‹ Les derniers jours de l'Acadie, 1748-1758 [microforme]Chapitre 40 sur 67 · RARE · texte numérisé non relu

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lieutenant de Languedoc ont eu la chevelure levée à une portée de fuzil du camp; l'on les a trouvés morts deux jours après ; nos troupes sont en quartier d'hiver

Du Lac Ontartol

Les Anglais, depuis la perte de Chouaguen, n'ont point paru sur le lac Ontariot ; ils paroissoient même y avoir renoncé, Ils ont brülé les forts qu'ils atoient construit au portage de la rivière, laquelle rivière ils ont embarassé avec

des arbres.

De l'Acadie

Le détachement du sieur Boisbert (1) s'est beaucoup renforcé par beaucoup de Canadiens qui l'ont joint, ce qui est venu à la connaissance de nos ennemis par un déserteur, ce qui leur a fait craindre quelque entreprise de la part de cet officier, sur quelqu'un de leurs postes de l'isthme. Ils ont brülé le fort de Gaspareaux et réuni leurs forces à, Beauséjour,

Un détachement d'Acadiens, parti de l'Isle Saint-Jean, pour enlever des bœufs aux environs de Cobeguit, a battu un parti de quinze hommes, commandé par un sergent, qui estoit parti du fort pour tomber sur les Acadiens, qui ont emmené le sergent, un caporal et quatre soldats; le reste à été tué, ils ont ensuite entré dans le village , et ont brulé l'église qui servoit de magasin aux Anglais. L'on fait monter la perte des effets qui y «stoient à plus de deux cent mille livres. Les autres troupes du fort n'ont point ozé sortir, ils ont emmené beaucoup de bestiaux à l'Isle Saint-Jean.

Plusieurs corsaires de Louisbourg ont fait beaucoup de

(1) Boishébert.

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104 LES DERNIPRS JOURS DE EL ACANII

prises inglaises, ce qui dedommage ce pas des pertes qu'il avoit fait pendant la belle saison par une escadr inglaise qui a croisé le long de ses côtes, depuis les premiers Jours de may JUSQUES AU 16 octobre , qu'elle est rentrée à Chibouctout ou Alifax, d'où elle a fait voille pour l'Europe dès les premiers jours de novembre, M. DU VRESNE DU MOTEL À M. DE SURLAVILLE A Louisbourg, Isle Royale, ce 1°" décembre 1756,

M. le chevalier de Drucour réitère pour moy la demande au Ministre de La croix de Saint-Louis, qu'il avait deman: dée l'an passé, .. Je vous avouerai confidemment, Monsieur et cher pais, que ce qui me pique le plus dans le refus qui me fut fait l'an passé, en m'alléguant que le Roy ne me trouvoit pas encore assez de services, est que je suis, aux mêmes égards de Joubert, égal à lui en services et en bles-

sures, Néanmoins, la mème grâce que je demande aujour

d'hui, dont il a été décoré il y a trois ans, temps auquel

il n'avoit pas autant de services d'officier, à beaucoup près, que Jen ai actuellement, puisqu'il n'est offir'er que de 44, et moy, de 45. il eut la croix en 54, ce qui ne faisoit que dix années d'officier, et moy qui en ai douze à présent, non compris deux ans de service auparavant dans les régiments de Æoval-Etranger et Grassin, en qualité de cadetgentilhomme. J'ai été blessé au siège de Bergopzoom, en qualité de lieutenant de grenadiers; je suis le cinquième capitaine des troupes de cette colonie. Ne pensés-vous pas que tout : ces raisons ne méritent pas autant de considération que celle qui l'ont fait obtenir à Joubert? Je me recommande à vous.

Pendant le cours de l'été dernier, les Anglais ont vainement tenté, par trois fois, de faire des petites descentes par le moïen de leurs barges dans différents hâvres de

vete isle, dans l'intention d'incendier les habitations de verte:

aid ces lieux, mais, malheureusement pour eux , des détachecadre à ments composés de trouppes et des sauvages de cette isle,

vuis les F dd à puis Îe embusqués dans ces endroits, en ont taillé une bonne

elle est

' partie en pièces, et les autres, prisonniers, sansqu'ilen ait pu t voille

en échapper 7 seul, Nos sauvages ont beaucoup levé de chevelures anglaises, qui /sic) ont une terreur sans égal de ces naturels du pais, dont ils sont si effréiés qu'ils n'osent qs6. sortir de leurs villes ou forts, sans avoir des détachements à la faveur desquels ils vont chercher leurs besoins les

emande plus urgents.

