LE CLERGÉ
une partie des revenus. En vertu du droit de joyeux avènement, le Roi nommait, au commencement de son règne, à la première prébende qui venait à vaquer dans chaque cathédrale. Enfin, à chaque changement d'évêque, le Roi disposait de la première prébende vacante dans son diocèse. Par déclaration du 24 juin 1549, le Roi avait renoncé aux droits de provision et de collation de bénéfices dans la Bretagne et la Provence. Une ordonnance contemporaine de notre ambassadeur autorise les prélats du royaume à examiner la suffisance des candidats aux bénéfices, alors même qu'ils seront, nommés (février 1566); ce qui exclut l'idée de choix de gens indignes ou incapables et atténue la critique sévère de Jean Correr.
Voici la suite de cette critique : ce L'abus .a « pénétré si avant que les évéchés et les abbayes « sont devenus une marchandise, comme chez « nous le poivre et la cannelle. Toute collation « de bénéfice est ordinairement- très avantage geuse à celui qui y nomme, à celui qui la « sollicite, à celui qui y est nommé. On ne « peut prétendre que ce désordre ne soit connu : «. il est, au contraire, tellement public que tout
« le monde s'en plaint , les bénéfices sont
« conférés avant qu'ils soient vacants, et il est « arrivé de mon temps que quelques bénéficiera « ,ont eu de la peine a prouver qu'ils étaient « bien vivants ». Lippomano parle- dans le
même sens : « les femmes, les enfants au ber- « ceau, les militaires, les hommes mariés ont « des évêchés, des prieurés et des abbayes », Mais il justifie Henri III, en disant que a très « libéral de son naturel, et comme les revenus « du royaume sont aliénés ou engagée siins « cette ressource il n'aurait aucun moyen de « récompenser le dévouement de ses servi- « leurs a. Précisément, à la même époque (1578), l'Estoile fait une remarque analogue ; « la « plupart des bénéfices estants tenus et poste sédés par femmes et gentilshommes mariés, « auxquels ils estoient conférés et donnés pour « récompense de leurs services ». A la date du mois de décembre 1574, le même annaliste avait déjà mentionné ceci : « En ce mois, un « capitaine dauphinois nommé le Gast, favori « du Roi, auquel Sa Majesté, pour prix de ses « services, avait donné, à son retour, les évê- « chés de Grenoble et d'Amiensdevenus vacants, « par la mort du cardinal de Créquy, vendit à « une garse de la Cour l'évêché d'Amiens, la « somme de 30,000 francs, aiant vendu aupara- « vant l'évêché de Grenoble 40,000 francs, au « fils du feu seigneur d'Avançon ». Mais si l'on descend au fond des choses, voici ce que Ton trouve : François d'Avançon, évèque de Grenoble, en 1562, était mort en 1574, et ce fut François Fléhart qui lui succéda en 1575. Pour Amiens, il est certain que le cardinal de Créquy étant mortle20 juin 1575, l'évêché resta vacant