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e de l'indigo naturel par l'indigo synthétique sera prochainement consommée. En la culture de l'indigo jetait sur le m pour plus
de 100 millions de produits, réduits aujourd'hui à moins de 14. L'Allemagne, qui en importait pour 16 millions de francs, n'en achète plus ; par contre, elle vend à l'étranger pour plus de 5o millions d'alizarine artificielle. Ainsi le développement de l'industrie des matières colorantes a eu pour l'Allemagne cette double conséquence de retenir dans le pays de grosses sommes d'argent qui précédemment passaient à l'étranger en achats de matières premières tinctoriales exotiques, et de' rendre au contraire l'étranger tributaire des produits allemands.
La recherche de la synthèse industrielle des matières organiques, dont l'initiateur est notre illustre Berthelot, est regardée comme une des missions favorites de la chimie allemande; déjà elle a été réalisée en grand pour les parfums, la soie, l'ammoniaque, le tanin, et chacune de ses réalisations a marqué une révolution commerciale en faveur de l'Allemagne. Qu'on imagine celle que produirait demain la fabrication économique du caoutchouc que Bayer poursuit depuis nombre d'années !
L'ensemble de la production des grandes usines allemandes de colorants dépasse 400 millions, dont 3oo millions sont exportés.
Quelques chiffres montreront combien cette industrie continue, actuellement, à s'accroître. Après avoir commencé en i865 avec 3o ouvriers^ la Badische en
iSS LA PRODUCTION
employait eu i885, 2377; en 1905,6972; en 1909,7527; en 1912, 8640, et au 3o juillet ipi3, plus de 10000 ! La journée de travail est de neuf heures. La somme des salaires en 191 2 a dépassé 14 millions de marks, (11 millions en 1909).
Le personnel des usines a passé de 221 chimistes en 1909 à 244 en 1912, sans compter une soixantaine au dehors; celui des techniciens, de 1 53 à 219, et les 555 bâtiments de la fabrique (532 en 1909) couvrent 101 hectares.
La plupart de ses matières premières lui arrivent par le Rhin le long duquel elle possède en propre un port de plus d'un kilomètre de quais, avec les engins de manutention les plus perfectionnés pour décharger et transporter dans les ateliers 1 000 à 1 200 tonnes de charbon par jour, plusieurs centaines de tonnes de ■ pyrites, des goudrons, du sel marin, etc.
173 générateurs (161 en 1909) fournissent de la vapeur aux ateliers et à 405 machines à vapeur qui développent 34000 chevaux (3o2Ôo en 1909).
io5ooo tonnes de glace par an sont nécessaires aux fabrications et 220000 mètres cubes d'eau par jour (180000 en 1909).
Le bilan de l'année 1912 fait ressortir les résultats suivants : capital social 36 millions de marks (45 millions de francs), 25 millions de marks d'obligations, 21 millions de réserves, 12390000 francs de participations à des entreprises étrangères, 7400000 d'amortissement annuel et 1 5 164000 marks de bénéfice net distribuabîe.
Un a pu calculer plus haut que le salaire moyen
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des ouvriers |'él< mk. 40 (6 fr. No\ en aug-
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r un 1 apide coup (l'œil sur les installations d'ordre social et hygiénique qui fonctionnent dans les usines et citél ouvrières de Ludwigshafen. J'énumère les plus intéressante
on et les mesures de sécurité dans les ate- 1 sont conformes aux prescriptions les plus sévères. Les ouvriers, pendant les chaleurs, reçoivent gratuitement du café et à volonté; ils sont tenus de se laver le corps entier à la sortie de leur travail; pour cela, 1007 cabines à douches (707 en 1909) et 86 cabines à baignoires sont dispersées dans l'usine. Le temps du bain est pris sur le temps de travail; les savons et linges sont gratuits ainsi que les vestiaires où chaque ouvrier a sa place numérotée pour changer ses vêtements de ville contre ses habits de travail.
Comme conséquence de ce principe inscrit dans les usines m qu'un ouvrier sérieux et travailleur de la Badischepeut se sentir, lui et sa famille, assuré du lendemain », l'administration a organisé des primes progressives à l'ancienneté ; le temps du service militaire est considéré comme passé à l'usine, et si l'Ouvrier soldat est marié, sa famille touche, pendant son service, la même indemnité qu'elle recevrait si l'homme était malade. Chaque ouvrier a droit à un congé payé d'une semaine; à cette paye la direction ajoute une prime de 7 marks pour lui permettre un petit voyage.
Un grand nombre d'ouvriers sont logés dans la ville même de Ludwigshafen: mais en présence de l'aug-
mentation incessante de leur nombre, la Société a créé
deux cités ou colonies ouvrières.
La première, proche des ateliers, à l'ouest de la ville d'Hemshof, comprend 614 maisons habitées par plus de trois mille personnes ; chaque maison dispose d'un jardin : la photographie ci-jointe montre l'aspect riant et salubre de ces habitations qui sont louées 1 mk. 80 (2 fr. 25) par semaine à chaque ouvrier.
