‹ Les derniers progrès de l'AllemagneChapitre 38 sur 68 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La plus grande Société industrielle d'Europe. — Sa fondation en i883. — Ses dix usines. — L'atelier des grosses machines électriques. — La fabrique des petits appareils. — La peinture mécanique. — Le hall des turbn

•ntra es d'é ergie et c\e lumière. — Les G.

L'Allgemeine Elektricitaets Gesellschaft est actuellement la plus importante société industrielle qu'il y ait en Europe1. Sans doute elle ne remue pas un tonnage aussi lourd que Krupp, mais les matières qu'elle met en œuvre et les appareils qu'elle fabrique ont une beaucoup plus grande valeur. D'ailleurs Krupp est avant tout un arsenal militaire et maritime plutôt qu'une firme industrielle. Si on lui supprimait les canons, les blindages et les coques de cuirassés, il passerait au rang d'une maison de second ordre.

Le lecteur sans parti pris, qui voit quotidiennement les aménités qui s'échangent entre les journaux de

i. Il faut mettre à part les Compagnies de chemins de fer qui font un service public et qui sont dirigées ou subvenlionn s Etats.

l68 LA PRODUCTIOM

France et d'Allemagne, ne doit jamais perdre de vue qu'elles constituent la meilleure des réclames pour les Sociétés comme Krupp, et Krupp gagne 36 millions par an !

C'est là un rapprochement assez suggestif.

Tout autre est la situation de l'A. E. G ; la paix universelle serait son meilleur gage de prospérité, puisque ses affaires s'étendent sur tous les points du globe.

Le long chapitre qui lui est ici consacré n'a point pour objet d'éblouir le lecteur par le spectacle de son énorme développement, mais plutôt de faire profiter nos compatriotes de maintes constatations intéressantes tirées de ces établissements incomparables. On ne saurait s'imaginer toutce qu'une visite, mêmesommaire, dans ces ateliers conçus et exécutés d'hier, peut fournir d'enseignement à celui qui veut se donner la peine de bien observer.

Contrairement aux règles adoptées par beaucoup d'industriels, l'A. E. G. ouvre largement ses portes à quiconque en fait la demande et il n'est pas une seule de ses fabrications qu'elle cherche à dissimuler aux yeux de ses innombrables visiteurs. Peut-être bien faut-il attribuer, pour autant à un juste sentiment d'orgueil qu'à de la prévenance, cette large hospitalité.

L'A. E. G. fut fondée en iSS3, au capital de 5 millions de marks, pour construire des appareils électriques ; quatre années plus tard elle élevait son capital à 12 millions, une année après à 16 ; puis à 20, à 25, à 47; en 1900, elle était à 60 millions de marks. A partir de cette date, ce sont des bonds formidables : en

iqii, nous la trouve; Millions de marks, qu'elle

re de Jo millions en 19 u.

I 11 même temps, elle créait successivement des obligations qui , parties de 5 millions de marks en 1891, alKucnt.cn 191 1, à 80 millions et en 1912 à 110 millions de marks. Puis elle accumulait des réserves, lesquelles, de 61 millions de marks en 191 1, ont passé à 91 millions de marks en 191 2.

Ainsi voilà une maison qui, dans la seule année 191 2, a augmenté sa puissance financière de 86 millions de marks, et dispose à cette heure de plus de 450 millions de francs pour ses entreprises.

A ces chiffres extraordinaires, il faudrait ajouter encore ceux des filiales qu'elle possède et des participations qu'elle contrôle dans la plupart des pays civilisés.

Les installations propres de l'A. E. G. sont toutes à Berlin ou dans les environs où elle occupe soixante et onze mille travailleurs.

II serait impropre de dire que le siège de son administration, au centre de Berlin, est un ministère, car je ne crois pas qu'il y ait de ministère, même dans les pays les plus riches en fonctionnaires, qui abrite deux mille employés. L'édifice, presque neuf, est de dimensions considérables, parfaitement conçu en vue de sa destination, mais sans luxe. Il faudrait ajouter, à ce chiffre de personnel, le nombre beaucoup plus grand d'employés et surtout de techniciens qui travaillent respectivement dans chaque usine.

