‹ Les derniers ValoisChapitre 10 sur 47 · EL · texte numérisé non relu

EL

car c'est affaire à ses historiens. Brantônle signale, sans les décrire, « ses belles et riches « parures, soit à la françoise ou à l'espaignole, « ou avecque le bonnet à l'italienne», uniquement pour affirmer qu'elle était toujours superrieure en grâce et en beauté à toutes les femmes. Je n'insisterai pas ; quant à François II, les comptes de son argentier (Arch. nat. k. k. 126) prouvent qu'il ne regardait pas à la dépense et qu'il était royalement bien habillé. J'y relève un « manteau à la Reître » en drap noir avec un petit collet tout chamarré de menu passement, et un autre en treillis noir d'Allemagne, doublé de même, pour lequel on avait employé dix aunes d'étoffe. Le manteau à la Reître était un vêtement en forme de cloche et descendant jusqu'à mi-jambe, vêtement pour monter à cheval, pour voyager, dont les femmes faisaient aussi bien usage que les hommes. Les reîtres ou cavaliers allemands, amenés en 1555 par le comte palatin du Rhin, en portaient sur leurs armures pour se préserver de la pluie. Ils avaient mis cela à la mode sans s'en douter.

On trouve dans ces comptes des « saultz-enbarque » (les vestons du matin portent encore le même nom), vêtements nouvellement usités, avec un petit collet, ouverts par devant ou sur le côté, et bien courts, puisqu'on y employait qu'une aune un tiers d'étoffe. Il y en a deux en estamet noir de Milan, doublés de velours avec bandes de velours, des boutons à longue queue

et le petit collet en treillis noir d'Allemagne. Il y a un « gaban » (aujourd'hui caban) doublé de damas blanc : des « collets », juste au corps collant avec ou sans manches, boutonné par devant, que Ton endossait par dessus le pourpoint. Il y en a un en velours noir, bordé d'une bande de velours et orné de trois bandes de velours piquées, devant et derrière ; il y en a deux en maroquin noir d'Espagne très fin, et deux en maroquin plus épais et à manches.

Le roi fait faire quatre costumes complets, chacun d'une seule nuance et de même travail : l'un se compose du pourpoint de satin rouge cramoisi, bouillonné de taftetas rouge, deshautsde-chausses de velours rouge, bordés, bouillonnes et chamarrés de satin cramoisi, et des bas-de-chausses en serge rouge ; le second est en satin violet cramoisi, avec les hauts-dechausses de même, en velours pour le haut, en serge pour le bas; le troisième est en satin, velours et serge jaune paille; le quatrième en satin, velours et serge grise : chacun de ces costumes était accompagné des souliers, du ceinturon d'épée, de l'escarcelle, des fourreaux de Tépée et de la dague en velours de même nuance. On lui fournit encore trois pourpoints en satin noir de Gênes, doublés de boucassin, puis de taffetas blanc dont deux « à manches coupées » et un bouillonné de taffetas noir : et, pour aller avec, des hauts-de-chausses en serge noire de Florence, bordés et chamarrés

Kfc*L

de velours noir, avec des bas-de-chausses en treillis noir d'Allemagne, pour mettre sous ses bottes quand il monte à cheVal. Si, au contraire, c'est pour marcher, les hauts-de-chausses sont en velours noir, bordés, chamarrés et bouillonnes de satin noir, avec des bas-dechausses en serge noire de Florence, doublés de serge blanche. Ces costumes sévères sont complétés par une saye en velours noir, bordée et chamarrée de velours pareil (neuf aunes pour la saye et trois aunes pour les ornements) ; par des souliers à l'espagnole, un cha peau , un ceinturon d epée et une escarcelle, le tout en velours noir.

De là il faut tirer cette conclusion que, pour monter à cheval, à cette époque de suprême élégance, on avait le bon goût de choisir des vêtements d'une nuance sombre et des effets solides et d'un prix modéré. Ce que faisait le Roi, toute la noblesse du royaume devait le faire.

Le jour de Pâques 1560, qui tomba le 14 avril, le roi portait un pourpoint, une robe et un collet en velours noir, garni de 90 aunes de passement d'or et d'argent, large de trois doigts, et de 180 aunes de bisette d'or et d'argent, dentelée des deux côtés pour accoster le passement a droite et à gauche : sur le pourpoint et sur le collet, il y avait 20 aunes de passement d'or à bouillons. Le haut-de-chausses était en velours blanc et les bas de chausses en serge blanche de Florence.

