‹ Les derniers jours de l'Acadie, 1748-1758 [microforme]Chapitre 47 sur 67 · CESSE · texte numérisé non relu

CESSE

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de chercher les occasions de leur en marquer son ressentiment ; elle a surtout, à tout moment, devant les yeux, ce qui suit (1):

En 1744, vers la fin d'octobre, feu M, Gorrhon, commandant un détachement de troupes angloises, envoié pour observer la retraite que les François et les sauvages faisoient de devant le Port Roial en Acadie, ce détachement ajiant trouvé à l'écart deux cabannes de sauvages mikmaques où 11 y avoit cinq femmes et trois enfans, desquelles femmes deux étoient enceintes, saccagea, pilla et brüla ces deux cabannes et massacra les cinq femmes et les trois enfans. Il est à remarquer qu'on trouva les deux femmes grosses éventrées, trait que les sauvages ne peuvent oublier, parce qu'alors on se faisoit bonne guerre. Ils ont toujours regardé cette action .omme une marque singulière de la cruauté la plus inouie.

Cinq mois avant cette action, un nommé Danao, ou David , corsaire anglois, aiant artificieusement arboré pavillon françois dans le passage de Fronsac, fit, par le moien d'un renégat françois qu'il avoit pour interprette, venir à bord de son bâtiment le chef des sauvages de l'Isle Roiale, nommé Jacques Padanuques, avec toute sa famille, l'emmena à Boston, où il fut mis au cachot dès qu'il fut débarqué, et d'où on ne le tira que pour le faire étouffer dans le bâtiment où ils disoient ne l'avoir fait embarquer que pour le remettre sur l'Isle Roïale, [ls ont gardé son fils, jeune homme alors de huit ans, et ne veulent absoiument pas le rendre. 11 est à notter que, plusieurs fois de-

(1) Ce memoire n'est certainement pas de Raymond; je le crois de l'abbé Maillard. (Note de M. de Surlaville),

Cette supposition est d’ailleurs confirmée par ce qu'en dit M. de Raymond,

lui-même, dans les réflexrir+ qui suivent ces deux mémoires,

puis la détention de ce jeune sauvage, on leur a remis des prisonniers sans rançon, aux conditions qu'ils rendroient ce jeune homme, qu'eux mêmes se sont soumis à ces conditions, que, néanmoins, ils n'y ont jamais été fidèles.

Au méme mois de juillet 1745, le même Danao prit encore, par la mème ruse, une famille sauvage qui n'a pu se tirer de leurs mains qu'en échapant la nuit de leurs prisons. Dans le même tems, un nomtmé Barthélemi Petitpas, interprète apointé des sauvages, fut emmené prisonnier à Boston ; les sauvages l'ont demandé plusieurs fois en échange de prisonniers anglois qui étoient alors entre leurs mains, dont il y avoit deux officiers, à qui ils donnèerent la liberté à condition que ledit Petitpas leur seroit renvoié, les Bostonnois ont néanmoins retenu prisonnier ledit Petitpas, et l'ont fait mourir par la suite.

Dans la même année 1745, le missionnaire des sauvages de l'Isle Roiale, Nartikonech, Piktout et Isle Saint-Jean, nommé l'abbé Maillard, aiant été invité par plusieurs

lettres de la part du chef de l'escadre angloise et du général des troupes de terre, à un pourparler que ces deux Messieurs vouloient avoir avec lui au sujet des sauvages, se rendit à Louisbourg qui étoit alors aux Anglois, sur les assurances que ces Messieurs lui avoient données par écrit, et sur la promesse formelle qu'ils lui avoient faite avec serment de lui donner toute liberté de retourner d'où il étoit venu. Après avoir satisfait à tout ce qu'ils désiroient de lui, le retinrent à Louisbourg où ils lui firent plusieurs mauvais traitemens, et ensuite l'obligèrent à s'embarquer, tout malade et dénué de tout, sur un vaisseau de leur escadre pour le faire passer en Angleterre et de là, en France.

Cette mème année 1745, plusieurs corps de sauvages décédés et inhumés au Port Toulouse, furent exhumés par les Bostonnois et jettés au feu; en outre, le cimetière de

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En 1746, des étofles que les sauvages achetèrent des Anglois qui commerçoient alors dans le bassin de Mezagoueche à Beaubassin, parce que les étoffes manquoient partout, se trouvèrent empoisonnées, de sorte que plus de deux cents sauvages, tant de l'un que de l'autre sexe, en périrent.

