M. JOUBERT À M. DE SURLA VILLE
De Louisbourg, ce 12 janvier 1757.
Le sujet de la présente est pour vous prévenir que J'ay remis au s' Bellefosse (1), chargédes paquets de nos chefs, une lettre pour vous.,. Comme nous ne nous sommes pas quitté en camarades, par rapport à un très mauvais pro-
{r) Lieutenant en 1742 dans le 2° bataillon des milices de Paris ; à l'Île Royale en 1750,
212 LES DERNILRS JOURS DE L'ACADII
cédé qu'il eut avec M. de Garsement (1), la veille de son départ, je crains qu'il ne rende pas mes lettres. C'est pourquoy je vous envoye son adresse afin que vous fassiés
retirer celle que je lui remis pour vous avant son affaire
avec M. de Garsement. Cette affaire, sy M. Drucourt en rend compte au Ministre, pourroit bien, jointe aux autres qu'il a eu cy devant, luy faire perdre son employ. M. de Garsement, peu de jours avant son départ, le trouva sur la place, et luy dit: — L'on vous cherche pour embarquer. Il luy répondit: — Vous ëtes un sot et un imbécile, et ceux qui vous l'on dit.
M. de Garsement, prudemment, ne luy répond rien. L'ayant trouvé le soir, :il! luy demanda pourquoy il luy avoit aussy mal répondu, Il luy récidiva les mêmes paroles qu'il luy avoit dites sur la place. M. de Garsement le pria de se donner la peine de l'attendre un instant, armé que d'un mauvais couteau de chasse, ce qu'il ne luy voulut point accorder. Il fut obligé de se battre tel qu'il étoit armé. Il fut assés heureux pour le blesser à la main. Comme vous jugés bien, après un pareil procédé pour mon amy, je ne l'ay pas ménagé auprès de mes camarades. Je leur ay dit qu'il estoit honteux que l'on souffrit un caractère de cette trempe , personne n'estant à l'abry des fougues d'un pareil homme ; personne n'a osé se déclarer ennemy d'un tel caractère. IL est parti sans qu'on ayt pris la résolution de le prier de ne pas revenir. Tant que les trouppes des colonies n'auront pas des commandants. attachés à leurs corps, elles composeront toujours des corps sans union. Il faut des chefs à tout corps pour l'ameuter (2) et le bien discipliner, La Marine en sentira-t'elle jamais la
(1) De Garsement de Fontaine, capitaine à l'Ile Royale en 1550, (2) L'entrafner,
» de son st pour- fassiés n affaire ourt en x autres , M, de ya sur la parquer.
icile, et
nd rien.
y illuy ; paroles t le pria rmé que y voulut il étoit la main.
dé pour 1arades.
iffrit un abry des déclarer ayt pris que les nts.attaes corps euter (2) amais la
nécessité ? Je crains bien qu'elle en soit toujours dissuadée par les gouverneurs qui y perdroient trop.
IL n'y a rien de nouveau ycy depuis mes dernières : nous sommes tous réduits à la sapinette..,