‹ Les derniers ValoisChapitre 35 sur 47 · U() BUSSY D'AMBOISE ET MADAME DE MONTSOREAU · texte numérisé non relu

U() BUSSY D'AMBOISE ET MADAME DE MONTSOREAU

où une fenêtre étant ouverte ou enfoncée par lui et comme il s'apprêtait à tenter ce dernier moyen de salut, Montsoreau profita de ce qu'il tournait le dos pour le fnapper par derrière et Tabatlre d'un dernier coup.

C'est ainsi qu'est mort le brave Bussy que l'on a inhumé dans l'église des Gordeliers de Saumur, avec les honneurs dus au gouverneur d'une province. Cette mort fit grand bruit. Henri III seul n'en parut éprouver aucune émotion, non plus que le duc d'Anjou aussi ingrat que lâche. Le comte de Montsoreau, qui ne fut pas inquiété, fut néanmoins obligé de s'entourer de beaucoup de précautions, car voyant que la justice n'informait pas contre le meurtrier, un beau-frère de Bussy, Jean de Montluc, seigneur de Balagny (1), époux de Renée de Clermont d'Amboise, sœur de Bussy, jura de le venger et pendant neuf ans il chercha, sans pouvoir l'atteindre, l'occasion de tuer Montsoreau. Au bout de ce laps de temps, le Roi « les fit s'accommoder », selon le langage du temps, ce qui prouve bien que ni le chagrin ni les rancunes ne sont éternels.

(1) Fils naturel de Jean de Montluc, évêque de Valence et d'Anne Martin, légitimé en 1567. Gouverneur de Cambrai on 1581. 11 prit le parti de la Ligue en 1593. Sa femme, une héroïne, obtint de Henri IV que celui-ci laisserait à son mari Cambrai avec titre de principauté souveraine et qu'il fut créé maréchal de France. Mais les habitants de Cambrai secouèrent ce joug, se révoltèrent et chassèrent Balagny \v 7 octobre 1595. Sa femme qui avait pris les armes mourut <d' désespoir le jour môme. Le maréchal mourut en 1603.

La Danse à la Cour et à la Ville

La danse n'est pas en honneur auprès du clergé; certains de ses membres poussent lintolérance jusqu'à la considérer comme un péché, et cependant, jadis, le cierge dansait. Il dansait dans les églises, à l'occasion de certaines fêtes particulières; mais tout le monde protesta, les Conciles, les Papesr les Evêques, les Rois, et ces danses sacrées furent tout à fait supprimées. Pourtant, au xvï* siècle, on vit encore des prêtres danser* Dans un bal que Louis XII donna à Milan, les cardinaux de Narbonne et de Saint-Quentin dansèrent et s'en acquittèrent fort bien» Plus récemment, au concile de Trente, en 1562, dans le grand bal que Ton offrit au roi d'Espagne, Philippe II, venu pour visiter le Concile, tout le monde prit part à la danse, cardinaux, prélats et jusqu'au sombre monarque. Mais il s'agissait de danses bustes, ainsi nommées par opposition avec les danses hautes, vives et légères. Les danses basses étaient des manières de processions, pendant lesquelles on devait garder le

maintien le plus grave et le plus compassé, où la musique lente et sérieuse était à l'unisson des visages, et où Ton figurait, les cavaliers avec le manteau et Pépée, tenant leur toque à la main, et les dames vêtues des robes de cour en étoffes lourdes et traînant jusque sur lesoU Les danses basses étaient venues d'Italie et d'Espagne sous les règnes de François Ier et <te Henri IL dans les bagages des reines Eléonor^ d'Autriche et Catherine de Médicis. Mais lorsque Catherine devint Régente, du grave on passtav au doux et du sévère au plaisant. Non seulement la Heine fit composer des ballets héroïques (1), mais elle les fit danser par ses filles d'honneur, dont la vertu était le moindre capital, et par les jeunes seigneurs de la maison, de ses fils lesquels ne dédaignèrent pas d'y figurer souvent eux-mêmes. Tandis que ceux-ci, abordant le rôle et les fonctions jusqu'alors réservés aux danseurs de profession, déployaient leur agilité dans les caprioles, tordions, ras de vaches, jetés, chassés, coupés, battus, pirouettes, et balancées, les damçs et les filles d'honneur, revêtues de costumes appropriés à leurs personnages, pouvaient, au moyen de jupes un peu écourtées, faire remarquer la petitesse de leurs pieds et le modelé de leurs