En 1749, vers la fin du mois de mai, tems auquel on ne savoit pas encor dans la Nouvelle-France la suspension d'armes entre les deux Couronnes, les sauvages aiant fait deux prisonniers anglois sur l'Isle de Terre-Neuve, apprirent de ces mêmes prisonniers la suspension d'armes. Ils en crurent les Anglois, leur en marquèrent leur satisfaction, les traitèrent comme frères, les dégagèrent de leurs liens et les menèrent à leurs cabannes.

Les dits prisonniers, pendant la nuit, massacrèrent vingt-cinq de ces sauvages, tant hommes que femmes et enfants, et se sauvèrent. Il n'y a que deux sauvages qui ne se trouvèrent point compris dans ce massacre, parce qu'ils ne s'y trouvèrent pas.

Vers la fin de la même année, les Anglois s'étant rendus à Chibouktouk, firent partout répandre le bruit qu'ils alloient détruire tous les sauvages. Ils parurent agir en conséquence, puisqu'ils envoièrent , de côté et d'autre, différens détachemens de leurs troupes pour aller à la poursuite de ces sauvages.

Ceux-ci furent si fort allarmés de ce procédé des Anglois, que, dès lors, ils se déterminèrent entre eux à leur déclarer la guerre, tout foibles qu'ils étoient; sachant que la France avoit fait la paix avec l'Angleterre, ils résolurent de ne pas cesser pour cela de faire, partout où ils pourroient, main-basse sur l'Anglois, disant qu'ils ne

pouvoient se dispenser de le faire, puisque, contre toute justice, on les vouloit chasser de leur païs. [ls envoièrent alors une déclaration de guerre en forme, au nom de leur nation et de leurs alliés sauvages, aux Anglois,

L'établissement de Chibouktouk a beaucoup choqué

cette nation ; les faits rapportés ci-dessus et les cruautés dont ils se plaignent, semblent les rendre à jamais irréconciliables avec les Anglois.

Quant à ce qui regarde les missionnaires des sauvages , on ne peut les soupçonner d'user de connivence en tout ceci, si l'on veut faire attention à la conduite qu'ils ont toujours tenue avec eux, et surtout dans le tems de la guerre dernière, combien d'actes d'inhumanité se seroient commis par cette nation naturellement vindicative, si les missionnaires ne se fussent pas sérieusement appliqués à les distraire de ces idées. IT est notoire que les sauvages se croient tout permis contre ceux qu'ils regardent comme leurs ennemis. On ne peut dire combien les efforts de ces mêmes missionnaires ont été grands, pour venir à bout de réprimer, dans ces conjonctures, cette licence criminelle, surtout les sauvages se croiant authorisés par droit de représailles. Combien d'honnètes gens de la nation angloise auroient pour jamais été détenus captifs et subi un sort des plus tristes, si, par l'entremise des missionnaires, les sauvages ne se fussent déterminés à les relâcher.

Ces missionnaires sont à même de faire voir par écrit les instructions qu'ils font aux sauvages, touchant la douceur et l'humanité dont on doit faire usage, mème en guerre. C’est surtout depuis dix-sept ans qu'ils ne cessent de déclamer contre les façons barbares et sanguinaires des sauvages, qui semblent innées avec eux; ce qui fait que, dans les maximes de conduite écrites pour eux, on à eu attention d'y insérer un chapitre qui, depuis le commen-

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cement jusqu'à la fin, leur met devant les veux l'extrème horreur qu'ils doivent avoir d'une semblable conduite, Ils ont particulièrement soin de faire aprendre ce chapitre tout entier aux enfans, d'où il suit que, de jour en Jour,on s'aperçoit qu'ils deviennent plus humains et écoutent plus, à cet égard, les remontrances du missionnaire,

Extrait de ce qui s'est passé entre les François et les Anglois sur les frontières de la Nouvelle-France et de l'Acadie depuis la paix de 1748, et où il est clairement prouvé que ce sont les Anglois qui ont, en plusieurs occasions, manqué de foi au dernier traité el aux anciens (1)

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On a démontré, par le Mémoire concernant les motifs que les sauvages mikmaques ont eu de déclarer la guerre aux Anglois, que la France n'a eu nulle part à cette déclaration, l'on va démontrer, de mème, les sujets de plainte qu'elle auroit à faire contre les Anglois dans cette Amérique Septentrionalle.

Sur l'avis que le général de la Nouvelle-France eut , en 1750, que les Anglois faisoient marcher des troupes dans les parties qui sont en litige entre la France et l'Angleterre, pour lesquelles ces deux Couronnes ont nommé des commissaires, afin de régler les limites de ce qui doit appartenir à chacune d'elles, fit, de son côté , avancer un détachement dans ces parties-là, avec ordre au commandant de ce détachement, de ne rien faire qui püt altérer la bonne harmonie qui règne entre les deux Cours, de se

(1) Ce mémoire est de R{aymond], le stile est aisé à reconnoître. (S.)

donner bien de garde d'en être l'aggresseur , mais seulement de repousser la force par la force (1).