La seconde colonie que la Société a dû construire, la première étant entièrement occupée, est située à 8 kilomètres de la ville. La superficie de cette cité, dite de Limburgerhof, permettra d'y installer environ douze cents familles, plus au large qu'à Hemshof; chaque logement se compose d'une cuisine, d'une chambre, de deux pièces mansardées et de deux caves; il y a en plus une petite étable pour du menu bétail et 220 mètres carrés de jardin; le loyer esjt de 2 mk. 5o par semaine. L'état d'entretien et de propreté qui règne dans ces habitations est tout à fait remarquable.
Une école a été construite à Limburgerhof et un médecin de la compagnie y réside.
Les ouvriers peuvent se rendre par le chemin de fer de Limburgerhof à la fabrique, aux frais de la Société; quelques-uns font la route à bicyclette.
J'ai maintes fois observé que les grandes sociétés industrielles qui travaillent dans les localités écartées ou dans les petites villes, soit philanthropie., soit pour retenir leurs ouvriers, font en leur faveur beaucoup plus que la loi ne les y oblige; ainsi la Badische Fabrik a créé un ensemble d'institutions de secours
LA RAPISCni ANILIN VtfV SODA FABRIK IQ1
qui témoigne pour bco travailleurs d'une sollic:
•ruelle.
L'ambulance de l'usine est en réalité une salle d'opérations d'hôpital, avec traitements électrothér tiques, photographie par les rayons X, laboratoire d'analyses, etc.
La maison de convalescence de Kircheimbolanden, à la lisière d'une forêt, est affectée aux ouvriers qui ont besoin de repos et de grand air, à l'exclusion des épileptiques, des contagieux, des alcooliques et des tuberculeux ; pour ces derniers a été construit le sanatorium de Dannenfels, aménagé avec une quarantaine de lits, dans une situation abritée au pied du mont Tonnerre, à quelques kilomètres de Kircheimbolanden et dans un parc de 25 hectares appartenant à la Société. La durée du séjour est limitée entre deux et six mois, mais peut être prolongée. Cet établissement a coûté plus de 35oooo francs, et un millier d'ouvriers y ont reçu des soins en 1912.
Il faut, à ces organisations hospitalières, ajouter les soins médicaux assurés aux familles des ouvriers, des établissements de bains gratuits pour les femmes et les enfants. Ces bains ont été fréquentés cinquantetrois mille fois en 1912. Une maison d'accouchement pour les femmes d'ouvriers, une école ménagère pour les jeunes filles, une bibliothèque ouvrière, et la salle de gymnastique inséparable, depuis quelques années, de toute création en Allemagne.
Je passe sous silence les fonds de secours, de pensions, de prévoyance , etc.
De leur côté, les employés ont toute une série d'avantages; d'abord un casino fort élégant. On
nomme ainsi une construction qui contient restaurant, café, salle de billards, bibliothèque, fumoirs, salle de fêtes et de réunions. Là, deux cents employés peuvent déjeuner chaque jour pour yS pfennigs.
Des villas, au nombre de cent quinze, sont en outre mises à des prix modiques à la disposition de ceux qui désirent ou doivent habiter à proximité de l'usine.
Il existe, en outre, une caisse de retraite pour les employés, dont l'encaisse s'élève à 7059000 marks en 191 2 (5 61 3 000 en 1909) et à laquelle la Société sert un intérêt de 4 p. 100.
Cette caisse est alimentée par un capital initial fourni par la Société et par une retenue de 4 p. 100 sur les appointements fixes. Les statuts en sont fort instructifs à étudier.
Enfin la Société entretient une caisse d'épargne où tout membre du personnel peut déposer jusqu'à
3 000 marks à S p. 100 et jusqu'à 5 000 marks à
J'ai donné cette organisation sociale de la Badische Anilin und Soda Fabrik comme un type de ce que font aujourd'hui les grandes Sociétés industrielles allemandes; car, entraînées par l'exemple ou par la nécessité de ne pas traiter leurs collaborateurs moins bien que les firmes voisines, elles arrivent successivement à des aménagements similaires.
Il n'est pas besoin de violents efforts d'imagination pour trouver un rapprochement entre ces puissantes usines qui se dressent au milieu de leurs colonies ouvrières et les burgs orgueilleuxdes barons féodaux
LA BADlvJiiE ANIL1N UND SODA FABRIK. 19J
entourés de leurs serfs attachés à la plèbe; et la '. .lAnimT.it ie n« s'est pa , fait faute de multiplier ces faciles comparaisons. Seulement, il y a bien quelques dittérences et fondamentales; d'abord le seigneur moderne est une simple personnalité civile, le plus souvent anonyme, et le serf qui travaille pour lui, touche de beaux salaires, qui augmentent sans cesse, et n'est pas du tout attaché à la glèbe; il a pleine et entière licence de faire tout ce qui lui plaît de sa libre personne.