(1) Le dimanche 15 octobre 1581, on dansa, devant le Roi et la Reine le ballet de Circé et de ses nymphes qui, commencé à 10 heures du soir durait encore à 3 heures du matin. Le Roi, déclarant qu'il était exténué de fatigue, donna le signal

du départ.

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jambes. C'est encore à la reine-mère que Ton doit l'invention des bals masqués. Dans cette œuvre joyeuse, la seule qui ait vraiment contenté tout le monde, elle eut un puissant auxiliaire dans la personne de Madame Marguerite, sa fille, la princesse séduisante entre toutes. Celle-ci excellait surtout dans la bourrée, une danse d'Auvergne, qu elle introduisit pour ce motif à la Cour, où la bourrée se maintint jusqu'au règne de Louis XIII, pour y reparaître cent ans plus tard.

Il y avait deux sortes de basses danses. Celle-ci était composée de pas et de figures lents et graves que Ton marchait sans quitter le sol. Elle comportait une certaine variété, puisqu'il y en avait quatre espèces différentes que Ton nommait : Jouissance vous donnerai, la Toutefrelore, Confortez-moi et la Patience, des premiers mots des paroles qui avaient été adaptées sur leurs airs (1). Le même nom était aussi employé pour désigner la première partie de certaines danses qui commençaient sur une mesure grave et lente pour finir sur un mode plus vif et plus gai. C'était alors un ballet divisé en trois périodes, la basse-danse pour commencer, le retour de la basse-danse pour continer, et pour finir le tordion qui ne laissait rien à désirer sous le rapport de l'animation. Ce ballet était fort plaisant pour les contrastes.

(1) Orchésographie, par Thoinet Arbeau (Jean Tabourot, sieur des Accords) 1590, in-4, avec figures.

I] n'y avait pas un bal qui ne commençât par un branle ou ronde, la danse la plus populaire en France et, sans contredit, la plus ancienne. Le caractère général du branle était que chacun se tenait par la main, et que, se balançant réciproquement les bras, les danseurs tournaient en rond ou bien avançaient et reculaient de quelques pas.

Si Ton se vantait de savoir danser le branle, on ne risquait rien de s'entendre demander lequel, car il ne manquait pas de variétés dans cette sorte de danse. Il y avait le branle simple. où Ton n'avançait et Ton ne reculait qu'une seule fois; le branle gai, où tous les mouvements étaient vifs et rapides, et le branle de Bourgogne, où Ton se portait tantôt à droite, tantôt à gauche : le branle du Haut-Barrois, mêlé de sauts et de bonds et, par conséquent, plus vif que tous les autres ; les branles de Monliérender en Champagne, du Hainaut et du Comfal d'Avignon; le branle de Poitou, où Ton observait de marcher toujours à gauche et jamais à droite ; le branle de Bretagne', le branle d Ecosse ; le branle de Malte. Il y avait les bran/es coupés, ainsi nommés parce qu'au lieu de tourner en rond les danseurs se divisaient en deux troupes qui marchaient à la rencontre Tune de l'autre : on en connaissait cinq : les branles de Cassandre, de Charlotte, de Pinagai, de Laridan et de la Guerre.

