‹ Les derniers jours de l'Acadie, 1748-1758 [microforme]Chapitre 48 sur 67 · LE COMTE DE RAYMOND · texte numérisé non relu

LE COMTE DE RAYMOND

Réfléxions sur les mémoires cy-joints, concernant la guerre que les sauvages font aux Anglois, el sur la petite guerre qui se fait entre ces derniers et les François, dans la Nouvelle-France et l'Acadie,

En faisant ces mémoires, j'ai eu en vue trois objets : le premier, de donner une connoissance exacte au Ministre de tout ce qui s'est passé de plus intéressant dans la Nouvelle-France, depuis la paix, concernant la petite guerre qui s'est faite entre nous et les Anglois.

Le second, afin que le Ministre puisse mettre celui des

(1) S'ils n'en avoient fait que cet usage , on n'auroit pas grand reproche à leur faire, mais ils ne s'en sont pas tenu là. (S.)

(2) Qu'est-ce que ces passeports ? Les Anglois pouvoient-ils prendre ces bâtiments pour des corsaires ? Est-ce à eux à juger de la formalité de nos passeports, ou pouvons-nous en donner pour aller sur leurs terres ? (S.)

(3) Ce n’est pas là la raison, puisque Macartie étant ici, les Anglois insultèrent Faribeau qui alloit à la Baie Verte, et le forcèrent à relâcher à Louisbourg, (S.)

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LES DERNIFRS JOURS DE L' ACGADII 2154

Affaires Etrangères en état de prouver aux ambassadeurs d'Angleterre, que ce sont les Anglois qui ont, les premiers, violé la foi des traités, et à plusieurs reprises, tant sur terre que sur mer, 6

Le troisième objet est de convaincre que la France n'a aucune part à la déclaration de guerre que les sauvages ont faite aux Anglois, que même les nc dits qu'ont eu les sauvages sont justes ou fondés,

J'ai fait le mémoire concernant la guerre que font les sauvages aux Anglois (1, sur ceux qui m'ont été donnés par l'abbé Maillard, et sur ce que m'en a dit d'ailleurs ce missionnaire, homme de mérite, sachant parfaitement et trés en détail tout ce qui s'est passé (2

Le Ministre jugera aisément que j'ai fait ce mémoire de façon qu'il peut être montré aux ambassadeurs de la Cour Britannique, et que je n'y ai pas mis les traits barbares des sauvages, mais au moins tous les faits que j'y expose m'ont été attestés vrais par l'abbé Maillard.

J'ai fait celui qui concerne la petite guerre qui s'est faite entre nous et les Anglois sur les frontières de l'Acadie: 1° sur un mémoire que m'a donné le s' de La Valière, capitaine des troupes de Louisbourg, qui a été témoin de ce qui s'est passé, depuis le commencement de cette petite guerre, jusqu'à la fin du mois de juillet 1751 (3). avoit été détaché par M. des Herbiers, pour aller dans ces parties là avec sa compagnie, lorsque M. de La Jonquière demanda

(1) Gela n'est pas vrai ; il est en entier de l'abbé Maillard, on s'en aperçoit aisément. (5.)

(2) L'abbe Le Loutre le sait encor mieux. {(S.)

(3) Cela est faux, Elle a commencé à la fin de 1749, et La Valiére n'y est arrivé qu'en 1750, La compagnie n'avoit pas marché, on lui donna

cinquante hommes choisis sur toutes les troupes, (S.)

du renfort, et n'en est revenu que dans les premiers jours du mois dernier d'août,

Je joins ici le grand mémoire que m'en a donné ledit s’ de La Valière et dont j'ai tiré la substance qui m'étoit nécessaire pour prouver par des faits que ce sont les An glois qui ont été les agresseurs (1).

J'ai encore tiré cette mème substance des lettres et relations que les commandans des différens postes que M. de La Jonquière a établis, ont écrites à M. des Herbiers et des recherches particulières que j'ai prises (2.

J'ai jugé cette exacte recherche d'autant plus nécessaire, qu'indépendamment des connoissances que j'ai cru que le Ministre seroit bien aise d'avoir sur ces derniers objets, tout étoit persuadé ici que nous étions dans notre tort vis-à-vis les Anglois, ce qui ne m'a pas peu servi à en dissuader, et l'on commence à penser différemment,

Il est vrai que ces commandants des troupes détachées par M. de La Jonquière peuvent avoir manqué de se bien comporter à certains égards, surtout en soufrant les sauvages trop près de leurs postes, et mème en les laissant méèler, suivant ce que l'on m'a dit, leurs étendards.avec nos drapeaux, à la vue des Anglois (3).

(1) On ne se seroit jamais imaginé qu'il étoit homme à abrèger ce qu'un autre a dit, (S.)

(2) Il a raison, un autre les fait et lui les prend, (S.)

(3) Ces commandants ne seroient blâämables qu'autant qu'ils n'auroient pas suivi les ordres de M. de La Jonquière. Il ÿ a, d'ailleurs, plusieurs choses à observer : 1° IL est du droit des gens de secourir ses alliés contre une nation, même avec laquelle on est en pleine paix, cela dépend des traites, car est-ce que la Hollande et une partie de l'Allemagne n'ont pas fourni des troupes à la reine d'Hongrie, sans qu'on leur en ait fait un crime? ne Il seroit question de savoir si on a mêlé nos troupes avant ou après que les Anglois ont fait les premières infractions au traité, soit en tirant sur nous,

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Mais il n'en résulte pas moins que ce sont les Anglois qui ont tiré les premiers sur nos troupes, ont établi des lortssur dester “ne en litige et contestés,et nous ont fait des insultes réitérées 1r mer, C'est ce qui mettra le Ministre, non seulement à même de fermer la bouche sur tout ce que les ambassadeurs des Anglois pourroient dire et alléguer, mais encor de leur en porter des plaintes, Ce seroit aussi un motit de déclaration de guerre , si l'on étoit dans les vues de la faire, où de demander des réparations, et serviroit toujours au moins d'un canevas de manifeste, lorsque l'occasion s'en présentera (1), Je ferme aussi la bouche (2) aux plaintes que les Anglois pourroient porter contre les sauvages qui, n'étant pas sujets de la France, mais seulement alliés, l'on ne peut les empécher d'être en guerre lorsqu'ils le veulent et je démontre (3) les justes motifs de celle qu'ils font actuellement aux Anglois ; en sorte que, nous en tenant à les protéger sous main, et en ne les mélant point avec nos troupes, les Anglois n'auront rien à dire,

Les recherches que j'ai faites sur tous ces objets différents et les connoissances que j'ai prises ont conduit mes reflexions encor plus loin.

I ne me convient pas de pénétrer dans les vues de la Cour, mais si elle n'est point dans le dessein d'entrer en

soit en venant s'établir sur notre terrain, car si c'etoit après, il est permis à toute nation attaquée d'appeler ses allies à son secours. Au reste, l'ex-

pression des étendars des sauvages méêlés avec nos drapeaux, fait un effet

merveilleux à la fin de ce paragraffe. (S.)

(1) Le canevas seroit fort joli et feroit grande impression sur l'esprit de l'Europe. (S.)

(2) H feroit mieux, luisméême, de ne la pas ouvrir. {(S.)

(3) On expose ou on découvre des motifs, on ne les démontre pas, {s.)

guerre, quant à présent (1), avec l'Anglois, il paroît qu'il est très important de régler les limites le plus promptement que faire se pourra (2)...

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