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LES FINANCE 8, LE BUDGET ET LE8 MONNAIES

« lors un nombre effréné parmi tout le royaume « de France, et que mesme on disoit estre « forgés en France, à 4 livres 15 sous, qui « n'estoient toutefois que d'or d'escu et ne pe- « soient que deux grains plus que l'escu so- « leil. »

La France et Paris.

Après avoir parlé des finances, il convient de parler de la France. Au xvi° siècle, on compte des historiens qui sont parfois de braves capitaines, mais on ne rencontre guère de voyageurs français en France. C'est ici que les ambassadeurs vénitiens sont d'un grand secours, car non-seulement ils connaissaient bien Paris où était leur principale résidence, mais ils traversaient deux fois la France pour remplir l'objet de leur mission, et ils suivaient la Cour dans ses fréquents voyages et déplacements.

« La France est très habitée. D'après le dé- « nombrement fait par certains Génois qui vou- « laient établir l'imposition sur les dotz, on « peut y compter environ 15 à 16 millions « d'habitants. Quoique l'Italie soit estimée « comme l'un des plus beaux pays du monde, « il faut avouer que la France la surpasse par « les avantages naturels... Le pays de France « est plus richement doué, les sites y sont plus « agréables, et le sol est si fertile que non- « seulement il produit en abondance pour la

« consommation des habitants, mais pour l'u- « sage des étrangers. » ^Correr, 1567.) Lippomano n'est pas moins affirmatif : « Le royaume « de France est le plus beau et le plus grand « de l'Europe, et peut-être aussi le plus riche. » Il est de tous les ambassadeurs vénitiens qui se sont succédés sous les règnes des fils de Henri II , celui qui a le mieux étudié la constitution physique du pays. « Ce grand « royaume est composé de douze provinces, « au centre des quelles est placée l'Ile-de-France > « dont tout le pays prend le nom et qui est « comme le cœur de ce grand corps. La France « abonde en rivières fort commodes pour la « guerre et pour le transport des vivres. Elles « sont toutes navigables et peu éloignées les « unes des autres. Elles arrosent tout le pays, « qui a d'ailleurs plusieurs côtes baignées par « la mer. La pente du territoire est si douce « et les fleuves sont si tranquilles dans leurs « cours de deux à trois cents lieues, qu'ils sont « presque toujours navigables, même en les « remontant, ce qui est très commode pour les « gens du pays et pour les étrangers qui ap- « portent leurs marchandises et exportent « celles du Royaume. La France a peu de lacs, « mais aussi elle n'en a guère besoin ; les « fleuves et la mer lui en tiennent lieu. Le v climat est fort tempéré. Il n'y fait pas trop « froid en hiver, pas trop chaud en été, si ce « n'est par accident. Aussi les habitants y au-

« raient-ils une très longue vie, s'ils ne se rui- « naient pas l'estomac en mangeant trop, m comme font les Allemands, et en buvant « trop, comme font les Polonais.*. La France

* est riche en grandes villes,». Les maisons,

* pour la plupart, sont faites avec du bois et « du mortier. Toutefois, on commence à bâtir ■t avec une certaine pierre très facile à tailler u et à mettre en œuvre, mais qui, après la « construction, devient aussi dure et aussi « résistante que la pierre d'Istrie, Les Français « s attachent plus à la commodité qu'à la granit deur dans leurs maisons, et en cela ils « montrent plus de jugement que les Italiens. « Us ont l'habitude de couvrir les murailles de

* nattes de paille qui rendent les chambres « plus chaudes l'hiver et plus fraîches en été, « On ne voit guère de palais dans les villes, « parce qu'elles ne sont habitées que par des « marchands, des bourgeois et des hommes de « robe, plus soucieux d'amasser de l'argent « que de le dépenser en beaux bâtiments. »

Pour avoir un croquis des richesses physiques de la France d'alors, il faut s'adresser à Jean Michieli, qui avait été désigné avec André Badoaro, en qualité d'ambassadeurs extraordinaires, pour venir complimenter Henri III à l'occasion de son couronnement et de son mariage.

