‹ Les derniers jours de l'Acadie, 1748-1758 [microforme]Chapitre 7 sur 67 · SA CONCESSION EN COMTÉ. —— L'ABBÉ MAILLARD ET LES SAUVAGES · texte numérisé non relu

SA CONCESSION EN COMTÉ. —— L'ABBÉ MAILLARD ET LES SAUVAGES

— LES ACADIENS. — PRODUCTIONS DE L'ILE ROYALE ; M, DE RAYMOND EN ENVOIE DES ÉCHANTILLONS AU ROI.

Les fonctions de M. de Surlaville lui faisaient passer sous les yeux les dépèches que le commandant de l'Ile Royale envoyait au ministre; il en prenait copie et lesannotait(r). Ces gloses qui, dans l'esprit de leur auteur, n'étaient certes pas destinées à la publicité, témoignent d'un esprit critique toujours en éveil et d'une verve railleuse infatigable. M. l'abbé Casgrain, l'éminent historien canadien, a

(1) Ces notes seront suivies de la lettre S.

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bien voulu nous transmettre son appréciation de ces piquants commentaires, Nous sommes heureux de la repro-

duire ici :

« La partie la plus importante de cette collection est sans

“ contredit la série de cahiers écrits de la main de Surlaville

« où se trouve reproduite la correspondance officielle du « comte de Raymond, gouverneur de l'Ile Rovale, avec les #“ ministres de la cour de Versailles, M. de Rouillé et le « comte d'Argenson, les lettres communes de ce gouver- « neur et du commissaire-ordonnateur, M. Prévost, avec « les ministres, la correspondance des ministres eux-mêmes,

#etc., etc.. le tout annoté en marge par Surlaville qui a

laissé Courir sa plume avec une verve et une malice « intarissables. Il met à nu le chaos qui régnait dans l'ad- « ministration coloniale de cette funeste époque et qui a # amené la chute du régime français en Amérique. L'ordon- #hateur Prévost, successeur de Bigot à Louisbourg, v « continuait les malversations que cet intendant v avait « inaugurées, et qu'il renouvelait sur une plus grande « échelle à Québec. Ce «journal > fait revivre, avec la « précision d'un témoin oculaire, le petit monde qui « animait la forteresse de Louisbourg à Ja date de sa

“ plus grande activité. Les commandants et les officiers

civils et militaires, les négociants, les bourgeois de Ja

ville, les colons, le clergé séculier et régulier, les sau-

vages, les prisonniers anglais, les déserteurs, etc., y appa- « raissent tour à tour et sont jugés sur place, leurs faits et “ gestes Comméntés ; tout cela, avec la désinvolture d'un « esprit caustique qui n'épargne ni les coups d'épingles, ni “ les coups de massue. C'est une résurrection complète de « la vie sociale, politique, religieuse de ce coin de terre, « jadis si animé, aujourd'hui si désert, de ce Louisbourg

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& LES DERNIERS JOURS DE L'ACADIE 39 Dis « dont il ne reste plus que des ruines qui achèvent de | EL « disparaître. | “0 « Le journal de Surlaville, écrit tout entier de sa main, |

ne j « est d'une écriture très fine, en lignes serrées, sur papier à | ile \4 « très-grand format, et a plus de trois cents pages. Comue 4 « mencé le 3 août 1751, il se termine au 12 octobre 1753;ce tés ‘AN « qui ne fait qu'un intervalle de deux ans, deux mois et dix | si L \ « jours, Qu'on se figure, si l'on peut, la masse de renseigne- | D \ “ ments que fournit ce journal dans un espace de temps | ds à “aussi court. Surlaville aborde les questions d'intérèt Fbe k « général et particulier de la colonie, administration, soit En ; « à Québec, soit à Louisbourg, défauts du système qu'il En « signale avec une remarquable süreté de coup d'œil, Es « politique intérieure et extérieure, colonisation, particu- A j « lièrement celle de l'Acadie, française et anglaise, comcu : # merce, industrie. Peu de sujets échappent à son attention. son « Il prévoit les difficultés de la situation, les dangers pro- E: ; « chains ; il est effrayé de l'avenir quand il compare la

