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LES ARMES DE CHARLES IX ET DE HENRI III

entrées dans les bonnes villes. Par exemple. quand Gharles IX flt son entrée à Paris, après son mariage, il était revêtu d'une armure, sans doute celle dont je vais donner la description- Comme il n'eut jamais l'occasion de se produire sur aucun champ de bataille, il est probable qu'il n'en posséda jamais d'autre que eelle-là. Quant à Henri III» qui, Avant de monter sur le trùne, avait un autre tempérament, il est certain que ce n'était pas avec cette armure légère qu'il combattit à Jarnacet à Moncontour. La demi-armure de Charles IX est en fer battu et toute dorée. Elle se compose de l'armet à haute crête et à double visière, du colletin, des épaulières, brassards et gantelets, de la cuirasse et des tassettes très larges et très cintrées. L'ornementation consiste en des bandes juxtaposées, séparées par des petits cordons saillants. Ces bandes représentent alternativement un semis de (fleurs de lys et des rinceaux de fleurs et de feuillages. Une grande fleur de lys est ciselée sur le côté de la crête de l'armet. La cuirasse est munie du faucre. Telle qu'elle est, cette demi-armure mesure 1 m. 15, ce qui permet d'établir que la stature de Charles IX était d'environ 1 m. 76. On conserve encore au Musée d'Artillerie une bourguignotte, un bouclier et une épée, qui ont été faits pour Charles IX et qui proviennent également du garde-meuble de la couronne. Ces pièces, le bouclier et la bourguignotte du moins,

Les Armes de Charles IX et de Henri III Du Costume militaire

On conservait d abord dans le garde-meuble de la couronne, puis au musée des souverains, enfin on conserve aujourd'hui au Musée d'artillerie, les trois armures, absolument authentiques, de François II, de Charles IX et de Henri III. J'ai parlé de celle de François II, au chapitre VI ; il me reste a parler de celles de ses deux frères, qui offrent avec la première une singulière analogie, à ce point qu'elles ont dû, sauf quelques détails de gravure et quelques détails très insignifiants dans la forme, avoir été copiées les unes sur les autres, et que les mêmes armuriers ont du les fabriquer toutes trois.

Ce sont des armes de parade, qui n'auraient pas même supporté l'épreuve de la balle de pistolet, dont elles ne portent d'ailleurs aucune traces, contrairement à ce que l'on remarque, même dans les armures les plus riches de ce temps. Il n'est donc pas douteux que c'était des armures destinées n èlre endossées dans des occasions solennelles, comme pour des

O m. 490 de largeur. La bourguignotte, dite à l'antique en raison du cimier qui remplace la crête, mesure 0 m. 350 de hauteur sur 0 m. 370 de largeur. On y retrouve la même ornementation que sur le bouclier, la tête de Méduse, le masque de vieillard, des trophées d'armes et des groupes de fruits, un combat de cavalerie et une ville assiégée. Sur une des oreillettes est une figure de Mars assis sur des armes entas-, sées, sur l'autre une Victoire assise et tenant une palme à la main. Tout l'intérieur est garni d'une étoffe de soie rouge brodée et piquée (1).

Quant à l'épée, qui mesure i m240, la poignée est en fer ciselé, bruni et doré par pl&ces, . ornée de mascarons, de têtes d'hommes, d<> femmes et d'animaux. Le chiffre de Charles IX, deux C adossés et enlacés, couronnés, surmoQtant le chiffre IX, est gravé et doré sur les,côtés de la double garde. La fusée, cannelée et ondulée, est composée de l'alternance de zones transversales en écaille brune et en écaille blonde, qui forment comme des rubans cerclés dans des ûlets d'or. La lame porte l'inscription de Pedro de Toro, Toledo (2). , . ; ,:l

Charles IX aimait les belles armes, les épéejs principalement, et il en /avait au Louvre urç

(i) Ces belles pièces sont retournées au Musée du Louvre où elles avaient été empruntées pour figurer au Musée des souverains.

(2) Cette épée est conservée au Musée d'artillerie. i

sont de ces armes de parade, d'un admirable travail, que Ton ne portait pas et qui faisaient Tornementd'un cabinetd'armes. Tous deuxsont en or; ils sont travaillés au repoussé, ciselés, gravés et décorés de trois sortes d'émaux, opaques, translucides et cloisonnés. Sur le bouclier la lettre K, initiale du mot Karolus, surmontée de la couronne royale, est répétée seize fois dans des médaillons de forme ovale qui, alternant avec un même nombre d'émaux translucides et cloisonnés d'une exécution merveilleuse, et reliés par des branches d'olivier, composent la bordure du bouclier. La grande composition centrale représente tout un ensemble d'opérations militaires: un combat de cavaliers nus ou armés à la romaine, occupe le premier plan ; une rivière sépare la prairie, sur laquelle se débat leur lutte acharnée, du camp dont on voit les tentes et du gros de l'armée rangée en bataille pour les protéger. Sur le côté gauche, au second plan, c'est un assaut dirigé contre la porte d'une citadelle dont les défenseurs sont groupés sous le drapeau de l'islamisme. Entre le centre et la bordure on remarque les mêmes ornements que sur le magnifique bouclier de Henri II, une tête de Méduse, un masque de vieillard, des prisonniers assis sur des armes entassées, des armes sus* pendues et des groupes de fruits. Tout le revers est garni d'une riche étoffe brodée d'or sur le velours rouge. Il mesure 0 m. 680 de hauteur sur

0 m. 490 de largeur. La bourguignotte, dite à, l'antique en raison du cimier qui remplace la crête, mesure 0 m. 350 de hauteur sur 0 m. 370 de largeur. On y retrouve la même ornementation que sur le bouclier, la tête de Méduse, le masque de vieillard, des trophées d'armes et des groupes de fruits, un combat de cavalerie et une ville assiégée. Sur une des oreillettes est unp figure de Mars assis sur des armes entas-, sées, sur l'autre une Victoire assise et tenant une palme à la main. Tout l'intérieur est garni d'une étoffe de soie rouge brodée et piquée (1).

Quant à l'épée, qui mesure i m240, la poignée est en fer ciselé, bruni et doré par pl&ces, . ornée de mascarons, de têtes d'hommes, do femmes et d'animaux. Le chiffre de Charles IX, deux C adossés et enlacés, couronnés, surmontant le chiffre IX, est gravé et doré sur les.côtés de la double garde. La fusée, cannelée et ondulée, est composée de l'alternance de zones transversales en écaille brune et en écaille blonde, qui forment comme des rubans cerclés dans des filets d'or. La lame porte l'inscription de Pedro de Toro, Toledo (2). . ,

Charles IX aimait les belles armes, les épée*$ principalement, et il en, avait au Louvre \x\\

(i) Ces belles pièces sont retournées au Musée du Louvre où elles avaient été empruntées pour figurer au Musée des souverains.