Le blé et le vin sont les produits que le sol fournit avec le plus d'abondance. On exporte

le blé en Espagne, en Pologne, en Angleterre, quelquefois même en Suisse et à Gênes. Le vin « quoique les Français l'aiment bien » va en Angleterre, en Ecosse, en Flandre, dans le Luxembourg, en Lorraine et en Suisse ; «c on retire par an de sa vente un million et demi d'écus et on le vend plus cher que ceux d'Espagne et* de Chypre ». La viande de toute espèce, le poisson frais et salé y sont en abondance, « Les laines ordinaires n'y manquaient « pas ; quant aux draps fins, on les fabrique « avec les laines anglaises et espagnoles. Il est « vrai que la Normandie et la Picardie donnent <( une espèce de laine un peu plus fine, qui « sert pour certains draps et pour un, entre « autres, qu'on appelle camelot ». La toile est aussi un objet d'exportation en Angleterre, en* Espagne, en Italie et dans les paysbarbaresques: il y en a de toutes qualités, mais la meilleure ' n'approche pourtant pas la célèbre toile hollandaise. Il y a en abondance du bois à brûler et du bois de construction, car un sixième de la France est couvert de forêts « et cependant le bois coûte deux fois plus cher qu'à Venise ». L'ambassadeur l'explique par ce fait que presque toutes les forêts appartiennent au Roi, qui autorise la coupe et la vente des bois « comme il lui plaît ». En fait de mines, la France na que des mines de fer (1). Elle tire l'or d'Espagne

(1) Pourtant cette affirmation peut être contredite par les lettres -patentes de Fontainebleau, 29 juillet 1500, qui

et du Portugal et donne ses draps en échange. * Elle le tire non pas brut, mais frappé en doublons et en ducats dont elle fait ses écus », L'argent, le cuivre et Fétain viennent d'Allemagne; une autre partie d'étain et de plomb vient d'Angleterre. L'Allemagne et les Pays-Bas fournissent les chevaux de guerre et les chevaux d'attelage- La Bretagne seule fournit quelques haquenées. te Partout ailleurs, ce sont des bidets » sans valeur. »

Les épiées ne viennent plus d* An vers, mais de Portugal. *< Leur introduction a été récemment affermée a. Le Portugal envoie aussi le sucre et les conGlures, le Portugal et l'Espagne fournissent des fruits* le raisin sec, les oranges, les citrons, les olives et les amandes, ainsi que des huiles pour de très fortes sommes, quoique le Languedoc et la Provence puissent suffire aux besoins de consommation. « Le commerce « des fruits est bien plus grand qu'on ne pense. « Je me suis assuré que le seul droit sur les « prunes sèches que la France envoie en An- « gleterre, en Ecosse et en Flandre, a été afler- « raé dix mille écus par an ».

renouvellent au profit de Claude Grippon de Guillion, écuyer, seigneur de Saint-Julien, le privilège accordé précédemment par Henri II au sieur de Roberval, autorisant le sieur de Saint-Julien à rechercher, ouvrir et exploiter toutes les mines d'or, d'argent, fer, et cuivre et autres substances précieuses ou non qu'il pourra découvrir dans toute l'étendue du royaume, à la charge par lui de désintéresser les propriétaires des terrains qu'il occupera. Le roi lui fait remise du don de dixième denier.

On consomme en France une plus grande quantité de draps d'or et de soie qu'à Constantinople et dans presque tout le Levant. Les draps fins sont fournis par l'Italie et les soieries par l'Espagne. « Dans ce genre, les Génois et « les Toscans font des profits incroyables : leur « travail est tout à fait du goût des Français, « c'est-à-dire qu'ils font des draps qui ont peu « de prix et encore moins de durée ; c'est « justement ce qu'il faut aux Français qui « s'ennuieraient à porter le même habit trop « longtemps ». La France n'est pourtant pas exclusivement tributaire de l'étranger pour les belles soieries. Des fabriques de tissus de soie avaient été établies à Tours sous le règne de François Ier. On y comptait huit mille métiers. Indépendamment des Français, plusieurs fabricants vénitiens s'y étaient établis avec leurs familles, et des Génois en plus grand nombre, ainsi que des Lucquois.