Ces usines, au nombre de dix, sans compter la grande fabrique Lahmeyer de Francfort que l'A. E. G.

17© LA F&ooucrtoN

a récemment absorbée, sont dispersées dans tous les quartiers de Berlin où elles représentent une superficie de i iooooo mètres carrés, dont près de la moitié sont couverts de constructions.

La plus importante, l'usine mère de la Société, située au nord de la ville, dans la Brunnenstrasse, comprend des ateliers de construction pour grosses machines électriques, matériel de traction, locomo* tives électriques, petits moteurs.

En pénétrant dans l'immense cour que dominent les murs et les pignons des grands halls en briques, tout neufs ou encore en construction, le spectacle est saisissant. Des ateliers de 1887, il ne reste rien ; tout a été démoli pour faire place à des aménagements plus vastes, mieux éclairés, outillés d'engins tout à fait modernes. Des wagons et des locomotives électriques roulent en tous sens, pénétrant dans les grands halls pour y porter les matières premières ou en retirer les objets fabriqués. Dans cette cour, il circule une quantité de petites voitures-grues à quatre roues, mues par accumulateurs, véritables portefaix mécaniques, qui transportent sous leur volée des objets de toutes sortes, de 200 à 1 000 kilogrammes.

L'atelier le plus iniposant, celui des grosses machines électriques, a une surface de 2 hectares : les puissantes carcasses des dynamos géantes s'élèvent presque jusqu'à la toiture ; autour d'elles, c'est un pêle-mêle sans fin de roues, de fils, de tiges de fer dont le premier aspect est celui d'un chaos ; mais, en observant toutes ces masses de métal, on distingue les grandes lignes des opérations. Dans chaque chantier, on constate qu'il n'y a absolument que le matériel qui

.sera employé quelques instants plus tard. Le c. rst rn réalité l'ordre le plus parfait.

Il laut attentivement observer l'outillage de manuqui règne dans ce hall. 11 y a d'abord à

îds ponts roulants de unes à marche rapide. En dessous d'eux, une série de petits ponts roulants de 5 tonnes, jetés en porte à faux le Ion;:; du hall, transportent les fardeaux plus modestes; enfin de petites grues sur wagonnets complètent cet ensemble à trois étages superposés d'appareils de transport.

Les pièces diverses qui composent une machine entrent par une extrémité du hall et cheminent successivement, d'outils en outils, en s'assemblant~ presque automatiquement, pour sortir achevées à l'autre extrémité.

Les innombrables machines-outils qui coupent, percent, rabotent, fraisent, polissent, assemblent toutes ces pièces, sont d'une infinie diversité ; toutefois une remarque générale s'impose : de plus en plus on remplace les machines à axe horizontal par des machines à axe vertical à grande vitesse; c'est le système américain. Quelques-unes sont monumentales; voici un tour vertical, dit carrousel, placé récemment, qui peut tourner des pièces de 11 mètres de diamètre et a coûté 400000 marks.

Il n'est pas rare qu'on construise là des alternateurs de 20000 chevaux. Dernièrement il a été livré aux mines françaises de Neufmaisons (Meurthe-et- Moselle) un moteur d'extraction de 7 000 chevaux. Plusieurs machines énormes, dont une turbomoteur de 65 000 chevaux, viennent d'être livrées au Transvaal

pour y transporter les forces hydrauliques du Zambèze sous une tension de 200000 volts.

Dans la même usine de Brunnenstrasse se trouve l'atelier de construction des petits moteurs. Le changement d'aspect est complet ; on dirait une fourmilière. C'est le domaine des petites machines-outils à marche compliquée et automatique. Les milliers d'ouvriers qui travaillent là sont tous aux pièces; parmi eux, un très grand nombre de femmes sont préposées aux machines. Je remarque que, dans la plupart de ces outils, il est nécessaire, pour les commander, d'agir à la fois avec les deux mains sur deux leviers. Cette disposition a pour but de prévenir les accidents. Un ouvrier inattentif peut se faire écraser une main pendant que l'autre actionne un levier; ce danger est . écarté s'il est obligé d'employer ses deux mains à la manœuvre.