Le s° chevalier de la Corne, qui étoit commandant de ce détachement françois, vit paroître, le 12 septembre 1750, dans la baie de Beaubassin, dix-sept voiles, tant brigantins que bateaux et goëllettes, qui furent mouiller le 13, à Wescak, et le 15, il s'en détacha quelques-uns qui vinrent mouiller à Beaubassin.

Le chevalier de la Corne étoit alors à la Pointe de Beauséjour, à cinq lieues de la Baie Verte qui n'est séparée de Beaubassin que par une petite rivière qu'on nomme Sainte-Marie (2). [l avoit laissé une partie de son détachement, à Wescak, aux ordres du s' de la Valière, capitaine d'une compagnie des troupes de Louisbourg qui, voyant venir deux barques angloises, armées de vingt hommes chacune, avec un pavillon sur le devant, et jugeant que leur dessein étoit de s'emparer des pirogues qui étoient dans la rivière de Wescak, destinées pour la communication de son détachement avec celui du chevalier de la Corne, détacha deux officiers avec quarante hommes pour examiner quel étoit le vrai dessein des Anglois. Ceux-ci brülèrent alors deux amorces sur les François, dans la vue, sans doute, de les engager à tirer les premiers sur eux, mais les ordres étoient trop bien donnés de ne pas agir offensivement pour que les François osassent v manquer ; en sorte que les Anglois voiant qu'on

(1) C'est une faute de nos plénipotentiaires à Aix-la-Chapelle, Il falloit stipuler dans le traité, qu'on ne feroit aucun nouvel établissement, de part ni d'autre, avant le règlement des limites, On se seroit évité par là bien de la dépense et bien de l'inquiétude, (S.)

(2) C'est le village de Mizagouesche dont il veut parler, qui est séparé de la Pointe à Beauséjour par la rivière de ce now, et non par celle de Sainte- Marie, (8)

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persistoit toujours à ne pas vouloir ètre les nggresseurs, passèrent toutes les bornes les plus sacrées parmi les souverains, ils tirèrent deux coups de fusil à balle, à quoi il fut répondu de façon qu'ils furent obligés de se retirer, et durent emporter avec eux le remords d'avoir fait les premiers l'insraction aux traités (1).

Ils ne s'en sont point tenus à cette première infraction ; ils firent tout de suite construire un fort à Beaubassin, qui est situé dans une des parties les plus contentieuses d'entre les prétentions des deux Couronnes, et bien au-delà du terrain que la France prétend lui appartenir (2). Ce n'est qu'après la construction de ce fort, que le chevalier de la Corne fit faire celui de la Pointe à Beauséjour. Ce sont des faits qui prouvent que les Anglois, se mettant au-dessus de tout droit des gens, ont, en pleine paix, tiré les premiers sur les François, et ont voulu d'eux-mêmes comme régler des limites pour lesquelles les deux Couronnes viennent de nommer des commissaires. Ce sont eux encor qui, l'année suivante, ont commencé à tirer les premiers sur les François.

Au mois de Juin 1751, un détachement d'environ 300 hommes de troupes angloises, sortit de nuit d'un nouveau

(1) La Valière s’est fort bien conduit dans cette avanture-là. C'est un officier plein de zèle et d'intelligence, qui n'a d'autre défaut que d'être marié et de n'être pas riche, I seroit à désirer que le chevalier de la Corne eût mieux connu le terrain, ou qu'il en eût senti tous les avantages, (S.)

(a) C'est là, précisément, la faute du chevalier de la Corne qui répondit aux Anglois qui lui demandoient quel étoit donc leur terrain, qu'ils pouvoient s’y établir. Il falloit, au contraire, les en empêcher et occuper l'embouchure de la Maskoudagaine, qui est à une lieue de là. Par là, on les mettoit dans l'impossibilité de faire aucun établissement dans le fond de la baie de Béaubassin, et on les réduisoit au hâvre de la rivière aux Pommes, et peut-être même à celui des Mines, (S.)

fort qu'ils avoient construit à peu de distance de celui de Beaubassin (1), I se trouva, à la pointe du jour, à la vue du Pont-à-Buot, où il y avoit un petit poste françois que l'on ne peut douter que les Anglois n'eussent dessein d'attaquer, puisqu'ils avoient passé la rivière qui les sépare d'avec ce poste, et qu'ils commencèrent, au Jour, à faire feu dessus, mais ils furent obligés de se retirer (2,. Le s' de St-Ours, qui étoit à la Pointe de Beauséjour, et qui avoit relevé le chevalier de la Corne dans le commandement de ces postes, aiant été averti assés à tems de Cette manœuvre pour y faire opposition,

L'on vient de démontrer clairement et avec vérité le manquement formel de la part des Anglois au dernier traité d'Aix-la-Chapelle; l'on va faire voir à présent quels ont été les bons procédés des François envers eux et de quelle façon ils y ont répondu.