Si on exige de lui un travail suivi et consciencieux, on a pour sa famille et sa personne des égards sans nombre, et finalement, grâce à la maison presque gratuite, aux légumes du jardin, à la volaille et aux lapins de la petite étable, aux syndicats d'alimentation, aux facilités de toute sorte et surtout à des journées de 5 à 6 marks, l'ouvrier peut non seulement vivre avec confort, mais amasser, s'il est sérieux, une petite fortune.
En réalité, la condition des ouvriers allemands s'est améliorée à vue d'oeil dans ces dernières années. Bien logés, bien nourris, bien habillés, hors de leur travail ils ont plutôt l'aspect aujourd'hui de petits bourgeois que de prolétaires.
Les marmots qui prennent leurs ébats dans les avenues ombreuses des colonies ouvrières sont propres e* joufflus ; ils gambadent, régulièrement tête et pieds nus par le soleil et dans la boue ; c'est un système recommandé pour les aguerrir. D'ailleurs, tout ce monde entend bien vivre et ne se point priver de nourriture pour faire des économies.
Ou je me trompe fort ou il me semble que le socia-
Usine, je parle du socialisme envieux et révolutionnaire, a moins de prise sur lui que dans les périodes passées. Sans doute les syndicats ouvriers, puissamment organisés, n'hé pas plus dans l'avenir que dans le passé, à fomente èves afin d' encore la condition des salariés, mais ils sentent déjà que le grand public est moins disposé, en voyant combien leur existence est devenue plus douce, à leur prêter son appui moral, et sans aucun doute la voie où le patronat s'est engagé accuse autant d'habileté que de sincère philanthropie.
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Les Films
Leur origine française. — La fabrication intensive de Greppin. — Comment s'obtient le film cinématographique. — Soins minutieux. — L'outillage et le personnel. — Autres industries. — Les instruments de musique. — Les textiles. — Quantité mais non qualité.
Dès que les Allemands entrevoient une portée quelconque à une découverte, nul sacrifice ne leur est trop lourd pour l'étudier, la mettre au point, l'exploiter en grand et en inonder le monde. Un exemple typique en est fourni par l'invention des frères Lumière de Lyon, le cinématographe.
L'une des cinq grandes Sociétés de matières colorantes, YActien Gesellschaft fur Anilin-Fabrikation de Berlin (l'A. G. F. A.), a installé depuis peu la' fabrication des films cinématographiques et s'est taillé, dans cette invention française, une sorte de monopole européen. La principale cause de sa réussite est qu'en présence de l'extension universelle des spectacles cinématographiques dans les divers pays civilisés et même barbares, elle amis incontinent en œuvre autant de capitaux, de compétences et d'outillage qu'il était
19(5 ta. PRODUCTION
nécessaire pour faire face à la demande, tandis que les concurrents plus anciens maintenaient leur modeste production du début sans la développa
L'A. G. F. A. a créé, uniquement pour cet objet, l'usine de Greppin, à Bitterfeld, suite d'ateliers que leur disposition très étudiée rend indéfiniment extensibles et qui en effet, depuis leurs débuts en 1910 n'ont cessé d'être constamment à l'état de constructions en cours, en même temps que de fabrication en exercice. La confection du film, c'est-à-dire du ruban de pellicules transparentes qui devra être impressionné par les scènes devant lesquelles on le déroule, comprend plusieurs phases : i* la fabrication de la nitrocellulose ou de l'acétate de cellulose dont il est composé ; 2' la préparation et la ûltration du collodion; 3* la mise en bandes et le séchage des pellicules de la nitro ou acéto-celluiose ; 40 le couchage de l'émulsion impressionnable à la lumière.
Jusqu'à ces tout derniers temps la nitro-cellulose ou celluloïd était la seule matière première des pellicules; mais on sait combien ce produit est inflammable. Deux jeunes chimistes parisiens, MM. Clément et Rivière, découvrirent un procédé pour le remplacer par l'acétate de cellulose, qui ne présente pas les mêmes dangers. Ils proposèrent aussitôt leur invention à une grande maison française de cinématographie, qui ne sut pas en apprécier la valeur ; c'est alors qu'ils l'offrirent à l'A. G. F. A. de Berlin, qui s'en assura la propriété; et voilà qu'aujourd'hui nos règlements municipaux en imposent la substitution à la nitrocellulose dans les représentations cinématographiques 1
LES riLMfl 197
F. A. ; lit déjà la nitro e et
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nos poudres marines. La fabrique nouvelle de Greppin
litre travail que de préparer le collodion et les
udes, découler à leur > 'cinulsion sensible;
est un travail singulièrement délicat et compliqué.
Les constructions de l'usine de Greppin s'élèvent près de Bitterfeld, district où la présence de la lignite a attiré un grand nombre d'industries. La plupart de leurs exploitants sont propriétaires du sol qui recouvre, de quelques mètres seulement, le combustible. De toutes parts des excavateurs creusent laterre, enlèvent les stériles superficiels et exploitent la lignite, que des transporteurs aériens livrent directement aux chaudières. La couche de lignite mesure en certains points 20 mètres d'épaisseur; néanmoins on estime que cette exploitation intense ne durera qu'une cinquantaine d'années, après quoi tout sera épuisé et les usines disparaîtront comme elles ont apparu.
