LUS DERNIERS MONTAGNARDS
par dates (en vendémiaire l’étude sur les vendanges, le raisin; en prairial, les soins à donner aux prairies, la luzerne, le trèfle, l’angélique, le seqiolet; en messidor, le blé, etc.), mériteraient d’étre réimprimés encore à présent, et seraient vraiment utiles à nos agriculteurs.
Romrne était pauvre. Son éducation finie, il lui avait fallu accepter, pour vivre, une place de précepteur chez le comte de Strogonoff, à Saint-Pétersbourg. 11 s’attacha, avec une amitié de frère aîné, à son élève, âgé de seize ou dix-sept ans, et qu’il amena de Russie en France au moment où la révolution éclatait. C’était un beau moment pour façonner aux idées de liberté cette jeune âme. Homme conduisait son élève dans les sociétés populaires, allait s’asseoir avec lui dans les clubs, enseignait, pour ainsi dire, la révolution à ce descendant d’une des plus grandes familles de la despotique Russie. On les voyait partout : le jeune comte étonné, troublé, amoureux de cette aurore de délivrance; Romme fier de jeter au monde un grand seigneur rallié à la cause du peuple. Mais on apprit bientôt à Saint-Pétersbourg quelle éducation le précepteur donnait à son élève. L’impératrice Catherine ordonna au comte Strogonoff de rappeler son fils, et défendit à Romme, qui pouvait apporter la peste révolutionnaire, de jamais franchir la frontière de la Russie. Romme se sépara de son élève, lui dictant ses derniers conseils, son dernier mot d’ordre : l’Humanité, l’Egalité, la Justice, et, sans colère, partit pour sa chère Auvergne, s’établit à Gémeaux et y cultiva sa petite terre.
Mais la province fermentait; là-bas comme à Paris la traînée de poudre était allumée. Romme entra dans le
mouvement; en 4791, on l’envoie k la Législative ; en 4792 à la Convention. Là, toujours ferme, toujours énergique, allant droit au but, avec la ténacité sourde de ses compatriotes, il accepta la révolution dans ses plus radicales mesures; il fut sans faiblesse, presque sans pitié, sacrifiant tout au triomphe de l’idée républicaine : sévère à la tribune , doux et bon dans la vie privée, ajoutant le dévouement de tous les jours pour les siens, pour sa femme, pour sa mère, 'à ses vertus publiques, ardent sans violence, sévère sans cruauté, mais emporté par cette fièvre qui faisait alors battre le cœur des plus froids. On lui a reproché l’arrestation de la femme de Pétion (1); il avait voté sans appel ni sursis la mort de Louis XVI ; à l’armée de Cherbourg, avec son collègue Prieur (de la Côte-d’Or), il surveilla durement les girondins. Mais, inflexible dans sa conduite, il n’oublia jamais ce que vaut sinon la pitié, du moins Injustice. Il avait dénoncé le juge de paix Larivière ; il avait lancé contre Chabot, contre Merlin et Bazire, compromis dans l’affaire du comité autrichien, un mandat d’amener; mais lorsque, arrêté lui-même parla faction girondine, enfermé à Caen, gardé comme otage par les proscrits du 34 mai, après deux mois de prison où il sentait sa vie menacée, lorsqu’il fut libre, lorsqu’il put se venger et frapper à son tour, Gilbert Romme déclara noblement que « les citoyens du Calvados , ayant pu se croire opprimes, avaient eu le droit de se venger », et le député du Puyde-Dôme alla reprendre sa place sur la Montagne.
Romme avait épousé, par un amour fait d’estime
(1) V. Meilhan.