Une des principales richesses de la France était le sel que Ton recueillait en grande abondance en Gascogne, en Provence et en Bretagne. On le préférait au sel d'Allemagne pour conserver la viande et le poisson ; aussi l'Angleterre venait-elle chercher son approvisionnement en Bretagne.

Parmi tous les ambassadeurs vénitiens qui ont visité Paris et qui y ont vécu, Lippomano est le seul qui ait tracé un tableau étendu et intéressant de notre capitale. Je vais suivre

d'aussi près que possible sa narration écrite en 1580.

Paris a douze portes continuellement ouvertes, excepté celle du Temple et quelquefois relie do Louvre, surtout lorsque le Roi est h Paris, Mais la seule vraiment fortifiée, est celle de Saint- Antoine, défendue par la Bastille, et celle du Louvre qui protège le château royal, Henri II, soit par crainte des projets de Charles-Quint., soit qu'il voulût tenir eu respect le peuple de Paris, avait résolu de fortifier Paris; mais, d'unepart, la dépense étant excessive et, d'autre part l'urgence ayant cessé d'exister, les travaux furent interrompus. « Si on les achevait, ce « serait la place la plus forte du monde ; seule- « ment, il faudrait une armée innombrable « pour la défendre ; mais une armée suffisante « la défendrait contre le monde entier, si, it toutefois, les vivres ne venaient pas à lui a manquer, La muraille est en pierres vives, « de l'épaisseur de quatre pas romains. Les « trois boulevards déjà achevés, sont si grands « que chacun tiendrait 3,000 fantassins et 500 « cavaliers. C'est pour cela que ces construc- « lions sont restées et resteront imparfaites. »

Sur la rive droite de la Seine est la Bastille « plus forte que vaste n. Elle n'avait pas de garnison et servait déjà de prison d'Etat «pour les princes et autres personnages de marque *>, Le Louvre « a un commencement de cons- « truction dont la majestueuse architecture,

<( si elle était jamais achevée» en ferait un des « plus beaux édifices du monde. J'ai vu corner modément loger ira Louvre le roi et ses frères, « trois reines, deux cardinaux, deux ducs avec « leurs femmes, trois primasses du sang, «maints favoris et dames, enfin «no partie du « conseil. » Fort près du Louvre « p«Uque le roi et les reines y vont souvent à pied », « on voit les Tuileries, destinées à servir de maison de plaisance pour les princes » ; « magnifique « construction, commencée par la Reine-Mère, « avec beaucoup de statues, pierres de prix, « divers ordres de colonnes, et cet admirable « escalier en colimaçon dont les marches ne « sont pas plus hautes que quatre doigts et sont « portées merveilleusement par une légère « aiguille de marbre. Il y a un appartement « pour courir la bague et faire des armes, et « un beau jardin où les arbres et les plantes sont « distribués dans un ordre admirable, où Ton « trouve non seulement des labyrinthes, des « bosquets, des ruisseaux, des fontaines, mais « où Ton voit reproduits les saisons de Tannée « et les signes du zodiaque, ce qui est une « chose merveilleuse. »

L'église Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, les plus beaux et les plus curieux monuments religieux n'obtiennent pas même une mention de l'ambassadeur. En fait d'église, il ne voit que Saint-Eustache qui « si elle était achevée, « serait un des plus beaux temples et des plus

« vastes de l'Europe » et à propos de laquelle il fait cette remarque : « J'ai entendu dire au curé qu'il a dans sa paroisse jusqu'à 85.000 âmes, plus que n'en ont plusieurs évèquesdes principales villes de l'Italie. »

