HOUSSAYE PRISONNIER DES ANGLAIS EN
M, LARTIGUE A M. DE SURLA VILLE À La Rochelle, le 6 mars 1759.
Je ne vous feray point un récit, par cette première lettre, des malheurs qui me sont arrivez par la prise de Louisbourg: Znfandum jubes renovare dolorem; cependant, si j'avois l'honneur d'estre une heure auprès de vous, J'aurois bien de la peine à me taire sur le chapitre des personnes que nous devons regarder tous, tant que nous sommes, comme les auteurs de notre infortune qui, non
241 LES DERNIFRS JOURS DF L'ACADIF
comptant d'avoir commencé à nous dépoüiller de nos biens par mille injustes vexations, en ont agi, pour ce qui regarde la deffance de la Place, d'une manière à ne devoir point faire ménager leur réputation. J'ay tenu, à cette occasion, un Journal détaillé de tout ce qui s'est passé dans cette Place, depuis le mois d'avril que l'ennemi a commencé à la bloquer par mer, jusqu'a sa reddition. J1 seroit à souhaitter que la Cour en voulüt prendre communiquation, peut-estre agiroit-elle avec plus de connoissance dans le choix des gouverneurs et ingénieurs qu'elle envoie dans les colonies, en s'apercevant des fautes nombreuses qui ont été commises à Louisbourg. Croiriés-vous , Monsieur , que les deux chefs de cet endroit n'en connoissoient point les environs, cecy n'est point une exagération. Je l'ay fait observer à M. de Lahoulière (1) qui me pria, à cette occasion, un jour, devant l'ingénieur, de sortir hors de la Place pour raisonner sur la nature du terrain. Seroit-il possible que la Cour ne voulüt point approfondir notre malheureuse avanture ? C'est ce que je crains, Car nous vivons dans un siècle heureux, où on oublie volontier les sottises, bien différent que dans les autres, où on ne sen rapeloit que pour les punir. Quoy qu'il en soit, il est fort à craindre que le succès que l'ennemy a eu à l'Isle Royalle ne le porte à exécuter le dessein qu'il s'est donné d'aller, non pas prendre tout d'un coup Quebec, mais bien l'Isle d'Orléans qui en forme l'entrée du port, s'i établir et s'i fortiffier par de bonnes lignes, pour delà aller à tenter leurs vues. J'ai eu occasion de raisonner souvent avec le général Ambherst sur bien des choses relatives à son projet; j'en ay fait part au
(1) Commandant des troupes de terre à Louisbourg, .
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Bureau (1), mais vraisemblablement, on m'i aura considéré comme un avanturier. L'évènement a cependant déjà justifié, par les gazettes parties, de ce que ce général ne s'étoit point caché de me dire, comme qu'il ailoit faire prendre poste à la Rivière Saint-Jean, avec un train d'artillerie, ensuite brûler Miramichi, s'emparer de Gaspé et le printemps, monter la rivière. Je souhaitte que l'on s'i prenne bien pour luy faire manquer sa besogne, mais il y a bien des choses à dire à cela...
Je m'étois propozé, avant même mon départ de Louisbourg, de me rendre à Paris aussitost mon arrivée en France. J'étois fort invité par MM. de Lahoulière et de Saint-Julien, mais différentes circonstances m'en ont empêché, quelque bonne envie que j'en eus. J'avois dressé un plan si bien particularisé, que l'on y voyoit aussi distinctement que si on eût été sur les lieux, tous les évènements du siège, depuis que la flotte avoit mouillé l'ancre dans la baye de Gabarus, personne ne pouvoit en rendre un plus fidèle compte, puisqu'il ne s'est point passé de jour que je n'aye sorti hors de la Place, depuis le débarquement de l'ennemy, pour observer ses travaux. Ne pouvant remettre moy-même ce plan, je me proposay de l'envoyer au Ministre, et ayant voulu faire un cadeau à l'Intendant de Rochefort en Iuy faisant voir, il m'offrit, comme il alloit à Paris, de le remettre luy-même et de le faire valoir en ma faveur, d'y joindre un mémoire de quelques particularitées dont je luy avais fait part au sujet de Louisbourg, et de ne point manquer de demander de l'employ. Tout cela fut dit d'une manière aussi gratieuze qu'elle me parut naturelle. J'ai eu l'honneur d'écrire au
(1) de la Marine,
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Ministre et XM, Accaron {1) (me persuadant que ce dernier n'est point comme Laporte) (2), mais point de réponse. Je veray au retour de M, l'Intendant, qui est un anti-Prévost, ce qui en sera, Seroit-il Dieu possible que l'on eût regardé mon plan comme une image seulement ? J'en ay un autre qui fait voir bien démonstrativement ce que l'on auroit dû faire depuis ce printemps, tant à la fortiffication qu'aux environs de notre Place, et du parti que l'on auroit dû tirer des vaisseaux du Roy qu'une batterie de 6 canons a
réduits, mais je ne crois pas qu'il ayt le méme sort.