Dans ces comptes, aussi curieux qu'instruc-

tifs, il faut relever encore des bonnets de nuit en satin noir de Gênes, des chapeaux de velours noir piqué de soieT des chausses à l'espagnole en velours noir bordées et chamarrées de satin noir de Gênes, en satin noir bordées et chamarrées de velours, en serge noire de Florence bordées et chamarrées de velours et toujours avec les bas-de-chausses ëh serge noire ; des « chaussettes » en toile de lin chamarrées de passement blanc et noir pour mettre sous les bottes afin de ne pas salir ni graisser les bas-dechausses. La lingëre du roi fournit douze chemises « à collet droit, ouvrées fort riche, ouvrage « de Florence, point de Flandre », et douze chemises « de jour à collet renversé, ouvrées de point de Florence, fort riches » ; il y avait entre les unes et les autres cette distinction que quand le collet est renversé ou rabattu, il est uni ainsi que les poignets, sauf les broderies et les perles ; quand le collet est droit, le collet et les poignets sont froncés. Le gantier fournit des gants de chamois double, des gants de « cabron chamarrés à la reistre, doublés d'un petit chevrotin », des gants de chamois « fort longs sur les bras, passementez de menus passements ». Le chaussetier, qui a fourni les basde-chausses de tous les costumes, fournit de plus une paire de « soubre-chausses » de serge noire avec ceinture en ruban de soie noire que, dans les temps froids, le Roi mettait sous ses chausses. Le chapelier fournit tous les cein-

turons d'épée avec leurs pendants, les toques et chapeaux de velours, plus trois feutres Ans d'Espagne, doublés en dedans « et sous le rabat » en velours et avec « deux oreilles de velours » et entourés de cordons de fine soie à petits glands. Le cordonnier fournit des bottes en vache grasse, des bottes de vache « façon de Lyon » doublées de maroquin, des souliers de maroquin blanc d'Espagne, des souliers à hauts quartiers, bordés de velours, des bottines « à picquer devant » (pour monter à cheval) en maroquin d'Espagne, des bottines de « peau de Rome, veloutées, piquées de soie », des « bottes seiches » doublées de maroquin, ou bottes que Ton ne graisse pas, des bottines blanches fermant à boutons ; des bottes de vache « renversées fort grandes », des bottines de vache « renversées » et enfin des pantoufles en velours noir.

Si le règne de ce roi d'une année s'était prolongé, il est permis de prédire qu'il aurait été une providence pour ses fournisseurs. Dans ces recherches de costume, ne faut-il pas reconnaître l'influence de la jeune et élégante Marie Stuart ?

J'ai dit que le costume, à l'époque de Henri II et de François II, était identique. Ce n'est donc pas m'écarter de mon sujet que d'emprunter aux Commentaires de Biaise de Montluc (1)

(1) Les Montluc étaient une branche de la famille de Montcsquiou. Montluc menait de front la guerre et la galanterie, car ceci se passait précisément pendant qu'il défendait Sienne contre les Impériaux ; il ne rendit la ville qu'à la

la description d'un ajustement des plus galants qu'il endossa en Italie, à Sienne, en 1555, alors que, quoique âgé de 55 ans, il y avait sous jeu quelque galanterie avec une belle italienne. C'est a proprement parler le costume d'un courtisan de l'époque de François II : « Je me fis « bailler (donner) des chausses de velours era- « moisy, couvertes de passement d'or et fort des- « coupées et bien faites, car au temps que jô les u avois fait faire , j'estais fort amoureux. Je prins « le pourpoint tout de môme (tout pareil), une « chemise ouvrée de soye cramoisie et de filet « d'or bien riche ; puis prins un collet de buffli* « et me fis mettre le hausse-col de mes armes « (le coltetin de son armure) qui estoient bien « dorés. En ce temps je portais gris et blanc, « pour l'amour d'une dame de qui j'étais le ser- « viteur lorsque j'avais le loisir ; et avois encore « un chapeau de soie grise faist à l'allemande, « avec un grand cordon d'argent et des plumes <( d'aigrette bien argentées. Puis me vestis un « casaquin de velours qui était garni de petites « tresses d'argent à deux petits doigts l'un de « l'autre et doublé de toile d'argent, tout des- « coupé entre les tresses, lequel je portais en <( Piémont sur les armes ».

dernière extrémité après un siège mémorable, en avril 1555. Quinze ans après, en J570, au siège de Rabasteins, qu'il prit et fit brûler, Montluc reçut au visage une arquebusade qui le défigura tellement que les belles dames de Sienne n'auraient jamais pu le reconnaître, car il porta depuis lors un masque jusqu'à sa mort, arrivée en 1577.

ÉLm

■ '«rç

Les Armes de François II

Du costume civil de François II il est tout naturel de passer à son costume militaire, à ses armes.

Les comptes de l'argentier (Arch. nat. K. K. 126) relatent que, pendant la durée de son règne, François II acheta d'abord cinq épées avec leurs dagues pour accompagner checun des cinq riches costumes décrits dans le précédent chapitre : les ceinturons et les fourreaux étaient assortis aux couleurs de chacun de ces costumes. Pour les costumes noirs, il y avait une épée et une dague à gardes noires, en fer noirci, les fourreaux en velours noir avec ceinturon et les pendants d'épée en velours noir, à boucles et ferrures noires, et 24 boutons en fer noir appliqués sur le ceinturon. Pour le costume en satin et velours rouge, une épée et une dague dont les gardes représentaient des personnages en damasquinures d'or et d'argent, les fourreaux et le ceinturon en velours rouge avec les boucles et ferrures pareilles. Pour le costume en satin de velours jaune paille, une épée et une dague damasquinée d'or, les four-

Page 1