‹ Les derniers progrès de l'AllemagneChapitre 9 sur 68 · LB SOUS-SOL · texte numérisé non relu

LB SOUS-SOL

niers I l'Angleterre en était le principal produc-

1 191 1. Enfin les 2 200 tonnes de gaz combustible et éclairant que produit la distillation de la houille à la Hibcrnia dépassent les besoins de force motrice qui lui sont nécessaires ; aussi cette Société, comme les autres exploitations du bassin, les emploie-t-elle à fournir de l'énergie, sous forme électrique, aux villes, aux usines, aux services publics qui les entourent. Nous verrons plus loin avec quel plan d'en9emble ces distributions ont été installées.

Les principales sociétés houillères qui viennent ensuite sont la Rheinpreussen, la plus considérable exploitation de la rive gauche du Rhin avec 3 millions de tonnes ; la Concordia qui transforme intégralement en coke ses 1 600 000 tonnes de houille. La mine Ccnstantin-le-Grand avec 2 5oo 000 tonnes ; la Mulheimer Berçwerky 1 600000 tonnes, etc., etc. Déplus elles agglomèrent leurs menus en briquettes.

Comme la plupart de ces mines ont recours pour leurs expéditions aux voies navigables, qui, ainsi que nous le verrons, sillonnent le pays, elles possèdent aussi des flottes, plus ou moins nombreuses, de remorqueurs et de chalands.

Mais les sociétés les plus considérables et les plus riches sont celles qui extraient du charbon et simultanément sont productrices de fonte et d'acier.

Ce qui ajoute encore à la prospérité du bassin rhénàn-westphalien , c'est qu'à proximité de se» mines de houille 9e rencontrent les plus riches gisch*

l8 LES RESSOURCES

ments de minerais de fer de toute l'Europe. Ainsi le Luxembourg, le Rheinland, la Lorraine et les vallées latérales du Rhin, notamment le Siegerland (vallée de la Sieg), fournissent aux hauts fourneaux du Rhin et de la Sarre une quantité de minerais qui a passé de 12 millions de tonnes en 1905 à 17724000 tonnes en 191 1.

Mais cette quantité est loin de suffire aux besoins de la métallurgie allemande qui doit s'approvisionner en outre de 4 millions de tonnes en Suède, de 3 millions 800 000 tonnes en Espagne de 700 000 tonnes en Russie et enfin de 2 millions 700 000 tonnes en Lorraine française.

Rappelons en passant que les découvertes récentes de minerais de fer d'une prodigieuse abondance dans les arrondissements de Briey et de Longwy sont venus fort à propos, et pour le plus grand profit de notre pays, combler la disette de mènerais ferrugineux qui commençait à se manifester en Europe. La production de nos provinces de l'Est, qui n'était en 1905 que de 5 millions 800 000 tonnes, s'est élevée en 1912 à 17 millions 236 000 tonnes d'une valeur de 20 à 25 francs la tonne, ce qui représente pour l'est de la France une production de près de 400 millions de francs, et la production s'accroît de jour en jour.

La consommation allemande en minerais de fer dépasse en ce moment 3o millions de tonnes.

Les Allemands, aujourd'hui, prospectent partout pour trouver des gisements de fer ; la Normandie, l'Ouenza en Algérie, l'Atlas et le Rif marocain sont l'objet de leurs ardentes convoitises.

Sur la rive gaucne du Rhin se trouvent les installa-

LE SOUS-SOt 19

tions d'extraction houillère les plus récentes ; celle de Rheii :n, qui appartient à la famille Ilanicl de

ri, produit déjà plus de 3 millions de tonnes; celle de Krupp, qui alimente ses forges de Rheinhausen.et enlin, la. dernière venue, la mine Frédéric-Henri que je me ferai un plaisir de décrire parce qu'elle appartient à un groupe français.

Pendant que les industriels allemands s'installent de toute part chez nous, le cas d'une entreprise française allant s'implanter en pleine Allemagne est assez rare pour être signalé. Et cette société a eu à cœur de doter son exploitation de l'outillage le plus complet et le plus perfectionné que le génie civil ait encore appliqué à l'exploitation des mines.