(2) Cette épée est conservée au Musée d'artillerie. i

ricne cabinet. Pour une seule année, on relève dans les comptes des Argentiers, les fournitures suivantes, en armes, qui lui furent faites : une épée à gardes représentant « des masques et personnages en relief, » ciselés en or et en argent, avec une lame espagnole, la dague pareille, le fourreau et le ceinturon en velours noir; une autre épée ornée de « masques et mufles de lion, » ciselés en or et en argent, la dague pareille, le fourreau et le ceinturon également noirs ; une épée à poignée dorée, avec son fourreau de cuir jaune « lisse » pour porter à la chasse; une épée à poignée dorée, unie, avec son fourreau ce de vache, la chair en de- .hors, avec un bout doré » ; une épée à poignée argentée, unie, avec son fourreau de velours noir garni d'un bout argenté; un estoc gravé et doré dans son fourreau de vache. (Comptes, k. k., 131. Arch. nat.)

De Henri III on n'a conservé qu'une demiarmure de parade absolument conforme à celles de ses frères, sauf que le plastron de la cuirasse reproduit d'une manière accentuée la forme du pourpoint, c'est-à-dire le panseron à la Polonaise. Ce fut donc à son retour de Pologne, et quand il fut Roi qu'il se la fit faire. Elle se compose absolument du même nombre de pièces. que les autres : elle est en fer battu, entièrement dorée et ciselée. L'ornementation est un quadrillé uniforme et serré recouvrant toutes les surfaces, avec les bordures simulant des

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branches de feuillages (1). Henri III, quittait très habile à l'escrime et passait pour une des plus fines lames du royaume, aimait naturellement les épées, comme son frère, et il en changeait souvent. Pendant les six premiers mnis de Tannée 1583, il n'acheta pas moins de cinq épées : une épée à poignée dorée» à lame espagnole, avec son fourreau de velours à bout doré; une épée à poignée argentée; une épée à poignée noire, unie, avec la fusée recouverte d'une tresse noire, le fourreau de velours noir et une lame espagnole ; une épée à « gardes vernies en noir » avec son fourreau de velours noir; une épée et sa dague « à gardes ciselées « et dorées, fort riches^ lames d; Espagne, four- « reaux de velours à bouta ciselés et dorés nm (Comptes des Argentiers, k. k., 138. Arch. nat.) En ce temps-là, il n'y avait pas de château, pas de simple maison, où Ton ne conservât plus ou moins d'armes. Il fallait bien qu'un gentilhomme, un homme de guerre, eût quelques épées de rechange, quelques armes à feu et une armure. Cela constituait aussitôt un petit cabinet d'armes dont on ne faisait jamais trophée, car l'usage était de renfermer toutes ses armes dans des coffres, après avoir enveloppé chaque objet dans un étui de drap ou de toile. Les armures elles-mêmes, démontées, envelop-

(i) Les armures de François II, Charles IX et Henri III, jadis conservées dans le Garde-Meuble de la Couronne, ont été déposées au Musée d'Artillerie G. 119. 120. 121.

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pces, étaient rangées dans des « coffres à bahut » ou des armoires. En étalant aujourd'hui les armes en trophées sur les murailles, en montant les armures sur des armatures ou des gaines, dans les musées ou les collections, on est tout à fait en dehors de la vérité ou de la tradition. Sans chercher à multiplier les exemples, il faut aller chez quelques gentilshommes de province, dans quelques châteaux et manoirs, pendant la période correspondant aux règnes de Charles IX et de Henri III. Chez François de Gaing, seigneur d'Oradour, dans son manoir d'Oradour-sur-Glanne, nous trouverons dans ses coffres une épée à gardes noires, avec fourreau de cuir, pour l'usage journalier ; une épée à gardes dorées, et sa dague, avec fourreaux et ceinturons de velours ; une épée d'armes, sans bran* ches, pour pouvoir la manier avec la main armée du gantelet ; une hache d'armes des cent gentilshommes de la garde du Roi (1), la compagnie à laquelle appartenait le seigneur d'Oradour; une masse d'armes, une chemise de mailles, sept arbalètes « avec leurs bandages », trois arquebuses, quatre pistolets avec leurs «flasques » (poires à poudre) et une paire d'éperons dorés. (Revue des Soc. sav., décembre 1869.) Au château de Grafton, en Angleterre, en 1570, on

(1) Gentilhommcs au bec de corbin, ainsi nommés parce que leur arme principale était une hache à bec de corbin ou bec de faucon, autrement dit une hache d'armes. Les jours de cérémonie, ils marchaient deux à deux devant le rof .

trouve, toujours dans des coffres ou bahuts, deux armures, l'une noire, l'autre blanche, renfermées dans des étuis en coton ; une demiarmure de chevau-léger ; une cotte de mailles à manches; deux corselets (cuirasses; avec leurs morions ; une vieille brigandine, cinq Jacques et onze salades ; six paires de manches de mailles, une hache d'armes, un fer de hache, un chanfrein, une paire de gantelets, trois mousquets et deux pistolets, une épée, une dague, une rapière, deux poudrières, deux arcs, trois bottes de flèches et une selle d'armes. {Invent, des armes du château de Grafton, S. Meyrirk, ancien1 armour, t. III.)

Revenant en France au manoir de Rouvroy, chez François de Belleval, seigneur de Rouvroy, enseigne de la compagnie de cinquante hommes d'armes des ordonnances commandée par M. de Bourbon-Rubempré, on trouve dans un coffre en bois de chêne « un complet harnoys « (une armure complète) d'homme d'armes, à « clous et boucles dorés et l'arrest (faucre) doré»; dans un autre coffre » une arbaleste avecq le « bandage, une aultre arbaleste avecq le ban- « dage, ung harnoys de cuyr complet, cinq « jaques de mailles de fer, une paire de moufles « de fer (gantelets dont les quatre doigts sont « réunis et le pouce seul détaché), trois pistol- « letz, une espée à poignée dorée garnye de « sa dague, une espée noire garnye de sa dague, « une ceinture à porter l'espée en velloux noir,

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« une aultre ceinture à porter espée en cuyr, « une harquebuse à rouet, ung morion et ung « hauce-col dorez, un panache à mettre à ung « cheval aux armes (quand on s'arme^ ». Chez celui-ci, par exception, aux murailles de la salle sont accrochées deux arquebuses à croc et un épieu de chasse, parce que ce sont des armes trop encombrantes et trop longues pour être mises dans un coffre. (Invent. orig. Arch. de l'auteur.)

