TRE I
40 LES DERNIFRS JOURS DE L'ACADII
désirer que cette colonie fût promptermnent mise dans le meilleur état qu'on peut la mettre à ous égards, qu'il y eût dans les magasins des approvisionnements de toutes les espèces à l'avance, que l'on fit un coup de force pour qu'elle püt se procurer sa nourriture par elle-même, et d'y avoir une augmentation de garnison suffisante pour y pouvoir faire une bonne défense, Permettés que j'aie encor l'honneur de vous représenter sur ce dernier objet, que comme il y a apparence, suivant les premières lettres que j'ai reçues de vous cette année, que vous n'êtes pas dans le dessein de mettre à exécution mon projet sur l'augmentätion et la formation d'un corps tel que Je l'avois proposé, qu'on envoiàt ici deux bataillons de nos troupes réglées de terre, où du moins deux bataillons de grenadiers roiaux (1). Permettés encor que Je réitère mes instances dans les circonstances présentes, de m'envoier de vos nouvelles immédiattement après l'arrivée en France du Chariot-Roïal, pour que je sache à quoi m'en tenir, tant par raport à ce qui concerne les Angloiïis, que pour les subsistances de toutes espèces, sur les quelles je puis compter, et encor
pour le surplus de l'artillerie que J'ai demandée, qui n'est
(1) Ces deux bataillons ne suffiroient même pas pour une bonne défense, I n'est pas à présumer qu'on envoie ici des grenadiers roijaux, c'est une espèce trop précieuse pour s'en servir dans les colonies, on en a besoin dans l'Europe, Si on y destinoit un ou deux régimens d'infanterie, cela occasionneroit bien des difficultés pour arranger leur service avec celui de la marine, D'ailleurs, on trouveroit peu de colonels qui voulussent s'expatrier, et très peu qui n’eussent assés de protection pour empêcher que leur corps n’y aillât. On pourroit peut-être former quelque troupe dans le goût de Roïal-Lorraine, tiré de tous les bataillons de milice. Mais il en résulteroit un autre inconvénient, qui est que ces gens, ni aguerris, ni ameutés, ne seroient pas d’une grande utilité, Ainsi, de quelque façon que ce soit, je crains bien qu'on ne regrette un jour de n'avoir pas augmenté successivement les troupes de l'Isle Roiale, (S.)
(3) à l'Is homn autre
DsÉ, s de (1 le cirimotal, à ce s de ncor
r'est
fense, L'une esoin h cela lui de expa- » leur
goût sulteeutés,
soit, cessi=
LU
point encor arrivée, et sur l'augmentation de troupes que vous déciderés de faire passer dans la colonie.
DU MÉME
Louisbourg, le 28 juin 1752.
Le Charrot-Roial n'aiant pas encor mis à ia voile, J'ai le tems d'avoir l'honneur de vous informer que je viens de recevoir, dans le moment, de nouveaux avis, par les quels il paroit qu'il n'est pas douteux que les Angloiïs, voisins de cette colonie, font des préparatifs et qu'ils disent qu'ils comptent avoir bientôt la guerre avec nous (1). Ces avis conürment que leur dessein est toujours de tomber, aussitôt qu'elle sera déclarée, sur l'Isle Roiïale, avant qu'on ait le tems de la mettre en bon état de défense.
j'ai l'honneur de vous envoier, par une autre dépêche; la situation actuelle de Ja Place pour les parties les plus à craindre, et sa position pour les vivres. Je crois aussi indispensable que vous soiés informé de la comparaison des troupes que nous avons ici avec celles qui sont à Halifax. Le fonds de celles de cette colonie n'est que de 1200 hommes (2), dont nous n'avons pas 1000 actuellement.
Is ont, à Halifax, trois régimens de troupes réglées : Cornwallis, Warbreton, Lascelles, de 700 hommes chacun (3); une compagnie de canoniers où bombardiers de
(1) Gette confirmation n'étoit pas plus vrais que le 1er avis. (S.) (2) Voilà un commandant bien instruit, Il ne sait pas qu'il a le fonds de 1950, Il n’avoit pas dans ce tems-la plus de 7300 hommes dans Louisbourg, (S.) (3) IL faut en déduire deux compagnies de 70 hommes chacune, qui sont à l'Isle de Terre-Neuve, La compagnie de canoniers est de cent vingt hommes, il ne reste plus qu'une compaghie de coureurs de bois, les trois autres ont été licencices, (S.)