Les ateliers de Greppin, qu'il m'a été donné de visiter jusqu'à leurs plus infimes détails, ne ressemblent à aucun autre. Ici pas de grands halls, pas de puissants outils, pas de fourmilières d'ouvriers, mais une série de pièces et de chambres noires soigneusement isolées les unes des autres, où un outillage inédit qu'il a fallu imaginer et perfectionner à force d'études rapidement conduites, afin de pouvoir obtenir la quantité tout en respectant scrupuleusement la
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qualité. Car là qualité des produits est la condition absolue du succès.
Une entrée unique donne accès dans l'usine. Les ouvriers, après y avoir pénétré, passent dans leurs vestiaires, où ils doivent se dévêtir des pieds à la tête pour endosser des habits de travail en lin d'une propreté irréprochable, contenus dans des armoires à fermeture hermétique.
Puis ils se rendent aux lavoirs où ils se nettoient le visage, les mains et les ongles à l'eau chaude et à l'eau froide; de plus chacun d'eux est contraint de prendre un grand bain quotidien à une heure prescrite.
Dès lors, ils ne sortiront plus de l'usine avant le soir. Une vaste salle à manger les reçoit à midi ; elle est éclairée par des fenêtres qui ne peuvent s'ouvrir et l'air est distribué là, comme dans toute l'usine, par des ventilateurs qui l'aspirent au dehors à travers un appareil de filtration.
Perpétuellement, on lave à grande eau le sol des salles, des corridors, des ateliers. Les locomotives qui font la traction des wagons de l'usine sont à eau surchauffée, sans foyer, pour éviter la fumée. Il ne faut pas qu'un seul grain de poussière vienne s'égarer en ces lieux, car à un grain de poussière sur un film correspondent un défaut dans la scène qui se déroule au cinéma, un geste de mécontentement du spectateur et un mauvais point pour le fabricant.
Les explications qui suivent paraîtront poncives aux dilettantes delà photographie, mais tout le monde n'est pas photographe, et, parmi les innombrables spectateurs de cinéma, quelques-uns sans doute aimeront
à savoir comment est i4 le jouet qai les amsie
solide doit être d'abord disso . ■ un soh iqoe
solution Cb lient filtrée, puis
rvoirs, en attendant d'être coulée sur un ^rand cylindre horizontal de métal poli où elle s'étale en nappe d'une largeur constante de 55 centimètres ; à mesure que ce cylindre tourne, la solution est entraînée dans un. carter qui entoure le cylindre et où passe un courant d'air chauffé qui évapore le liquide volatil et laisse sur la roue la nitro-cellulose desséchée. Au fur et à mesure de la marche, le ruban solide ainsi formé est enlevé automatiquement de la roue et enroulé en bandes d'une longueur de 120 mètres.
L'éther évaporé est entraîné dans l'atmosphère et perdu. On étudie actuellement le moyen de le récupérer. Il est inutile de faire remarquer le perpétuel danger d'incendie ou d'explosion que présente cette délicate opération.
Grâce à la précision du mécanisme le ruban de cellulose conserve une épaisseur constante (elle ne varie pas d'un centième de millimètre). Le ruban ainsi constitué doit être mordancé, c'est-à-dire que l'une de ses faces reçoit, dans un appareil spécial, un humeçtage superficiel de solvant volatil qui le décape; cette précaution est nécessaire pour que l'émulsion sensible puisse adhérer à sa surface. Dans tous ces ateliers, l'air est filtré et le sol maintenu constamment humide.
L'émulsion, négative, — c'est-à-dire sensible, — est
SOO LA PKODUCTIOM
un mélange de gélatine et de bromure d'argent, soigneusement lavé et filtré. Pour la coucher sur les rouleaux décapés, on se sert d'un outillage analogue à celui qui sert à préparer les rouleaux de nitrocellulose. Seulement toutes les opérations doivent s'exécuter dans de grandes chambres noires, vaguement éclairées à la lumière rouge. Pour y entrer ou en sortir, chaque personne est éclusée entre deux portes à fermeture étanche. Mêmes précautions pour le débitage à l'aide de couteaux circulaires des rouleaux émulsionnés, de 55 centimètres de largeur, en i3 rubans de 3 cm. g de large. Après quoi chacune de ces bandes est vérifiée, à l'aide d'instruments d'optique, sur toute sa longueur, puis, sur un échantillon qui est naturellement sacrifié, essayée à la traction, à l'élasticité, au froissement. Enfin le rouleau, ainsi contrôlé, est enroulé sur luimême et enfermé, par longueurs constantes de 120 mètres, dans une boîte circulaire de fer blanc scellée. Ces boîtes ont la dimension d'une boîte de fromage de Camenbert.
On fabrique ainsi chaque jour à Greppin i5oooo mètres de films, soit 45 à 5o millions de mètres par an, dont le prix, à l'usine est d'environ 5o centimes le mètre; mais cette production augmente de mois en mois, à mesure que les ateliers s'ajoutent aux ateliers. Quand on pénètre dans le hall qui sert de magasin aux produits fabriqués, on constate qu'il s'y trouve à peine la production d'une journée.