On savait depuis longtemps que les couches westphaliennes se prolongent à l'ouest du Rhin et plusieurs sondages avaient démontré qu'elles ne sont ni moins riches ni plus profondément situées.

Les premières concessions datent de 1860. Malheureusement, il faut traverser, avant d'atteindre la houille, des terrains si abondamment aquifères qu'on avait désespéré d'y réussir.

C'est seulement depuis qu'a été imaginée la solidification par la congélation des terrains aqueux et boulants qu'il a été possible de reprendre avec succès — mais avec quelles dépenses ! — le forage des puits de mine dans ce nouveau district. A mesure que l'on avance dans la masse préalablement congelée, on tube le puits avec un revêtement de tôle et l'étanchéité est assurée.

Les débuts de l'entïeprise Frédéric-Henri datent

âô 1.ES RESSOURCES

de 1907, mais ce n'est qu'en 1912 qu'elle a pu commencer à extraire du combustible.

Curieuse coïncidence : les deux puits jumeaux de la Compagnie ont été creusés exactement sur le lieu (Clostercamp) où pendant la guerre de . Sept ans le chevalier d'Assas lança son héroïque appel : « A moi, Auvergne, ce sont les ennemis ! » et fut transpercé par les baïonnettes prussiennes.

Ces deux puits ont "une profondeur d'environ 400 mètres et recoupent plusieurs couches de houille. L'épaisseur totale du gisement reconnu par les sondages dépasse 6 m. 5o, ce qui permet de compter sur plus de i3 millions de tonnes de charbon par kilomètre carré.

Le diamètre de ces puits est le plus grand qu'on ait jamais donné à une fosse d'extraction, 6 m. 10, de sorte que quatre cages de front, sur trois étages de wagonnets, peuvent monter et descendre simultanément, en deux jeux symétriques, à l'effrayante vitesse de 12 mètres par seconde. La descente ressemble à une chute dans le vide ; ei\ une demi-minute 6n est au fond du puits.

Dans les installations, tout est gigantesque. Les deux chevalements en fer qui surmontent les puits, semblables à de petites tours Eiffel, s'élèvent à 55 mètres de hauteur; le ventilateur aspirant qui aère la mine a 7 mètres de diamètre et débite 85oooo mètres cubes d'air à l'heure. Cet air entre par un des puits, circule dans les galeries, et ressort par l'autre.

Quatre machines, de 2000 chevaux chacune (deux seulement sont placées), font monter et descendre les es.

mtient une turbine à

•r les wagons au fond de la mine, plus un i url >resseur pour l'air destiné à mouvoir

niques d'avancement dans les galeries.

: manutentions de toutes sortes nsmise par des os ; elle est engendrée

pur une batterie de 36 chaudières, logées côte à côte dans un magnifique hall de i5o mètres de longueur. Dix-huit de ces générateurs, à foyer intérieur, sont chauffés au charbon et dix-huit aux gaz de fours à coke. La pression y est maintenue à 14 atmosphères. Les scories ou mâchefers sont reçus dans des wagonnets en sous-sol qui les transportent automatiquement jusqu'à un monte-charge spécial d'où ils sont redescendus dans les puits pour servir de remblais.

Entre les deux puits, distants de 100 mètres et à plusieurs centaines de mètres au delà, s'étend un énorme pont aérien à plusieurs étages, dans lequel circulent des transporteurs pour évacuer les charbons vers les voies ferrées et pour amener aux puits du sable de remblayage.

L'un des étages de ce pont forme un large couloir fermé, pour l'entrée et la sortie des ouvriers ; ce couloir est constamment chauffé pour éviter aux hommes des refroidissements quand ils quittent le travail.

La laverie et le classement des charbons exigent des bâtiments et des appareils énormes et un véritable fleuve d'eau, élevé par de puissantes pompes centrifuges. Tout est organisé pour éviter la poussière. Les boues de lavage sont entraînées par un torrent d'eau dans un canal qui débouche dans une série de 20 bas-

sins de décantation, de 800 mètres cubes chacun. Elles s'y déposent et sont reprises là pour la fabrication de \ coke ou de briquettes.

