudes de La Jumellière; originaire de Trévières, près Bayeux, qui mourut également, dans le même temps, à Pondichéry, de la petite vérole.
(Letire de M, de Sartine, ministre et secrétaire d'Etat pour le commerce extérieur et maritime, — 1776, — Archires de F'Auteur.)
(1) Boishébert.
(2) Shédiac
(3) Baie de Terre-Neuve,
dans rbre, vaintre Stctirer rcèle d'Anre les
te ou
de Îla 18 de flotte prinésenonde endre eces- + des laire u Ca:
iglais isant sept
onde
1x, qui rérole.
merce
Je me recommande à vous, daignés me tirer de ce lieu le purgatoire.
Il nous est arrivé, ‘is peu de jours, une frégate de Macarty ; elle
vingt-deux canons, « mnmandée par le s nous a apporté de l'argent et les derniers ordres de la Cour: elle doit hiverner icy. Il nous manque plusieurs bâtiments chargés pour le Roy, ainsy que plusieurs chargés pour divers particuliers, qui nous ont été enlevés vraisemblablement par l'escadre anglaise qui a croisé, pendant toute
la belle saison, devant Louisbourg.
Une lettre non signée, écrite de Québec le 28 septembre 1755, d M, Franguet, directeur général des fortifications de La Nouvelle-France, donne, en outre, les détails suivants :
Les retranchements du camp (anglais) sont composés de bateaux remplis de terre et de chariots. Lorsque nos sauvages virent doubler le pas à M. Dieskau, ils dirent qu'il falloit que la tète eût tourné au Français, qu'il marchoit, luy et son monde, à la boucherie,
Le s' Boisbert, lieutenant de marine, commandant à la Rivière Saint-Jean , en Acadie, ne se trouvant point assés fort pour tenir contre les Anglais qui marchoient pour l'attaquer, après avoir évacué son fort à leur approche, y mit le feu et se retira dans le bois après plusieurs décharges.
En dernier lieu, étant à Chediak avec les sauvages du Père Germain, il apprit qu'un parti, sorti de Beauséjour, marchoit à Chipoudik. Il fut s'embusquer dans leur passage, leur tua quarante hommes et leur en prit quinze.
Les Anglais enlèvent tous les habitants acadiens, originaires français , ils les déposent sur l'isle de Cornoualis, à l'entrée de Chibouctou, sans doute pour les transporter à la Nouvelle-Angleterre ; ils brülent tous leurs établisse-
ments,
M, DES ROURRES À M, DE SURLA VILLE À Louisbourg, ce 19 novembre 1755,
Le Père Léopol, religieux de la Charité, qui passe en France dans l'Outarde, veut absolument vous remettre une lettre de ma part, quoyque je l'aie assuré, cher cousin, que je vous écrivois par cette flûte. Je cède avec plaisir à son aimable importunité, puisqu'elle me procure le moyen de vous faire part de quelques faits que la précipitation avec laquelle je vous écrivois l'aventure de M. de Diescau, m'a fait oublier ; je commenceray par ce général.
Les dernières nouvelles de Québec, en date du 3o octobre, nous apprennent que le s' La Cotte, capitaine de milice et négotiant de cette ville, a dub écrire d'Orange, où il est prisonnier avec M. de Diescau, que ce général étoit guéri de ses deux blessures ; un sauvage doit avoir apporté cette lettre.
Les mêmes nouvelles marquent que deux espèces de brigantins, de dix pièces de canon chaque, que nous avons fait construire sur le lac Ontario, portant chacun trois cents soldats, croisoient, avec quelques bateaux et goellettes armés en guerre, pour rencontrer les galères que les Anglais ont fait construire sur Ce même lac, et qu'il ne restoit dans le fort de Niagara, où cet armement s'étoit fait, que cinq à six cents hommes de garnison. Elles ajoutent qu'il ne s'est rien passé entre les deux armées, depuis l'affaire de M. de Diescau, que l'on se tenoit, de part et d'autre, sur la deffensive et que l'on se fortiffioit de plus en plus, et que nous avions bâti un fort à Carillon, dont M. de Vassan étoit commandant.