eman- : k d Les Acadiens fugitifs ont trouvé le secret d'enlever de

l'Acadie, à l'insu des Anglais, quatre mille bestes à cornes qu'ils ont jetté sur les ter:es de l'Isle Saint-Jean, ce qui nous a procuré un grand adoucissement à la vie dure que nous menions auparavant cette fortune de guerre. D'ailleurs, le pais, naturellement fort dur comme vous le scavés, l'est devenu plus considérablement depuis la guerre. Le commerce n'y fournit plus rien, tout y est d'un prix exorbitant, la farinne vaut 22 livres le quintal, la wjande, dix sous la livre, le plus mauvais vin, 350 livres la barique, et toutes les autres choses à proportion. Nous ressentons plus vivement que les autres corps qui sont icy, l'exès du prix de ces choses, entendu {sic) qu'ils sont en état d'y faire face au moïen du traitement avantageux que le Roy leur fait, qui triple celui que nous avons, La nécessité où nous nous trouvons, nous force d'en faire des représentations au Ministre ; l'expérience que j'ai me fait douter qu'il y ait quelques égards, comme elle m'apprend aussi que ceux qui sont traités plus favorablement ne servent pas avec plus d'exactitude, de science et de talents, que ceux qui le sont moins. Les insulaires, frappés du bruit de la renommée des Européens, avant de les avoir vus, dont ils

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attendoient des miracles qui n'ont point opéré, n'a pas peu contribué à exciter la Jalousie et les murmures.

Il a été armé, cette année, dans le port de Louisbourg, trois corsaires de la plus petite capacité, qui, néanmoins ont fait beaucoup de prises sur les Anglais.

L'escadre anglaise a quitté sa croisière de ces parages du 12 au 15 novembre, elle s'est ralliée en ce temps dans le port d'Alifax d'où elle a pris son point de partance pour s'acheminer du costé de la Vieille Angleterre,

Nous nous trouvons maintenant dans la cruelle position de ne pouvoir faire aucune spéculation juste, n'afant reçu aucune nouvelie de France depuis plus de quatre mois que nous sommes dans cette attente dont nous désespérons maintenant pour cette année, vu que la saison est déjà trop avancée, et nous ne scavons, par conséquent, sur quoi statuer, Dans cette incertitude, nous veillons avec beaucoup de vigilance à la sûreté de l'isie et de nous-mêmes, par rapport à la situation.critique dans laquelle nous nous trouvons.

M. JOUBERT À M. DE : URLA VILLE De Louisbourg, ce 15 décembre 1756.

Je n'ay encore reçu aucune de vos lettres, j'ignore leur sort: sy elles étoient tombées entre les mains de l'escadre anglaise qui croise le long de nos côtes, je les aurois reçues p t les différents paquebots qui nous ont aporté des prisonniers et Les lettres qui leur sont tombées entre les mains.

Notre position devient tous Les Jours plus fâcheuse ; depuis le mois d'aoust, il ne nous est point parvenu de bâtiment de France ; nous manquons de bien des choses pour ne pas dire de tout; s'il ne nous arrive pas de très bonne heure, le printemps prochain, des bâtiments, nous serons plus qu'à plaindre.

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La récolte en Canada et à l'Isle Saint-Jean a manqué. Le Canada nous a seulement fourni une petite cargaison de pois que l'on a regretté quelques mois après : les Acadiens qui ont échappé aux poursuites des Anglais, nous consomment beaucoup de vivres ; l'on a fait passer beaucoup de ces malheureux en Canada : il en est resté à l'Isle Saint- Jean douze cents. Sy un vent de S, O. n'avoit pas brülé les grains de cette isle, l'on auroit trouvé de quoi les nourrir. Ils ont emmené avec eux beaucoup de bêtes à cornes; l'on compte à l'Isle Saint-Jean plus de sept mille bœufs ou vaches et deux mille moutons; il en est passé à l'Isle Royalle plus de quatre cents, ce qui nous a rendu, quoique cher, de très grands services.

Nos fortifications sont en bon état, quant au chemin couvert. Le corps de la place est en même état que vous le connoissés.., Ne seroit-il pas bien humiliant pour nous d'être obligés de nous rendre, lorsque l'ennemy sera maître du chemin couvert. Ceux qui ne connoissent cette place que par les dépenses que l'on y a fait, penseront que nous nous sommes rendus comme des lâches...