Mémoire du Rot aux sieurs comle de Raymond, Commandant pour Sa Majesté, el Prévôt, Commissaire de la Marine, Ordonnaleur à l'Isle Roïale.
Sa Majesté aiant confié aux sieurs comte de Raymond et Prévôt l'administration de l'Isle Roiïale, Elle a jugé à propos de leur en expliquer les principaux objets.
Leur premier soin est de vivre en bonne intelligence ; persuadés que rien n'est si contraire au bien du service et à la tranquillité de la colonie que la division des chefs, ils doivent avoir une attention continuelle à prévenir tout ce qui peut donner atteinte à l'union que Sa Majesté leur recommande. La diversité des sentiments ne doit point causer d'altercation entre eux. Lorsqu'ils ne pourront pas convenir sur quelque point, Sa Majesté souhaite qu'ils lui rendent compte conjointement de leurs raisons, afin qu'Elle puisse leur faire savoir ses ordres. Si, cependant, l'affaire sur laquelle ils ne se trouveront pas d'accord,
(1) Premier commis au bureau de la Marine,
(a) Frère de M. de Laporte de Lalanne, intendant de Saint-Domingue, il était employé supérieur du miuistère de la Marine et protecteur de Prévost qui lui réservait, dit-on, une part dans ses dilapidations,
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requiert célérité, Sa Majesté veut que le sentiment du se. Je ces RASE sieur comte de Raymond soit suivi par préférence à celui cvost, ' è
Lé de l'Ordonnateur., gardé
Comme un des plus sûrs moiens de conserver cette autre
union est qu'ils se contiennent l'un et l'autre dans leurs
oit dû : ! à Fr R fonctions, il est nécessaire qu'ils sachent celles qui les
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V li regardent, chacun en particulier, et celles qui leur sont
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communes, nons 4 pe : FAP 1 à dde l'out ce qui a rapport au militaire et à la dignité du commandement, appartient au comte de Raymond seul;
c'est à lui à donner des ordres aux trounes et d'avoir
PAR attention qu'elles soient bien disciplinées et en état de servir dans les occasions...
Le gouvernement des sauvages regarde le sieur comte de \ymond Raymond en particulier ; il ne doit rien négliger de ce qui . jugé à peut contribuer à les attacher de plus en plus aux intérêts de la France, et cette partie exige de lui une attention igence ; continuelle.
vice et L'administration des fonds, des vivres et des munitions, chefs, et généralement tout ce qui a rapport aux magasins et à la nir tout caisse, appartient uniquement au Commissaire ordonnasté leur teur, et il ne doit être fait aucun paiement, aucune vente, it point ni consommation, que sur ses ordres. Si, cependant, le ont pas sieur comte de Raymor”d juge à propos de faire quelque qu'ils lui dépense extraordinaire pour le service, Sa Majesté veut s, afin que le sieur Prévôt l'ordonne , mais elle recommande au pendant, sieur comte de Raymond de ne s'y livrer que dans le cas accord, de nécessité abiolue, et de rendre compte des motifs qui l'y auront déterminé.
Le sieur Prévèt doit aussi, lorsque le sieur comte de mingue, il Raymond le demandera, lui faire donner des états de vivres de Prévost et munitions des magasins, afin qu'il puisse toujours être
informé de l'état de la Place.
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Le détail et l'administration des hôpitaux regardent aussi le Commissaire ordonnateur, Sa Majesté veut, néanmoins, que le sieur comte de Raymond veille à ce que les choses s y passent en règle.
L'administration de la Justice regarde pareillement le Commissaire ordonnateur: le sieur comte de Raymond ne doit s'en méèler que lorsqu'il sera nécessaire de donner main forte pour faire exécuter les jugemens, mais dans toutes les occasions, il doit donner tous les secours qui peuvent dépendre de lui pour assurer leur exécution, et Sa Majesté le lui recommande expressément.
