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CHAPITRE II

Le Sous-sol

La répartition des bassins houillers et des lignites. — Le bassin rhénan-westphalien. — Gelsenkirchen, Hibernia, Harpener. — Le minerai de fer. — A gauche du Rhin. — Une mine française en Allemagne. — Les Puits Frédéric- Henri. — Rôle de la distillation de la houille. — Le syndicat des charbons à Essea. — Ecole de mineurs d'Essen. — Les réserves pour l'avenir.

Celui qui veut énumérer,par ordre d'importance, les ressources naturelles de l'Allemagne moderne doit commencer par le sous-sol ; ce sont les richesses que la nature y a enfouies qui ont donné à ce pays son orientation et sa prospérité actuelle.

Les combustibles, les minerais de fer, les sels de potasse et divers autres gisements métalliques sont l'origine et la cause de son développement industriel. Sans eux, non seulement l'Allemagne serait pauvre, mais elle n'existerait sans doute plus, malgré ses victoires, car, nous le voyons aujourd'hui, son agriculture, c'est-à-dire son sol, en dépit d'efforts surhumains, est loin de pouvoir la nourrir.

La houille est de beaucoup son trésor le plus abondant et la coïncidence historique est singulière que

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ck ait constitué l'unité germanique précisément

le charbon est i

pour un peuple actif plu ux que l'or.

Les combustibles minéraux y sont dispersés en cinq bassins inégaux et assez éloignés les uns des s.

plus important, comme on le sait, est le b an-westphalien qui s'étend sous une bande de territoire de 60 kilomètres de l'est à l'ouest, entre Dortmund et la frontière hollandaise et de 20 kilomètres du nord au sud entre Wanne et Elberfeld.

Ce bassin traverse le fleuve à la hauteur de Ruhrort et se prolonge à l'ouest jusque et au delà de la frontière hollandaise. De cette région, il a été extrait, en 1912, le chiffre fabuleux de 102260000 tonnes de houilles de toutes qualités, grasses, maigres à longue flamme, charbons à gaz, anthraciteux, etc. Nulle part au monde il n'existe de bassin houiller d'une importance comparable à celui-là, car le gisement entier occupe à peine en surface la moitié d'un de nos départements de moyenne étendue.

Après le bassin du Rhin vient celui de la Haute- Silésie dont le centre prussien est la ville de Beuthen de 65 000 habitants; ce bassin, qui est à cheval sur les frontières russe, autrichienne et allemande, est, dit-on, aussi riche que le gisement rhénan; c'est lui qui constitue la principale production houillère de l'Autriche et alimente aussi la Russie de quelque 10 millions de tonnes autour de Sosnovice. La quantité de houille que l'Allemagne y a prélevée en iç>ï2, s'élève à 47 3oo 000 tonnes»

Fort loin derrière vient le district minier de Bonn, qui fait géologiquement partie du bassin de Westphalie, avec 19 millions de tonnes, celui de Saxe, aux environs de Zwickau, sur les confins de la Bohême, avec 5 5ooooo tonnes, celui d'Alsace-Lorraine (propriété du gouvernement prussien) ou de la Sarre, avec 6 56o 000 tonnes, enfin une faible extraction de 800000 tonnes en Bavière.

A cette inestimable richesse en charbon, il faut ajouter une extraction de lignites qui a pris dans ces dernières années une importance croissante, puisqu'elle s'est élevée en 191 2 à près de 80 millions de tonnes. Ces lignites gîtent dans un grand nombre de points du territoire, particulièrement au nord de la Saxe. Leur exploitation se fait souvent à ciel ouvert avec des moyens mécaniques et des transporteurs aériens qui leur assurent un prix de revient extrêmement réduit.

Pour les combustibles, l'Angleterre tient encore le premier rang; mais on estime généralement qu'avant trois années l'Allemagne l'aura dépassée. Seuls, les États-Unis prennent sur tous les pays du globe une avance démesurée.

On ne saurait manquer d'être frappé de l'extraordinaire accroissement qui marque les cinq dernières années. En dépit de la crise actuelle, ce mouvement, loin de se ralentir, se précipite encore; les chiffres relevés sur le premier semestre 191 3 accusent une augmentation de 10 p. 100 sur le tonnage global extrait pendant les mêmes mois de 1912-

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Le bassin rhénan-westphalien est exploité depuis s; la première statistique qu'on ait relevée, en 1792, accusait 176676 tonnes, ce qui est considérable pour l'époque, et, remarque curieuse, le nombre des exploitations était alors à peu près le même qu'aujourd'hui, seulement la moyenne extraite par chacune était de 1 140 tonnes; elle est aujourd'hui de plus de 600000.

