LE CHEVALIER DE LA HOUSSAYF
\ M. DE SURLA VILLE A Louisbourg, ce 14 octobre 1757,
...M, le chevalier de Beauflremont , lieutenant général des armées navales, venu ici à la fin de mai, des [sles du Vent, où il avoit été pour les préserver des corsaires anglois, — peu de jours après son arrivée, — envoya le s' Gaultier (1), de l'Isle Saint-Jean, homme connoisseur de la côte angloise, pour scavoir si leur escadre étoit arrivée à Chibouctou. Cet envoyé ne revint de sa mission qu'à la fin de juin, temps où étoit arrivé M. du Bois de la Motte, ancien de M. de Beauflremont dans le service, il luy présenta un prisonnier anglois qu'il avoit fait, qui nous pronostiqua incessamment l'arrivée de cette escadre.
M. du Bois de la Motte, en conséquence de la manœuvre de M, de Beauffremont, fit subitement repartir le s' Gaultier avec quatre sauvages, qui nous amena, vers la fin de
(1) Les Gaultier où Gauthier sont célébres dans les annales acadiennes, CF. abbé Cascnaix, (Un pélerimage au pays d'Evangéline.)
juillet, un nouveau prisonnier et nous apprit l'arrivée de l'escadre angloïse et de leurs vaisseaux de transport. Le dix-neuf aoust, cette escadre parut sur nos côtes sans vaisseaux de transport, et le lendemain revira de bord, nous avant apperceus alertes à défendre les déharquements et le port. Peu de jours après, l'on renvoya le s' Gaultier avec le même nombre de sauvages qui, faute de pouvoir faire des prisonniers, fit faire deux chevelures de deux grenadiers anglois, coupant du bois près Chihouctou. Il rapporta à son retour, vers le dix-sept ou dix-huit septembre, que toutes les troupes étoient au dehors de Chibouctou et que les vaisseaux de ligne n'v étoient plus. Il est vray que le genéral Alboyne (2) parut sur nos côtés, et le vingt-quatre au vingt-cinq, un coup de vent de la part du N.-E. et S.-E., en fit périr quatre depuis je Saint-Esprit jusqu'à la pointe des [sles Adion. Nous avons sauvé, Monsieur, la moitié de celuy qui a péri au Saint-Esprit, qui nous a! presque certifié la perte du général Albovne, qui ne voulut jamais accéder à quitter cette côte de veue, quoiqu'on lui représentât depuis trois Jours que le coup de vent se manifestoit. [avoit des vivres pour jusque la fin de novembre, il avoit embarqué grand nombre de grenadiers et l'élitte des trouppes angloises venues d'Europe, et son escadre augmentée de six ou sept vaisseaux provenant de la Jamaique et autres lieux, il comptoit attendre M. du Bois de la Motte à sa sortie et, Jusqu'à ce temps, couper le chemin à nos vivres et s'en emparer ; nous scummes aussi que le reste de l'escadre étoit presque toute démâtée et en désordre.
Le seul Tonnant, que commandoit M. de Beautffremont,
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l'ornement, de toutes façons, de l'escadre de M. du Bois de la Motte, toucha et fit béaucoup d'eau.
Le commandant de ce vaisseau, jaloux de le rendre au Roy et de fortifier le retour de M. du Bois de la Motte, est venu à bout de découvrir son mal en peu de jours et de le mettre en état d'exécuter son projet en douze jours.
Il a été malheureux pour nous que l'on n'ait pu suivre les vaisseaux délabrés des Anglois, que l'on auroit ramassé sans coup férir (au moins en partie). Nous n'avons plus pour ressource, Monsieur, que l'espérance de recevoir les vivres que l'on attend de Rochefort, et faute d'icelles, bonjour, misère...
Les bataillons d'Arfors et de Bourgogne, 1vantagés en paye, nous rendent la vie dure par l'augmentation de bouches, et le service également par l'incapacité de nos chefs en genéral.
Nos détachements ont été fréquents et, par conséquent, coûteux, tout, en tout genre, n'ayant point de prix, et, pour surcroît, l'on a retiré la petite gratification qui, quoique mal distribuée, désaltéroit toujours un quelqu'un de la misère crapuleuse...