D LA MARINI
Louishourg, le 20 Juin 1742.
J'ai eu l'honneur de vous mander, par mes dépéches de l'automne dernière, que je ferois partir ce printems la frégate la Fidèle, pour aller d'abord à la Baie Verte, voir ce qui se passe dans ces mers, S Opposer aux insultes que les Anglois pourroient faire à nos caboteurs et bâtimens de transport, et encore protéger la transmigration des Acadiens. Elle a enfin mis à la voile, le 6 de ce mois, pour ces opérations et toutes celles que vous verres marquées dans les instructions que j'ai données à M, de Macarti 2), dans lesquelles est indiquée la façon dont il doit se comporter avec les Anglois en toutes sortes de rencontres, conformément aux ordres qu'en avoit donné M. de la Jonquière l'année dernière,
J'avois aussi eu l'honneur de vous mander que je pensois qu'après que la frégatte a Fidèle auroit fait cette première mission, il conviendroit de l'envoier à la rivière Saint-Jean et Baie Françoise, tant pour éclairer ce qui se passe dans ces parties, que pour prendre des connaissances de ces côtes, dont M. de Macarti, seul, en a déjà quelqu'une, v aiant été l'année dernière. J'ajoutois encore aussi, dans une autre dépêche du 7 ou 8 novembre dernier, qu'il seroit très nécessaire de lui donner dans ce voiage des matelots d'ici ou de l'Isle Saint-Jean, pour en former des pilottes pratiques pour ces mers, j y traitois aussi de l'utilité qu'il
(1) Antoine-Louis Rouillé, comte de Jouy, né en 1689, mort en 1361, ministre de la Marine de 1749 à 1754, époque où il changea ce portefeuille pour celui des Affaires Etrangères, membre: honoraire de l'Académie des Sciences,
(2) Capitaine de frégate,
CAS PARAIT à
v'auroit d'en former par la suite pour les côtes d'Halifax,
s Port-Roial et Terre-Neuve, pour que l'on puisse s'en | servir dans les circonstances où l'on se trouveroit en
& terme d'entreprendre sur ces possessions des Anglois (1 , Je n'ai point encor eu de nouvelles qu'il nous soit arrivé p des Acadiens à l'Isle Saint-Jean, ni dans cette colonie. J'ai à pris toutes les mesures les plus justes pour nous en attirer, e et il v a apparence que, quand ils sauront la frégatte en mer, ils se détermineront; peut-être que, d'un autre côté, a ils attendent le résultat du règlement des limites, que l'on a fait courir le bruit ici étre arrêté (a).
La députation que j'ai fait faire par René, chef des sauvages de Nartigoneche, vers ceux de l'Acadie, a fort bien réussi. [1 est venu, ces jours-ci, avec Jeannot, chef des av sauvages de cette isle, me rendre compte de sa mission, et . av ils m'ont assuré de la parole que ceux de l'Acadie avoient j'a donnée, qu'ils ne feroient jamais la paix avec les Anglois nii su (1) C'est une foiblesse assés ordinaire au Ministère de ne donner jamais n'e des ordres précis, ni des instructions claires, On veut ménager tout le lat ré , j sé NS e monde, et le bien du service en souttre, M. Rouillé auroit craint d'indispo- | ser le corps de la Marine, si on avoit obligé M, de la Lisardais à obéir aux à | ordres de Raymond, On a simplement dit qu'il régleroit les opérations des av( vaisseaux du Roi, et qu'ils se concerteroient entre eux, Il s'est suivi de là que M, de la Lisardais, pour faire voir à son corps qu'il n'étoit point aux (1 ordres de R,, n'a jamais voulu sortir du port, où par une coutume aussi | n'or singulière que préjudiciable à Sa Majesté, il se trouvoit commander, Cet | (4 esprit a passé du chef à M, de Serigni, qui, étant forcé de partir pour son l'Isle St-Jean, prit la route de l'Isle de Terre-Neuve, et rentra sept ou huit | (3 jours après, en disant que le vent l'y avoit contraint. Est-ce que la Cour | suis! ne sentira jamais la nécessité d'établir la subordination dans la Marine ? | { l'éto Nos pertes depuis longtemps devroient lui avoir dessillé les yeux, c'est publ
| pousser trop loin l'illusion, {(S.) (4
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| (a) Tous ces bruits viennent des Anglois, qui, par là, cherchent à amu- prop
| ser les Acadiens, et dans lesquels nous ne devrions pas donner, Ce n'est nous
| pas qu'il ne fût à désirer que les limites fussent réglées, (S.) form
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sans “na participation; ils m'ont donné pareillement la leur. J'ai lieu d'étre content de la conduite que ceux de cette isle tiennent actuellement, à l'exception d'un, qui a fait quelque sottise cet hiver, dont le chef Jeannot m'a promis une sévère punition (1). L'abbé Maillard (2) m'assure que j'ai toute leur confiance, qu'ils m'aiment et me craignent beaucoup.
Ce missionnaire est venu faire l'ouverture du jubilé, qui acommencé dimanche dernier, et qui doit durer six mois (3).
DU MEME
Louisbourg, le 27 juin 1752.
Vous savez mieux que personne la situation où l'on est
avec les Anglois: mais on ne doit rien négliger sur tout avec cette nation (4), et il en résulte toujours, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous en donner avis dès l'année dernière, que le dessein des Anglois est bien formé de tomber sur cette colonie, à la première rupture avec la France. On n'en peut guères douter, par les avantages que cette prise leur procureroit, et par le grand établissement qu'ils font à Halifax. Toutes ces circonstances me font persister à avoir l'honneur de vous représenter combien il seroit à
(1) C'est mal connoitre l'esprit du gouvernement des Mikmaks, les chefs n'ont pas cette authorité, (S.)
(2) Ce missionnaire a joué un rôle considérable dans l'histoire de l'Acadie ; son nom reparaîtra souvent dans le cours de cette correspondance,
(3) On prit très mal son tems pour l'ouverture de ce jubilé, IL falloit saisir une saison où l'habitant ne fût pas occupé de la pêche, comme il l'étoit alors, On eut plus d'égard à la commodité des prêtres qu'à celle du publie, {S.)
(4) C'est une faute qu'on ne peut colorer d'avoir pris l'alarme mal à propos, parce que par là on a mis les Anglois en état de juger de ce que nous pourrions leur opposer s'ils vouloient entreprendre sur nou», et de former leur projet avec plus de sûreté, (S.)