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chées, auxquelles ils travaillaient la nuit ou pendant les heures de brume, Déjà ..…. batteries de Wolfe avaient réduit au silence celles de l'Ile de l'Entrée, et obligé nos vaisseaux à abandonner la rade et à se rapprocher de la ville, malgré les protestations de la garnison, Pour obs truer l'entrée de cette rade, désormais sans défense, on en fut réduit à couler six frégates, dont on lia ensemble Îles mâts, rasés à fleur d'eau.
Le 1° juillet, M, de Drucour, protitant du feu de 7'Arcthuse, embossée près du Barachoiïs, tenta une sortie, mais il fut obligé de se retirer après un combat acharné. Wolte, ensuite, sempara d'une hauteur qui commandait la rade et la ville, et y construisit une redoute, dont les feux plongèrent sur les vaisseaux et la Place, Les jours suivants, Île bombardement redoubla d'intensité, mais le Gouverneur ne se désespérait toujours pas, car, dans une lettre datée du 7 juillet, il écrivait :
« Nous nous défendons avec science et valeur, et l'enne- « mi attaque très mal; ce qui nous donne lieu de bien « augurer (1). »
M. de Drucour avait raison, l'ennemi attaquait sans art, et Wolfe, qui ne faisait qu'obéir aux ordres d'Ambherst, le reconnut lui-même après (2), mais la force du nombre devait l'emporter.
En attendant, M°° de Drucour, elle-mème, # donnait « l'exemple de l'intrépidité à la garnison, en paraissant « chaque jour sur les remparts et tirant de sa propre main « plusieurs coups de canon. » Son courage excita à ce point
(1) CF, abbe Casgrain, ouvrage cite, T, 1, p, 495. Le lendemain, 8 juillet, nous remportions au Canada la brillante, mais stérile victoire de Carillon.
(2) Gette place n'aurait pas tenu dix jours, si elle avait été attaquée avec sens commun, (Lettre de Wolfe, citée par M. l'abbé Casgrain).
l'admiration des Anglais, qu'après la capitulation, elle obtint d'eux, dit un témoin oculaire, # tout ce qu'elle vou- <lut (1).
Dans la nuit du 9 juillet, la garnison tenta une nouvelle sortie; elle surprit les sentinelles de la redoute et faillit l'emporter; lrd Dundonald, qui la commandait, fut tué, on fit quelques prisonniers! finalement, les Français furent contraints de se replier en bon ordre, emmenant blessés et prisonniers,
La nuit du 11, une grande Jueur illumina la forèt du côté de Miré; c'était le signal convenu de Boïshébert qui arrivait enfin: mais cette Joie fut pour les assiégés de courte durée, car les Anglais se portèrent en nombre à sa rencontre et, après un bref engagement, dispersèrent aisément sa petite troupe.
Le Bas-Normand Vauquelin (2), commandant de /'A ré- {huse, réduit à l'inaction depuis que le feu de ses canons
était devenu inefficace, proposa à M. des Gouttes, chef de
l'escadre, de tenter de s'échapper. Cette folle entreprise
réussit: grâce à la brume et à sa rare audace, Vauquelin força, dans la nuit du 15, la barre de vaisseaux coulées qu'obstruait l'entrée de Ja rade et ramena, sans encombre, sa frégate à Brest.
Détail piquant et qui peint bien l'époque, # plusieurs fois durant le siège , 1] y eut des échanges de courtoisie entre les deux chefs ennemis. Le chevalier de Drucour fit un jour cesser le feu et déployer le drapeau parlementaire sur les remparts. Le général Ambherst, de son côté, fit suspendre la canonnade, et vit venir un officier français qui lui remit une lettre, dans laquelle le Gouver- (1) Montcalm et Lévis, T. 1, pp. 489, 503.
(2) I était né à Caen ; le dictionnaire de Bouillé, qui lui consacre un article, dit qu'il mourut assassinée.