Ici la journée est de huit heures pour les hommes et leur salaire varie de 60 pfennigs à 1 mark par heure; la journée des femmes est de sept heures et demie ; elles gagnent de 5o à 60 pfennigs l'heure. Les ateliers, surchargés de commandes, marchent jour et nuit avec trois équipes successives ; ils sont en projet d'agrandissement dans le but de ramener le travail à seize heures avec deux équipes. On sort couramment de ce hall 400 moteurs par jour, 120 à i5oooo par année.

L'atelier de bobinage des fils sur les dynamos est uniquement confié à des femmes. Il s'agit, avant d'enrouler les fils conducteurs, de les isoler au moyen d'une enveloppe de coton et de l'imprégner d'une substance isolante. Il va sans dire que tout cela se fait

auton lient. Une

ivrière le o u d'un m mque

n sur un til pendant I ■ ; au m-

précis où la pari tueuse du fil s'enroule, une

lampe électrique .s'allume et le signale.

Un atelier spécial, situé au-dessus des magasins, est consacré à la construction du matériel à haute ci la porcelaine domine pour l'isolement des supports, interrupteurs, transformateurs, etc. Ces appareils doivent souvent supporter des tensions de 5oooo, 100 000 et même 25o 000 volts. On dispose à la plate-forme d'essai d'une tension de 5ooooo volts pour les épreuves.

Dans un autre hall, celui du matériel de traction, on construit les moteurs et interrupteurs destinés aux instruments de levage et surtout le matériel nécessaire aux tramways et chemins de fer électriques, boîtes de manœuvres, carters ; puis les locomotives électriques, dont l'emploi devient de jour en jour plus fréquent. C'est là qu'on a construit les locomotives pour la ligne du Midi français, de Lœtschberg, de l'État japonais, et enfin les fameuses machines à transformateur de la future ligne de Leipzig à Bitterfeld, calculées pour une vitesse de 200 kilomètres à l'heure. On voit également là de petites locomotrices de mines, de manœuvres, de ports, etc. Les essais se font dans l'usine sur une voie dont l'écartement des rails est variable à volonté.

Une promenade dans les magasins de produits fabriqués, où régnent, en l'air, tout un réseau d'instruments de manutention et, à terre, de nombreuses voies ferrées, permet d'apprécier l'innombrable multù

174 !■* ?ROSTJCTîON

pîicité d'objets qui sortent achevés de cette formidable usine. On y a résolu d'une façon originale le problème du chargement pratique des pièces lourdes dans les wagons couverts; au lieu d'élever les objets au niveau du plancher des wagons, une sorte de plateforme-ascenseur permet de descendre le wagon jusqu'à ce que le pas de la porte soit dans le même plan que le sol du magasin.

La force motrice nécessaire à l'usine de la Brunnenstrasse est produite dans une longue batterie de chaudières à chargement automatique. Les wagons qui amènent à l'usine les houilles de Silésie sont successivement engagés sur un culbuteur qui les renverse d'un seul coup dans une trémie d'où elles sont emmenées jusqu'au niveau des chaudières par un transporteur souterrain.

Les machines à vapeur ont été remplacées par des turbines; il ne reste plus qu'une seule machine à piston, type Corîiss, datant de 1897; elle est vouée à une très prochaine démolition.

Dans une rue voisine se dresse, très haute, la fabrique d'appareils électriques, beaucoup moins étendue, mais où travaillent 9600 personnes, en majorité des femmes. C'est là que s'exécutent, par millions, sur 3 000 machines-outils, les multiples appareils accessoires de toute installation électrique : commutateurs, interrupteurs, douilles, manchons, bouchons fusibles et appareils de mesure. Entre autres 95 000 compteurs électriques sortent chaque année de ce bâtiment.