Nos sauvages, suivant ces nouvelles, n'ont rien fait d'intéressant. Ils marquent toujours beaucoup d'envie de
frapper, et de constance pour notre party. L'on travaille à
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LES DERNIFRS JOURS DE L ACADIF 169
rassembler toutes les nations qui nous sont alliées, mème jusqu'à celles de la mer d'Ouest, et l'on espère en avoir plus de six mille le printemps prochain.
Beaucoup de Canadiens se sont offerts à M. de Vaudreuil pour aller cet hyver en party. Il le leur a permis dans le commencement , mais dans la suite, il a été contraint de {le leur deffendre, sans quoy, ilcouroit risque, à ce qu'on nous marque, de rester à Québec avec très peu de monde. [1 y a bien de l'apparence que l'on inquiettera tout l'hiver Messieurs les Anglais
M. Dumas commande actuellement au fort Duquesne à la place de M. de Contrecœur. Il mande à M. de Vaudreuil qu'il est sur le point de manquer de vivres, que ceux qu'on avoit pris sur les Anglais ont été consommés par une partie de nos sauvages qui ne l'ont point quitté tant qu'ils luy en ont senti, et qu'il luy seroit bien douloureux de mourir de faim dans un fort aussy bien muni d'artillerie. Voilà à peu près ce que nous scavons du Canada.
J'avois oublié, dans ma dernière lettre, à vous marquer l'arrivée de la frégate Za Mutine, qui mouilla dans ce port le 8 novembre. Elle est chargée de vivres : le sieur Rochefort, capitaine marchand, la commande. Il dit avoir été chassé par les Anglais.
Nous avons travaillé tout l'été à la réparation de nos fortifications... Noussommes en état d'attendre les Anglais beaucoup mieux au'au premier siège; nous avons passablement de vivres...
M. de Tiéry est mort; sa mort a servi M"° de Montalembert, plus attachée à son mary: ils sont mieux vus depuis ce temps. Montalembert auroit bien pu me prendre chez luy en pension, puisqu'il a pris La Pillette (1) et un
(1) Cornelte dans Broglie en 1745, enseigne en pied à l'Ile Royale en 1300,
officier de Bourgogne , qui ne paient que cinq cents livres.
Ce capitaine est un peu gascon.
MM. de La Grenesche, lieutenant des grenadiers de Bourgogne et Léry, officier de nos troupes, vous assurent de leurs civilités...
M. LARTIGUE (1) A M. DE SURLAVILLE Louisbourg, ce 23 novembre 1755.
...Nous parlons souvent de vous, dans ce pays, et on vous y désireroit beaucoup, votre prévoyance y seroit au- Jourd'huy bien nécessaire, mais il semble, en vérité, que Dieu, irrité du peu de sincérité avec laquelle on y a servy S M. ne détourne son regard de dessus luv.
Vous aurés su, il y a longtemps, par les gazettes de Londres, la manière dont les Anglais nous ont chassé de Beauséjour ; la Nouvelle-Angleterre s'est portée avec beaucoup de zèle à cette expédition qui na pas été difficile, puisqu'au moyen de quelques bombes, celuy qui y commandoit s'est rendu en vertu d'une triste capitulation qui ne luy prescrivoit qu'une heure sans plus tarder pour! en sortir, Que d'affreuses manœuvres se sont passées dans cette évacuation! La Cour en sera peut-estre informée, mais trop tard: bien des personnes perdent, par cette prise, un bon domaine. Je ne vous en feray point le détail
(1) Garde-magasin. — Dans un Mémoire au comte de Raymond, M, Lartigue dit avoir rempli, pendant le premier siège de Louisbourg, les fonctions de sous-ingénieur et avoir fait, en cette qualité, « plusieurs travaux avec beaucoup de danger, et qui ont eu un tel succès que, quand la ville s'est rendue, il n’y avoit à la Porte Dauphine qu'un commencement de brèche qui laissoit encore 17 pieds de mur avec le fosse bien nettoyé, par le travail de la nuit, des décombres de cette partie, et derrière laquelle fi avait] fait faire des ouvrages qui la défendoient suffisamment pour ne pas craindre l'assaut ».
