LES ARMES DE FRANÇOIS II
reaux en velours jaune et le ceinturon de même, avec une escarcelle pareille, garnie de douze boutons d'or fin à petites houppes de même, bordée d'un galon d'or et les ferrures et boucles damasquinées d'or. Pour le costume en satin violet cramoisi, une épée et une dague damasquinées d'or et d'argent à la Moresque, avec les fourreaux, le ceinturon et ses pendants en velours violet. Enfin une autre épée et la dague, les gardes brunies, à quittons et à pommeaux terminés en olives, avec un ceinturon en velours noir à ferrures brunies. Le Roi mettait celleci « pour aller à l'Assemblée » (1).
Remarquons, en passant, que les comptes donnent un démenti à ce que j'ai allégué plus haut, à savoir que l'escarcelle tendait à remplacer la dague à la ceinture. Toutes les épées sont munies de leurs dagues et l'escarcelle se porle par surcroît.
Pour le chapitre des armes on trouve encore la fourniture de deux ceintures de buffle, piquées de soie, à deux pendants et garnies de « belles ferrures à crosse vernies claires » pour porter à la chasse ; une paire de manches de mailles très fines pour mettre à un haubergeon
(i) Par cette expression, qui revient assez fréquemment dans les comptes royaux, à oropos de costumes et d'armes simples, il faut entendre qu' « aller à rassemblée » cela signifiait monter à cheval pour quelque expédition, quelque voyage ou quelque chasse. Pourquoi, s'il en était autrement, les vêtements seraient-ils toujours simples, de nuances foncées et les armes unies ?
de mailles que le « sommelier d'armes » (c'est le titre que portait l'armurier du roi) avait dû faire rélargir de quatre rangées de mailles de chaque côté et garnir sur le bord, d'un satin rouge.
Il me reste, quoique les comptes de l'Argentier n'en fassent pas mention, à parler de l'armure de François II, dont l'authenticité n'est pas douteuse, puisqu'avant d'être placée au Musée des Souverains et finalement transférée au Musée d'Artillerie, elle était conservée dans le garde-meuble de la Couronne. Vu le peu d'épaisseur du métal et la légèreté de l«nsemble, c'est un harnais de parade plutôt qu'un harnais de guerre, et il est certainement sorti des mains du même armurier qui fabriqua les deux armures de Charles IX et de Henri III, placées à côté d'elle. Cette armure se compose de l'armet à double visière et à haute crête, du colletin articulé, de la cuirasse conforme au pourpoint du costume civil, des brassards complets avec les grandes épaulières arrondies et symétriques, des gantelets et des courtes tassettes presque carrées, couvrant seulement un peu plus bas que les bouffants des hauts-dechausses, c'est-à-dire jusqu'aux deux tiers de la cuisse, descendant jusqu'à un travers demain au-dessus du genou. La botte longue, en vache grasse, tenait lieu des cuissards, des grèves et des pédieux que ne portaient plus guère que les hommes d'armes des compagnies d'ordon-
nance ou les gentilshommes qui n'approchaient pas la cour. L'armure montée mesure 1 m. 30 du sommet de l'armet à l'extrémité inférieure des tassettes ; or, en supposant un homme de 1 m. 75 chez lequel, du sommet de la tête jusqu'au bas des cuisses, on compte 1 m. 49, il faut en conclure que François II mesurait de la tête aux pieds 1 m. 87.
Cette armure est de fer battu, ciselée et entièrement dorée. L'ornement consiste en un quadrillé serré qui remplit tous les fonds, et des. bordures de rinceaux entourant foutes les pièces. Sur le haut du plastron de la cuirasse, on remarque le portrait , en buste, du roi, en costume civil et coiffé d'une toque; au-dessous le croissant , emblème de Henri II, et la salamandre couronnée, emblème de son aïeul, François Ier, qui avait aussi été son parrain.
C'est le seul objet authentique qui nous reste du roi François II (1).
(1) Les comptes royaux (argenterie du Roi, 1560, livre 52, Arch. nat., KK, 156;, mentionnent ceci : « Pour deux curedens d'argent ung estuii (étui) aussi d'argent, tout taillé de moresque (dans le style moresque) avec des F couronnés. . . façon de cure-dens et cure-oreilles, ensemble l'estuil aussi d'argent, tout taillé d'espagne, à la moresque (c'est-à-dire à fonds champlevés ou hachés pour faire mieux ressortir les sujets gravés), des lettres de F couronnés, le tout meslé. . . Façon d'un estuii d'or garni d'ung cure-dens et ung cure-oreilles, enrichy de couronnes émaillées de rouge et blanc... »
L'Infanterie françai&e.