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« neur, après les compliments d'usage, lui disait qu'il y « avait, dans Lonisbourg, un chirurgien d'une rare habileté, « dont les services étoient à la disposition de tout officier « anglais qui le demanderait. En retour, Ambherst lui « envoya des lettres et des messages pour les parents et « amis de quelques officiers prisonniers dans son camp; il « y joignit ses compliments pour M"° de Drucour, en lui « exprimant son regret de l'avoir exposée aux horreurs « d'un siège, et en accompagnant sa lettre d'un superbe « cadeau d'ananas, récemment apportés des Antilles. M" « de Drucour s'empressa de reconnaître cette politesse par « l'envoi d'un panier de champagne. Une heure après ces « échanges d'amitiés, le canon grondait tout le long des « deux lignes ennemies qui échangeaient des boulets et « des bombes (1). »
Les tranchées anglaises s'étendaient maintenant Jjusqu'au pied des remparts, mais les tirailleurs français. dissimulés dans des trous pratiqués en terre , visaient à loisir les canonniers et les décimaient;, Wolfe, pour y remédier, fit, le 16 juillet, une sortie à la nuit tombante. les délogea de leurs abris et s'empara d'un coteau d'où de nouvelles batteries, rapidement installées, achevèrent de ruiner les remparts, si mal construits que le recul de nos canons en faisait, à lui seul, tomber les embrasures.
Les catastrophes, en outre, se précipitaient. Le 21. à la chute du jour, une bombe tomba dans la scate aux poudres d’un de nos derniers vaisseaux, le Célébre, et le fit sauter: deux autres bâtiments, mouillés auprès, s'enflammèrent, et l'on ne parvint pas à éteindre l'incendie que l'ennemi entretenait en tirant à boulets rouges.
Cependant M. de Drucour, qui avait maintenant perdu
(1) Montcalm et Lévis, T. 1, p. 490.
tout espoir de conserver Louisbourg , s'etlorçait de trainer le siège en longueur, atin de sauver le Canada, au moins pour cette année, car, juillet passé, la saison eût été trop avancée pour entreprendre le siège de Québec.
Le 22 au matin, raconte le Gouverneur dans son journal, ui. : bombe creva le toit de son château et alluma un incendie que l'on eut bien de la peine à éteindre. La ville, d'ailleurs, était dans un état lamentable: un tiers de la garnison se trouvait hors de combat, et ce cri sinistre : « Gare à la bombe ! » était, à chaque instant. jeté dans les rues.
La nuit du 26 juillet, six cents Anglais, montés sur des berges (1), se glissèrent, à la faveur de la brume, le long de l'Ile de l'Entrée, tandis que, pour détourner l'attention, le feu des batteries ennemies redoublait de violence, et qu'Ambherst faisait avancer ses troupes avec des échelles, comme pour donner l'assaut.
MM. de Drucour et de Lahoulière (2) étaient accourus sur les remparts, la garnison tout entière les bordait. — # Nous tirions à mitraille du peu de pièces que nous avions », dit le Gouverneur dans son journal (3). Pendant ce temps, la flottille ennemie s'approchait des vaisseaux français, surprenait les équipages et s'en emparait. « Une # demi-heure après m'être rendu au bastion du Roi, con- « tinue M. de Drucour, on est venu me dire que les deux « vaisseaux de la rade étoient attaqués: j'ai couru à la « Grave d'où J'ai vu, un instant après, le feu dans le Pru- « dent; quant au Brenfarsant, il y avoit trop de brume « pour l'apercevoir... Nous avons su par l'officier qui
(1) Bateaux plats.
(2) Marchault de Lahoulière, commandant des troupes, (3) Montcalm et Léris, T. 1, p. 498.
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« étoit à bord du Prudent que, sans avoir eu connaissance « des chaloupes qui venoient pour l'enlever, étant à faire « pomper , les gaillards et passavants avoient été, dans un « instant, couverts d'Anglois qui les ont fait descendre en “ bas et fermer les écoutilles. x» Le 26 au matin, un conseil de guerre se réunit et la capitulation fut décidée, malgré les protestations violentes du brigadier du génie Franquet, qui avait été chargé de mettre Louisbourg en état de défense, et dont la responsabilité se trouvait en jeu. Toutes nos pièces avaient été successivement réduites au silence, et les remparts tombaient tellement en ruines, qu'après la capitulation, dit M. l'abbé Casgrain , « la foule circulait par les brèches, tout autant que par les portes. »
Ce même jour, à dix heures du matin, M. de Loppinot (1) fut envoyé au camp anglais pour offrir de se rendre sous les conditions accordées aux Anglais à la capitulation de Port Mahon, mais Ambherst refusa, exigeant que la garnison se rendit prisonnière, # ajoutant que si, dans une « heure, il n'avait pas de réponse, il ferait donner l'assaut.