Dans cette fabrication en masses, il importe d©

rechercher et d'étudier constamment des n

dite et (i

l'exécution. On voit s'aligner d'intermi-

travail automatique qui

liers et des milliers de fois par )'>ur

les mêmes mouvements compliqués par lesquels un

morceau de rut est changé, d'un seul coup,

en un coupe-circuit ou une bague pourvue d'un pas

de vis

Tous les objets, ainsi matrices, sont mécaniquement transportés dans une salle de montage, où des milliers de machines les assemblent, les vissent, les tournent, les polissent sous la conduite de quelques centaines de jeunes filles.

Il est à remarquer que la règle absolue ici, comme dans tous les ateliers, est que les femmes doivent travailler assises.

L'une des opérations les plus onéreuses, dans la fabrication en masse, est la peinture des pièces achevées, ce précieux vernis qui donne aux choses le cachet séducteur et qui si souvent masque adroitement les tares de l'objet.

Depuis fort peu de temps, l'A. E. G. a remplacé la peinture au pinceau par la peinture fneumatique. L'objet à peindre est placé dans une cage en tôle ouverte sur un côté; on projette sur cet objet au moyen d'air comprimé, un mince jet de vernis pulvérisé qui se fixe sur tous les recoins de l'objet. L'appareil qui sert à cette pulvérisation rappelle un peu certains carburateurs d'automobile; voilà pour le principe. Quant aux dispositions nécessaires pour présenter l'obje* au pulvérisateur et protéger les parties

qu'on ne veut pas atteindre, elles varient à l'infini. Certaines pièces s'offrent en série au jet sur une table tournante placée dans la cage. Il y a dans cet atelier toute une file de cages de peinture. Il paraît prouvé que la peinture ainsi obtenue s'incruste mieux dans les surfaces qu'avec le pinceau; en tout cas elle est cinq fois plus rapide et beaucoup plus économique.

Les pièces peintes ou vernies sont aussitôt transportées mécaniquement dans un séchoir ou étuve pour être desséchées

La fabrique de turbines à vapeur située très loin, à l'ouest de la Brunnenstrasse et voisine de la fabrique de lampes à incandescence, est une des plus récentes créations de l'A. E. G. La partie la plus neuve réalise un type d'usine d'une extrême simplicité : une cour, des bureaux, un hall ; mais ce hall a 40 mètres de largeur, 26 mètres de haut et mesurera, quand il sera achevé, 210 mètres de longueur. La silhouette de cet édifice en béton armé, couronné d'une toiture cintrée et lisse, inondé de lumière parles côtés et par la couverture, avec ses ponts roulants à 17 mètres de hauteur, est d'une saisissante originalité. Elle est l'œuvre du professeur Behrens, architecte de l'A. E. G.

C'est ici qu'a été concentrée la construction des turbines à vapeur dont l'importance grandit de jour en jour.

Plus on visite d'usines en Allemagne, plus on constate le remplacement graduel, surtout dans les grandes puissances, de la machine à piston, c'est-à-dire le mouvement alternatif, par la machine turbine à mouvement rotatoire.

On sait que le principe en est tout t. Le

meilleur moyen de comprendre la turbine est de se

irei nnerooeb) : te taras cours d'eau. L'eai

ve en in >UC garnie d'aubes ;

tplissant les augets : le liquide détermine par son

poids la rotation de la roue, pendant que les augets

suivants, venant s'offrir au remplissage, rendent le

mouvement constant. Chaque auget se décharge au

point bas de la roue et remonte vide.