sd « faiblesse de la colonie française avec la force grandissante

ne « des colonies voisines. $

" la # Le comte de Raymond paraît avoir été un homme d'un

ic « talent médiocre, mais animé de bonnes intentions, désin-

e sa « téressé au point de négliger ses propres affaires, très

RIRES « actif et voulant sincèrement le bien de Ia colonie, Mal-

e la * heureusement, 1] n'était pas de taille à lutter contre

Sul « Prévost qui, rompu aux intrigues, enrichi par des années

LPRP «de vol, ayant partout des appuis, avait en réalité le

il et « pouvoir, tandis que le gouverneur n'en avait guère plus

d MR #“ que les apparences. Le conflit ne pouvait manquer

jt « d'éclater entre ces deux hommes dont les vues étaient

re ss « diamétralement opposées, l'un travaillant pour le bien

pu #« général, l'autre pour son intérêt particulier et ne regar-

oure

« dant pas aux moyens pour y parvenir. Surlaville, placé

DE HOME ASS Bai à

« entre les deux, regarda d'abord les contestations nais- « santes en simple spectateur, Il était trop clairvoyant pour “« ne pas s'apercevoir des intrigues et des spéculations de

« l'ordonnateur ; il le note en maints endroits de son

journal. D'autre part, il juge avec impartialité la con-

duite de Raymond. Malheureusement, celui-ci eut le tort “ de lui déplaire, de blesser ses susceptibilités et, surtout, ses

« intérêts — c'est Surlaville lui-même qui l'avoue, — en

s'attribuant, à titre de gouverneur, le revenu d'un bureau

« droit en vertu de sa charge.

« À partir de ce moment, Surlaville se rangea au nombre

des ennemis de Raymond, tout en observant toujours des « formes vis-à-vis de lui. Pour comble de malheurs, le comte # avait auprès de sa personne le plus dangereux ennemi qu'il « püt redouter, Maitre Pichon {1}, qui faisait l'apprentis-

(1) Le comte de Raymond qui, d'après un certificat, le connaissait depuis neuf ans, « pour l'avoir vu employé dans différentes parties de l'Armée », l'avait amené de France avec lui. — « Pichon est un des personnages les plus malhonnètes et les plus vils qui soit paru, à cette date, dans la région du golfe Saint-Laurent, I! était né en France, d'une mère anglaise, nommée lyrrell, dont il prit le nom dans la seconde moitié de sa vie, Il était intelligent, instruit et intrigant.,., Commissaire des vivres au fort de Beauséjour, il sut s'y attirer les bonnes grâces de l'abbé Le Loutre, très puissant alors. Instruit de tous les secrets de la politique française , il en profita pour se faire valoir auprès des officiers anglais du fort Lawrence (‘), et s'offrit à eux comme espion. Fait prisonnier ostensiblement à la reddition de ce fort (1595), il fut conduit à Halifax , où il continua son espionnage auprès des prisonniers françäis. 11 se réfugia à Londres, en 1758, et y publia, sous le voile de l'anonyme, ses Lettres et Mémoires sur le Cap Breton, (Abbé CasGnain, Une seconde Acadie.)

{*) Nom par lequel est habituellement désigné le fort anglais de Beau-

bassin,

de commerce, auquel le major de la Place croyait avoir :

\ais- Jour s de son tort , ses en reau voir :

mbre s des omte qu'il ntis-

depuis mée », es les région ommée NL était ort de re, très » ,ilen once (‘), ddition onnage N, et v Breton.