Parmi les exploitants d'aujourd'hui, les uns se bornent à extraire de la houille, mais plusieurs, surtout parmi les plus importants, possèdent de puissantes installations métallurgiques.

Au premier rang des compagnies houillères se place la Société de Gelsenkirchen, qui est en même temps sidérurgique; grâce à elle, Gelsenkirchen, qui était, il y a quarante ans, une bourgade insignifiante, est aujourd'hui une ville de plus de 200 000 habitants, située dans la partie nord-est du bassin westphalien.

L'historique et la description de cette entreprise seraient fort compliqués ; car, outre ses créations propres, elle s'est annexée une quantité d'exploitations diverses et possède des participations dans nombre d'affaires. Le graphique ci-joint qui la concerne montre ses progressions depuis 1S91, les extractions successives de combustible, le mouvement des ouvriers, la production croissante du coke et du' sulfate d'ammoniaque. Actuellement, elle marche avec un capital-actions de 180 millions de marks (225 millions de francs) et 72 millions (90 millions de francs) d'obligations, et le chiffre de ses ventes de houilles s'est élevé en 191 1 à près de 9 millions de tonnes, auquel

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il faut ajouter la consommation de ses propres usines. Le bénéfice brut de ses diverses exploitations a été, en 1911, de 44779000 et le bénéfice net d'un peu plue de 16 millions de marks (20 millions de francs) qui luj ont permis de distribuer un dividende de 10 p. ioo (elle n'avait alors à servir qu'un capital de i3o millions de marks qui a été augmenté de 5o millions de marks en 191 2).

Pan* iles Compagnies uniquement minières, il faut citer en première ligne la Harpener Bergbau à Dortmund (180 000 -habitants) avec un capital de 85 millions de marks (104 millions de francs) et 22 millions d'obligations pour une production actuelle de 7 millions 540 mille tonnes de houille ; son dernier dividende a été de 9 p. 100 du capital.

Le montant d'un dividende ne se formule pas de la même manière en Allemagne qu'en France : alors que chez nous on dit qu'une affaire rapporte par exemple 45 francs par action de 5oo francs, en Allemagne en écrira que le dividende est de 9 p. 100 de la valeur initiale du titre.

Vient ensuite la Hibernia, Compagnie uniquement houillère, dont les 24 puits portent presque tous des noms de rois, de princes ou de généraux prussiens: Cette Société au capital actions de 70 millions &■ marks et de 20 millions d'obligations, extrait dans set multiples districts plus de 10 millions de tonnes de houille. Elle a beaucoup fait parler d'elle dans ces dernières années parce que l'Etat prussien, possédant près de la moitié des actions, avait proje

i acquérir. La lutte qui s'est engagée entre lui et les autres actionnaires, résolus à s'opposer à cette tendance* étatique, s'est terminée par la victoire de ces derniers ; ils ont réussi à se rendre propriétaires des titres qui auraient donné la majorité au fisc prussien (1908).

Beaucoup de capitaux français sont engagés dans ces trois dernières sociétés»

Outre l'extractiondu charbon, toutes les Compagnies, aussi bien minières que métallurgiques, passent à la distillation une partie de leurs houilles; elles produisent ainsi du coke, des goudrons et leurs dérivés, du sulfate d'ammoniaque, et du gaz qui leur sert de combustible pour des chaudières ou des moteurs à explosion. Souvent aussi ces gaz sont envoyés par des canalisations aux villes voisines.

C'est ainsi que la Hibernia entretient environ 800 fours à coke qui produisent plus de 600 000 tonnes de coke et 26000 tonnes de goudrons.

Ces goudrons, distillés à leur tour, sur place, donnent successivement du benzol, de la naphtaline, du toluol, du xylol, matières premières des fabriques de matières colorantes.

Il n'y a guère qu'une vingtaine d'années qu'on recueille en distillant la houille, sous forme de sulfate, l'ammoniaque qu'elle recèle; mais cette opération s'est propagée en Allemagne avec une rapidité prodigieuse, et elle y est aujourd'hui générale ; la production de ce sulfate d' ammoniaque, précieux auxiliaire de l'agriculture moderne, y atteint aujourd'hui 5oooootonnes, d'une valeur de *5o millions. Jusqu'à ces der-

( 7. l'hrpnix.)

Puits d'extraction de houille dans le Rheinland.

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