HENRI III ET SES FAVORIS
dans la nef leurs gants et leurs éventails ; on retire les deux nappes qu'on remplace par un grand tapis traînant jusqu'à terre, on apporte des cartes et le jeu commence.
Pour qu'on ne suppose pas que ce qui précède est un travail de pure imagination, je renvoie les lecteurs à un livre très curieux et très rare, d'où ceci est tiré. La description Je Hie des Hermaphrodites, nouvellement découverte, par Artus Thomas, sieur d'Ambry, fat publiée en 1605. C était un violent pamphlet contre la mémoire d'Henri III, et de ses courtisans. Gomme la majesté royale y était largement outragée, on proposa à Henri IV d'exercer des poursuites contre l'auteur. Le Béarnais se lit lire le livre et répondit ensuite par un refus : « Je me ferais conscience, ajouta-t-il, de chagriner un homme pour avoir dit la vérité ».
Il n'y a donc rien à retrancher du portrait que je viens d'esquisser de Henri III et de ses favoris.
Les duels et le point d'honneur
Aujourd'hui, lorsqu'on a « échangé deux balles sans résultat » l'honneur est satisfait. En vérité, il est bien bon d'être satisfait pour si peu. Jadis, on allait sur le terrain pour un mot en l'air, pour rien, pour le plaisir dy aller; à présent, quand deux hommes se sont injuriés comme des croclieteurs, il n'arrive pas toujours qu'ils consentent à se battre; les témoins trouvent la plupart du temps qu'il « n'y a pas matière à rencontre ». Ils seraient encore bien plus ingénieux s'il leur fallait, comme jadis, dégainer et se battre pour l'honneur, à coté de leurs clients,
A peine le duel fut-il d'usage qu'il développa toute son intensité. Avant le JOV* siècle, il n'y avait d'autre duel que? le duel judiciaire. Au xive et au xve siècles, la guerre de Cent ans suffit à alimenter l'instinct belliqueux de la noblesse française. Le duel ne date, pour ainsi dire, que du règne des fils de Henri II, où il servait d'intermède aux guerres de Religion. Sous Henri IV et Louis XI11 il Ht fureur. Mais il
commença à décroître sous Louis XIV et ne tarda môme pas à disparaître presque entièrement, parce que le grand Roi avait une manière à lui, la bonne sans doute puisqu'elle réussit, de mettre un terme à cette coupe réglée de la noblesse.
A Paris, alors, on voyait journellement, au Pré aux Clercs, des gentilshommes, l'épée et la dague à la ceinture, s'aborder en se saluant avec les formes les plus raffinées de la politesse. Ils mettaient bas leur cape ou petit manteau qui pendait sur l'épaule gauche; de la main gauche, ils dégainaient la dague qui était attachée au ceinturon sur le flanc droit; delà main droite, ils dégageaient l'épée des pendants à boucles, formant ce qu'on appelait le crochet de ceinture ou les pendants d'épée et qui, rattachés par un crochet à un anneau enfilé dans le ceinturon, maintenaient l epée à la hanche gauche dans la position horizontale, de façon qu'en marchant on appuyait la main sur la poignée pour maintenir l'épée immobile aiiti que le fourreau ne s'embarrassât pas dans les jambes des gens que l'on rencontrait. Lorsque les combattants étaient à une vingtaine do pas l'un de l'autre, en tenant de la main droite l'épée dans son fourreau, d'un coup sec un faisait voler on l'air ce fourreau : c'était le nec plus ultra de l'élégance. Il fallait, en conséquence, que le fourreau de l'épée ne fut pas serré dans les pendants et que l'épée jouât
ET LE POINT D'HONNEUR • :>oi>
librement dans le fourreau. Cela était cause aussi que Ton faisait une grande consommation de ces fourreaux en bois léger recouverts de cuir mince. Les armuriers en avaient toujours des quantités de toutes longueurs, épaisseurs et largeurs, dans lesquels ils introduisaient une lame en bois pour les empêcher de se déformer sous l'action de la chaleur ou de l'humidité ; on pouyait donc, chez eux, remplacer séance tenante un fourreau perdu ou brisé.