La turbine à vapeur contient une roue analogue qui est mise en mouvement, non pas par le poids ni par la détente de la vapeur, mais par le choc que cette vapeur, animée d'une énorme vitesse, détermine sur les augets disposés de façon, que ces chocs, indéfiniment réitérés, provoquent la rotation rapide de la turbine, Puis la vapeur continue son chemin ; les aubages d'une roue extérieure fixe changent sa direction et la projettent sur les aubages (ou augets) d'une deuxième roue motrice montée sur le même axe que la première, et le même jeu se répète jusqu'à dix fois, de roues en roues à l'intérieur de l'enveloppe de la turbine. Comme la vitesse de la vapeur diminue à mesure qu'elle passe d'une roue à une autre, le diamètre des roues devient de plus en plus grand et les aubages de plus en plus longs, afin que l'utilisation du jet soit toujours maxima ; en -sorte que la section d'une turbine à vapeur est en forme de gradins.

A priori, les avantages de la turbine sont incontestables ; reste à savoir si à l'usage ils se maintiennent. Voici les principaux : plus de pistons avec leur accompagnement nécessaire de tiroirs, d'excentriques, de presse-étoupes, de lubrifiants ;.plus de lourdes pièce»

fjB ta moDuCTiow

métalliques alternativement lancées dans un sens, puis en sens contraire ; plus de mouvement alternatif à transformer en mouvement circulaire ; plus de joints, plus de frottements délicats, plus de volants lourds et encombrants.

Rien ne limite plus la puissance à donner aux unités et de fait on arrive à donner aux moteurs des forces de 3o 000 chevaux avec une seule turbine.

C'est dire que l'outillage de cette usine présente des dimensions gigantesques. Il sert d'ailleurs non seulement à construire et à monter les turbines avec leurs innombrables aubages, ce qui est la partie la plus compliquée et la plus délicate, mais encore à les accoupler directement avec les dynamos que les turbines doivent actionner, puis à les essayer, dans un compartiment spécial, sur les plates-formes d'essais. On peut faire à la fois l'épreuve d'une trentaine de turbo-alternateurs.

Dans ces ateliers où l'on usine des pièces d'un volume et d'un poids souvent considérables, ce sont les machines-outils et non les appareils en construction qui se déplacent. C'est d'ailleurs là une remarque que l'on peut faire dans beaucoup d'autres grandes usines allemandes.

On fait visiter avec empressement aux ingénieurs la salle des condenseurs des machines à vapeur. Dans les anciennes installations ces appareils auxiliaires compliqués sont invisibles parce qu'on les place hors de la portée de la lumière dans de sombres soussols. L'A. E. G. a rompu, la première, avec cette vieille habitude qui se transmet de génération en génération dans les machineries, en installant les

condenseurs dans un hall de plain-picd avec le sol,

lallea claires, où une Lumière abondante entre

. baies. Tous les appareils sont ainsi à

la portée et à la vue des mécaniciens. Cette innovation

a trouvé déjà de nombreux imitateurs.

Dans la banlieue de Berlin, où s'élèvent les constructions grandioses appartenant à l'A. E. G., on ne voyait, il n'y a seize ans, que la cime des pins agités par lèvent; ils sont aujourd'hui remplacés par une ville de vingt-cinq mille habitants.

En réalité, l'A. E. G. a ici deux usines distinctes, une câblerie et une centrale électrique pour distribuer de l'énergie à la ville de Berlin.

La câblerie, perpétuellement en voie d'agrandissement, ressemble à celle de Guilleaume et Felten de Mulheim-sur-Rhin, avec laquelle 'elle est étroitement syndiquée ; M. Guilleaume est un des administrateurs de l'A. E. G. Mais on" peut mesurer son importance en songeant qu'elle absorbe pour 1S0 ooo francs de cuivre brut par jour. En même temps que le métal on met en œuvre de grandes quantités de papier et de caoutchouc.

La Centrale électrique d'Obersprée est une des trois installations de ce genre que l'A. E. G. a construites et exploite pour l'alimentation de Berlin en force motrice et en éclairage.

Les deux autres sont celles de Moabit et de Rummelsbourg. La Société qui les exploite, laB. E. W. est une filiale de l'A. E. G.