PTE me nr
100 hommes (1); quatre autres compagnies de chasseurs ou de coureurs de bois, aussi de 100 hommes, Total : 2,600. Ils peuvent faire marcher, en outre, pour faire un coup de main, cinq à six mille hommes.
Les Bostonnois pourroient aussi fournir plus de 20,000 hommes et une grande quantité de bâtimens de transport. Je me presse pour ne pas retarder le Chariot-Raral.
DU MÊME
Louisbourg, le 4 septembre 1752.
Je suis de retour, depuis peu de jours, de la tournée que je viens de faire dans toute la partie de l'ouest de l'Isle Roiale, depuis Louisbourg jusqu'au Port Toulouse (2) et autres ports et hâvres, où il y a des habitans, et de toute l'Isle Saint-Jean. J'ai mis six semaines dans mon voiage. Je suis revenu ici pour régler les affaires les plus pressées, et je compte repartir incessamment pour visiter la partie de l'est, depuis Louisbourg jusqu'au Port Dauphin, et dans tous les autres lieux où il y a des habitans. Après avoir fait ce dernier voiage, il ne me restera plus rien à voir de ces deux colonies.
Je ne puis dire combien cette tournée, que j'avois à dessein fait annoncer à l'avance, et fait assurer aux habitans, que ceux qui n'auroient pas un certain défriché de fait, n'auroient plus les vivres, et qu'on ôteroit aux autres
(1) Toute la Nounvelle-Angleterre ne mit sur pied, pour la prise de Louisbourg, que 3,300 hommes, et ce nombre suffit même sans aucune troupe réglée. (S.)
(2) Lorsqu'on va pour visiter, de Louisbourg jusqu'au Port Toulouse, sans mettre pied à terre nulle part, appelle-t-on cela faire une tournée ? Cela
n’est pas plus vrai pour l'Isle St-Jean, il n’a point vu Malpek, (S.)
(1 les ce € qu'à pers que penc à so
(2 (3) poux (4) l'exé (5) La verna rieur était
urs 00,
un
000 dt
ort.
utres
ise de
aucune
ulouse, k 9 Cela
leurs habitations, a bien opéré (1). Il y a des habitans, qui, lorsqu'ils m'ont sçu parti de Louisbourg pour cette tournée, ont travaillé la nuit pour me faire voir bien du travail, et effectivement, les choses sont au point à l'Isle Saint-Jean, que je suis moralement sûr qu'on y recueillera suffisamment de grains l'année prochaine pour que tous les habitans puissent se nourrir par eux-mêmes (2). Il y aura, au printems prochain, assés de terrain défriché, avec celui qu'ils ont déjà, pour remplir cet objet. Il n'est question que de faire venir suffisamment de bleds et grains de toutes espèces de l'Acadie (3), pour que toutes les terres puissent être ensemencées; M. Prévôt s'est chargé d'écrire sur les lieux pour en avoir (4).
Il seroit bien à désirer qu'il y eût eu autant de terres défrichées à l'Isle Roiale où, certainement, il y a nombre d'endroits où le bled viendroit au mieux (5).
Je ne regrette point toutes les fatigues que j'ai eues pour
(1) Les colons savoient à quoi s’en tenir, Prévost avoit eu l'attention de’ les faire avertir que les vivres ne dépendoient point de Raymond. Ainsi ce qu’on leur avoit annoncé de sa part, ni son voiage, n'ont servi à rien qu'à ôter à ce gouverneur la confiance des habitans qui étoient fortement persuadés qu'il leur promettoit des choses dont il n'étoit pas le maître, ce que l'évènement n'a que trop justifié ensuite, Ce qu'il raporte de ce travail pendant la ruit est un conte dont on l’a bercé et dont il berce le Ministre à son tour,
(2) Pure imagination, (S.) (3) On a été obligé, cette année, d'y envoier dès semences, bien loin d'en
pouvoir tirer, (S.) (4) C'est ce qu'à coup sûr il ne fera pas, Il est trop intéressé à empêcher
l'exécution de ce projet, : (S.)
(3) C'est ce qui reste en question. (S.)
La récolte du blé de l'Ile Royale fut la grande préoccupation des gouverneurs qui s’y succédèrent, car les ressources de l’île étant bien infé-
rieyres aux besoins de la population, la famine , surtout en cas de guerre , était toujours à craindre,
Le ne
remplir les vues que j'avois de prendre toutes les connoissances que J'ai prises. [1 m'a fallu coucher, quelquefois, sur le plancher, chez les habitans (1), faire de longues traversées de mer, entrer dans les rivières avec de petits canots et, pour descendre à terre, lorsque la mer étoit basse, traverser des marais à pied; faire des cinq ou six lieues par terre, pour aller trouver d'autres rivières, où il y avoit des habitans, à travers les bois, où les maringoüins, insectes dont j'ai eu l'honneur de vous parler, piquent et tourmentent extrèémement, surtout lorsqu'il fait chaud (2).