L'armure de parade de ce jeune prince, qui n'eut jamais l'occasion d'endosser l'armure de guerre, sert de transition pour parler de l'organisation de l'armée, ou pour s'exprimer plus exactement , pour faire connaître le sentiment des ambassadeurs vénitiens sur notre armée. Us sont , en vérité, assez contradictoires. S'agit-il des généraux , voici ce que dit Jean Correr, à la date de 1569 : « Parmi cette no- « blesse et parmi les princes, à vrai dire, il
* n'y a personne qui mérite le nom de grand « capitaine, à qui on puisse confier une armée «• avec l'espoir d'en tirer de bons résultats.
* Il y en a pourtant beaucoup qui se croient «- importants, qui ne veulent pas céder les uns
* aux autres, et ces rivalités ont causé un grand » préjudice à la couronne. » Marc-Antoine B&rbaro, qui écrit en 1563, à l'instar de Brantôme qui répand à pleines mains l'éloge sur tous les hommes de guerre, dit : « Quant aux « généraux, on peut dire avec raison que le « roi de France en a toujours eu d'excellents. » Il y a aujourd'hui le roi de Navarre, le conné-
l'infanterie française Sa
« table, auxquels un Français et je dirai même « un Italien ne saurait en remontrer dans Fart « de la guerre (1) : M. de Guise, homme incombe parable dans ce qui est du conseil, de Fex- « périence et de la bravoure; l'amiral, un « modèle de vaillance ; Brisssac et Saint-André, « (TAumale très populaire dans l'armée, et bien c d'autres encore. »
Pour l'infanterie, Marc- Antoine Barbaro (1563) rapporte qu'elle est, « en grande partie, * composée de Gascons, hommes bien disci- « plinés et aguerris, dont le nombre peut « s'élever à 8,000 environ. Pour le reste, ce « sont principalement des Allemands et des « Suisses. » Déjà, en 1511, Machiavel avait dit :
(1) On est vraiment tenté de se demander si le Vénitien ne raillait pas et n'avait pas pour objet d'amener le sourire sur les lèvres des graves sénateurs du gouvernement. Le connétable de Montmorency, sous sa brusquerie, sa brutalité même, cachait un esprit distingué et surtout une ambition effrénée. Mais son incapacité militaire était formellemeut établie. S'il fut fait prisonnier aux batailles de Pavie, de Saint-Quentin et de Dreux, s'il fut tué à la bataille de Saint- Denis, à un âge assez avancé pour qu'il ait pu lui servir d'excuse à ne plus revêtir l'armure, cela prouve seulement en faveur de sa bravoure. Gomme général, il se fit battre le 29 avril 1522 en Italie, à la Bicoque, ce qui nous fit perdre le Milanais, mais ce qui ne l'empêcha pas d'être élevé, la même année, à la dignité de maréchal de France ; il fut l'unique cause de la défaite terrible de Saint-Quentin, le 10 août 1557; en 1553, il avait laissé prendre aux Impériaux Thérouanne etHesdin. Eufln, il ne put gagner les deux batailles de Dreux et de Saint-Denis, où son armée fut victorieuse, puisqu'il fut pris dans l'une et tué dans l'autre. On peut en dire autant du maréchal de Saint-André, perdu de dettes et fort décrié pour ses mœurs à qui le champ des intrigues était plus familier que le champ de bataille.
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o4 L INFANTERIE
« Les Gascons valent un peu mieux que les « autres; cela tient à leur voisinage de l'Es- « pagne dont ils empruntent les mœurs et le « caractère. Ils m'ont toujours fait l'effet, « quand je les ai vus, de brigands plutôt que « de soldats. Le Roi emploie de préférence les « Suisses et les lansquenets, parce que les « hommes d'armes n'ont pas confiance dans « les Gascons. Si l'infanterie valait les hommes « d'armes, cette puissance serait en état de « tenir tète à tous les princes de l'Europe. »
L'infanterie allemande était la plus estimée par le Roi qui l'employait de préférence à tout autre. Dès 1540, Marino Cavalli le constate. Puis venait l'infanterie suisse, dont Jean Correr dit, en 1569, que « les Suisses sont pensionnaires du Roi et que celui-ci peut dire que c'est de l'argent bien employé ». Restaient les Italiens; mais, quoique Italien lui-même, Marino Cavalli ne les ménage guères. « Pour les Italiens, le « Roi a acquis l'expérience, ainsi que les autres « princes, que l'avarice et la lâcheté des chefs « en ont fait une milice bien plus nuisible « qu'utile. Aussi les chefs italiens qui servent « la France ne sont-ils que des ingénieurs ou « des architectes (1) ; ou bien, s'il y a des capi- « taines, ils n'ont pas de soldats à leur suite.