# — Eh bien, répondit fièrement Drucour, nous subirons « l'assaut (2) ! » etil chargea M. de Loppinot de transmettre cette résolution au général anglais ; mais à peine l'officier porteur de ce message avait-il quitté la chambre du conseil, que l'ordonnateur Prévôt entra, avec une requête des citoyens de Louisbourg , suppliant le Gouverneur d'accéder aux exigences ennemies, par crainte du massacre qu'ils auraient à redouter si la ville était prise d'assaut. Sur l'avis du conseil, M. de Drucour consentit alors à revenir sur sa décision, et l'on dépêcha M. de Courserac après M. de Loppinot pour lui reprendre sa lettre, Ce
(1) Capitaine aide-major.
(2) Montealm ct Léris, T, 1, p, 5or,
dernier , qui ne s'était pas hâté, pour donner sans doute à M. Prévôt le temps d'intervenir, fut rejoint au pont-levis, et, accompagné de MM. d'Anthonaÿ, lieutenant-colonel des Volontaires Etrangers, et Duvivier, major d'Artors,
il se rendit près des généraux anglais pour traiter de la capitulation. Ils rentrèrent à Louisbourg à onze heures du
soir, porteurs du revers que signa M. de Drucour.
Aux termes de ce document, la garnison de Louisbourg se constituait prisonnière pour ètre transportée en Angle terre ; les Iles Royale et Saint-Jean passaient dans le domaine de la Couronne Britannique; la population de Louisbourg était transportée en France: le Iendemain matin, à 8 heures, la Porte Dauphine devait étre livrée aux Anglais et à midi, les troupes désarmées déposeraient leurs ‘drapeaux sur l'Esplanade.
Ainsi fut fait; Louisbourg avait vécu. Abandonnée, même par ses vainqueurs, Cette ruine acheva de s'etfondrer, solitaire, au sein des brumes hyperborées. Quelques murs, seuls, croulant dans l'herbe où paissent des troupeaux, sont les derniers vestiges de ce Dunkerque de la Nouvelle-France, cité néfaste pour laquelle, vainement, on dépensa tant d'or et tant de sang.
Les habitants des Iles Royale et Saint-Jean espéraient un bon traitement de leurs nouveaux maîtres; ils ne tardèrent pas à être détrompés. « Presque tous, écrivait « l'abbé Maillard (1), restent... dans l'espérance que l'An- « glais aura pitié d'eux, et qu'il les souffrira sur leurs ha- « bitations... Je suis actuellement à Miramichi, où je ne « vois que misère ou pauvreté des plus grandes. Toutes les « familles qui s'y sont rangées y meurent de faim. Elles « sont toutes sur'le point de quitter ce triste lieu pour
(1) Montcalm et Lévis, T. 1, p, 506,
doute à t-levis, colonel Artois, r de la ‘ures du
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« aller se cantonner dans différents endroits où elles espè- # rent tout doucement vivre de poisson et de gibier. Les « habitants de l'Ile Saint-Jean sont tous bien déterminés à “ ne pas quitter leur ile, quoique leur fassent les Anglais, # aimant mieux s'y maintenir comme ils pourront que « d'aller certainement mourir de faim à Miramichi. Le; pré- « tres restent avec eux. Leur commandant, M. de Villejoin, « a mis cette île en fort bon état ; les jardins y sont beaux « et la récolte sera bonne. Les Anglais, depuis trois mois « que Louisbourg est à eux, n'y sont pas encore venus. « On les attend pour faire accommdlement avec eux, ou « pour fuir dans les bois, si ces rogues vainqueurs veulent « les traiter mal. »
Les deux iles entières furent ravagées, tous les villages incendiés, les colons déportés ou contraints de se réfugier dans Jes bois où le froid les tua. « Vos ordres, écrivit « Wolfe au général Ambherst, ont été exécutés ; nous « avons fait beaucoup de mal et répandu la terreur des # armes de Sa Majesté dans toute l'étendue du golfe, mais « nous n'avons rien ajouté à sa réputation (1). »
L'abbé Maillard, qui n'en était plus à compter ses arrestations, semble avoir été interné à Halifax, d'où il correspondait secrètement avec les groupes errants de ses chers Acadiens : « Je ne manque point cette occasion, dit- « il dans un de ces billets, pour vous faire savoir combien « je désirerois d'ètre à proximité de vous et de tous les « autres catholiques dispersés çà et là, dans les contrées de « Boston et ailleurs, pour votre consolation à tous et la « mienne... J'approuve volontiers que vous receviez le « consentement mutuel exprimé par la parole des parents « de tous ceux et celles qui veulent s'unir en mariage ;
(1) Montcalm et Lévis, T, 1, p, 507,
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« mais faites cela en présence de témoins requis à cette «fin...
