‹ Les derniers jours de l'Acadie, 1748-1758 [microforme]Chapitre 6 sur 67 · DIRE PEN ES RE · texte numérisé non relu

DIRE PEN ES RE

soldats a empêché que l'on me donnât ce qui compose ou reste de la compagnie de Louisbourg., Je n'en av eu que dix-sept hommes, Compris sergent et caporaux, et le reste a resté, à mon regret, à Beauséjour, où ils n'ont que de très mauvais exemples du Canada, les soldats étant très libres en parolle et menaces, méme préjudiciables au bien du service, ce qui ne peut estre autrement, leurs chefs s'appliquant à quelque chose de plus vil qu'à les discipliner et ameuter (1). Rien n'a été si honteux et si pénible à souffrir, que la manière avec laquelle l'on a manigancé la fourniture du bois de chaufage : Au lieu d'avoir réparti cette adjudication entre plusieurs Acadiens qui ont des restes de bestiaux, tant pour les indemniser des pertes qu'on leur a fait souffrir, que pour épargner les intérèts du Roy et bien fournir la trouppe, l'on a vu un frère de La Ronde qui est chez nous, qui est un enseigne faisant indignement les fonctions de major, s'en déclarer l'entrepreneur avec un habitant acadien. Le bois ayant souvent manqué et causé des altercations de soldat a soldat qui se disputoient des büches , et aux officiers même, les officiers dirent à cet habitant de s'exécuter pour fournir à ses conventions. Ce pauvre homme dit qu'il n'y avoit que son nom, et que cet accord avoit été fait entre MM. Vassan, commandant, Almin, commissaire, et La Ronde, major postiche (2). Etant les juges et parties, ils ne lésèrent point leurs intérêts, ils mirent pour ce poste seul quinze cents cordes, et les taxèrent à quatorze livres, petit article.

Les soldats qui n'ignoroient pas plus que tout le public ces illégitimes manœuvres et se voyant mal servis, brus-

(1) Expression du temps, synonyme d'entraîner. (?) Faisant fonctions de major,

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bp ils disoient que, quand ils n'auroient plus rien à brusler | rx. D icy, qu'ils yroient chercher du bois chez les Anglois. | ont À Je serois charmé que la curiosité et le service vous | ici 9 occasionnât de venir icy ; vous cognoitriez que le roy du at: h, Canada est bien plus libéral qu'ailleurs, pour ménager re D les termes. Je suis seur que les rapinnes sur les magasins . et ce bois, produiront à deux personnes plus de vingt mille è * | livres chacun dans cette année. Il a été malheureux pour " j LT eux d'avoir eu M. Jacau (r), frère de M" Rodrigue, de fe a Louisbourg, officier d'artillerie, pour diriger icy les oured vrages, sa probité à faire les prix et à veiller aux journées ue fs | des ouvriers, comme à la solidité des ouvrages ; sans cela, ve ils auroient pu aller chacun à trente mille. J'en aurois trop ae à vous dire en vous décrivant les pillages, la misère des k Fa Cadiens (2) et les difficultés que l'on cherche à la trouppe ve de Louisbourg...

bois DU MÊME.

oldat De Gaspareaux, ce 13 mars 1752.

1 ra + ra ...Je vous confesseray, avec toute la franchise qui dit MR accompagnera toujours mes actions, que je n'ay été icy + été que trop souvent obligé de représenter, afin d'éviter les RE inconvénients que causent d'ordinaire la partialité et l'in- RE térêét dans le service, au lieu de les authoriser et encore ati | moins les fomenter.

Le premier acte de difficulté qui s'est trouvé dans le | service, a été le 2 octobre, jour de l'arrivée de M. de

! Vassan et de la mienne à la pointe de Beauséjour. Un

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(1) Le capitaine Jacau de Fiedmont, qui s’'illustra ultérieurement sous Montcalm ; son nom reparaîtra souvent dans le cours de ces lettres. (2) Acadiens. 1