Je serois d'avis que les compagnies détachées, tant au Port Thoulouze qu'au Port Daupñin, avec les sauvages et les habitants des hâvres, formassent un corps détaché de la Place, en cas de siège, pour inquiéter les ennemis sur leurs derrières. Pour cela, il faudroit avoir un magazin de vivres, munitions, fuzils, souliers, outils et autres chozes nécessaires au portage de la Brasdort (1), à Miré. Je voudrois surtout beaucoup de biscuit... Sy même on prévoyoit que le s' Boisbert, avec son détachement et les sauvages qu'il pourroit rassembler à l'Acadie, püt arriver assés

(1) Ce nom est indifféremment orthographié: Labrador, Lac Brasdor, La Brasdort.

tôt avec quelques Acadiens de l'Isle Saint-Jean, les faire revenir pour renforcer ce corps, je crois que l'on inquiéteroit beaucoup l'ennemy et que l'on le fatigueroit beaucoup. Il en résulteroit des maladies, suittes inséparables d'une longue fatigue, qui pourroient retarder les progrès du siège et peut-être le faire échouer.

J'ay expozé mes vues à ce sujet (1), malgré la répugnance que je vois que l'on a d'écouter les avis que l'on n'a pas demandé; l'on a seulement envoyé une chaloupe d'un vaisseau du Roy au Port Thoulouze, pour évaquer ce poste par la Brasdort, en cas de besoin. L'année dernière, l'on enregistra la bourgeoisie pour former des compagnies de milice ; cette année, l’on n'en parle plus.

L'on a armé trois petits corsaires qui ont fait beaucoup de prises. Le grand bien qui en a résulté jusques à présent,

c'est qu'ils ont pris plusieurs petits bâtiments qui nous

ont remplacé plusieurs gaboteurs /sic) qui nous avoient été pris, ce qui estoit une grande perte, non seulement pour ceux à qui ils avoient été pris, mais même pour le païs, qui auroit manqué de voiture pour les travaux, pour voiturer le bois et nous chercher quelque cargaison de bœufs et légumes à l'Isle Saint-Jean.

Un bâtiment chargé de cent cinquante Acadiens, parti de l'Isle Saint-Jean pour le Canada, a été pris par un vaisseau de guerre auprès de Gaspé. Ces malheureux Acadiens ont été conduits sur l'Isle George à Alifax, où ils ont resté plusieurs mois, couchant à la belle étoille, la plupart n'ayant pas de quoy se couvrir, leurs hardes leur ayant été enlevées lorsqu'ils ont été pris. Ils nous les ont envoyés au commencement de novembre en échange des matelots

(1) L'avenir prouva que M. Joubert avait raison; mais Boishébert ne justifia pas les espérances que l'on avait fondées sur lui,

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LES DERNIERS JOURS DE L ACADIE 20ÿ

pris par nos corsaires. Un officier de leurs vaisseaux nous a emmené en octobre un commissaire des guerres et quelques jeunes gens destinés pour Québeq, il estoit chargé de traiter de l'eschange de leurs matelots que l'on luy livra au nombre de cent, pour pareil nombre qu'il s'obligea de nous renvoyer. L'on luy demanda ceux de la colonie de préférence et le surplus en passagers de l'Arc-en-Ciel, qu'il promit, A son arrivée à Alifax, les cent matelots anglais ont été mis à bord de leurs vaisseaux qui estoient faibles d'équipages ; ils ont embarqué tous nos matelots et passagers qui estoient des recrues et les ont emmené en Europe, et nous ont envoyé les Acadiens pris devant Gaspé, et quelques ratelots. Nos chefs les ont reçu, mais n'ont pas voulu donner de reçu; comme vous voyés, c'est une nation avec laquelle il ne faut pas se fier.

Il est resté à Alifax deux frégates. L'Arc-en-Ciel est resté dans ce port, sy maltraité qu'ils n'ont ozé le mettre en mer.

DUEL ENTRE MM. DE BELLEFOSSE ET DE GARSEMENT. = Vouvelles du Canada : Tentative des Français contre le fort William-Henry. = DISPARITION DE M. DE MONTALEMBERT. = JONCTION DE TROIS ESCADRES FRANÇAISES DANS LES EAUX DE LOUIS-

BOURG. -— FORCES NAVALES ANGLAISES A HALIFAX. — CRAINTES DE DÉBARQUEMENT À LOUISBOURG ; PRÉPARATIFS EN VUE DE LE REPOUSSER. == DESTRUCTION D'UNE PARTIE DE LA FLOTTE ANGLAISE PAR UNE TEMPÊTE, =— EXPÉDITIONS DU SIEUR GAULTIER AUX ENVIRONS D'HALIFAX, — Nouvelles du Canada: Prise du fort William-Henry far les Français; la garnison en est massacrée par les sauvages, — Disette du Canada. — COMBAT ENTRE L'ESCADRE DE M. DUBOIS DE LA MOTTE ET UN VAISSEAU ANGLAIS.

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