Les stériles de la mine sont emportés par d'autres transporteurs pour aller remblayer les 3oo hectares de terrain où la Société construit sa cité ouvrière.

Quand on a foré les puits, on a rencontré, à 5o mètres 8 de profondeur, c'est-à-dire bien au-dessus des bancs aquifères, une magnifique couche de sel gemme, la même qu'exploite à quelques kilomètres la Société Solvay pour alimenter une vaste soudière.

L'organisation des services d'exploitation se présente avec des raffinements de confortable inconnus chez nous. Les 5 000 mineurs, qui seront occupés là passent d'abord dans un hall d'attente chauffé, puis dans un hall plus imposant de 1 800 mètres carrés et d'une hauteur de 20 mètres ; là, chacun d'eux dispose d'un placard pour ses vêtements de ville et de travail. Tout autour, et aussi dans une galerie supérieure, s'ouvrent une profusion de cabines de bains et de douches dont ils font librement usage au retour du travail. Un compartiment spécial est réservé aux contremaîtres ou porions. Ici règne un véritable luxe ; ces porions ont pour eux seuls 38 cabines de bains.

De là, les hommes passent successivement à la lampisterie, large couloir où chacun reçoit sa lampe, et s'engagent sur le grand pont fermé qui les conduit au puits de descente.

Le magasin d'approvisionnement est logé dans un autre bâtiment de 3o mètres sur 3o et de 20 mètres de hauteur, avec un monte-charge et deux galeries supérieures. On y trouve concentré tout ce qui est néces-

Ll sous-sol ai

sairr au fonctionnement de l'exploitation; entre autres une rangée <lr hauts cylindres renfermant diverses huile ssage. Lorsque les mécaniciens viennent

s'y approvisionner avec leurs bidons, ils les tirent au robinet à des réservoirs constamment sous pression d'air, et un appareil mesureur note exactement la quantité qu'ils emportent. Aucun gaspillage ne saurait passer inaperçu.

L'ensemble de ces constructions industrielles s'étend sur une longueur exactement d'un kilomètre.

En face, de l'autre côté des puits, se dressent des batteries de 240 fours à coke et des ateliers de récupération des sous-produits : goudrons, huiles lourdes de houille, sels ammoniacaux et gaz combustibles ; et plus loin un immense réservoir, monté sur un pylône élevé de 40 mètres servant à l'alimentation des usines et de la ville en eau potable.

Les fours à coke (chaque batterie en compte quarante) sont horizontaux, à chargement et déchargement mécaniques; la machine enfourneuse qu'une dynamo fait mouvoir tout le long de chaque batterie est armée d'un piston et d'un bras qui sert à égaliser le charbon dans les cornues.

La condensation des gaz de houille se fait dans des appareils de modèle tout récent qui recueillent isolément le brai, le goudron, les huiles lourdes et les volatiles. Puis d'autres appareils distillatoires séparent le benzol, le toluol et le xylol. Cet atelier est une merveille d'aménagement ; le sol et les murs sont recouverts de carreaux de faïence polychromes qui les font ressembler à un hall d'honneur dans une exposition.

Un peu plus loin sont les appareils qui absorbent l'ammoniaque en l'unissant à l'acide sulfurique pour former des sulfates d'ammoniaque d'une remarquable blancheur.

Enfin, les gaz hydrocarbures non condensables sont conduits par d'énormes tuyaux, partie pour chauffer les fours à coke, partie pour chauffer la batterie des dix-huit chaudières.