C'est au sieur Prévôt, comme premier conseiller, à faire, en l'absence de l'Intendant du Canada, toutes les fonctions de Président au Conseil Supérieur, comme de donner les audiences, de faire appeler les causes, recueillir les voix, prononcer les jugemens et autres et, lorsqu'il jugera à propos, de faire convoquer quelque conseil extraordinaire, il doit en faire avertir le sieur comte de Raymond par l'huissier-audiencier
Par rapport aux officiers de Justice, c'est aux sieurs comte de Raymond et Prévôt de rendre compte conjointement de leur conduite et de proposer des sujets pour les places vacantes par mort ou par démission, mais, ce qui regarde, en particulier, le sieur comte de Raymond, c'est de veiller à ce que les officiers majors et ceux des troupes aient pour ceux de Justice les égards dus au caractère dont ils sont revêtus, et de maintenir le peuple dans Île respect qu'il doit avoir pour ce mème caractère. Au surplus, l'intention de Sa Majesté est que lés conseillers du Conseil Supérieur de Louisbourg aient une entière liberté dans leurs suffrages, mais ce Conseil ne doit se méler directement, ni indirectement, de ce qui regarde le gouvernement et l'administration générale de la colonie, Sa Majesté
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ne Jui aiant confié une partie de son autorité que pour rendre la Justice à ses sujets dans } s affaires contentieuses.
Les sieurs comte de Raymond et Prévôt doivent aussi empêcher que les gens de pratique et de palais ne soient s Afferts dans la colonie que pour y faire des établissemens et sans se mèler de procès, directement, ni indirectement. L'expérience n'a que trop fait connoitre combien ces sortes de gens sont dangereux pour les colonies où la chicanne est plus funeste encore, tant par les obstacles qu'elle aporte au commerce, à la pèche et à la culture des terres dont elle détourne les habitans, que par les frais immenses qu'elle leur cause.
Les concessions de terres et graves regardent le Commandant et l'Ordonnateur en commun, Sa Majesté leur recommande d'avoir attention de placer celles qu'ils feront de la manière qui leur paroîtra la plus avantageuse pour l'accroissement de la colonie.
La police particulière regarde les officiers de la justice ordinaire, et le sieur Prévôt doit veiller à ce qu'ils y donnent l'attention nécessaire.
A l'égard de la police générale , elle appartient au Commandant et à l'Ordonnateur et elle embrasse trois objets principaux : l'augmentation des habitans, celle des cultures : et celle du commerce et de la pêche; Sa Majesté juge inutile de parler aux sieurs comte de Raymond et Prévôt de ce qui regarde la Religion. Ils scavent que c'est là le principal objet qu'Elle se propose dans l'établissement des colonies, et Elle est persuadée qu'ils feront tout ce qui dépendra d'eux pour seconder ses intentions à cet égard.
Elle ne leur parle pas, non plus, de l'attention qu'ils doivent avoir à maintenir le peuple dans les sentiments d'amour et de respect qu'ils ont naturellement pour la personne de Sa Majesté, dans l'obéissance aux supérieurs et dans la dé-
pendance des loix. Elle est persuadée qu'ils ne perdront jamais de vue ces importans objets.
Fait à Versailles, le 24 avril 1751.
Signé: Louis, Et plus bas : RouiLté.
Motifs des sauvages mickmagues el marichites de continuer la guerre contre les Anglois depuis la dernière paix (1).
Cette nation n'a jamais pu oublier tout ce que les Anglois établis dans l'Amérique Septentrionale ont mis en œuvre , dès les premiers tems de leur établissement, pour la détruire de fond en comble; ce qui fait qu'elle ne cesse
(1) Gette pièce et la suivante ont été intercalées par Pichon (lettre 18, pp. 218 et suiv.) dans son ouvrage anonyme intitulé: Lettres et Mémoires pour servir à l'histoire naturelle, civile et politique du Cap-Breton, depuis son établissement jusqu'à la reprise de cette isle par les Anglois en
1798. (In-18 de 327 pp., publié à La Haye chez Pierre Gosse, et à Londres chez Jean Nourse, 1760). 11 se trouve aux imprimés de la Bibliothèque Nationale, sous la cote Lk1?, 568. [ndépendamment de la rareté du livre, ces mémoires que l’auteur s'était attribués, trouveront ici d'autant mieux leur place, qu'ils sont annotés par M, de Surlaville et suivis de réflexions inédites du comte de Raymond.
Pichon qui, en sa qualité de secrétaire du comte, avait pu copier bon nombre de ses papiers, donne également (p. 141) un résumé des Instructions du Roi au commandant et à l'ordonnateur de VIle Royale, qui ont été publiées plus haut, dans cet Appendire,
Le portrait qu'il fait de M. de Raymond (p. 150) est peu flatté: « Sa figure même, disgrâce si peu reprochable, n'étoit pas épargnée ; l'air impérieux, le ton du despotisme , ne peuvent être guère soutenus heureusement avec un visage et une taille ignobles et désagréables , avec des jambes qui rapetissent fâcheusement celui qui voudroit s'élever au-dessus de tout ce qui ’entoure. » Au sujet de lle Saint-Jean, il raconte (p. 53) que « les bécasses forment des nuées épaisses, et sont quelquefois si familières et si
tenaces sur les terres, qu'on les tue à coups de pierre ».
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