Toujours sur la rive droite de la Seine, Lippomano signale l'église et l'abbaye de Saint- Martin « ceintes d'une très haute muraille avec des tourelles qui leur donnent l'aspect d'un château », et le Temple dont il compare Tétendue à celle de l'arsenal de Venise. Aux alentours sont disséminés les hôtels des ducs d'Anjou, de Bourbon, de Lorraine, de (luise, de Montmorency, de Damville, de Brienne, de Coudé et de Sens. L'Hôtel de ville iïob tient qu'une mention à titre de « grand édifice. » En revanche, si l'Hôtel de la Monnaie « n'est pas un édifice élégant », les maisons, les ateliers et les boutiques qui en dépendent lui donnent l'aspect «d'un grand bourg». L'Arsenal n'excite pas davantage l'admiration de Lippomano : il le trouve petit par rapport à la grandeur de la ville. On n'y travaille, dit-il, qu'à la confection de la poudre, des pièces d'artifice et des boulets, dans des magasins très éloignés les uns des autres, précaution justifiée par une explosion qui renversa ou ébranla toutes les maisons autour de Saint-Paul et des Célestins.

Sur la rive gauche, Lippomano énumère le « très grand couvent des Cordeliers, fondé « et construit par Marguerite, femme de Saint-

« Louis, où vivent 560 étudiants de cet ordre, « bien pauvrement et pâtissant dans leur « manger et dans leur nourriture. » Puis, c'est l'abbaye de Saint-Germain, ceinte de fossés et de murailles; l'abbaye de Saint- Victor, le grand couvent des Augustinsqui « est l'oratoire du roi » : puis « la grande toiture sous laquelle se tient la foire Saint-Germain, l'Université elles collèges » dont quelques-uns logent jusqu'à mille écoliers; enfin les hôtels des ducs de Nevers, de Nemours, de Luxembourg, de Montpensier et du prince Dauphin.

Dans la Cité, c'est le Palais de justice « qui est en même temps la Bourse de Paris » ; l'ambassadeur en fait un assez piquant tableau, « On y voit, le matin et le soir, un nombre « incroyabled'huissiers, d'avocats, de plaideurs, « d'agents d'affaires, de marchands, de ban- « quiers. Dans la grande salle et dans les ga- « leries on admire les statues efi marbre de « tous les rois et de tous les princes royaux; « dans les corridors qui sont couverts, il y a « une immense quantité de boutiques, et Ton « y rencontre toujours une foule de cavaliers « et de dames, le roi et la cour même. Les uns « y viennent pour leur amusement, les autres « pour leurs affaires. Le Palais est comme « l'entremetteur des amants. C'était autrefois « la demeure des rois. »

Les ponts sont un sujet qui attire le vénitien accoutumé aux ponts très étroits et très courts

de Venise, et il s'y arrête avec complaisance. Je le cite textuellement : « le pont Notre-Dame a peut être compté parmi les plus belles choses « qui soient en France : il est tout en pierre. « Il est si beau» si large, qu'il y a de l'un et do « l'autre côté des maisons tout en pierre et « 68 boutiques, toutes rangées en droite ligne, a toutes au même niveau, et que trois carrosses « peuvent encore y passer de front. Les mai- « sons et les boutiques le bordent de telle « manière qu on croirait être dans une rue. » Rebâti en 1507, sur les dessins de Fra Gîocondo, le pont Notre-Dame avait coûté 25(1,380 livres i sols -4 deniers tournoie; des tournois, des jeux de bagues et des courses avaient lieu sur le pont dédié à la Vierge, dont l'image se voyait dans des niches entre les enseignes des marchands. On construisit dessus 00 maisons dont lu ville s'était réservé le premier étage pour les solennités, au prix de 60 livrespour chacune. « Lt! PonUau-Ghange est aussi couvert de mai- « suns et de boutiques plus nombreuses que « l'autre» mais elles sont presques toutes en « mortier et en bois. Le pont lui-même repose w sur des pieux, aussi n'y laisse-Uon passer ni « charrettes, ni coches. On l'appelle Pont-au- « Change parce que c'est là et aux environs m que se trouvent autant de boutiques d'or- « fèvres et de joailliers que peuvent en compter « trois ou quatre des premières villes d'Italie, « sans en excepter Rome et Naples. Le pont