L'utilisation si avantageuse des sous-produits de la houille, goudrons et leur dérivés, huiles lourdes, ammoniaque et gaz combustibles, commence à faire envisager comme une barbarie la combustion de la houille brute. On calcule déjà combien serait immense l'avantage de les prélever sur la plus grande partie du charbon extrait de la terre avant de le livrer à l'industrie ou aux usages domestiques sous forme de coke. Les grands charbonnages allemands s'orientent résolument dans cette voie; c'est pourquoi ils augmentent d'année en année leurs usines de distillation, c'est-à-dire la séparation entre les parties fixes et les parties volatiles de la houille. Les gaz qui leur restent en dernière analyse sont utilisés dans des moteurs qui actionnent des dynamos et vont porter de l'énergie à des distances parfois de centaines de kilomètres. La diffusion actuellement si rapide des moteurs Diesel et les quantités d'huile lourde de pétrole ou de houille qui leur seront nécessaires, ne peuvent que donner une application grandissante à ces conceptions.

L'exploitation houillère de Frédéric-Henri à Lintfort ayant été créée de toutes pièces dans un village, distant de 9 à 10 kilomètres d'une des lignes ferrées qui vont d'Allemagne en Hollande, et à une quinzaine

L» 10US-SOL t5

de kilomtMros da Rhin, i! a fallu non nt lui

:idrc une ferrée particuli

bâtir une ville. I il là, il y a quatre

lisons, et il fut nécessaire de pourvoir au ment du personnel ouvrier et technique qui s'accroît à mesure que les galeries s'allongent sous le sol. La Compagnie a donc tracé et bâti une colonie url sur les terrains qui lui appartiennent ; elle a actuellement édifié i 56o logements dans plus de 600 maisons, chacune isolée et pourvue d'un petit jardin. Une très grande diversité règne dans leur 'construction, et l'aspect de ces rues agrémentées de squares, d'écoles, d'églises, est des plus riants.

Dès à présent, 6000 personnes les occupent, sans compter les fournisseurs de toutes sortes, en nombre presque égal, qui ont construit chacun sa demeure et sa boutique en dehors de la colonie industrielle.

Qn prévoit avant peu une agglomération de 20O0O habitants, car le nombre de travailleurs de la mine atteindra 5 000. La Compagnie continue à construire chaque mois trente maisons à deux ou trois logements. C'est l'éclosion exubérante d'une ville à l'américaine.

Bien peu de ces ouvriers sont Allemands ; on trouve là un mélange de Polonais, de Hongrois, de Belges, de Hollandais, d'Italiens, de Suisses. Dans l'étatmajor technique et commercial, le conseil a eu le souci -de faire entrer plusieurs Alsaciens, parmi lesquels M. le Directeur Spaeth.

Déjà la Société, dont le conseil d'administration se compose de dix Français et de trois Allemands et dont le président et le vice-président sont M. de Mont-

s6 LES RESSOURCES

planet, président de la Société de crédit industriel et commercial et M. Jean Bonnardel de Lyon a dépensé, en cinq ans, dans cet ensemble d'installations une somme de 34 millions de francs. Mais elle est assurée d'une production annnelle de plus de 1 600 000 tonnes. Qu'on se représente ces deux puits rejetant au jour une masse de houille égale à la moitié de tout ce qu» produit le bassin de la Loire!

Ici cela ne représentera que 1 1/2 p. 100 de toute la production rhénane.

Et si quelqu'un s'étonne que des capitalistes français, généralement parcimonieux dans les affaires industrielles de notre pays, se soient lancés ici dans des dépenses formidables d'où les somptuaires ne sont pas exclues, on peut répondre que c'est une démonstration de plus que l'exemple est contagieux. Ils ont voulu rivaliser avec les grands industriels du Rheinland, ils ont même tenu à les dépasser.

Quoi qu'il en soit, une telle visite, agrémentée d'un accueil cordial, serait pour nos jeunes ingénieurs des mines le plus profitable des enseignements.

La vente des charbons de Westphalie est, pour la plus grande partie, contrôlée par le syndicat rhénanwestphalien dont le siège est à Essen; le nombre des dissidents ne dépasse guère 10 p. 100.

Il fut fondé en 1893 sous forme de société par actions, dont les actionnaires sont les sociétés de charbonnages adhérentes. Son but est la suppression de concurrences fâcheuses pour tous. Le premier contrat, finissant en 1898, fut prolongé avec quelques modifications jusqu'en içoS. En iqo3, le syndicat

Page 1