(1) îl faut pourtant leur rendre cette justice que, au cours des guerres de religion, plusieurs ingénieurs italiens, employés à l'attaque et à la défense des places, surent mourir en gens de cœur, les armes à la main.
« La faute de ce désordre en est tout aux capi- « laines qui, pour gagner davantage, promet- « taient le double des troupes qu'ils avaient à « leur suite. Pour remplir les rangs, ils étaient « forcés d'enrôler les gens les plus vils; en- « suite, afin de rendre leurs profits plus forts, «* ils volaient aux soldats une partie des sa- « laires promis; or ceux-ci, n'étant pas payés, « désertaient leurs postes» négligeaient leurs <t devoirs, pillaient et ruinaient les citoyens « qu'ils auraient dû défendre, et commettaient « toutes sortes d'excès »,
Le tableau n'est pas flatteur; mais il faut dire, à la décharge des Italiens, que tous les gens de guerre vivaient en France , pendant les guerres de religion , comme en pays conquis. Les reltres allemands étaient les plus grands pillards du monde , et les compagnies des ordonnances elles-mêmes, quoique composées de gentilshommes, ne se faisaient pas faute de se comporter en France, comme elles l'auraient fait en pays étranger. A la fin de ces guerres, l'infanterie commença à se recruter dans le peuple, et on eut alors une excellente infanterie. Ce résultat était appréciable dès 1575; c'est Jean Michieli qui le constate : « La longue durée « des guerres civiles a appris le métier des « armes aux paysans; aujourd'hui ils sont tous « bien armés, aguerris et exercés comme des « vétérans; ils sont excellents arquebusiers. » Un autre témoin , Jérôme Lippomano , dit en
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1578 : « L'infanterie est très bien disciplinée, « d'abord parce qu'elle est sous les ordres d'un « homme d'épée et de tête, Philippe Strozzi, « qui en est colonel général, ensuite parce quef « depuis plusieurs années, elle est dans un con- .« tinuel exercice. »
Brantôme porte sur Philippe Strozzi un jugement non moins favorable que l'ambassadeur vénitien : « Colonel général de l'infanterie fran- * « çaise de 1569 à 1581, il fit de cette troupe « non-seulement la plus disciplinée et la mieux « exercée, mais aussi la mieux équipée, car sa « sollicitude s'étendait jusqu'aux moindres « détails. Jusqu'à lui , les soldats s'étaient tou- « jours fournis à Milan de corselets (ou cui- « rasses) et de morions à bandes gravées et « souvent dorées. Pour les dispenser d'en faire « venir d'aussi loin, Strozzi avait appelé à Paris « un marchand milanais, nommé Negro, qui « vendait les morions gravés et dorés à raison « de 14 écus (140 francs) pièce. Les armuriers « français s'étant plaint de cette concurrence, ic Strozzi répondit qu'il en agissait ainsi parce « que les armuriers français « ne vuidoient « pas si bien les morions et faisaient la crête « par trop haute. » Strozzi estimant ensuite que les prix de Négro étaient trop élevés, il découvrit à Paris un doreur qui dorait à « or desmoulu » mieux et plus solidement qu'à Milan. On lui portait les morions tout gravés, il les dorait et on les vendait aux soldats huit
à neuf : écos (80 à 90 francs). Gela finit' par de^ venir si commun qu'à une revue de 40,000 hommes que le duc d'Anjou passa auprès de Troyes, il y avait environ 10,000 hommes revêtus d'armes gravées et dorées.