Il y avait deux sortes de duels : le duel prémédité, convenu à l'avance, et le duel de hasard, de rencontre, instantané. Pour le premier on se battait, comme on disait alors, « en chemise >, c'est-à-dire sans pourpoint, et les témoins visitaient les adversaires pour s'assurer qu'ils ne portaient sous la chemise ni cuirasse secrète ni cotte de mailles. Dans les duels de rencontre, lorsqu'on s'attaquait inopinément dans la rue, on avait eu fréquemment l'occasion de constater que l'on avait affaire à un adversaire pourvu de ces armes défensives secrètes consistant, je viens de le dire, en une cotte de mailles fine et légère ou en une cuirasse ou « cuirassine » reproduisant exactement la forme du pourpoint qui était cousu sur elle, de sorte qu'en dépouillant l'un on dépouillait eu même temps l'autre. Cette cuirasse légère s'ouvrait par devant comme le pourpoint. Enfin , il arrivait parfois que Ton mettait dans la
toque, en guise de coiffe, une mince calotte de fer sur laquelle la coiffe d'étoffe était cousue. En ce temps où on dégainait à tout propos et lu plupart du temps hors de propos, il était prudent de prendre ces précautions et de faire en sorte de n'être pas tué au cours dune promenade.
Il n'arrivait pas toujours, mais cependant il arrivait souvent que le duel avait une mise en scène qui en faisait une véritable bataille rangée, comme cela eut lieu en 1607, en Anjou, où les seigneurs de Brézé et de Saint-Gemme, s'étant pris de querelle, se rencontrèrent accompagnéschacun de quatorze de leurs amis. 0n se battit quinze contre quinze, il y eut vingtcinq morts et cinq blessés. Aussi, n'y avait-il pien d'étonnant ou d'exagéré dans cette parole d'Antoine de Loménie de Brienne, secrétaire d'Etat, affirmant en 1607 à Henri IV que, depuis son avènement au trône, quatre mille gentilshommes avaient été tués en combat singulier. Le plus souvent, on avait un ou deux témoins qui se regardaient comme obligés de prendre une part active à une querelle qui leur était étrangère. Quand on n'avait qu'un témoin et qu'il se battait, on disait qu'il « secondait tel individu » ; si l'on avait un deuxième témoin, on disait qu'il « tierçait », puisque, par le fait, il y avait trois combattants.
Ce qui distinguait les duels de ce temps, c'était l'acharnement avec lequel on se battait.
On n admettait pas que les deux adversaires revinssent vivants ; il fallait que l'un ou l'autre succombât. Si celui qui tombait blessé ne demandait pas la vie, son adversaire l'achevait de sang froid, alors même qu'il était incapable de se défendre. Personne n'y trouvait à redire. En voici un frappant exemple entre tant d'autres que Ton pourrait citer. Le capitaine Lartigue ayant tenu quelques méchants propos sur Varaigne, gentilhomme gascon de la suite de Henri IV, peu de temps après la reddition de Paris, Varaigne, qui ne l'estimait pas d'assez bonne maison pour se mesurer avec lui, lui fit tout simplement donner des coups de bâton que Lartigue sut trouver moyen de lui rendre. Varaigne provoque Lartigue. Le combat a lieu « en chemise » c'est-à-dire sans pourpoint, avec l'épée et le poignard. Varaigne perce trois fois de suite Lartigue de part en part, mais celui-ci s'élance à corps perdu sur Varaigne et lui enfonce dans la poitrine son épée jusqu'à la garde; tous deux tombent mortellement blessés. On les croyait morts, lorsque Varaigne entendant Lartigue qui rendait les derniers soupirs, s'imagine qu'il pourrait lui survivre et triompher de sa mort; il réunit toutes ses forces, se traîne jusqu'auprès de son ennemi et prenant sa dague à deux mains, l'enfonce dans la poitrine de Lartigue sur le cadavre duquel il expire au même moment. Voici ce qu'on appellait un beau duel. De nos jours, quand après avoir
ferraillé pendant une demi heure, l'un des deux reçoit une petite blessure, une simple ôcorchure, les témoins se hâtent de déclarer que le blessé "— pour rire — est dans « un état manifeste d'infériorité » et.., on va déjeûner chacun de son côté. Aujourd'hui le point d'honneur est remplacé par le point de côté.