Les chaudières, système Borsig, pour la combustion des lignites qui alimentent l'usine, sont situées à une certaine distance, à cause des poussières; elles actionnent une turbine d'une puissance de 3oo chevaux. Une
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•.raine de chimistes travaillent dans quatre grandi |ab des analyses e1 .1 des
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dans les spectacles, d'engrener sur des pignons ne se fait pas à 'ireppin; elle est généralement opérée chez des fabricants, entrepreneurs de scènes cinématographique- ioins tout le matériel nécessaire àce dernier travail, ainsi que la fabrication des positifs, existe à l'A. G. F. A. Chaque jour, on y fait quelques opérations pour les essais pratiques des ûlms. Un petit théâtre cinématographique, muni de tous ses engins optiques, est annexé aux bâtiments de l'usine ut sert à des représentations de scènes ou à des recherches d'effets nouveaux.
La fabrication des films assure à l'A. G. If. A. des bénéfices énormes. Une seule société lui faisait une concurrence, mais celle-là très sérieuse, la arme nordaméricaine Kodak; mais il paraît qu'une entente récente est survenue entre elles.
Après m' avoir complaisamment montré ces curieuses innovations techniques, M. le docteur Lohœfer, directeur et créateur de l'usine, s'étendit sur les questions du personnel. Il m'expliqua que parmi les mille ouvriers ou ouvrières occupés, les travailleurs courants, gagnent de 4 à 6 marks par jour, les femmes 2 m. 5o en moyenne ; que la Société les loge dans une cité naissante et grandissante, où un logis de trois chambres, plus une cuisine, leur est loué i5o marks par an soit à raison de 2 p. 100 du capital immobilisé; qu'enfin toutes les questions de salaire et de disci-
20» LA PRODUCTIOW
pline sont établies par un accord entre là direction et une délégation ouvrière composée de un délégué par quarante ouvriers.
Relativement aux précautions si minutieuses imposées au personnel, le Dr Lohœfer me dit :
« — Nous les exagérons sans doute systématiquement ; mais il faut demander le plus pour avoir le nécessaire, et c'est pour les avoir négligées que certaines maisons concurrentes n'ont pu se développer. Nos ouvriers n'ont aucune initiative, c'est vrai ; mais ils sont dociles et raisonnables, c'est tout ce qu'il nous faut. L'ouvrier français a l'esprit trop éveillé et trop personnel pour se soumettre à une discipline aussi étroite. Je crois bien que c'est pour cette raison que l'invention des MM. Lumière est restée stationnaire en France. Ici même, nous ne pouvons pas employer toutes sortes d'ouvriers; ainsi nous est-il impossible de contraindre les Polonais aux soins de propreté que nous exigeons. Une autre difficulté est l'attirance de Leipzig, qui n'est qu'à 28 kilomètres. Bien que notre personnel soit chez nous plus largement rémunéré, il tourne invinciblement les yeux vers la grande ville. »
Bitterfeld est cependant déjà une agglomération importante. Un nombre respectable de grandes cheminées barrent l'horizon. J'ai parlé plus haut de l'organisation de la grande centrale qui donnera la force au chemin de fer électrique de Leipzig à Magdebourg. Une des principales usines appartient à la grande société Grisheim-Elektron de Francfort; grâce à l'extrême bon marché de la lignite, qui ne lui revient pas à plus de a marks par tonne, elle réussit à con-
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:u:er la force motrice hydraulique dans la fabri- ;i du ph< va quelques
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çais de phosphore ; mai , une période de con-
currence désastreuse, on s'est remis à causer et l'Aile- I a obtenu une participation considérable dans le cartel reconstitué dont le siège est à Paris.
J'arrête ici cette promenade éclectique à travers le domaine de l'industrie allemande. Les points que j'ai signalés sont ceux où sa supériorité apparaît prépondérante : la métallurgie, les machines, les produits chimiques. Il en est quelques autres où ses progrès apparaissent tout aussi marqués. Les ciments, par exemple, dont les usines syndiquées produisent aujourd'hui 33 millions de barils de 180 kilogrammes, dix fois plus qu'il y a vingt ans, et qui concourent à donner à la navigation maritime un fret de sortie indispensable à toute grande marine de commerce. D'après les prix d'exportation, on doit ' reconnaître que ces matériaux sont littéralement sacrifiés à cette considération.
Les instruments de musique constituent en Allemagne une industrie florissante, dont l'exportation atteint aujourd'hui 80 millions de marks. Le monde entier en est tributaire et les Allemands affichent la prétention d'y exercer prochainemnt un monopole presque complet.
Les milliers d'articles de bimbeloterie et de camelote que l'on voit aux foires de Leipzig sont encore parmi leurs spécialités envahissantes.
204 tk PRODUCTION
Dans les industries textiles, les progrès ont été" rapides aussi ; mais là l'industrie allemande rencontre des concurrents qui ne se laissent point démonter. Manchester, Bradford, Lille, Roubaix leur opposent une invincible résistance. Les Lyonnais, sur un autre point, défendent avec une froide énergie leur suprématie dans les tissus de soie.