« des Moulins est de bois, fait exprès pour la « commodité des . moulins qui se trouvent « dessous, tout chargé de petites boutiques « comme le Rialto ; aussi il n'y passe presque « jamais de chevaux. Le Petit Pont, en face « de celui de Notre-Dame, et celui de Saint- « Michel, en face du Pont-au-Change, sont « aussi couverts de grandes boutiques et de « maisons en pierre ou en mortier. On construit « maintenant un pont qui, de la place des « Augustins, passera jusqu'à la place de l'Ecole; <( le dessin en est beau, et ce pont sera fort « commode pour ceux qui demeurent dans le « faubourg Saint-Germain et dans les environs « du Louvre. » C'était le Pont-Neuf, qui fut commencé au mois de mai 1578, « sous l'ordonnance du jeune du Cerceau, architecte du roy » (l'Estoile).

Après les monuments, ce qui frappe le plus Lippomano, c'est la quantité de jeux de paume établis dans Paris. La ville en est pleine, dit-ilt « et le nombre s'élève à plus de 1,800. Les « Français se plaisent beaucoup à ce jeu et s'y « exercent avec une grâce et une légèreté sans « pareilles ».

Lippomano prétend que Ton peut évaluer la population de Paris à un million d'habitants, en y faisant figurer les étrangers, qui ne font qu'y passer mais qui affluent de toutes parts. Barbaro, qui écrivait en 1563 et dont les évaluations sont beaucoup plus modérées, dit

« on lui donne 400,000 habitants. » Ce qu'il y a de certain, c'est que le loyer des maisons se maintient à un prix très élevé. L'usage de louer les maisons toutes meublées est assez général, on les loue ainsi au mois et même à la journée, « car les concierges qu'on pourrait appeler les « fermiers des maisons et des palais, ne peuce vent pas en disposer autrement, craignant « toujours que leurs maîtres ne reviennent à « la cour; alors il faut déloger tout de suite, « principalement si c'est une maison de grand « seigneur. Ainsi, Mgr Salviati, nonce du pape, « fut obligé de déménager trois fois en deux « mois. » On serait tenté de croire que les concierges louaient pour leur propre compte et à Tinsu de leurs maîtres. Ce qui donnera, en tout cas, un aperçu du taux élevé de ces loyers, c'est « qu'il n'est si pauvre chambre tte « garnie qui ne coûte deux ou trois écus par « mois ». Les maisons non meublées coûtaient naturellement moins cher, mais il fallait les meubler à grands frais, et selon l'usage on perdait sur la vente du mobilier, si frais qu'il se fut conservé, le tiers du prix qu'on l'avait payé.

Déjà, à cette époque, on trouvait à Paris en abondance tout ce qu'on pouvait désirer pour les besoins de la vie. Les mercredis et les samedis se tenaient les marchés aux volailles et au gibier; tous les samedis le marché aux chevaux où il y avait 1,000 à 2,000 chevaux à

vendre ; tous les mercredis le marché des vins. Les vins de l'Ile-de-France n'étaient guère estimés, et le prix en était très variable. En