Il fallait s'attendre a toute heure à être « attaqué d'une querelle d'Allemand » (YEstoile. Journal du règne de Henri III) ; alors on se battait sur le champ et sans témoins. On n'y trouvait rien à redire et les mémoires contemporains prouvent que la loyauté du survivant n était pas plus soupçonnée que sa liberté n'était compromise. Ainsi, dans le cas où un des deux personnages, héros du drame dont je vais parler, aurait survécu, il eût été honoré, bien loin (l'être pour3uivi. Le 2 juin 1586, Henri d'Angoulême, Grand-Prieur de France (i) fils naturel de Henri II (2) étant à Aix-en-Provence, aperçut » à la fenêtre de son logis le capitaine Altoviti, capitaine d'une galère, duquel il croyait avoir à se plaindre: il monte chez lui, dégaine son
.1) De l'ordre de Malte qui comptait en France six Grands- Prieurés, ceux de France, d'Aquitaine, de Champagne, de Saint-Gilles, de Toulouse et d'Auvergne.
(2) Et d'une Écossaise, Miss Fleming. Après lui, le Grand- Prieuré de France passa à son petit-neveu, illégitime comme lui, Charles de Valois, comte d'Auvergne, puis duc d'Angoulème, fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet. En le* mettant dans l'ordre de Malte, c'était un moyen de les empêcher de faire souche et d'encombrer la famille royale do branches bâtardes.
épéo et le transperce. Altoviti tombé à genoux, eut avant de mourir assez de force pour tirer sa dague et en frapper au ventre le Grand- Prieur qui succomba quelques heures après. Brantôme, discours sur les duels).
Il est curieux de rechercher dans les mémoires contemporains les récits des aventures de ce genre car, grâce aux détails qui les accompagnent, 'ils nous font ainsi pénétrer dans Tintimité d'une sociétr qui avait gardé la barbarie des siècles précédents sous les dehors d'une civilisation bien plus raffinée. Le journal de Pierre de l'Estoile, grand audieneter de La Chancellerie (1), nous fournira à ne sujet les renseignements les plus précieux, car ce personnage était fort au courant de ce qui se passait à la cour et à la ville. Suivons donc le bon l'Estoile qui est un guide sur et une incontestable autorité.
Comme on se battait toujours, et même de plus en plus, le vendredi 10 janvier 1578, le roi « estant en sa chambre » où il y avait grande foule de princes et de courtisans, déclara qu'il avait résolu de mettre fin à ces querelles sanglantes et trop souvent futiles et dont on le rendait journellement témoin, et qu'il allait faire publier des ordonnances très sévères à ce sujet :
{[) Historien né en 1540, mort en 1611. On lui doit le Journal du règne de Henri lll et celui du règne de Henri I\\ qui sont les documents les plus intéressants sur l'histoire des mœurs de son temps.
« et de fait, elles furent peu de jours après publiées et imprimées et néanmoins très mal gardées, comme sont ordinairement en France les ordonnances » (L'Es toile).
Le premier exemple de désobéissance fut donné par les favoris du roi. Jacques de Lévis, comte de Quélus, était non seulement un beau mais un brave compagnon, aimable, bien fait et adroit en toutes choses. Aussi était-il, autant par ses qualités que par sa naissance, appelé à figurer parmi les jeunes seigneurs dont le roi aimait à s'entourer. Quélus aurait été sans rival s'il n'y avait pas eu celui que Ton avait surnommé le bel Entraguet, c'est-à-dire Charles de Balzac, seigneur de Dunes, frère puîné du seigneur d'Entragues. Il n'était pas seulement joli homme, mais il était quelque chose de mieux, c'est-à-dire lieutenant-général de l'Orléanais dont son frère était gouverneur, gouverneur de Saint-Dizier et capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances. Ce fut une simple rivalité galante qui divisa deux jeunes seigneurs que réunissait un commun dévoùment à la personne du roi.
