CHAPITRE III
Les Colonies
L'Allemayne dit : il me faut des colonies — et prépare son avenir colonial. — L'' .n à Hambourg. — Précision
mathématique. — Peut-un l'imiter? — Rôle des colonies actuelles. — L'Institut des maladies tropicales. — La puissance des associations coloniales. — Où se dévoilent les visées allemandes.
Ce dernier chapitre aborde un des points les plus dangereux de la politique allemande vis-à-vis des autres nations. Journellement on lit, dans ses publications, qu'un grand pays moderne doit avoir de vastes colonies; qu'un peuple qui veut les conserver doit être puissant afin de les pouvoir défendre, riche pour les mettre en valeur, actif pour les exploiter largement.
L'Allemagne a peu de colonies, et s'en plaint amèrement. C'est l'unique lacune dans l'œuvre de Bismarck. La résolution de s'en procurer, par n'importe quel moyen, se fortifie de jour en jour. Des colonies seraient pour elle un débouché à ses produits, et, plus encore, une source de denrées et de matières premières pour son alimentation et son industrie.
Elle connaît, ou pressent les incalculables trésors que les vieux pays colonisateurs, soit par paresse, soit
246 l'expansion
par crainte de la dépense, laissent dormir dans d'immenses étendues presque inexplorées.
Par malheur, en Asie, en Afrique, en Océanie même rien ne reste à prendre qui ne soit déjà occupé par quelque nation européenne ; dès lors, en vertu de cet impérialisme envahissant qui se targue du droit d'exploiter pour son compte ce que les autres négligent, on se prépare en Allemagne à exiger la liberté économique dans les colonies d'autrui, — on l'a vu au Maroc, — ou à s'en emparer de vive force si on la leur refuse ; l'avenir nous le démontrera. L'optimisme en ces questions serait hors de propos. Il est peu probable, par exemple que la zone espagnole du Maroc soit longtemps libre — disons par euphémisme — de pénétration germanique, pour cette raison péremptoire que les mines de fer s'épuisent de toute part, qu'il en faut à tout prix au Rheinland et que le Rif en recèle abondamment. Nécessité n'a pas de loi.
Les Allemands préparent leur avenir colonial avec cette prévoyance assidue et de longue haleine qu'ils apportent à tous leurs projets. Tout observateur qui prendra la peine d'étudier l'organisation commerciale à Hambourg se rendra compte que l'Allemagne en veut faire le grand marché international de presque tous les produits de la terre.
Bien d'autres avant moi ont décrit le mécanisme d'exportation hambourgeois, méthodique à l'égal d'un règlement militaire et précis comme un chronomètre. Il ressemble d'une manière frappante à celui de la librairie à Leipzig *.