Mais la conclusion la plus erronée de tout ce qui précède, serait de croire que les produits allemands conquièrent le monde par leur qualité. S'ils sont généralement bien conçus, ils restent, par contre, inférieurs comme exécution à ceux auxquels ils se substituent.
L'industrie germanique triomphe par des raisons étrangères à la perfection du travail; elle s'impose grâce au bon marché, à l'étude inlassable d'articles nouveaux et divers qui séduisent l'acheteur, enfin à une présentation incomparable et qui a le don d'ubiquité.
C'est ce qui me reste à mettre en lumière.
fAPITRE Vil
L'Exposition de Leipzig
Après Dresde, Leipzig. — Beaucoup d'Allemands et d'étrangers, pas de Français. — Le palais du ciment armé. — Nouveaux matériaux. — L'outillage des entrepreneurs. — La lutte contre la poussière. — Les progrès de l'éclairage. — L'art allemand. — L'hygiène avant tout.
L'Exposition de Leipzig en 191 3 était la suite logique de l'Exposition d'hygiène de Dresde en 191 1. Cette dernière nous avait montré l'homme, son organisme, son alimentation, les soins qu'il réclame, le vêtement dont il se couvre, toute la science biologique mise à la portée du grand public et d'une façon si claire, si captivante, que son succès fut retentissant. Je me souviens encore de l'afâuence qui s'entassait dans certaines salles, au point qu'on n'y laissait entrer les visiteurs que par fournées successives.
Notre état d'esprit en France nous maintient éloignés de ces spectacles utiles, mais ce qu'il a défilé là de Russes, d'Autrichiens, d'Américains et d'hommes du Nord est inimaginable. Les Allemands, eux y pénétraient comme des fidèles en un sanctuaire. La science de l'hygiène est aujourd'hui une religion pra-
tiquée dans toutes les classes de leur société. Il est visible que l'influence du maître d'école a, d'ordre supérieur, passé par là. On entend les femmes ellesmêmes raisonner hygiène, comme ailleurs elles parlent chiffons, et l'ouvrier s'en préoccupe avec autant de sollicitude que de sa saucisse aux choux ou de sa chope de bière.
L'Exposition de Leipzig en a offert la continuation: l'étude de l'habitation et des procédés que l'homme met en œuvre pour pourvoir à sa subsistance et satisfaire ses besoins d'activité, les travaux qu'il exécute pour communiquer avec ses semblables et accroître son bien-être.
A l'Exposition de Leipzig de 191 3 succédera, en 19 14, Y Exposition du Livre et des Arts graphiques, qui doit encore s'envisager comme l'anneau suivant de la chaîne. Après la vie matérielle, le domaine intellectuel et .moral.
Combien d'ingénieurs, d'architecte», d'entrepreneurs français sont allés à l'Exposition de Leipzig? un nombre innme. En général, ils ont préféré Gand. Pourtant, entre ces deux exhibitions, il semble qu'il y ait un quart de siècle de distance. En Belgique s'étalait un passé gracieux, artistique, séduisant et un développement, que l'on peut qualifier de bourgeois, de l'industrie moderne. L'Allemagne, systématiquement, j'ignore pour quelle raison, avait dédaigné d'y exposer largement. A Leipzig, au contraire, apparaiir sait un présent lourd mais grandiose, et surtout la préparation de projets d'avenir terriblement envahi»sant**
L'IXPOSITION bl
On ne décrit pas une exposition après sa fermeture ; mais, quand on l'a visitée avec attention, rien n'est plus profitable que d'en rappeler les caractères saillants et d'en mesurer la portée. Elle contenait tout ce qui, de près ou de loin, concourt à l'habitation humaine, à l'architecture et à la décoration, aux travaux publics et aux œuvres du génie civil.
Si nos ingénieurs et nos architectes avaient fait le voyage de Leipzig, ils eussent contemplé quantité de choses nouvelles pour eux.
Ils auraient tout d'abord passé par la nouvelle gare centrale, et ce n'est point un spectacle banal qu'une station de chemin de fer dont les bâtiments couvrent n hectares, où les salles des pas perdus font songer à la nef de Saint-Pierre de Rome et dont le coût, avec les travaux d'accès, a atteint 175 millions; ils auraient vu le plus vaste et le plus réussi, à mon avis, des nouveaux hôtels de ville d'Allemagne (1905)1. Ils auraient regardé, sans être contraints de l'admirer, un troisième édifice monstre, pénible pour des Français, le monument commémoratif de la bataille de 181 3, qui est certainement la plus énorme masse de matériaux de construction que l'on ait mis les uns sur les autres depuis les Pyramides (1 32 000 mètres cubes). Puis ils seraient résolument entrés dans le parc de l'Exposition en dépit de l'effet singulier que produisaient, vues de l'extérieur, ces constructions pesantes, dénuées, de parti pris, de toute décoration et d'un style parfaitement inintelligible à notre esthétique.