Le samedi soir, 2G avril 1578, Quélus avait vu Entraguet sortant de la chambre d'une dame beaucoup plus connue par sa beauté que par sa sévérité, et lui avait dit en riant qu'il était un sot parce qu'il savait qu'elle avait bien d'autres galants que lui. Kn riant aussi, Entraguet répondit qu'il en avait menti. Là dessus, du rire pas-
sant à l'aigreur, ils conviennent de se battre et de se rencontret le lendemain, dimanche, à cinq heures du matin, au parc des Tournelles, qui servait de marché aux chevaux, auprès de la porte Saint-Antoine; chacun devait être accompagné de deux seconds, Quëlus prit Louis de Maugiron(l) qui était aussi l'un des favoris du roi, et Jeand'Arces, baron de Livarot (2). Entraguet choisit François d'Àydie, vicomte de Ribérac (3), et Georges de Schomberg (4) Son choix prouvait qu'il n'aurait pris été éloigné que les seconds acconniiMiflKfceiki l'affaire; Ribérac était un homme d'un caractère paisible, et Ion en disaitautant de Schomberg qui parlai ta peine français, qui n'avait que dix- huit ans et qui, amené en France pur son frère Gaspard, colonel des reîtres, cherchait bien plutôt 1^8 occasions de faire fortune que de tirer l'épée. En effet, dès que Ton fut arrivé sur le terrain, Ribérac s'avança vers Maugiron et lui dit : — Il me
(1) Fils de Laurent de Maugiron. comte de Montléans, lieutenant général en Dauphiné, et qui si; distingua parmi les catholiques dans les guerres de religion. — Famille du Dauphiné, éteinte.
(2) Famille également du Dauphiné. Celui-ci devait être la dernier de son nom. Apres lui, la baronie de Livarot (Calvadosl passa dans la famille d'Oraison.
(3) Famille d'Armagnac, éteinte. Ribérac, en Périgord; vicomte fut qui érigée en comté en 1595 pour Armand d'Aydie.
(4) Famille allemande, originaire de Misnie. Celui-ci n'avait que dix-huit ans. Il était venu, tout enfant, en France» avec son frère Gaspard de Schomberg qui y lit une grande fortune et devint colonel-général de la cavalerie allemande, gouverneur de la Marche et comte de tyanteuil. Né en 15M> en Saxe.il mourut à Paris, le 17 mars 1599. ,
semble que nous devrions plutôt accorder et rendre amis ces gentilshommes que de les hisser s'entretuer. — Par la mort-Dieu! Ribérac, répondit Maugiron, je ne suis pas venu ici pour enfilor des perles, et résolument je veux me battre. — Eh ! contre qui voudrais-tu te battre, Maugiron! repartit Ribérac tout surpris; tu n'as pas d'intérêt dans la querelle et, qui plus est, il n'y a ici personne qui soit ton ennemi.— GVst contre toi que je veux me battre ! s'écria Maugiron. — Prions Dieu et puis nous nous battrons, puisque tu le veux — Sa prière ne fut pas longue et pourtant Maugiron ne put s'empêcher de lui crier, en jurant, qu'il avait assez prié comme cela. Sur quoi, Ribérac se relevant et saisissant ses armes, se jette sur Maugiron et le blesse grièvement d'un furieux coup de pointe. Maugiron recule de quelques pas et tombe en allongeant son épée sur laquelle Ribérac, emporté par son élan, vient s'enferrer lui-même. Maugiron était mort et Ribérac n'en valait guère mieux.
Pendant ce temps, Quélus et Entraguet en étaient venus aux mains, mais Quélus avait oublié sa dague et demandait à Entraguet de jeter la sienne. Celui-ci s'y refusait absolument, en disant que Quélus perdait le sens et que c'était tant pis pour lui s'il n'avait pas eu meilleure mémoire. Sur ces entrefaites, Quélus réussit à percer le bras gauche d'Entraguet qui dut, malgré lui, laisser échapper sa dague, mais
ET LE POINT D'HONNEUR *3t5T
cela ne servit pas à grand'chose àQuélus qui recul trois ou quatre coups d'épée dans la poitrine et tomba, en demandant la vie à Entraguet qui, sans cela, Taurait achevé.
Voyant ce double combat, Schomberg se prit à dire à Livarot : — Ils se battent tous quatre ; que ferons-nous? — Battons-nous aussi pour notre honneur, répondit Livarot. — Ils commencèrent donc à se charger de bon cœur. Schomberg, d'un coup de taille à la mode de son pays, fend toute la joue gauche de Livarot qui, d'une estocade au sein, étend Schomberg raide morL Sur ce champ de bataille, un seul des six combattants restait debout, Entraguet, encore était il blessé au bras gauche ; Muugtron et Schomberg étaient morts, Quélus et Ribérac étaient mourants. Livarot, qui perdait beaucoup de sang, était aussi couché à côté d'eux.