1578, le tonneau se payait trente francs, en

1579, neuf ou dix francs seulement. Le foin, le bois, le blé, le charbon venaient par la Seine et se vendaient sur les bateaux mêmes à l'arrivée. A propos des marchés, on pourrait parler du prix des denrées et en dresser le tableau comparatif pendant le règne des trois Valois, mais ceci nous entraînerait trop loin. Aussi me contenterai-je de donner quelques indications sur les denrées alimentaires et sur d'autres objets de première nécessité, lorsque François II monta sur le trône en 1559. Il est bon de rappeler d'abord que la livre tournois équivalait à 8 fr. 25 de notre monnaie, le sou tournois à 41 centimes, le denier tournois à 3 c. 1/2. La queue de vin, 24 à 25 1. t.; le cent de fagots, 30 à 35 s. t.; un bœuf, 8 à 10 1. t.; un veau gras, de 20 à 25 s. t.; un mouton gras, 25 à 30 s. t.; un chapon, 4 à 5 s. t.; une poule, 2 s. 6 d.; 6 à 7 œufs, un blanc ; un boisseau de noix, 20 d. à 2 s. t.; la pièce de laine, la meilleure, 100 s. t.; l'aune de drap blanchet, le meilleur, 20 à 22 s. t.; l'aune de drap gris, 12 à 15 s. t.; l'aune du meilleur drap noir, 46 s. t.; l'aune de tiretaine, la meilleure, 4 s. t.; l'aune de toile de chanvre, 4 à 5 s. t. (Claude Haton, Mém.) Le 19 janvier 1569, la municipalité de Paris donna à la Reine- Mère un festin à l'Hôtel de Ville ; le compte des

dépenses qu'il occasionna va nous renseigner sur les prix, au marché de Paris, de tout ce qui constitue la nourriture; les viandes d'abord : le faisan, 70 s. t.; le cygne, 100 s. t.; le trableàlarge bec, 35 s. t. ; le bigorreau, 25 s. t.; l'aigrette, 25 s. t.; le héronneau, 40 s. t.; le poulet d'Inde, 20 s. t.; le chapon à bouillir, 5. s. t.; le cochon, 15 s. t.; le poulet à bouillir, 2 s. 6 d.; le renueron, 3s.4d.; le pigeonneau, 3 s. 6d.; lelevreau. 2 s. t.; le lapereau, 5 s.; Toison, 5 s.; le perdreau, 5 s ; l'outardeau, 70 s.; la caille, 3 s. 4d.; le coq d'Inde, 30 s. — La pâtisserie : un massepain, 5s.; un gâteau en croissant, 15 s.; un plat de bracelets de pâte royale, 5 s.; un plat de petits gobelets, 3 s.; un pâté d'artichauts, 3 s.; une tarte de gelée, 3 s.; un plat de petits feuilletages, 4 s.; un plat de gaufres, \ s.; une tarte au verjus, 3 s.; une tarte sèche, 3 s.; un fïagot, 5 s. — L'épicerie : 1 livre de gingembre pilé, 32 s.; l'once de muscades battues, 2 s.; l'once de clous battus, 4 s.; 3 onces de poivre concassé, 4 s. 6 d.; l'once de cannelle fine battue, 4 s.; l'once de safran battu, 16 s.; l'once de cloutrié,4s.; la livre de dragées musquées, 20 s.; un quartier de fromage de Milan pesant 171. 1/2, 105 s.; 3 chopines d'eau musquée, 20s.; 3chopines d'eau rose, 15 s.; 1 livre de ficelle, 4 s.; la livre de long cannellat tout doré pour verser sur les gelées et confitures, 15 s.; la quarte d'hypocras blanc, 20 s.; la quarte de Malvoisie 16s.; la livre de sucre blanc fin, 49 s.; la livre de

bougie jaune. 9 s. 6 d. — Les fruits et légumes : le panier de guignes. 40 s.; le panier de bigarreaux, 25 s.; 3 boisseaux de pois, 22 s. 6 d.: un boisseau de fèves, 12 s. 6 d.; 12 douzaines d'artichauts, 0 1.; 3 douzaines de fromage de crème, 36 s.; 16 livres de beurre de Vannes, 60 s.; 36 concombres, 131. 20 s.; 400 abricots, 91.; 1 bouteille de verre d'osier pour mettre le vin de table, 3 s. (Comptes orig. Arch. nat.)