Le 15 février, un bateau venant de Boston, faisant route pour Beaubassin, fut poussé par un coup de vent sur la côte de Wescak. Le capitaine de ce bateau vint se jeter entre les bras du sieur de Bailleul, officier qui commandoit dans ce poste. Cet officier, ayant été averti que les sauvages venoient de ce coté-la, fit cacher le capitaine et son équipage dans le moulin d'Wescak, jusqu'à ce que Îles sauvages qui les demandoient hautement pour les tuer, se fussent retirés ; après quoi, il les renvoia à l'officier qui commandoit pour les Anglois au fort Laurents. Cet officier en écrivit une lettre de remerciement à M. de St-Ours(3)...

(1) Je ne sais pas ce que c'est que ce nouveau fort, il n'existoit pas en août 1702, et je doute bien qu'il ait jamais existé, (S.)

(2) I falloit qu'ils s'y prissent bien mal, car ce mauvais fort est dominé de toutes parts. (S.)

(3) Le paragraphe supprimé est le résumé des deux lettres de M, de Ste Ours, des 80 et 31 juillet 1351, à M, des Herbiers, (CF, pp. 18 à 923,)

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Depuis la fin de l'année 1749, tems auquel les Anglois ont commencé à se rendre en foule à Chibouctou pour s'y établir, les François n'ont pu naviguer en süreté le long de la côte de l'Est et mème aux environs de l'Isle de Canceau et de la baie de Chedabouctouk , à cause des menaces fréquentes qu'ils faisoient (1). Ils ont continué de prendre les bâtimens de tout espece , de s'emparer de tout ce qu'ils y trouvoient et de se saisir en même tems des navigateurs, ce qu'ils ont effectivement exécuté en plusieurs rencontres. Ils prirent, cette mème année 1749, trois chaloupes au Petit Degrat de l'Isle Roiale, ainsi que les équipages qu'ils mirent pour un peu de tems à terre, ensuite les firent rembarquer et les renvoièrent après avoir pris toutes les morues de ces trois chaloupes qui étoient à la pêche du côté de Martingot.

Ce fut aussitôt après leur établissement à Chibouctou, cette même année 1749, qu ils envoièrent des détachemens de troupes dans toute l'Acadie pour forcer les François et leurs familles, sans aucun égard aux anciens traités, à y rester avec leur bieus meubles et immeubles, sinon à s'en aller sans emporter quoi que ce fût de ce qui leur appartenait.

En août et septembre de cette même année, ils firent enlever deux missionnaires, le s° Girard, à Cobeguit, qu'ils ont retenu captif pendant plus de trois mois à Chibouctou, et le s' de La Goudalie, qu'ils obligèrent de repasser en France.

(1) Si les Anglois s'en étoient tenus à nous empêcher de naviguer sur les côtes de l'est de l'Acadie, peut-être auroient-ils été fondés, du moins jusqu'au règlement des limites ; mais ils ont fait plus, ils ont insulté nos bâtiments dans le passage de Fronsac, dans la Baie Verte et dans la Baie Françoise. Les chaloupes du Petit Degrat semblent être dans leur tort, puisque Martingot est au-delà de Canceau et tient au continent de l'Acadie,

Lt LES DERNIERS JOURS DE L'ACADIE

Depuis leur établissement à Chibouctou, ils ont toujours eu des bâtimens armés en guerre dans le passage de Fronsac, sous prétexte d'empêcher le transport des bestiaux de l'Acadie à l'Isle Roiale (1).

Ils ont commis nombre d'hostilités sur les bateaux françois qui alloient et venoient de l'Isle Roiale à l'Isle

Saint-Jean, en on’ aité les équipages, se sont emparés de leurs cargaiso, souvent mème des bateaux, quoi

qu'on leur monträt des passeports dans la meilleure forme (2). S'ils ont cessé d'agir ainsi cette année, c'est que la France, informée de ces manœuvres, a tenu quelques frégates en croisière de ces côtés-là (3).

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