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guères plus dans leur partie que ceux cy dans la leur. C'est donc peut-être la seule possession où ils sont de parvenir au gouvernement des colonies qui les fait regarder avec mépris ce qui peut un jour leur être subordonné, sans songer combien il est honteux d'occuper un poste qu'on nest pas digne de remplir.
C'est un grand malheur qu'on n'ait pas imaginé d'autre moien de récompenser les officiers de marine que par les gouvernemens des colonies. De quoi peuvent-être capables des hommes qui n'ont jamais étudié les parties dont on les charge, qui se trouvent hors de leur sphère, et qui se souviennent seulement qu'on les a envoiés pour faire fortune ? Voilà la cause du dépérissement de toutes nos colonies. Il n'en faut point chercher d'autre. Quelle proportion y a t'il entre le gouvernement de Saint-Domingue, qui vaut cent cinquante mille livres, et les apointements d'un capitaine de vaisseaux, qui sont de dix-huit cents livres ? On a oui dire à des gardes-marines qu'ils ne voudroient pas du gouvernement de Louisbourg. N'ont-ils pas raison? Il n'est que de dix mille livres.
Il est dangereux que, tôt ou tard, ne périsse une colonie qui n'est pas en état de se nourrir par elle-mème, qui est sans magasins, qui ne vit qu'au jour la journée, et qui, par sa position au milieu des colonies angloises, peut, d'un moment à l'autre, estre privée de toute communication avec les autres états de son souverain. On ne conçoit pas comment la Cour n’a pas senti la nécessité d'avoir toujours à Louisbourg un magasin de vivres, au moins pour deux ans, non seulement pour la garnison, mais encore pour toute la consommation de la rade et celle des habitans..,
Il devroit toujours y avoir dans les magasins de Louisbourg, un certain fond d'ustensiles de toute espèce pour la défense de la Place, et auquel il ne seroit pas permis de
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Il n'est pas possible que le Roy soit bien informé de l'état dans lequel sont ses fortifications de Louisbourg , cette Place n'est certainement pas à l'abri d'un coup de main, Où il faut qu'on soit convenu avec les Anglois qu'ils ne nous chercheront querelle, qu'après que nous nous serons inis dans une meilleure situation. Voilà déjà 4 ans écoulés depuis la reprise de possession ; comme la Cour n'a point encor décidé sur les nouveaux ouvrages, et qu'il n'y a de prêt ni argent, ni matériaux, quelque diligence qu'on y apporte, il faudra encor au moins deux ans avant qu'on y pose la première pierre, et cinq ou six pour achever ce qu'on aura projetté. Aussi nous pourrons être prèts vers 1760. Dieu veuille que les Anglois nous donnent ce temps...
SURLA VILLE.
Observations à faire sur le choix des Commandants de postes
J'observe que l'expérience qu'on a acquise par, les années de service, devroit porter à n'employer dans ces commandements que M" les capitaines qui, par justice et par droit, doivent étre employés par préférence aux subalternes. Ce n’est pas cependant sur quoi se règlent M' les généraux qui n'y envoient que ceux à qui ils veulent faire plaisir. Le plus souvent, et presque toujours, ce sont de jeunes gens sans expérience ni conduite ; les moins charitables prouvent que c'est en faveur de leurs jolies femmes
à qui on donne le titre de maîtresse. Leurs maris, leurs frères, leurs parens, ce sont les officiers à qui l'on donne ces commandements. Le peu d'expérience et l'avidité du gain, fait que ces jeunes gens ne s'occupent point du ser-
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vice et le négligent entièrement pour ne travailler uniquement qu'à gagner de l'argent ; et c'est ce qui a occasionné bien du dérangement et bien de l'infidélité de la part des sauvages en bien des postes. Qu'en est-il résulté et qu'en résulte t'il ; que nos sauvages, par dégoût et par mécontentement, portent leurs pelleteries aux Anglois, s'attachent à cette nation au prejudice de nos intérêts et au détriment du commerce. Ce dégoût, de la part des sauvages, vient de ce que tous ces jeunes gens sont des libertins, des couretirs de sauvagesses, qui s'habillent à la sauvage et s'adotient avec les femmes et les filles des sauvages, qu'ils leur prennent, et vivent dans le désordre avec elles, ce qui les rend méprisables chés toutes les nations, leur fait perdre leur autorité, leur ôte la confiance de ces sauvages, qui ne les écoutent plus dans les occasions du besoin du service, et qui pis est, ils ne leur distribuent point les présens que le Roi leur fait tous les ans pour se les attacher et se les conserver fidelles ; ils font leur profit de ces présens, et les sauvages en sont privés, ce qui les détache des François et les attache aux Anglois qui leur donnent beaucoup. Les sauvages font beaucoup valoir leur générosité et la font sonner gros chés les François à qui ils reprochent : « Le François est notre père, bien loin d'avoir soin de nous, qui sommes ses enfans, il ne nous donne rien ; l'Anglois, qui n'est que notre frère, nous prend en pitié, nos femmes et nos enfans, il nous secourt dans nos besoins. »
I est à remarquer que les sauvages sont naturellement intéressés, qu'ils ne s'attachent qu'aux bienfaits et non à la personne. C'est donc une nécessité de leur donner, et si l'on manque à les récompenser du moindre petit service, tout est perdu, et tout ce que vous avés pu faire*pour eux, n'est plus compté pour rien.
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Les sauvages sont méfians, ingrats, traitres, perfides, vindicatifs, ce qui doit engager l'officier qui commande parmi eux de n'avoir d'autre soin qu'à s'attirer leur confiance. Pour y parvenir, il faut qu'il soit généreux, sans prodigalité, et qu'il leur remette exactement les présens qui lui sont envoiés pour leur donner, qu'il ne les leur distribue qu'à propos, comme dans les occasions qu'on a besoin d'eux, soit pour les emploier, soit pour les empécher d'aller chés l'Anglois, et en leur donnant les présens, que ce soit toujours au nom au grand chef des François (c'est le Roi), qu'ils nomment leur père, et leur faire beaucoup valoir ce qu'on leur donne, en les entretenant dans l'espérance qu'ils auront encor davantage, et toujours de plus en plus, à proportion qu'ils donneront lieu d'être content d'eux, d'étre dociles à écouter la parole de leur père, et fidèles à observer et à faire sa volonté. C'est un talent de savoir bien conduire des sauvages et de s'en rendre maître, tous les officiers n'v parviennent pas ; il ne s'acquiert que par l'étude de leur caractère, de leurs mœurs, de leurs passions, de leur génie, de leurs goûts, de leurs façons de s'exprimer, qui sont toutes figurées et par comparaison aux exemples que leur fournit la tradition du passé; en entrant surtout dans le sens de leurs discours et en leur parlant et en leur répondant dans le mème genre et dans le mème sens , autrement , ils. ne goûtent point ce que vous leur dittes, et il n'est pas possible de réussir en rien, parce qu'il n'y a que cette façon de se faire goûter et de se faire entendre, qui est de saisir le sens de leurs pensées...
Après avoir fait voir que c'est la faveur qui a fait, jusqu'à présent, le choix des officiers pour y commander les postes, qui ont presque toujours été les mèmes, ou tirés des familles privilégiées, qui sont celles des Ramsai, La Corne,