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de l'attaque, il n'en vaut pas la peine, et encore moins des chicanes que l'on auroit du user, car on n'en a poin: fait; on s'est beaucoup rejeté sur le défaut de bravoure des habitans Cadiens /sic), mais erreur que cela. Ce peuple qui, après la guerre de 1711, a dû sa liberté à sa seule valeur, n'a pas dégénéré de ce temps-là; il ne falloit que savoir s'en servir, mais vous savez, Monsieur, que l'expérience fait le grand capitaine, et celuy qui commandait dans cette partie, n'avoit rien au-dessus du savoir d'un simple soldat. C'est la faveur qui luy avoit procuré ce commandement, et voilà comme le Roy est ordinairement servy dans tous ces postes-là. Vous avez donc raison de craindre pour cet endroit et pour un autre dont vous me parlés. Si les ennemis eussent été plus entreprenants, son affaire auroit aussi été bientôt faite. J'ai toujours ouy dire, lu et vu, qu'en mathière de guerre , on ne devoit négliger aucun soin, et on vivoit comme si l'ennemy eût donné parole d'honneur de ne rien entreprendre. On s'est remué depuis ce temps.
Nous n'avons plus de correspondances avec la Nouvelle. Angleterre, on ne scait rien de ce qui s'y passe, encore qu'il seroit, selon moy, peu difficile de le savoir. I} en est de même de la nouvelle colonie d'Halifax ; on y a envoyé, ce printemps, vostre afny M. de Lopinot (1), mais vous Jugés bien que les connoissances qu'il en aura rapporté auront été bien limitées, tant pour ce qui regarde la fortihcation de cet endroit, que pour d'autres parties.
On vient d'apprendre tout récemment {qu'il v! hivernoit dix-huit vaisseaux de guerre. Cette nouvelle vient d'un Anglais, nommé Clive, qui est habité sur une isle près de lerre-Neuve. Il en a fait parc au capitaine d'une goëllette
(1) Capitaine aide-major,
appartenant au s' Brisson.., qui avoit été trafiquer , quoyque dans une circonstance critique , avec ledit Clive et un nommé Saur qui a enlevé, l'automne dernière, Piedmond, ce madré quoquin. Cette nouvelle demanderoit confirmation, par raport à l'Anglais et par raport à celuy à qui appartient la goëllette, qui a l'esprit plus anglais que français et qui a, toute sa vie, fait métier d'interlope avec ces étrangers, maïs il est favorisé et l’on a soin de cacher son caractere à M. de Drucourt, qui est un homme plein de droiture et qui y mettroit ordre. Vous aurés su l'affaire de la Belle-Rivière, qui n'a pas tourné à l'avantage des Anglais. M. des Bourbes m'a dit vous en envoyer la relation et Johnstone (1), l'ordre de marche qu'il a traduit d'un chiffre écrit en anglais, qui s'est trouvé dans la poche d'un prisonnier. Je ne scay comme vous trouvés la distribution des troupes de ce général, elle ne m'a pas paru trop bien combinée.
Lecoupe-gorge qu'a fait M. Diescot,aulacSaint-Sacrement, a reculé nos affaires dans cette partie; que ne vous a t'on envoyé: sans faire tort à son mérite, vous auriés fait une main complette et on se seroit ensuite répandu plusloing...
Le pauvre M. La Boularderie se recommande bien à vous et à M. le c® de Raymond: l'Ordonnateur vient de luy faire un tour diabolique , les fourbeties de Scapin n'en ont jamais aproché, vous les saurés dans peu.
(1) Ecossais jacobite, capitaine en 1745 dans le régiment de Reith, du prince Edouard, puis enseigne en pied en 1750, dans les troupes françaises de l'Ile Royale, interprète de la colonie et aide-de-camp du chevalier de Lévis pendant la campagne de 1960. Le chevalier Jounstone a écrit plusieurs ouvrages : À dialogue in Hades, dans leque! il fait converser ensemble les ombres de Montcalm et de Wolfe ; The campaign of Louisbourg (1750-1908) ; The campaign of 1760 in Canada (CF. abbé Casünaix, ouvr.
cit. T, II, p, 101).
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