DU MÊME
Louisbourg, le 5 septembre 1752.
J'ai eu la satisfaction, dans la tournée que je viens de faire à l'Isle Saint-Jean et à l'Isle Roiale, de voir rafermir plus que jamais les siuvages, qui sont de la dépendance de ces deux colonies, dans toutes leurs bonnes intentions et fidélité pour le Roi, qui paroïssoit être chancellante parmi quelqu'uns qui s'étoient laissés éblouir aux promesses des Anglois. Mes discours, ma présence pour leur faire délivrer une partie des présens et leur faire faire un festin extraordinaire où j'ai assisté, tant au Port Toulouse qu'à l'Isle Saint-Jean, pour la naissance de Mg” le duc de Bourgogne, l'affabilité avec laquelle je les ai reçus, l'amitié que je leur ai témoignée, tout a contribué à leur faire faire une action que l'abbé Maillard m a dit qu'aucun des sauvages
(1) Cela n'est arrivé qu'une fois, à l'Isle Saint-Jean, Encor, ce fut parce qu'il trouva la mer trop grosse pour revenir au Port Lajoïe, et qu'il renvoia le canot sans lui, Il ne fut pas tout à fait si mal couché qu'il le dit, car on lui fit une espèce de lit avec de la paille et un lit de plume, (5.)
(2) Qu'importe au Ministre que R, ait fatigué ou non, pour faire de
mauvaise besogne ? (S.)
(1 sera trou
(3 fuss vis € leur intér qui 4 tant
se cq
Oisois, [ues etits toit | six où il arinirler, qu il
ns de ermit 1ce de ns et parmi es des délifestin > qu'à Bourié que re une
ivages
ut parce renvoia , Car on
faire de
Tel
LES DERNIERS JOURS DE L'ACADIE sf
n'avoit jamais fait. J'ai vu leurs chefs, comme par enthousiasme, se prosterner à mes pieds, lever la main et me jurer, pour le Roi, une fidélité à toute épreuve. La suite de ces discours a été, qu'après que je fus parti de Port Toulouse pour aller à l'Isle Sxint-Jean, un Anglois vint pour faire, à quelques-uns d'eux, des propositions de paix, en leur assurant que leurs frères de l'Acadie avoient déjà signé la leur. Cet Anglois leur portoit des présens et Teur donnoit rendés-vous à Canceau, pour les recevoir. Nos Mikmaks (1), comme indignés de la supposition, aiant appris qu'il : voit deux goëlettes angloises près Canceau, ont été les enlever, et les ont conduit au Port Toulouse. Je juans ici une lettre que le sieur de la Perrelle (2), qui commandoit à ce poste, en l'absence de M. de Villejouin, qui était avec moi, m'a écrite à cette occasion, qui vous instruira comment les choses se sont passées, ainsi que de la prise, que les sauvages ont faite, d'une 3° goëlette angloise, dans le havre du Petit Degrat (3). À l'égard de cette dernière, je ne leur ai point adjugée. Je leur ai même fait dire par l'abbé Maillard que je ne trouverois jamais bon qu'ils fissent aucune prise ni insulte aux Anglois dans les ports
(1) Tribu qui peuplait l'Ile Royale et une partie de l'Acadie, Son nom serait, peut-être, l'origine de l'expression vulgaire Micmac, synonyme de trouble,
(2) Lieutenant aux troupes de l'Ile Royale,
(3) I n'est pas douteux que les deux goelettes, prises à Canceau, ne fussent de bonne prise. On s'est assés mal conduit, à cette occasion, Vis-à= vis des sauvages, On les a gênés dans la vente qu'ils en ont faite, et on ne leur a point paié la rançon des prisonniers, Il est, cependant , bien de nos intérêts d'encourager les sauvages à chasser ou à prendre tous les Anglois qui viendroient s'établir à Canceau , avant le règlement des limittes , d’au-
tant mieux que c'est un des points contestés , et dont la Cour paroit vouloir se conserver la possession, (5.)