Le fils de François de Belleval était un homme de cour ; il fut lieutenant des gardes du corps de Henri III et capitaine des gardes que le duc d'Epernon entretenait en qualité de colonel-général de l'infanterie française. Un riche mariage avec Diane du Halde, fille du premier valet de chambre de Henri III, lui avait valu la forteresse de Longvilliers, en Boulonnais, et trois baronies. Dans ce château de Longvilliers, quand François de Belleval, baron de Longvilliers, vint à mourir, les armes inventoriées remplissaient trois coffres. Le premier contenait ce qui suit : « Une espée, la « lame espaignole, les gardes enrichies darce gent faictes à masques et à personnaiges, « avec la dague de mesme, les poignées (face séesï d'argent fin, fourreaux de velours noir « et ceinture de velours noir avec les pendans « et porte-espée de velours noir et les blouques « d'argent, et une bourse de drap bleu pourser- « vir (à envelopper) à ladite espée et dague ;

<* une espée avec la poignée et les gardes tontes « dorées, avecq un fourreau de cuir j*nune « lisse ; une longue espée que Ton nomme « communément ung dueLgarny de sa dague; « deux espêes eldeux dagues rabattues (émous- «t sées, pour L'escrime) ; une espée damnsqui- « née d'argent avec sa dague ; une espée, les « gardes noires, la poignée (fusée) de soie « noire, avecq la laine espaignole et le fourreau « de veloux noir, pour aller à rassemblée; ung « ceinturon de buffle; trois autres ceinturons ft avecq leurs pnndans de veloux ; ung pour- « point doublé de Jacques de mailles ; Uflg « pourpoint de buffletin chamarrédepassemens «r d'or ». Le second coffre renfermait : « l'ng « caparanchon de buffle pour un cheval ; deux te harquebuzes garnyeâ de leurs fournymens; « dix arquebuzes àmesche; ung pisloliet ar- « genté avecq le fourreau; deuxaultres pistol- « letz avecq le fourreau de cuyr ; ung pnitrinal- « bandoullier avecq le fournyment de corne; « deux fournymens avecq plusieurs charges et « moullesn balle, avecq le fournyment de cuyr. « Dans le troisième coffre il y avait : « ung har- « nois de gendarme tout complet {une armure « complète), deux grèves, ung morinu h ba- « vière, ung aultre morion damasquiné, ung « hausse-col et ung corselet également dnmas- « quinés damasquiné est pris ici évidemment « pour gravé) avec lesblouques dorées, et deux « chemises de mailles ». Plus deux hallebardes

et un épieu de chasse. (In vent. orig. Arch. de l'auteur.,)

S'agit-il d'un manoir bien modeste, de l'habitation, une ferme pour ainsi dire, de ces petits gentilshommes qui vivaient fraternellement avec leurs chiens de chasse dans la même salle, voici ce que Ton trouve chez eux : « Deux « bonnes et grandes rondelles (boucliers rondsH « avec deux espées courtes et larges, deux hait lebardes, deux picques de 22 pieds de long^ « deux ou trois cottes ou chemises de mailles « dans le petit coffre plein de son, deux fortes « arbalestes de passe avec leurs bandages et « garrots dedans, trois arquebuses ». (Descrip. du manoir d'un gentilhomme campagnard, par un contemporain, en 1590. Maisons de Rouen, par M. de La Querrière). Dans cette humble demeure, où il y a peu de meubles, pas de superflu, à peine le nécessaire, on remarque un petit arsenal pour combattre à pied ; car, à cette époque, le préjugé contre le service de l'infanterie tend à disparaître, les ambassadeurs vénitiens le constatent, et les gentilshommes qui, comme celui-ci, n'ont pas de chevaux, ne croient pas déroger en servant dans les rangs des régiments d'infanterie que la nécessité force à créer chaque jour.

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Châteaux et Manoirs

C'est un préjugé de croire que tout gentilhomme avait un donjon et de hautes tours à sa demeure. Les châteaux étaient l'exception aussi bien que de nos jours. Dans la plupart des villages, le manoir seigneurial était construit sur le plan d'une simple ferme ; au fond d'une cour, entourée par les écuries, vacheries, bergeries et granges, s'élevait l'habitation du seigneur, qui se composait généralement d'une cuisine, d'un cellier et d'une salle basse au rez-de-chaussée, et dune ou deux salles avec une garde-robe au premier étage. Le mobilier de la salle basse consiste en un lit à dais avec un ciel et des tentures, une ou deux tables, des chaises à dossier, des pliants, un dressoir, des bahuts servant à la fois de coffres et de sièges ; les murs sont tendus de tapisseries de Flandre ; des nattes recouvrent le pavé. Même ameublement, plus ou moins somptueux dans les chambres hautes ; et dans la garde-robe des bahuts qui renfermaient les vêtements, le linge et les armes offensives et défensives, sans oublier le meuble indispensable, la chaise de nécessité, d'où il

nous est resté l'expression d'aller à la garderobe. Dans ces simples demeures habitaient pourtant de nobles personnages, qui ne se croyaient, et avec raison, inférieurs en rien à leurs voisins lesquels déployaient un grand train de maison dans les hautes et vastes salles de leurs forteresses féodales. Le château ne faisait pas le gentilhomme.

Allons à Oradour-sur-Glanne, un gros et populeux village du Limousin, à cinq lieues de Limoges. François de Gaing, seigneur de l'endroit, vient de mourir, et le 21 juillet 1565, le bailli, accompagné d'experts, procède à l'inventaire des meubles et effets qui garnissent le manoir. Voici d'abord la t salle basse » ; la cheminée est garnie d'une paire da grands « landiers » en fer ; une tenture dé tapisserie, dite c la chasse au cerf », couvre lès murs le long desquels sont dispersés quatre chaises « dont une de menuiserie », et dix tabourets; d'un côté un buffet etune table « sur traiteaulx » ; au milieu est une table «carrée double» recouverte d'un tapis vert. Il y a plusieurs chambres, et pas une qui n'ait son grand lit ou au moins sa couchette ; et à ce propos, comme dans la plupart des inventaires de cette époque, on trouve un véritable luxe fort peu en rapport avec le restant du mobilier. Dans celle-ci, voyez le c grand litz garny de velour ûoir et « incarnat, trois pentes et le doussier, le fond et « rideaux de soye rouge et noire» garni de

a coussin et couverte de Cathelongne rouge »; la « couverte de cathelongne * est tout simplement une couverture de laine rouge, d'une étoffe moelleuse et chaude* On en retrouve partout. dans les mobiliers les plus simples comme dans les plus riches ;i). Ces couvertures fabriquées en Catalogne, devaient être importées par grandes quantités, car elles constituent le fond même de toute la literie, avec les matelas et les traversins. Dans la même chambre, il y a une couchette avec un ciel « de veloux uoir, et « satin blanc pour rideau ix, avec le fond de « sarge sans rideaulx, garny de coiete. eous- <i sin, et une couverte de tapisserie ».