C'est par les prisons, le guet et les exécutions capitales que Lippomano termine la description de Paris. Il y a, dit-il, plusieurs Palais de Justice avec une prison à côté de chacun. « Dans toutes les grandes rues il y a une petite « loge où demeurent des sergents... qui exécu- « tent les arrêts de la justice et qui font la « ronde toutes les nuits pour saisir les délin- « quants ; ils sont appelés le Guet : leur chef « est le chevalier du Guet. Chaque paroisse a « un commissaire qui commande un certain « nombre d'hommes, obligés d'entretenir un « cheval et de servir, même en rase campagne « s'il le faut. Pendant la nuit, ceux-ci vont « chevauchant dans la ville, et ils font un si « grand tapage qu'ils donnent aux malfaiteurs « le signal et le temps de se sauver. » Le détail est piquant, mais nous avons vu cela de nos. jours, quand il y avait une garde nationale dont les patrouilles n'en faisaient jamais d'autres.

Les sergents dont parle Lippomano, et qui se

tenaient dans des corps de garde, se divisaient en sergents à pied ou à verge, et sergents à cheval. C'était des officiers de justice qui signifiaient les mandements de justice, étaient chargés des arrestations a domicile et chargés de la police sous l'autorité des commissaire» du Châtelet. Ils étaient au nombre de 220, Quant au guet, c'était la garde qui pendant la nuit veillait, ou était censée veiller» à la siïreto de Paris. On distinguait encore deux sortes de guets, le guet am$ et le gitel royal. Le premier se composait de milices bourgeoises qui passaient la nuit dans des corps de garde établis sur différents points de la capitale. Le guet royal employait la nuit à faire des rondes. Le guet assis fut supprimé en 1559 et, en même temps, on augmentait le guet royal. Le guet assis ou bourgeois, rétabli pour un temps au commencement des guerres de Religion, fut supprimé de nouveau après la paix d'Amboise en 1563. Un éditde novembre de la même année éleva le guet royal à 50 hommes à cheval et 100 hommes à pied. Qu'était-ce que cela pour une ville comme Paris ?

« Les prisons sont presque toujours pleines. « On voit cependant tous les jours, dans une <c partie de cette ville ou dans l'autre, exécuter « des gens dont la plupart sont pendus. Les « absents sont exécutés en effigie ; la dépense « et la cérémonie sont les mêmes que si le « coupable était là. La garde à cheval accorti-

i. iui.ft.iwm

a pagne le mannequin et le prêtre marche à « côté. » En ce qui concerne la fréquence des exécutions, l'exagération italienne me semble avoir pris le dessus. Prenons, par exemple, le journal de l'Estoile qui, en sa qualité de curieux et de commère, enregistre les exécutions à mort avec les comment et les pourquoi, qui ne sont jamais trop développés au gré de celui qui étudie les mœurs de cette époque si curieuse. L'ambassade de Lippomano a duré trois ans, de 1577 à 1579. Voyons pour ces trois années, ce que dit l'Estoile. Pour 1577, <rien. Le 20 août 1578, furent pendus, puis brûlés, deux hommes de Ghelles-Saint Randour, pour blasphèmes; le 3 septembre, un enfant de treize ans est pendu, place Maubert, pour avoir donné des coups de dague à son maître qui n'en mourût pas. En 1579, un gentilhomme du Berry, nommé Beaupré, et cinq ou six autres furent décapités en effigie, au bout du pont Saint- Michel, pour avoir attaqué et blessé le maréchal d' Au mont et tué le seigneur de Bouchemont qui l'accompagnait. Le 5 août 1579, François de la Primaudais, dit la Barre, gentilhomme du duc d'Anjou, fut décapité aux Halles de Paris pour meurtre commis sur la personne de Jean de Refuge, seigneur de Galardon. C'est tout. Il est certain que l'Estoile ne prenait pas la peine d'enregistrer les exécutions des simples voleurs ou meurtriers, mais on peut néanmoins conclure que le bourreau

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