La centrale électrique d'Obersprée, d'augmentation3 en augmentations, est parvenue à fournir à la ville 68 ooo chevaux ; celle de Moabit, /5 ooo chevaux,

i8a CX PRODUCTION

et Celle de Rummelsbourg, à peine terminée, 61 ooo qui vont être portés prochainement à 86000 ; en tout, un peu plus de 200 000 chevaux.

L'examen de ces trois générateurs de force donne lieu à quelques observations intéressantes.

A Moabit, il y a six machines à vapeur, dont trois de 3 000 chevaux et trois de 5 000 chevaux chacune ; elles occupent une surface considérable.

A côté se trouve une machine qui paraît minuscule auprès de ces colosses. Elle est enfermée dans un bâti en fonte et, n'étaient la rotation de son régulateur et le ronflement de la vapeur, on la croirait sans mouvement. L'emplacement qu'elle occupe correspond à celui d'une voiture de tramway ; c'est une turbo-dynamo de 9 000 chevaux ; elle voisine avec deux autres de 5 5oo chevaux chacune.

La comparaison entre les consommations de ces deux espèces de moteurs est, dit-on à l'A. E. G., plus concluante encore. A puissance égale, les turbines donnent sur les machines à piston une économie de 23 000 tonnes de charbon par an, soit plus de 5oo 000 francs.

La houille arrive par la Sprée, le long de laquelle l'usine de Moabit est construite; elle est saisie dans les bateaux par une double cuiller à griffes et versée sur un wagonnet qui la transporte sur une voie inclinée jusqu'au parc à charbon où il se renverse automatiquement; puis le wagon remonte vers la cuiller, sous l'action d'un contrepoids que la pesanteur avait fait remonter pendant la descente.

Le courant produit est du triphasé à 6000 volts, qui est distribué à diverses sous-stations qui le trans-

forment en courant continu à 55o, 440 00 220 volts ut les emplois.

A Rummelsbourg, on ne voit plus que des turbines; la dernière construite est de 25ooo chevaux. Quatres ouvriers suffisent à l'exploitation de cette fabrique d'énergie. Les chaudières sont à chargement et décrassage automatiques et continus, et à grilles mobiles. La vapeur est de 9 à i5 kilogrammes de pression, puis surchauffée à 35o°. Les trois cheminées qui assurent le tirage de cette chaufferie ont Si mètres de hauteur.

L'A. E. G. est non seulement une fabrique d'appareils, mais encore une société d'entreprises et d'installations de toutes sortes au dehors : elle a construit notamment, seule ou en participation avec Siemens et Halske, les métropolitains de Berlin et de Hambourg qui ont coûté jusqu'ici plusieurs centaines de millions et dont l'achèvement est en cours d'exécution, plusieurs grandes installations hydro-électriques en Norvège, dans le Milanais, aux Indes Néerlandaises. De plus elle s'est lancée, depuis plusieurs années, dans la construction des automobiles et des moteurs de bateaux et d'aviation. Plus de deux mille ouvriers travaillent dans cette section,' qui constitue une filiale désignée sous l'abréviation bien connue de N. A. G.

Elle a créé dans ces dernières années un compartiment spécial pour y construire des machines à écrire, et par les mêmes procédés de large publicité que les Américains, elle s'est mise à en inonder le monde.

Il me souvient d'avoir rencontré certain jour un jeune voyageur de commerce qui s'efforçait, comme c'est le rôle de tout concurrent, de dénigrer les ma-

l8a LA PRODUCTION

chines de l'A. E. G. au profit de celles qu'il représentait; malheureusement pour sa thèse, il concluait : « Ces gens-là veulent faire de la machine à écrire et ils n'y connaissent rien; s'ils continuent ils se ruineront! » Mais l'A. E. G. ne se ruine pas. ,

Trois chiffres successifs donneront la mesure de ses accroissements ; ce sont ceux de la force globale des appareils qu'elle a construits : en 1910 elle s'éleva à 1476000 chevaux, en 191 1 à 2 3S6ooo, et en 191 2 à 2529000.

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