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soldat des trouppes de Louisbourg, nommé Saint-Serre, absent depuis plus de vingt-quatres heures sans permission, et douteux, fut pris à deux lieues de la garnison, par les recherches qu'en fit faire M. de Langi (1), le plus ancien officier de Louisbourg et commandant, en cette qualité, le détachement qu'avoit abandonné M. d'Orfontaine. Ce soldat, repris à son arrivée, fut, je croy, mis et condamné aux fers à propos par M. Langi, son officier commandant né et son inquisiteur. Avant de subir l'ordre, on le traduisit devant M. de Vassan , arrivé depuis deux heures, qui dit également au sergent qui le conduisait de le mettre aux fers et qui le fit élargir cinq ou six heures après. Or, M. Langi, peu accoutumé à pareille méprise dans le service, vu le sujet duquel il étoit question, et le grand nombre des déserteurs, tant du Canada que de Louisbourg, l'y fit remettre : une demi-heure après, M. de Vassan réitéra l'ordre de ce soldat, M, Langi, picqué, voulut réitérer la punition, mais, à mon avis il ne le fit pas. Voilà la chose aussi vraye qu'elle s'est passée et sur laquelle je vous demande, Monsieur, vos recherches pour ma tranquillité. Le lendemain matin, je fus témoin de l'explication et des représentations modérées que fit M. de Langi à M. de Vassan, qui les goûta peu et luy répondit même trivialement et avec moins de modération que ne l'auroit fait une personne consommée dans le service et plus caractérisée que luy, et l'envoya dans sa chambre. Je ne pus, pour lors, m'empêcher de représenter à M. de Vassan que j'avois vu agir différemment les personnes en place, de l'ordre de la Cour même : ma véridicité, quoique modeste et particulière, lui plut peu, aussi j'aimay mieux garder le silence et attribuer son emportement à la récep-

(1) Levraux de Langy, enseigne en pied à l'Ile Royale,

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tion que luy avoit faitte, le jour d'auparavant, M. Dumas, qui tenoit les rênes du gouvernement de ce canton... Plusieurs jours après cette difficulté, requis par quelqu'un des officiers de Louisbourg, venus avec M. d'Orfontaine, de demander à M. de Vassan de faire délivrer quelques petites gratifications, tant en hardes qu'en comes-

L tibles, respectives aux officiers et soldats, suivant la régie ! du Canada, l'on ne m'accorda pour le’ soldat qu'après

coup, puisque ce fut après la réception de la lettre de M. le Comte, à qui j'avais eu l'honneur d'en écrire; pour les officiers, l'on me dit tout court qu'il n'y avoit aucun usage pour eux. Cette Jésinerie ne fut guère appuyée et je me contentay de luy dire qu'il en avoit réparti plus que suivant l'usage du Canada à des cadets de ses parents et à quelques officiers du Canada qui avoient été moins discrets que nous, en nous le confiant sans leur demander. Pour lors, M. de Vassan me répondit avec hauteur et emphase qu'il étoit le maître. Au lieu de répliquer, j'en écrivis, quelques jours après, à M. Bigot (1), duquel Je vous envoie la réponse qui en prouve l'établissement et que l'on a, pour ne pas se rétracter, soutenu n'estre pas duü!

Je scay que l'on prend des mesures pour masquer Îles

répartitions faites aux officiers canadiens, en mettant en usage des payments pour choses imprévues. Le chevalier

de Serre, enseigne de M. d'Orfontaine, a encore eu, en janvier, une difficuité pour le service, en ce que les soldats

vérifièrent estre trompés par les fausses pesées et mesures

}de ce qui leur revient du magasin ; ilm'en écriviticy, n'étant

pas détaché avec moy. Je luy répondis de ne pas prendre

(1) Intendant du Canada, et auparavant, ordonnateur de l'Île Royale ;

célèbre par ses concussions: et la condamnation qu’il encourut à son retour, après la perte de la Nouvelle-France,

avec chaleur le parti du soldat à leur seu, crainte d'émeute de leur part, (ce qui n'est pas difficile icy), mais, au contraire, de leur en imposer et d'en parler souvent amicalement à M. de Vassan, ce qu'il a fait et a produit un remboursement, peu complet, à la vérité, puisque ce n'a été que pour ce mois seul... Tous les officiers du Canada n'ont pas été heureux au même degré, puisqu'il en a gratifié les uns moins que les autres, et qu'il a obligé M. Le Taureau de Drouilly, officier français du pais de M. le Comte, et depuis peu au service du Canada, de le manquer, par ses railleries mal limées et placées. Et pour péroraison de ma complainte involontaire, Monsieur, j'ay l'heur de vous assurer que, quand un caporal commanderoit icy, que jamais je ne luy manquerois. M. de Vassan et tous les officiers servant dans le Canada, aiment les postes, parce qu'ils savent bien en retirer la quintessence et voudroient ne point avoir des témoins différents; je m'en suis apperceu, tant au sujet de la compagnie de Louisbourg, que plus amplement pour la trop misérable gente acadienne, fugitive et vagabonde...

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