« J'ai soin, tous les dimanches , de vous avoir présents « en esprit, et de vous regarder alors comme joints à nous « dans l'action du Saint Sacrifice... Faites de mème dans « VOS prières communes... (1) ».
L'Acadie, cette fois, était morte, et ses enfants à jamais dispersés.
... # C'est bien toujours la forét primitive, mais « l'ombre de ses ramures —- abrite une autre race au langage « étranger — et les rares paysans qui languissent encore — « sur les rives moroses du brumeux Atlantique — sont les « derniers Acadiens : leurs pères, las de l'exil, étaient « revenus mourir sur la terre natale (2). »
(à) Abbé Casgrain, Un pélerinage au pays d'Evangéline, lettre citée, p. 332.— Quand tout espoir fut définitivement perdu, l'abbé Maillard emploÿ a son influence sur les sauvages pour arrêter la guerre acharnée qu'ils continuaient de faire aux Anglais ; ces derniers lui en surent gré; autorisé à résider en Nouvelle-Ecosse, il ÿ mourut en 1768, usé de fatigues ; quelques sauvages l'assistèrent à ses derniers moments. (Cf. ibidem, p. 100),
(2) Traduit de Longfellow (Evangéline),
cette
sents nous APPENDICE dans LETTRE DE M, LARTIGUE SUR LE SIÈGE DE LOUISROURG, »— MÉMOIRE amais DU ROI AU COMTE DE RAYMOND , COMMANDANT , ET À M. PRÉVÔT, ORDONNATEUR A L'ILE ROYALE. —— MÉMOIRE DE L'ABBÉ MAILLARD e SUR LES MOTIFS DE HAINE DES MIKMAKS CONTRE LES ANGLAIS, — PAR? MÉMOIRE DU COMTE DE RAYMOND SUR CE QUI S'EST PASSÉ ENTRE ngage FRANÇAIS ET ANGLAIS SUR LES FRONTIÈRES DE L'ACADIE, APRÈS Print LA PAIX DE 1748. —— RÉFLEXIONS PAR LE MÊME SUR LES DEUX di les MÉMOIRES PRÉCÉDENTS, -—— PENSÉES DIVERSES SUR L'ILE ROYALE, talent PAR M. DE SURLAVILLE, == OBSERVATIONS SUR LE CHOIX DES COMMANDANTS DE POSTES, PAR M. DE RAYMOND, CAPITAINE DANS LES TROUPES DU CANADA. =— ÉTAT DES POSTES FRANÇAIS EN di ACADIE, PAR M. DE LEA HOUSSAYE, = DÉNOMBREMENT DES HABI- Mie TANTS DE H'AÇADIS FRANÇAISE EN ÉTAT DE PORTER LES ARMES, = ls conti- PUNITIONS INFLIGÉES A DES SOLDATS DE LOUISBOURG. -— ETATS DE uorisé à SERVICES DE MM. JOUBERT ET DF LA BOULARDERIE, == M, DE LA quelques