Ce fut encore à son colonel-général que l'infanterie fut redevable de l'arquebuse perfectionnée. Avant lui, on ne se servait que de « meschans petits canons, mal montés, qu'on « appeloit à la Lucquoise, en forme d'une esce paule de mouton, et le flasque (poudrière) «c qu'on appeloit ainsy, estoit de mesme, voire « pis, comme de quelque cuyr bouilly ou de « corne ». On s'était accommodé ensuite des canons forgés à Pignerol qui étaient « un peu renforcés » mais si longs et de si petit calibre qu'on ne put s'en servir longtemps et qu'on ne les employait plus que pour la chasse. Les premières arquebuses montées de canons de Milan parurent à Strozzi pêcher en même temps par le peu de solidité du canon, par la petitesse du calibre et par l'insuffisance de la charge. Il fit forger à Milan un certain nombre de canons d'un plus fort calibre, d'une plus grande épaisseur, et capables, par conséquent, de supporter une plus forte charge, et il prouva un jour, en atteignant un mannequin à 400 pas, qu'il venait de doter l'infanterie d'une arme excellente. On se mit sur ces modèles à fabriquer des canons d'arquebuse et de pistolet à Metz et à Abbevifle, et des poudrières et des amorçoirs à Blangy
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(Seine-Inférieure) qui égalaient ceux que fournissait FItalie. C'est encore également à Strozzi que Ton fut redevable de l'introduction du mousquet dans l'armée, arme si longue, si lourde à son début qu'aucun soldat ne voulait s'en charger et que Strozzi sut faire accepter en la réduisant à des proportions plus maniables.
L'artillerie, qui ne décidait pas comme aujourd'hui du sort des batailles « était en très v bon état, dit Marino Giustiniani, et de divers « calibres. J'ai vu des pièces récemment faites « à Paris, parmi lesquelles il y avait cent ea- « nons et couleuvrines doubles, d'un métal « plus ductile et moins cassant quB le nôtre. « Les Français mettent moins de bronze, ce qui « rend la dépense moins forte et les transports « plus faciles. « Marc-Antoine Barbaro dit, à son tour : « Pour ce qui est des munitions, la « France a de l'artillerie, des armes et de la « poudre en quantité. » Une ordonnance de décembre 1552 avait réduit toutes les pièces de l'artillerie à six bouches à feu définies et de dimensions déterminées avec autant de précision que le comportait l'état de l'industrie du temps. Ces six bouches à feu, dénommées les six calibres de France, étaient le canon (le projectile pesait 33 livres 4 onces à 34 livres), la grande couleuvrine (poids du projectile : 15 livres, 2 onces à 15 livres 4 onces), la couleuvrine bâtarde (poids du projectile : 9 livres 2 onces),
la couleuvrine. majeure (poids du projectile : 2 livres), le faucon (poids du projectile : 1 livre 1 once), le fauconneau (poids du projectile : 14 onces). Il y avait enfin la grande arquebuse à croc qui pesait 33 kilos, avec un canon long de 3 pieds. Le bronze des bouches à feu était formé de 100 parties de cuivre et 10 d'étain.
C'est aussi h cette époque que fut créé le train d'artillerie. Vingt capitaines des chevaux du train devaient fournir deux cents chevaux, cinquante charretiers et vingt-cinq charrettes. Le grand-maître de l'artillerie, Jean d'Estrées (1), qui prit ses fonctions en 1550 et les quitta en 1567, attacha son nom à la nouvelle organisation. Les guerres de religion interrompirent brusquement ce mouvement remarquable. Les ordonnances de Henri II furent négligées, et comme chaque ville, chaque seigneur s'était mis à fabriquer une artillerie à son usage, Charles IX, à la paix de 1572, rendit une ordonnance, datée de Blois, pour revendiquer les droits de la couronne, qui, seule, pouvait fabriquer la poudre et les canons.
(1) Né en 1486, mort le 13 octobre 1571. Il fut remplacé par Jean Babou, seigneur de La Bourdaisière.
La Cavalerie française.
Arrivons maintenant à la cavalerie, qui était la partie essentielle et vraiment nationale de l'armée, de même que les compagnies d'hommes d'armes des ordonnances, spécialité française, étaient le noyau, le cœur même de l'armée et du pays. Avant d'entrer dans quelques développements sur cette institution célèbre, il faut énumérer les différentes troupes à cheval et donner le détail de leur équipement.
Il y avait d'abord les arquebusiers à cheval, armés d'un morion, d'un corselet (cuirasse sans tassettes ni cuissards), de manches et de gants de mailles, d'une épée, d'une masse d'armes accrochée à l'arçon gauche de la selle, et d'une arquebuse, appelée aussi escopette, à mèche ou à rouet, légère, longue de trois pieds, suspendue dans un fourreau de cuir bouilli au côté droit de la selle. (De Rabutin; Guerres de Belgique, et Guillaume du Bellay, Discipline mililaire). Il y avait ensuite lesEstradiots, cavalerie légère, surtout composée d'Albanais, dont on avait commencé à se servir sous le règne de François Ier. Leur équipement consistait en une bourgui-