Dans la seconde chambre, le fond, les pentes et les dossiers du lit sont en « velour jaune et satin cramoisy faict en borderye de toyle d'or » ; dans la troisième ils sont en « toyle d argent » ; dans la quatrième « en satin blanc et bleu de Bruges en Flandre » ; dans la cinquième, en velours noir et incarnat ; dans la sixième en « velours violet et taffetas changeant » ; dans la septième, en « velours blanc et damas violet » ; dans la huitième « en sarge bleue, blanche et incarnat ». Ces chambres sont

(i) Couverture de laine pelucheuse à deux envers, fabriquée avec succès dans cette province et particulièrement à Barcelone. Elle était faite avec des toisons du pays. La Catalogne blanche, et plus souvent rouge, servait pour la literie. 11 s'en faisait aussi en fleuret ou bourre de soie ; celle-ci était naturellement plus chère « une càstelongne de fin fleuret, 8 escus » {Comptes de l'argenterie du Roi, p. 167, année 1559.)

tapissées pour la plupart. Leur ameublement se compose, presqu'uniformément, outre le lit et la couchette, d'une ou deux tables couvertes de tapis vert, d'un buffet plus ou moins antique, « à deux armoires et deux tirettes», et de grands coffres servant d'armoires. Dans la « chambre neuve », il faut remarquer « une grande cheyse garnye de cuyr » ; dans une autre « un eschauffe-litz », autrement dit une bassinoire, en compagnie d'une « perche d'oiseaux » c'est-àdire d' un perchoir pour l'oiseau favori du défunt seigneur. Dans cette autre sont suspendus trois miroirs « dont un grand et les deux autres couvertz de velour cramoisy, garnis d'argent ». La cuisine est bien fournie de batterie de cuisine en fer, poêlons, poêles, deux rôtissoires, « une basignoire », deux « bassins à cracher » et « un bassin pour la chambre ». Il faut espérer pour François de Gaing, que sa cuisinière n'avait pas de distractions quand elle faisait cuire les repas de son maître. C'est encore dans la cuisine qu'est la vaisselle d'étain. aussi variée que nombreuse, écuelles, assiettes, saucières, plats de toute espèce, flacons, pintes, chopines, aiguières, « roquelles », un grand bassina laver et un autre petit, « à cracher », cuillers et fourchettes. En revanche, dans le buffet de la salle basse, où l'on renferme d'habitude l'argenterie, on ne trouve qu'un « potet » ou petit pot, deux tasses d'argent doré avec leurs couvercles, deux salières et une cuiller d'argent.

Comme point de comparaison, prenons un autre « manoir seigneurial » à l'autre extrémité de la France, dans le comté de Ponthieu, qui correspondait à l'arrondissement d'Abbeville (Somme), et à une partie de celui de Montreuil-sur-mer (Pas-de-Calais). Le manoir de Rouvroy (1) se compose d'un corps de logis en briques et en pierres, orné au centre d'une tourelle hexagone, prolongé par deux petits bâtiments n'ayant qu'un rez-de-chaussée, seulement; à gauche la cuisine et le fournil, à droite la chapelle. Le manoir occupe le fond d'une cour carrée dont les deux côtés sont garnis par des bâtiments couverts en tuiles, les étables à moutons, l'écurie contenant deux chevaux de selle, une haquenée, deux chevaux de labour, et trois juments avec chacune un poulain ; la grange, la brasserie et un hangar. On entre dans la cour par une grande porte à plein cintre, accostée de deux forts piliers carrés. Derrière le manoir s'étend un jardin terminé par un herbage, et le tout est enveloppé d'une muraille flanquée aux angles de quatre tourelles couronnées de toits aigus en ardoises.

La distribution intérieure du manoir est la suivante : au rez-de-chaussée, à gauche de la tourelle, « la salle »; à droite « la chambre basse » et un cabinet ou « petite despense »; au premier étage à gauche « la chambre sur la

(i) Commune du Translay, canton de Gamaches (Somme).

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salle », à droite la « chambre haute » ; au-dessus le grenier. De la cuisine il n'y a rien à dire, son mobilier en vaisselle de fer et d'étain offrant la plus grande analogie avec celui que je viens d'énumérer pour le manoir d'Oradour: on y remarque « ung pot de chambre » et « deux fers îi gaufre ». Il y a pour cent kilos pesant d'étain.

La« salle » mérite une description minutieuse. C'est l'appartement d'honneur servant à des usages multiples. C'est le salon et la salle à manger, c est là que le seigneur de Rouvroy donne audience à ses vassaux, c'est là qu'il reçoit les gentilshommes du voisinage qui viennent le visiter, c'est là qu'il les fait asseoir à sa table ; c'est là que l'on conserve les armes de guerre et de chasse, c'est là enfin aussi une chambre à coucher. Le mobilier se charge d'ailleurs d'expliquer les diverses destinations auxquelles on fait servir cette pièce, vaste et élevée, dont le sol est carrelé, dont le plafond, en bois de chêne, est décoré de poutrelles saillantes brunies par le temps et par la fumée.

La « salle » est à peu près carrée. Le côté qui touche à la cuisine est occupé par une petite porte et par une vaste cheminée garnie de deux chenets en fer; au-dessus du manteau sont accrochées deux arquebuses à croc (1) et un

(1) Longues et lourdes arquebuses servant & la défense des châteaux et places fortes. Un manuscrit contemporain, de 15(37, en parle en ces termes ; « les harquebuses à croc

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ET MANOIRS Wâ

epieu de chasse. Contre le mur vers le jardin es L un lit « estofîé avec ses matelas et traversins « et couvertes en tapisserie et les rideaulx en « tapisserie à personnages des istoîres de l*an- « cien et nouveau Tes triment » ; sur le côté faisant face h la cheminée, à droite, une porte donnant sur le vestibule et sur la tourelle de l'escalier; h gauche, juste en face de la cheminée, un grand buffet de bois de chêne « a deux « armoires fermant à serrures et à clets, avec « des médaillons », autrement dit quelque beau meuble artistement sculpté. Le long du mur, du coté de la cour est suspendue & une boite a ci horloge en cuyr noir aveuc de la peinture d es- « sus et tout alentour », Au centre de la salb\ une grande table de bois de poirier, montée sur deux tréteaux de fer et couverte d'un tapis de drap vert. A coté de la cheminée est placer1 « une grande cbelle à dos, en boys de ch^sne, « avec Técusson des armes dud, seigneur (( dpll'unct p1 e'esUà-dire une de ces grandes stalles comme on en voit quelques-unes dans les musées, meubles d'apparat que leur pesanteur empêchait de déplacer et où Ton aurait été

sunt de plusieurs longueurs et eu libres et aussi faut «fulls (elles) servant pour plusieurs effets. Les communes que l'on fend Ordinairement pour le Roi ont 3 pieds i, poulet! de long ou environ .pour le canon) la eirconf'érence à l'endroit de la lumière est de 7 pnulces 2 lignes, sur le devant 5 poulees 2 lignes. La longueur depuis lu don die jusque^ au rroefiel i pied 7 puulres, LVmiiOUi'liure eouLimt endiiunùue 11 lignes, le boulet (la balle) G lignes ». (Latreille, discours sur l'artillerie, Mss.)

