‹ Les derniers jours de l'Acadie, 1748-1758 [microforme]Chapitre 59 sur 67 · IV. p · texte numérisé non relu

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navires , et ceux qui

garde pour

épargné, en mon particulier, des peinnes de corps et des inquiétudes d'esprit que je vous supplie d'appaiser, Le senau nommé les Deux-A mis, sur lequel j'étois embarqué, achepté par deux banqueroutiers de La Rochelle, sortant de la rivierre la Vilaine, depuis l'affai:e de M. de Conflans {1}, entierrement négligé, après deux jours de marche en mer, manqua des mÂâts, par la négligence du capitaine et de son second, pour son arrimage.

Le 8 septembre, deux corsaires anglois nous forcèrent d'entrer dans le port de Sédéira (2), à cinq lieues du Férol, près de la Corogne.

Le capitaine, malgré la négligence et opiniâtreté contraire à la probité, fut obligé de se faire un peu radouber, ce qui dura jusqu'au 17 octobre, ainsi nous sortimmes le 18, par un vent de Nord-Est qui nous trahit le lendemain, s'étant déclaré violemment de la partie du Nord-Ouest et Surouest, ce qui nous obligea d'estre à la cape alternativement et seiche (3) et soubs la misaine, jusqu'au 28 du même octobre, ce qui nous causa les tourments et inquiétudes plus vives que je n'ave jamais ressenties, tant sur mer que sur terre, depuis trente-trois ans que je sers le Roy, dont il y en a trente d'officier, le feu s'étant deux fois mis de la partie.

Le 29, le vent s'étant remis au Nord-Est, nous remimes en routte de vis-à-vis le Férol, sans avoir de viande fraîche,

(1) A la suite de l'échec infligé par les Anglais, le 20 novembre 1759, à je flotte française, commandée par le maréchal de Conflans, quelques-uns de nos vaisseanx se réfugièrent dans la Vilaine, à la faveur de la marée, mais.ne purent en sortir que longtemps après,

(2) Cedeira,

(3) À sec, c'est-à-dire que lorsque la violence du vent ne permettait plus d'ailer, ni à la cape (la grande voile seule), ni à la misaine, on abattait toutes les voiles, laissant ainsi le vaisseau aller à sec.

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n'en ayant que peu de salée et de mauvaise qualité; nous arrivämes, néantmoins, et contre mes espérances, le 29 novembre, à cent lieues du Cap (1) où, par extraordinaire, nous fümes pris par le vaisseau anglois de roy, nommé le Rochester, de cinquante-quatre pièces de canon. Le capitaine nous fit remonter le courant et nous fit voir à Saint-Christophle (2), à la Martinique, et passer devant la Guadeloupe, sans nous permettre de descendre une heure à terre pour en respirer l'air. De là, le 22 décembre, ils nous débarquèrent à Antigue (3), où ils nous mirent en prison, pesle-mesle avec nos'soldats, matelots, des mulâtres et nègres purs qu'ils avoient pris sur les Espagnols ; nous i fummes vingt-quatre heures, au bout desquelles, étant sortis avec peinne, l'on nous dit que milord Rodney (4) nous faisoit payer l'intérét du mauvais traitement que M. de Boré, capitaine de vaisseau, parti pour commander à Saint-Domingue, avec M. de Belsunce (5), avoit fait subir à des officiers d'une frégatte angloise échouée ou jettée au Cap. Quoiqu'il en soit, j'ay assez souflert, Monsieur, pour m'en ressouvenir et m'obliger à désirer la vengeance.

Après estre libres de la prison, nous tombâmes dans d'autres embarras, puisque l'on’ nous refusa tout à compte sur nos appointements et que l'on nous taxa à deux escalins (6) et demi par jour, modique paye pour vivre dans unne isle où l'eau de marre se vend cinq sols la bouteille, n'ayant point de rivierre, ni sources, et où les denrez sont au poid de l'or.

(1) Le Cap-Français.

(2) Saint-Christophe,

(3) Antigoa.

(4) Amiral anglais commandant à La Martinique,

(5) Le vicomte de Belsunce, gouverneur de Saint-Domingue en 176% (6) Forme française du mot shelling.

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M. Dolabaratz (1) fils, et lieutenant attaché à la compagnie que je commandois, avec le s' Duponsau, capitaine aide-major des recrues de l'isle de Rhé (2), cy-devant, et passant pour estre incorporé dans les régiments à Saint- Domingue, trouvèrent parents et amis qui les assistèrent d'argent et les firent parvenir à la Guadeloupe où ils étoient, Ils s'i rendirent le 25 ou 26 janvier 1763.

Pour moy , comptant que M. Rodney m'accorderoit de partir avec mes soldats, à la fin des préliminaires (3), pour me rendre au Cap (4), je restai, mais reçus sa décision du contraire et qu'il ne nous renverroit que par l'escadre françoise qui viendroit prendre possession de la Martinique et Guadeloupe. Je fus, pour lors, forcé, Monsieur, pour éviter la mort que les incommodités que m'avoient causé la misère et ennui (sc), de me rendre, sur ma parole, à la Guadeloupe. Je rendis compte à M. de Belsunce de mon malheur, d'Antigue, en janvier, de la Guadeloupe, le 3 avril ; en étant parti le 11 juillet, avec mes soldats embarqués sur le Sceptre, j'ay été surpris de n'avoir point trouvé de place pour estre incorporé : Du Fresne étant capitaine des grenadiers dans Foix (5), le chevalier du Chambon, capitaine dans Boulonnors, M. Renaud, major général, relevant

(1) Fils de l'ancien capitaine de port de l'Ile Royale.

(2) Ré,

(3) Les préliminaires de paix de la guerre de Sept Ans furent signés à Fontainebleau, le 3 novembre 1762, entre la France, l'Espagne et l'Angleterre, et ratifiés à Paris, le 10 février suivant, Par ce traité, nous abandonnions aux Anglais nos possessions d'Amérique, en échange des îles de la Guadeloupe, la Martinique, Marie-Galande, la Désirade et Belle-Isle, dont ils s'étaient emparés.

(4) Le Cap-Français.

(5) Les régiments de Boulonnois, Foix et Quercy, formés chacun à deux bataillons, venaient d'être envoyés à Saint-Domingue.

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