Ils auraient pu discuter, avec une compétence que je
x. V«ir l'Allemagne au travail.
ne possède pas, l'audacieuse et parfois téméraire résolution allemande de renouveler l'art.
Le sujet est des plus scabreux. Des professeurs éminents ont écrit de gros livres, que nous ne connaissons guère en Irance, pour expliquer que les conditions de l'existence contemporaine n'étant plus celles de la vie d'autrefois, il ne reste aucune raison pour donner aux objets actuels des lignes ou une parure imitées de celles qui décoraient les monuments ou les ustensiles grecs ou italiens. Partant de ce principe qu'à des objets nouveaux, il fallait une plastique nouvelle, ils se sont lancés à la découverte dans le domaine de l'imagination, et en ont retiré tantôt des choses vraiment belles, tantôt des étrangetés, tantôt de véritables horreurs, parce que, à mon très humble avis, l'Allemand est souvent dépourvu du don de mesure et d'harmonie qui est l'apanage de l'âme latine et celtique.
Peut-être beaucoup de nos artistes, ceux particulièrement que n'afflige pas la manie de pontifier, en examinant ces questions avec une froide impartialité, seraient-ils arrivés à conclure que leur collaboration, adaptée aux idées allemandes sur l'évolution nécessaire de l'art, eût amené de remarquables trouvailles.
Mais laissons là le côté purement artistique sur lequel on pourrait disserter à l'infini sans convaincre ni instruire personne. Aussi bien y avait-il sous ces lourdes coupoles des milliers et des milliers de nouveautés dignes d'attention et d'étude.
Les deux principaux édifices de l'Exposition étaient le palais du Béton et le palais du Fer, les deux frères
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domaine exclusif. Ils voient, non sans inquiétude, des charpentes en fer de plusieurs centaines de tonnes remplacées par des appareillages rigides en ciment, dans lesquels il entre à peine quelques milliers de kilos de fils ou de barres de fer en réseau ténu.
Halle en béton (Betonhallè) est un nom qui sonne bizarrement pour un grand palais d'exposition; mais le béton armé, étant le roi du jour, avait droit, à Leipzig, à tous les honneurs. Cette énorme construction qui a coûté plus d'un million est destinée à survivre à l'Exposition.
La visite des salles permettait de voir réunis une multitude de matériaux nouveaux de construction ou de décoration extraits du règne minéral, soit de cornposition artificielle, soit de résidus industriels. Ces divers éléments de construction ont chacun, suivant leurs fabricants, des propriétés qui les recommandent. Légèreté, imperméabilité, étanchéité, inconductibilité à la chaleur, ou au bruit, amortissement des trépidations, etc. Suivaient des masses de références. Même variété dans les enduits, revêtements, couvertures, peintures, planchers, plafonds.
Ailleurs sont exposés des produits plus spécialement destinés à la décoration de la construction; là règne une polychromie plus riche qu'harmonieuse.
Assurément, la vue seule de toutes ces inventions ne vous renseigne guère sur leur valeur; il doit y avoir
JIO LA PRODUCTION
beaucoup d'ivraie à côté du bon grain. Mais elle indique qu'il incombe aux architectes de tous pays de se livrer à de multiples expériences et à de sérieuses études sur cet ensemble de nouveaux matériaux offerts à leur choix.
Et ceci est d'autant plus nécessaire qu'on est frappé, à la vue des dessins, modèles en plâtres, ou photographies, représentant des monuments exécutés, de la prodigieuse expansion à travers le monde de la néoarchitecture allemande.
Non moins instructive est la manière de bâtir. Tout le matériel mécanique, à moteur, à vapeur ou électrique, les types variés d'échafaudage étaient reproduits en réduction. A l'aide de ces procédés ultra-modernes, les entrepreneurs allemands construisent avec une rapidité et un bon marché inconnus des nôtres.
L'étude des salaires du bâtiment appelle d'utiles réflexions. Des tableaux et des graphiques nous montraient, pour tous les corps d'état et, entre autres, pour les maçons, que, la journée étant de dix heures, et avec six journées de travail par semaine, l'ouvrier gagne en moyenne, dans les principales villes de l'Empire 37,5 marks (47 francs), ce qui représente près de 8 francs par jour, avec un maximum de Î2 marks (65 francs) à Hambourg, qui en toutes choses tient le record de la cherté. Dès lors, tombe la vieille légende que l'ouvrier est mal payé en Allemagne.
J'ai lu à cet égard, dans une feuille allemande, cette remarque : « C'est dans les pays où les engins mécaniques sont le plus répandus, que les salaires sont le plus élevés, parce que le travail économique de la machine permet de payer l'homme largement, tandis
«jur chei les peuples où l'emploi des machines est r.irr, le producteur se voit obligé d'équilibrer, par le bon marché de la main-d'œuvre, l'exagération de ses prix
île revient. »
Semblable au papillon, l'homme est invinciblement attiré par la lumière. Aussi les Allemands qui songent à tout ont-ils travaillé la technique de l'éclairage jusqu'à en faire un puissant élément de séduction.