trop mal assis sans la précaution que Von prenait de poser sur le siège un coussin mobile. Le long des murs sont rangés pêle-mêle quatre « chelles », ou chaises à haut dossier couvertes de cuir, trois tabourets également recouverts de cuir, deux « selles basses », trois grands fauteuils recouverts de tapisseries de Flandre, et deux grands coffres de bois de chêne fermant à clé, renfermant les armes défensives et offensives (1). Les murs sont entièrement recouverts d'une tenture en tapisserie de Flandre représentant « l'adoration des Rois Mages de Bethléem ».

Le mobilier de la « chambre basse » est des plus simples : un grand lit à quatre colonnes, dont le fond est garni de drap noir, et le devant et les deux côtés garnis de trois « pentes » de drap noir brodé de velours blanc, avec trois rideaux en camelot jaune bordés de franges; la literie consiste en une paillasse, un traversin rempli de plumes et une couverture de Catalogne rouge. A droite, un lit de camp en bois de chêne, muni de ses sangles et de ses ferrures, avec le ciel, le dossier, les trois pentes et les rideaux de damas noir, garni d'une paillasse, d'un traversin, d'un matelas de coton recouvert de futaine et d'une couverture de Catalogne blanche. Au milieu une table de chêne sur deux t réteaux de fer ; le long des murs, trois coffres de

(1) Ces armes sont décrites dans le chapitre précédent.

chêne fermant à clé: dans l'un, les papiers de famille et les titres de propriété; dans le second, « cinq pièces de velours blanc figuré, taillées pour faire un lever de lit » ; dans le troisième, des engins pour la pêche et pour la chasse au furet. A la suite, vient un cabinet ou. « petite despense » où il y a un grand buffet « à six armoires fermant à serrures et à clefs » qui renferme l'argenterie, à savoir trois coupes, une aiguière, un bassin à laver et douze cuillers d'argent; et trois coffres renfermant les vêtements du seigneur et de la dame de Rouvroy (1). C'est ainsi que le rez-de-chaussée du manoir nous révèle les secrets de la vie privée de ses habitants ; le seigneur et la dame de Rouvroy passent la journée dans la salle où il y a une cheminée et de bons fauteuils, ils y dînent, ils y reçoivent; le seigneur y conserve ses armes de guerre et de chasse. Les époux couchent dans la chambre basse, le mari dans le lit de camp, la femme dans le lit à colonnes, et ils s'habillent dans la « petite despense » où sont leurs vêtements.

La chapelle, qui ne sert plus au culte, quoi qu'ils soient bons catholiques, a été convertie en lingerie, où des armoires en « blancq bois » contiennent le linge de maison, et le linge de corps, soit quinze paires de drap de « fil de chanvre », trente nappes de même tissu, dix-

(1) Ces vêtements sont décrits dans le chapitre XVIIt

huit nappes « d'oubliés », trois douzaines de serviettes de fil de chanvre, six rideaux de « fil de lincq », trois courtines de soie noire et quatre autres de « fil de lincq », six douzaines de serviettes de même étoffe, sept longues nappes de lin, cinq serviettes de même, deux grandes et six petites « toielles à orilier », six « toielles de fil de lincq », quatre paires de drap de « fil de lincq », et douze chemises d'homme de toile de lin.

Au premier étage, il y a deux chambres, la « chambre haute », chambre d'honneur à donner à un étranger ou à un ami. Un « tapis de tapisserie » couvre le sol carrelé ; au centre de la pièce est une table de noyer recouverte d'un grand lapis vert; d'un côté un buffet, dans le fond un lit en chêne à quatre colonnes, dont la literie est recouverte d'une grande couverture de satin cramoisi à crépines d'or et d'argent; le « tour du lit » est en serge et « les pendans » en toile de lin. D'un autre côté, une « couche » en boisa quatre petits piliers, et une « chaielle à dossier » recouverte d'une tapisserie. Dans la garde-robe, ou cabinet attenant, il n'y a qu'une table de chêne. L'autre chambre renferme tout ce qui ne sert pas, tout ce qui embarrasse, mais tout ce qui peut servir d'un moment à l'autre : c'est une succursale du grenier. Ce qui explique que Ton ait fait de cette chambre un grenier, c'est que du grenier on a fait une grange.

Sagit-il d'un château, la différence réside dans le plus grand nombre de chambres d'abord, et dans une plus grande richesse du mobilier. Ce qu'il faut remarquer, comme un trait caractéristique de Tépoque, c'est que chaque chambre a toujours deux lits inégaux : le grand lit à colonnes, et un lit de camp ou une couchette. Certains châteaux, pourtant, étaient bien moins meublés que certains manoirs, le château de Folleville (Somme), par exemple, quoiqu'il fut une forteresse importante dont anglais et français, au xve siècle, s'étaient disputés la possession, et que pendant les guerres civiles, à Tépoque de Henri IV, on eut jugé prudent de le démanteler. Il y a relativement peu de meubles dans ce château, dont les ruines, encore fort imposantes, attirent l'attention des archéologues et des curieux, et qui appartenait, en 1571, date de l'inventaire que j'ai sous les yeux, à « haut et puissant seigneur messire Loys de « Lannoy, chevalier de Tordre du Roy, capi- « taine de cinquante hommes d'armes de ses « ordonnances, gouverneur pour Sa Majesté « des villes de Boullogne et pays de Boullenoys ». Cela tenait sans doute à ce qu'il était rarement habité, M. de Lannoy faisant sa résidence habituelle dans la ville dont il avait le gouvernement depuis quelques années, et Tayant quitté pour se mettre dans les rangs des Huguenots, à la suite du prince de Condé. Voici la topographie de cette forteresse importante, quoique

de dimensions restreintes : au rez-de-chaussée» la cuisine, la tourelle appelée la Carbonnière, la grande salle basse, la tour près de cette salle » « la buyrie », le fournil, la chambre basse, deux^autres petites chambres, « la chambre du com — mun » "et la prison. Au premier étage, « h grande salle du haut », une petite tourelle, la chambre verte sur la grande salle, la tourelle, une autre tourelle, la chambre aux étuves et sa garde-robe, la chambre brûlée, la chambre neuve, la chambre du Roi et sa garde-robe, la galerie, la chambre de feu Monsieur (de Lannoy) et sa garde-robe, la salle y attenant, la chambre sur la buyrie. Au second étage, la chambre sur celle du feu seigneur, la chambre sur la garderobe, la chambre des demoiselles (M1169 de Lannoy), une petite chambre y attenant, le « couloir » au linge, le « couloir » aux tapisseries, et le grand cabinet. Ensuite viennent les dépendances extérieures, c'est-à-dire la grande écurie, les étables à vaches, à porcs, et les granges.