Beau-

« sage de ses trahisons, Confident de tous ses secrets en * qualité de secrétaire, il le desservait continuellement «* auprès de ses ennemis. À mesure que les mois s'écoulent, « l'irritation de Surlaville devient plus violente. À la fin, «il ne garde plus aucune mesure ; il traite le gouverneur # avec un mépris révoltant: ce n'est plus à ses yeux qu'un « imbécile, une nullité qui ne comprend rien à la chose « publique, qui observe sans rien voir, qui juge sans rien « comprendre, qui gâte tout ce qu'il touche. La haine de « Surlaville se change en aveuglement, elle obscurcit son « jugement, il se contredit [ui-mème ; ce qu'il jugeait d'une « façon naguère, il le juge autrement à l'heure présente. Il «# suffit que Raymond décide ou agisse d'une manière pour “ que Surlaville le trouve mauvais et se prononce en sens

opposé, Il reproche à Raymond de mal gérer ses aflaires « personnelles, de faire des dettes: cela prouve au moins

que le gouverneur ne senrichissait pas au dépens de

# l'Etat comme Prévost et un trop grand nombre d'officiers

publics. Il avoue qu'il travaille comme # un forçat » — « c'est sa propre expression, — mais, ajoute-t-il, vaudrait “ mieux pour lui ne rien faire; tout ce qu'il fait ne vaut “rien, I] juge et prononce sur tout à tort à et à travers. # Sa folie, dit-il, est celle de Perrin Dandin. $es jugements « sont aussi ridicules.

# En bien des circonstances, il est difficile, sinon impos- « sible, de savoir où est le vrai, où est le faux, lequel des

deux adversaires a tort ou raison ; mais, assez souvent, il «n'y a pas à s'y méprendre : l'injustice de Surlaville devient flagrante.

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« Pour n'en citer qu'un exemple, il censure le gouverneur d'avoir demandé le rappel de Prévost: le ministre, « selon le major, ferait bien mieux de révoquer Raymond, « Or, si Jamais celui-ci a rendu un service à l'Etat, c'est

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bien le jour où il a dénoncé l'ordonnateur et demandé qu'on mit fin à ses rapines et à la corruption qu'il répan. dait autour de lui, Le comte de Raymond comprit comme son prédécesseur, Des Herbiers, qu'il était impuissant à faire le bien, puisque la Cour persistait à maintenir Prévost, Il demanda son rappel qui fut accepté. Il revint en France, à la fin de 1753, et fut remplacé par le chevalier de Drucour qui n'osa pas se mesurer avec Prévost, devenu plus insolent que jamais. Drucour montra plus de courage devant l'ennemi : il défendit bravement Louisbourg (175%) et, au dernier jour de cette malheureuse ville, quand il eut déclaré aux généraux anglais qu'il préférait subir l'assaut plutôt que de se rendre, ce fut Prévost qui vint le supplier de capituler.

« Prévost, dit le chevalier fJohnstone, #« was one of the greatest rascals that ever escaped the gibbet, » — un des plus grands vauriens qui aient jamais échappé au gibet. Jeté à la Bastille à sa rentrée en France. il réussit à en sortir à force d'or (1).

« Le journal de Surlaville et les documents qui Faccompagnent, sont de précieuses acquisitions pour l'Histoire, Les querelles qui revivent dans ces papiers, les excès de langage qu'on y relève, leur donnent même une valeur qu'ils n'auraient pas sans cela ; ils amènent des révélations inattendues : ils nous font lire entre les lignes dans les documents officiels. C'est une mine qu'ilest indispensable d'exploiter, si l'on veut bien se rendre compte de l'état des choses et des esprits à cette date, et surtout connaitre à fond les mœurs et la vie sociale. »

(a) « Prévost étoit venu très jeune dans la colonie où il avoit d'abord

ëté simple écrivain de la Marine. » (Picnox, Lettres et Mémoires sur le Cup Breton.) ‘

LES DERNIFRS JOURS DE L ACADII 4?

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