D D tm
et havres du Roi, hoïs que la France ne fût en guerre contre cette nation. J'ai en mème temps donné ordre à M. de Villejouin, et j'ai dit au subdélégué de l'Amiraut au Petit Degrat, où il s'est fait très souvent un commerce prohibé, d'examir r et faire toutes les perquisitions imaginables r , savoir si cette goëlette, dont le capitaine dit n'être entré dans le havre du Petit Degrat que parce qu'il y avoit été forcé par un coup de vent, n'étoit pas venue plutôt pour y porter de la morüe. M, de Villejouin la tiendra en séquestre jusqu'à ce que la vérification soit faite (1)
J'ai reçu une lettre de M. Hoppson, qui est venu relever M. de Cornwallis au Gouvernement d'Halifax. Il m'a annoncé son arrivée, et me prie de rendre service aux propriétaires des deux goélettes qui ont été prises par les sauvages faisant la pesche aux environs de Canceau. Il ne me parle point de Ja 3°, dont il n'avoit pas encor connois sance de la prise qui en avoit été faite, lorsqu'il m'a écrit. Je joins ici sa lettre et ma réponse, par laquelle vous verrés, qu'à l'égard de la goëélette qui a été prise, au Petit Degrat, je me sers du prétexte pour la retenir, de l'examen que je fais faire, si elle n'est pas dans le cas du commerce probibé (2). Mon dessein est de ne la point vendre, quand
(1) Gette 3° goëlette aïant été prise au Petit Degrat, ne pouvoit certainement être anx sauvages. Les Anglois doivent être en sûreté dans nos ports ou havres, Mais il est positif qu'ils y viennent souvent pour y faire le commerce prohibé, I seroit aisé d’y remédier en y tenant, pendant la navigation, un officier avec un détachement du Port Toulouse, où les troupes sont assés inutiles, (S.)
(2) M. Hoppson avoit deux vües en envoiant ici. La première, de savoir ce qui s’y passe et de sonder l'esprit du Gouvernement, La seconde, de prendre peut-être quelques arrangements pour faire ici le commerce sous le nom de Changer qui, en tout temps a été son associé, (S.)
lerre ré à “autc \erce imataine Jarce t pas jouin
soit
lever m'a * alix ir les Il ne ino1s écrit.
vous Petit amen nerce
quand
ertaine- )S ports faire le ant la
, où les
savoir ide, de sous le
méme elle ne seroit pas dans le cas de la saisie, que je n'aie vu comment les Anglois se comporteront vis-à-vis de nous à la suite de ce qui vient d'arriver, Je l'ai mandé à M. de Villejouin, et Je lui marque, qu'à l'égard des deux autres, si les sauvages les ont déjà vendües à des François, d'en faire le rachat pour l'ancien propriétaire , en donnant un profit honnète aux François qui les auroient déjà achetées, suivant qu'en est convenu un des propriétaires, qui est actuellement ici pour la racheter.
Nos sauvages en ont agi avec une grandeur d'âme qui ne leur est point ordinaire ; dans les prises qu'ils ont faites, ils n'ont tué aucun de leurs prisonniers. J'ai été surpris qu'ils n'en aient point exigé de rançon (1), je n'en aurois point été fâché.
Il est à croire qu'ils n'en agiront pas de mème à l'avenir, depuis qu'ils ont appris que les Anglois, mème avant la prise des goëlettes, avoient tué, par une noire trahison, trois sauvages.
Quoi qu'il en soit, la paix, dont il a été question avec eux et les Anglois, devient plus éloignée que jamais; au moins suis-je persuadé que, pour ceux qui reçoivent les présens de ce Gouvernement, et qui sont de la mission de l'abbé Maillard et de celle de l'abbé Le Loutre, n'y souscriront jamais sans ma participation (2).
À l'égard de ceux qui reçoivent les présens de Québec, et qui sont des missions des Pères La Corne et Giles, je
(1) C'est aujourd'hui un de leurs griefs. Dans le fond, cette rançon ieur appartenoit, Il n’y a eu ni politique, ni justice à les en priver, On devoit même les engager à l'exiger, afin de les intéresser à la conservation de leurs prisonniers, (S.)
(2) On se tromperoit grossièrement si on comptoit là-dessus. C'est ne pas connoître le génie des sauvages, (S.)
ne puis rien en dire, ne les connaissant point et n'en aiant vu aucun lorsque j'ai assemblé les autres au Port Toulouse et à l'Isle Saint-Jean.
J'ai été si content des premiers que je leur ai promis de leur donner des présens extraordinaires cette année (1).