Ce qui prouve que M. de Lannoy, M. de Morvilliers, comme on rappelait, du nom d'une de ses seigneuries, ne résidait pas à Folleville, c'est que Ton ne trouve pas une seule arme dans ce logis d'un homme de guerre, à l'exception de dix hallebardes « à l'ancienne mode », neuf arquebuses à croc « en fonte » cinq grandes et quatre petites, et neuf fauconneaux en fer, c'est-à-dire des armes considérées comme

^e l'artillerie servant à la défense du château,

721 ^is rien qui soit personnel à son propriétaire.

^*^ revanche, il y a une belle argenterie, quan-

J ^ ^ de beau linge de table et de maison, et des

^ ;j>isseries de quoi tendre la plupart des

Cambres, mais tout cela serré dans des bahuts

~^* des armoires. Aussi, comme on ne peut se

^^itter de prendre sur le vif la vie de château

*^ans cette habitation déserte, faut-il se con-

^-^nter de jeter un rapide coup-d'œil sur les

principaux appartements.

Dans la grande salle, qui est pourtant la pièce d'honneur, il n'y a qu'une litière recouverte de cuir et doublée de velours violet; deux grands chenets de fer « à personnaiges », dans la cheminée; un lit de camp en bois « dans un fourreau de cuir; » les brancards d'une litière, cinq bahuts, deux coffres de chêne, six chevallets <le bois et un à roue, une grande table avec ses tréteaux, trois grands bancs en chêne, deux petits bancs â quatre pieds , dix hallebardes « de l'ancienne mode » et une bêche de fer « avec la boitte ».

La grande salle du haut est à peu près dépourvue de meubles; il y a trois grandes tables et deux petites, « deux à rallonge, une qui se tire, une qui se plie », deux grands « chemyrions (chenets) à pomme d'airain », un grand « buffet de salle », un grand bahut servant de garde-robe. La chambre verte renferme une couche de bois « godronnée » (cannelée), le

ciel en tapisserie, avec trois rideaux de serge damassée bleu et jaune; une couchette dont la literie est recouverte d'une couverture de serge bleue piquée; une échelle double pour tendre les tapisseries; une table àç. réteaux couverte d'un tapis de Turquie ; un buffet, deux grandes « chaielles à dos », Tune recouverte de serge et l'autre « de meschant satin blanc bordé de velours noir »; une petite « chaielle à dos»; un « passet couvert et faict à poinct desguille »; un écran pour mettre devant le feu; deux « chemynons » à pomme , une fourchette de fer; sept pièces de tapisserie « à bourdon » tendues sur les murailles. C'est la chambre d'honneur, après toutefois « la chambre du Roy » dont voici l'inventaire : une table à piliers, avec un tapis de Turquie « velu rouge »; deux chenets; un buffet recouvert d'un tapis de Turquie; une grande couche « de masquinerye peinte », le ciel et le dossier de velours noir et rouge; trois rideaux de taffetas noir et rouge; une paillasse, deux petits matelas, un traversin de duvet, une couverture de taffetas vert, piquée; une autre de taffetas bleu, piquée; une couchette de bois de chêne « ouvrée » (sculptée), avec le ciel de damas rouge à franges d'or, les trois rideaux et le dossier de même ; une chaise à dossier couverte de tapisserie; une « chaielle qui se plie », garnie de velours cramoisi, » et un « passet » de même ; un tabouret « sans couverture ». Dans la garde-robe de cette

ambre, il rfy a pas moins de « trois çhaielles msées ». Je termine cette rapide revue par la tmbre de « feu Monsieur », du défunt sei- ?ur : une table pliante à tréteaux, couverte n lapis a velu **; une autre petite table ttite; une couche de bois de chêne, avec le et le fond en drap ronge brodé de velours e% les trois rideaux en serge rouge; une pe-

^tdeux grandes chaises h dossier, dont Tune Ouverte de cuir; deux petits chenets et une tachette de fer; une couche faite en forme ImfTet, recouverte d'un topis de Turquie; les k rs recouverts de cinq pièces de tapisserie Lgurée de larmes, soleil ». [Inveni* oriy. BibL

M, Cauvel de Beau vil lé.) \ver le château de Longvilliers, en Bouinais (h, il eu est tout autrement. Forteresse ?si importante qup Folîeville, c'était une

le construction en pierres, carrée, renfernt tin<k c<mr intérieure sur laquelle prédit jMiir tous les appartements* D étroites et es meurtrières rompent seules vers la camme l'uniformité des épaisses murailles. Un îHevis, défendu par deux tours, donne *ès dans la COUr ; aux angles opposés se ■ssent la grosse tour et la tour du cabinet; une

quïcme tour s'élève entre la grosse tour et le qui est à gauche de la poterne. Au-dessus

la poterne il y a, au premier étage, une

) Canton d'Klaplcs (Pas-de-Calais).

chambre surmontée d'un galetas. Le rez-dechaussée se compose, dans Taile gauche, de la vieille cuisine, du bûcher, des caves et des celliers ; dans l'aile droite, de la cuisine et de l'office ; tout le bâtiment du fond est occupé par la grande salle basse et un cabinet y attenant. Au premier étage, nous trouvons dans l'aile gauche, une chambre dans une des tours de Importe, la grande chambre sur la vieille cuisine -, sa garde-robe, une autre chambre dans la tour puis la chambre de la grosse* tour; dans le corps de logis, la grande salle haute, la chambre de Monsieur, la chambre du milieu, puis deux autres chambres, et enfin celle de la tour du cabinet; en continuant par l'aile droite, nous entrons dans un cabinet qui nous conduit dans la chambre de Madame, située sur la cuisine et terminée par la garde-robe qui donne contre l'autre tour de la porte, dans laquelle il y a également une chambre. Le corps de logis et les ailes n'ont qu'un premier étage au-dessus duquel se profilent les toits élevés recouvrant de vastes greniers; ils sont dominés par les cinq tours surélevées d'un étage de plus, avec une chambre dans chacune, et qui, sous leurs toits d'ardoises, ont une couronne de mâchicoulis.