Dès la première ville qu'ils trouvent sur leur route, les visiteurs de l'Allemagne sont hypnotisés par l'illumination féerique des magasins. A Leipzig, on pouvait étudier dans tous leurs détails les procédés perfectionnés à l'aide desquels ils obtiennent ces effets. Car il ne s'agit plus de suspendre dans une devanture une demi-douzaine de becs Auer ou d'ampoules électriques qui aveuglent le promeneur et projettent sur les objets une lumière crue. Le problème consiste à les mettre en valeur, et sa solution est différente suivant qu'il s'agit des modes, de la bijouterie ou des comestibles. Avant tout, il faut dissimuler les foyers lumineux, tantôt au-dessus d'un plafond translucide qui répand une lumière douce et uniforme, tantôt derrière les panneaux latéraux de la vitrine, tantôt au-dessous même de l'étalage. Par d'ingénieuses combinaisons de ces procédés, on réussit à produire des aspects de dioramas tout à fait inconnus chez nous. Le regard est captivé sans être brutalisé; les objets prennent un relief étonnant et l'on parvient à rendre séduisantes, même les confections allemandes, ce qui n'est pas un mince mérite.
Une préoccupation analogue a pour objet la couleur de la lumière. On sait combien certains éclairages
dénaturent les nuances. Ce défaut est habilement corrigé lorsque le spécialiste, chargé du plan d'installation, connaît la théorie des couleurs et sait leur approprier en conséquence la teinte des foyers lumineux.
Si nos couturiers, nos modistes et nos orfèvres sont inimitables, ils ont le droit de demander à leurs décorateurs d'aller apprendre dans les récents immeubles de Berlin, de Leipzig et de Hambourg, comment on distribue la lumière aux somptueuses devantures des rez-de-chaussée.
L'aménagement intérieur montrait bien la conception différente de la nôtre que les Allemands se font de l'habitation. On peut dire que tout y est sacrifié à l'hygiène. Le luxe n'est, à proprement parler, que la splendeur du confort. Pas de meubles sculptés, pas d'encombrement de bibelots, pas de recoins obscurs ; le moins possible de moulures horizontales qui accrochent la poussière ; les parquets et les tapis sont généralement remplacés par du linoléum, ou des composés analogues, d'un nettoyage facile. Les papiers peints cèdent le pas à des peintures vernies.
Partout la lutte est engagée contre la poussière considérée comme un insidieux ennemi de l'homme. Staub ist Gift (La poussière est un poison) est une phrase qu'on lit partout. Elle sert de réclame à une multitude de fabricants d'appareils à nettoyer par le vide, d'une infinie variété, de toutes dimensions, de tous systèmes, à la main ou mécaniques.
Nombre d'immeubles possèdent dans leurs caves une pompe fixe, à moteur électrique, qui aspire, k l'aide de tuyauteries, la poussière dans chaque pièce.
I EXPOSITION DE LKIPZTO 2l3
ne se livrent à d'ini rxp, sur les poussières qui flottent dans l'air
des rues, dea usines, des maisons. Une des salles de
^position montrait des rangées de flacons inégalement remplis «le poudres de différents aspects. Ce sont des récoltes de poussière, obtenues en filtrant un nombre déterminé de mètres cubes d'air en des lieux divers, pendant l'été et pendant l'hiver, avant et après la pluie, dans des usines, dans des magasins, des théâtres, etc. Suivaient les appréciations de nocivités comparées de ces résidus. Et le public se pressait autour de ces compilations d'expériences avec un sérieux et une foi de prosélytes. D'ailleurs les administrations publiques donnent, nous l'avons vu, l'exemple de l'ardeur au combat.
Dans certains immeubles à loyers neufs de Berlin, il a été adopté une disposition qui montre bien la tendance au groupement, caractéristique de la mentalité allemande. De même qu'on y installe le chauffage central, on y a organisé des cuisines communes; soit que la préparation des mets relève d'un entrepreneur culinaire auquel chacun paye son écot, soit que chaque ménage y envoie opérer sa propre cuisinière. La difficulté croissante que les bourgeois d'Allemagne éprouvent à se procurer des domestiques justifie peutêtre cette curieuse innovation.
Qui n'a pas visité l'Allemagne dans toutes ses parties pourrait croire que les immeubles neufs et salubres sont des exceptions réservées aux classes aisées ; il n'en est rien ; leur généralisation est un fait accompli. Et, en somme, grâce à la prévoyance des municipalités qui, par des acquisitions anticipées
coupent leurs effets aux spéculations de terrains, grâce à l'outillage perfectionné des entrepreneurs, grâce enfin à ce que la construction est systématiquement fruste, les immeubles reviennent à des prix modérés et, au milieu de la hausse constante des objets nécessaires à la vie, le loyer n'a suivi que partiellement le mouvement. Aussi les ouvriers allemands de nos jours sont-ils mieux logés que les bourgeois d'il y a un siècle. Il n'est guère de prolétaires qui consentiraient à habiter la chétive maison que l'on a conservée à Leipzig, parce qu'elle fut la demeure de Schiller.