Il y avait des branles qui tiraient leur nom

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de la manière de les danser, tels que celui des Lavandières, où, à certains moments, Ton frappait des mains en imitant le bruit des battoirs ; le branle des sabots, où l'on frappait des pieds en cadence : le branle des chevaux où le danseur imitait, en regardant sa danseuse, le hennissement du cheval et faisait, en même temps, de petits sauts pour simuler les ruades. D'autres étaient désignés par le nom des airs que Ton chantait, et c'est parmi eux qu'il faut ranger les branles des Hermites, des Pois, de la Moutarde, et de C Officine : car la plupart de ces branles étaient mêlés de chansons- Dans le branle de la Haie, où danseurs et danseuses marchaient à la suite les uns des autres, celui qui menait le branle, qui marchait en tête, chantait un couplet dont les autres répétaient le refrain en chœur tout en dansant, c'est pour cela que ce branle était aussi appelé branle à mener.

S'il devait y avoir un bal aux Brandons, alors c'était bien différent; chacun composait son maintien et son visage, et en prenant l'air ennuyé on ne se donnait que l'extérieur du sentiment que l'on avait en réalité. Les bals aux Brandons n'avaient lieu que dans les circonstances solennelles, telles que le couronnement ou le mariage des Rois, des Princes ou des grands seigneurs. Ce nom leur venait du branle des chandeliers ou des brandons par lequel il était d'un usage invariable d'ouvrir ces bals. Au

son des cymbales, des trompettes et des hautbois jouant un air sérieux, les danseurs s'avançaient, tenant d'une main un flambeau allumé et présentant l'autre main à leurs danseuses. Cela s'est conservé en Allemagne sous le nom de Marche aux flambeaux. Quant aux bals ordinaires, ils commençaient toujours par un branle simple et se terminaient par un branle double ou chanté, que l'on appelait branle de sortie.

Dans l'intervalle qui séparait ces deux branles l'un de l'autre, c'est-à-dire pendant le bal on passait en revue toutes les danses connues : on mêlait les danses populaires aux danses savantes. Dans la catégorie des danses populaires, il faut classer la bourrée, elle était d'un mouvement fort gai et en deux temps ; le passe-pied ou tiborii danse bretonne; la volte de Provence, qui se danse au son des cymbales ; le rigodon du même pays, dont le pas consiste à se rapprocher les deux pieds, à plier les deux genoux et à se relever en sautant; le tambourin du Béarn; les danses poitevines avec la cornemuse ; les danses bourguignonnes et champenoises accompagnées par le petit hautbois et le tambourin. Chacune de ces danses était d'autant mieux exécutée que les jeunes seigneurs, originaires de ces différentes provinces, figuraient dans leurs danses nationales et s'y montraient supérieurs à tous les autres.

Pour les danses savantes, il fallait distinguer

entre les danses graves et les danses gaies. C'est dans la première série, comme étant la plus grave de toutes, qu'il convient de ranger la pavane, danse espagnole. De pavane on a fait pavaner et se pavaner, c'est-à-dire se donner des airs de paon, se donner de grands airs. En cela seulement consistait tout le mérite de cette danse. Son caractère s'accommodait des vêtements longs et amples qui ajoutent à la dignité de la démarche. Pour qu'une pavane eut le cachet qui lui convenait, il fallait que les danseurs y figurassent avec le manteau et l'épée, les magistrats avec leurs simarres, et les dames avec les robes en lourdes et riches étoffes balayant le sol. Bien qu'il y eut une distinction à faire entre la pavane française et la pavane espagnole, le pas ne consistait qu'en un coulé et un marché, pendant lequel il fallait s'armer de toute la dignité dont on était susceptible.

Aux danses graves appartenait encore le menuet, originaire du Poitou, ainsi nommé pour les petits pas que faisaient les danseurs et qui consistait seulement en trois figures, un coupé, un relevé et un balancement. Les airs avaient été composés par Ducoroy qui a joui d'une grande réputation comme musicien sous les règnes de Charles IX et de Henri III. La 67*0ro/ine, importée d'Italie, tenait le milieu entre les danses basses et les danses hautes, qui consistaient principalement en la courante, la gaillarde ou romaine, la gavotte, la morisque

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