Je prends pour type du château, à l'époque des fils de Henri II, cette forteresse de Longvillers dans laquelle résidait, quand son service ne l'appelait pas à la Cour ou dans les

■anips, François de Belleval, baron de Longtflers, d'Avrilly et de Beauche, seigneur A^rmainvilliers, Recques et Marquise, lieute- T^tdes gardes du corps de Henri III, capitaine s gardes du corps du duc d'Epernon, genfcnomme ordinaire de la chambre de Henri IV, chevalier de l'Ordre, et où résidait avec lui ^tne de Sourhbuette du Halde, sa femme, fille * Pierre de Sourhouette du Halde, baron de -s trois baronies, seigneur de toutes ces seineuries, et de plus « bailli, capitaine et gouverneur des ville et château d'Etaples, pre- . mier valet de chambre couchant dans la chambre du Roi ». Nous le visiterons donc en étail, et c'est par cette visite que je terminerai e chapitre.

Dans la cuisine, dont le mobilier n'a rien ui puisse nous intéresser, une armoire ren- ^rme une nombreuse vaisselle d'étain pesant 23 livres. Dans l'olïice, il y a deux coffres emplis de linge de cuisine en toile de chanvre, il pièces, non façonné : il y en a quatre-vingtix aunes, tant nappes que serviettes. De l'ofce passons dans la grande salle basse, Tune es deux pièces de réception, puisqu'il y a ussi une grande salle haute. L'ameublement n est sobre et sévère ; les murs sont couverts 'une tapisserie de haute lice « à personnages 'Egyptiens » et la cheminée est également râpée d'une haute tapisserie « de plusieurs ouleurs ». Dans cette cheminée il faut remar-

quer deux chenets « de fonte à l'antique » ; d'un coté un « buffet de salle de bois d'érable », d'un autre côté « une petite armoire garnie de ferrures » ; autour de la salle et devant le foyer « trois cherres (grandes chaises) et une petite à enfant », quatorze escabelles de bois de noyer, deux coffres à bahut et deux huches de chêne ; au milieu de la salle une table carrée « qui se tire, » et une autre table carrée « en forme d'ung bureau de bois de chesne, » et quatre tableaux peints sur bois. Négligeons la cave et les celliers pour monter au premier étage.

Pour visiter le premier étage avec ordre et méthode, il faut commencer par un côté du château et finir par l'autre. Le point de départ logique est la poterne dans laquelle s'ouvrent les deux escaliers conduisant dans les deux tours qui en défendent l'entrée. L'escalier de la tour de gauche débouche dans une chambre circulaire meublée d'un lit de camp à l'impériale, d'une couchette de chêne avec un ciel de serge rouge borrlé de franges et de crépines vertes et blanches et des rideaux de serge rouge, avec sa literie, « son lit » comme on disait alors ; une fable, deux chaises, trois escabeaux et deux chenets de fer. Un corridor étroit et voûté nous mène dans la « grande chambre sur la vieille cuisine ; » la cheminée est garnie de deux chenets de fonte, les murs sont tendus d'une tapisserie de Beauvais, qui

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n'a pas moins de 68 aunes de développement. Il y a deux lits, l'un carré « garny de verges de fer et verny », l'autre en forme de couchette ; un « bufî'et de salle », deux tables dont une a tréteaux, deux <t cherres » : chai ses) à dos garnies de velours noir, quatre « placets couvert/ de tapyserie » et trois escabeaux. Puis vient la garde-robe où l'on trouve la literie des deux lits, un autre « buffet de salle *% une table à deux tréteaux, une couchette en chêne et noyer, une grande table en poirier, une petite table « en façon d'escabeau et une grande chayiv à dais, le fond de cuir ». De la garde-robe nous passons dans a la tour près la grande chambre », où Ton pouvait faire coucher quatre personnes, car il y a deux lits de camp, une couchette et une armoire « en façon de buffet, pour mettre un lict», avec leurs literies et leurs * Catalogne» » rouges et vertes, une table à deux tréteaux, une « chaise à dos » et un placet, une cheminée avec deux chenets de fer. Au second étage de la tour on trouve une couchette avec un ciel de droguet noir et blanc, un « châlit (1) de bois de chesne », une table carrée et un buffet

Redescendons et reprenons la visite du premier étage. A la suite de la garde-robe que nous avons quittée pour entrer dans la tour,

(Ij Bois de lit ou couchette. Quoique ce terme soit vieilli, il est encore français, « un châlit ou couchette » (Inventaire de l'archevêché de Rouen en 1508).

vient une chambre meublée d'un buffet, d'une chaise à dossier, d'un escabeau et d'un lit carré en façon de lit de camp, avec le ciel, les pentes, le fond et le dossier en tapisserie « à point « croisé, rehaussés de soie et doublés de taffe- « tas vert ».

Nous voici enfin porvenu à la « grosse tour», dans laquelle, ainsi que dans les autres tours, devaient loger les soldats formait jfa garnison du château, si l'on en juge par là simplicité toute militaire de l'ameublement dette garnison, durant les troubles de la Ligue, se composait de soixante arquebusiers. La chambre du premier étage ne contient qu'une ïable, un buffet, un escabeau, une couchette garnie avec un ciel à deux pentes en tapissôriç/dite point de Hongrie, et trois rideaux dé camelot, et un «châlit » également garni. Il en est de même dans la chambre du second étage, avec un lit de camp, un châlit et une faible carrée. La grosse tour, placée à l'angle de l'aile gauche et du corps de logis, est par conséquent adossée à la « grande salle haute » située précisément au-dessus de la grande salle basse. Cette vaste pièce est à peine meublée et servait de garderobe au baron de Longvilliers, dont la chambre est contiguë. Le mobilier consiste en deux chenets de fer forgé dans la vaste cheminée, un buffet à deux portes et deux tiroirs, en bois de chêne ; quatre chaises, trois escabelles, quatre tableaux peints sur bois, et six grands « coffres

i bahut », dans lesquels sont enfermés les armes et les vêtements du baron, dont j'ai donné l'inventaire dans les deux précédents chapitres. Dans un coin sont appuyés deux hallebardes et un épieu de chasse.

De cette grande salle on entre dans la chambre dite « chambre de Monsieur », dont les murs sont tendus de six pièces de tapisserie « à feuillages, contenant 29 aulnes » alternant avec six tableaux peints sur bois. Dans la cheminée deux chenets « de fer fontif » et une pelle en fer. Dans un coin, un lit de noyer « à quatre piliers tournés, avec un ciel et trois pièces de courtine de damas changeant ». A la place d'honneur, au fond de la chambre, un superbe lit en bois de chêne, garni de « six pièces de pente», d'\in ciel, d'un dossier et de « soubassements » en satin cramoisi « broché de cordons d'or », avec les rideaux de « damas cramoisy bordés de cordons d'or, à franges et crespines d'or ». La literie est recouverte par une couverture de tapisserie à feuillages. Sur un « coffre à bahut » sont rangés « plusieurs « livres tant en latin que en français etaultres « langues, vieux et uzés » ; à côté du coffre deux chaises à dos, garnies de velours noir. La « chambre du milieu » qui vient après, est moins somptueusement meublée ; tout y est en bois de chêne, la table à quatre pieds, le lit à quatre piliers carrés, le lit et le petit chariot d'enfants, le buffet et les trois bahuts renfer-

mant une grande quantité de linge de cuisine; sur les murs sont tendues neuf pièces de tapisserie bleue et jaune, rayées de bandes blanches et rouges, et sur un des coffres sont posés deux, coussins de tapisserie aux armes du seigneur de Longvilliers. Dans la chambre qui suit il n'y tx qu'une table à tréteaux, une lanterne, une esca— belle en chêne, trois tableaux sur toile et un sur bois, un lit de camp à crochets, et un beau lit en chêne orné « d'un tour de lict faict par « carreaux de velours blancq et de toile d'or ef u d'argent, les franges de soye blanche, les « crépines d'or, le fond de velours violet brun, « le dessus de mesme, et six pièces de pente de « thoile d'or et d'argent en carreaux, les bor- « dures de velours violet broudé en feuil- « lages. »

Nous voici parvenus à la tour, qui, en parallèle avec la grosse tour, fait communiquer le corps de logis avec l'aile droite. On l'appelle « tour après le cabinet » parce que le premier appartement que l'on trouve dans l'aile droite est « le cabinet de la chambre de Madame ». Cette tour est entièrement privée de cabinet, mais en revanche, il faut remarquer dans la chambre du premier « six fauconneaux' de diverses grandeurs garnys de leurs monteures >; (1). C'est l'artillerie du château.

(1) Le fauconneau était la plus petite pièce d'artillerie. Elle varia «le calibre et de longueur, mais à la lin du xvi* siècle, en moyenne le fauconneau avait 0 à 7 pieds de Ion-

Dans le cabinet de Mme de Longvilliers, il y a '^u de gros meubles, un « lit vert à se reposer » , ^ placet couvert de tapisserie, deux escabeaux t noyer, une table à tiroirs en chêne, un Lfcut contenant de beau linge. Les petits meu- ^s élégants, féminins, sont deux petits cof- ^sde soie « avec cassolettes », une « gaigne «Dutilzà jardinyer plaine d'outilz », une gaine contenant dix couteaux, une montre et un

cabinet de bois dans lequel il y a plusieurs 1 petites pièces qui servent de parement au dict « cabynet ». La « chambre de Madame »r dans laquelle nous entrons ensuite, est §ans conteste la plus élégamment ornée de toutes les chambres du château. Dans la cheminée, dont te manteau est décoré d'une « litre de tapisserie » pièce en forme de longue bande), il y a deux chenets de fonte et une « palette à feu » (une oelle). Contre la muraille qui y fait face, est idossé un vaste et superbe lit carré en chêne >t noyer, à quatre piliers tournés en spirale, le ûel, le dossier et le fond, ainsi que les trois jentes, sont « en drap d'or et velours céleste, ( semés de lettres d'or, où sont les armes du seic gneur deffunctetde ladite dame », les quatre •idéaux sont en damas violet, et une courte jointe en damas bleu recouvre la literie. C'est

^ueur, le calibre était de 2 pouces 1/2; la longeur du canon

0 pouces. La fabrication revenait à 18 écus ; le poids 1000

1 1200 livres. Quand le fauconneau était sur affût roulant, >n y attelait deux chevaux.

le lit de mariage. D'un autre coté, voici un buffet de môme travail et de même bois que le lit, fermant à clé, avec deux tiroirs, une table „« en forme de tresteau », couverte d'un tapis de tapisserie, deux petites chaises garnies de tapisserie, deux escabeaux, une « petite tablette « en façon de escabeau », une « chaire » ou chaise à haut dossier sculpté, une « cuvette à « rafraischir vin », un bahut fermant à clé; à la muraille est accrochée « une orloge sonnante « avecq les contre-poix, façon d'Allemagne ». Dans la garde-robe qui fait suite à la chambre et va s'appuyer contre une des tours défendant l'entrée, il y a plusieurs « coffres àbahut » fermant à clé : dans le premier, il y a des garnitures de rechange pour les lits, c'est-à-dire les trois pentes, le ciel et le dossier; en voici une en tapisserie, une autre en tapisserie « au « point croisé », une autre en serge rouge de Beauvais, brodée de velours vert avec les piqûres en soie blanche. Dans le second coffre, doublé de toile blanche et divisé en plusieurs compartiments, et dans un troisième sont les vêtements de la châtelaine décrits dans le chapitre xviii. Le quatrième est rempli de linge de corps et de table. Un coffret renferme l'argenterie, un autre coffret, les bijoux très nombreux et très riches.

Nous entrons maintenant dans la seconde des deux tours qui défendent la porte et nous trouvons dans la chambre, un lit de camp avec

toutes ses garnitures en vieux velours figuré brun et les rideaux en taffetas, une table en noyer sur deux tréteaux de fer, un buffet, deuxescabeaux et « une cherre » en chêne. Dans la chambre au-dessus de la porte, entre les deux tours, il n'y a qu'un chenet de fonte, un lit de camp et une table carrée; dans le « galetas » qui la surmonte, un châlit et sa literie, deux tables, dont une sur tréteaux. Après avoir descendu les deux étages d'un étroit escalier à vis, nous voici sous la poterne, hors du château, et à la fin du chapitre qui nous a fait pénétrer dans l'intimité de nos ancêtres de la fin du xvic siècle.

L'armée française sous Charles IX et Henri III.

Je n'ai pas la prétention d'écrire ici une étude approfondie sur l'armée française pendant les règnes de Charles IX et de Henri III. Je veux simplement donner une idée de ce qu'étaient les forces militaires du Royaume, au point de vue du détail, de la composition des différents corps et de leur solde. Je prends quatre époques pour servir de termes de comparaison, 1562 et 1570 pour Charles IX, 1580 et 1586 pour Henri III. Je puise mes renseignements à uue source autorisée et inédite, un manuscrit qui est en ma possession, intitulé : État militaire de la France de 1S40 à 1740, ot qui a appartenu à M. Bauyn d'Angervilliers, ministre de la guerre, pour qui et par Tordre de qui il avait été écrit en 1740, d'après des recherches commencées en 1733.

L'infanterie française portait encore en 1562, le nom de « légionnaires ». Il y avait les légionnaires de Guyenne, Picardie, Champagne, Provence et Dauphiné, Normandie, Languedoc et Bretagne. Chaque légion était divisée en un

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