Ribérac trépassa le lendemain à l'hôtel de Guise où on l'avait transporté; Quélus mourut le dix-huitième jour, à l'hôtel de Boissy, dans les bras du roi qui se montrait inconsolable et q ui aurait fait décapiter Entraguet, si celui-ci n'avait pas pris la fuite. Livarot ne tarda pas à guérir, mais ce fut pour succomber deux ans après, à Blois, le 1er mars 1581, dans un duel avec le marquis de Maignelay (1). Ils s'étaient
(1) Louis d'Hallwin, marquis do Piennes. Ses frères eurent tous une lin tragique : Florimond, gouverneur de la Père, y fut assassiné en 1591 par le vice-sénéchal de Montélimar* assisté du lieutenant des gardes du duc de Mayenne ; Robertfut tué à la bataille de Coutras; Léonor, gouverneur de Doullens,
pris de querelle après avoir soupe à la table du roi. Le bord de la Loire fut choisi pour le lieu du combat. Livarot y avait envoyé son laquais à l'avance cacher une épée dans le sable, et ce laquais et celui du marquis furent les seuls témoins de la rencontre. Livarot ayant été tué, son laquais déterra l'épée qu'il avait cachée la veille et en frappa par derrière Maignelay qui mourut sur la place.
Le 23 juillet suivant, pendant que Ton célébrait dans l'église Saint-Paul le service de Saint- Mégrin, un autre favori du roi, que le duc de (iuise avait, dit-on, fait assassiner l'avant-veil le parce qu'il courtisait la duchesse, à la porte même de l'église Gramont ^1) et un autre gentil homme tirèrent l'épée , parce que l'un d'eux avait enlevé une baguette des mains du page de l'autre. Gramont tua son adversaire.
Un an auparavant, un duel analogue, mais qui n'avait pas eu le retentissement de celui-ci, avait déroulé à Abbeville (Somme) ses péripéties sanglantes. Six gentilshommes s'y étaient aussi rencontrés, trois contre trois. Jean Carpentin. écuyer, seigneur de Berlettes, huguenot, avait investi le manoir de Rouvroy, tandis que son possesseur, Jacques de Belleval, écuyer,
fui tué à la prise de cette place par les Espagnols le 29 juillet 1595, et Charles, son frère, y fut tué également. Il n'est pas .jusqu a leur beau-frère, François de Brouilly, mari de leur sœur Louise, qui fut tué au combat de Senlisle 17 mai 1589. (1) Philibert de Gramont, comte de Gramont, vicomte d'Aster, tué au siège de la Fère, en 1580.
seigneur de Rouvroy, gentilhomme du cardinal de Bourbon (1), était absent. Un dos serviteurs avait été tué dans In défense, h la faveur de laquelle In Femme du soigneur dp Rouvmv avait pu s'enfuir; mais, durant cette fuite, elle nvnit été tuée par sou cheval, Jacques de Bel Irvn L était assisté de François de Crcquy, vicomte de Langle, guidon do 1h compagnie d'homme d'armes de M. de Bourbon-Rubempré, et de Gédéûii d'Aigne ville, éeuyar, ses voisins et amis, tous catholiques, Jean Gnrpeu tin avait pouf seconds deux huguenots comme lui. Jeun de Ram bures, seigneur de Poireauville, son beau-frère, et Jules-César de Gouy, homme d'armes des ordonnances, son ami. Le combat euî lieu à Abbeville, auprès de la porte d'Hocquet, le lfi janvier 1577» avec Tépée et lu dague, Jacques de Bel levai tua Jean Oirpentin de cinq coups d'épée; le vicomte de Langle UiaJuIrs- Cësnr de Gouy, et Jean de Rnmhures blessa grièvement Gédéon d'Aignevilic qui mourut là quatorzième jour après le combat.
De Paris et de la Cour, l'émulation gagnait la province- Sans nippe 1er les duels de Bussy d\\m boise, dont j'ai suiïisamment parlé au ebapître XXIII, il faut mentionner les deux frères de Duras i;i) dégainant a Agen, le 13
• 1 Charles X, le roi de la Ligue.
\2) Jean rie DurforL, baron de Duras, chevalier de l'Ordre du Roi, gentilhomme ordinaire de la chambre, tuè h la bataille &q CouLras. k1 2> octobre 1587. — Jae jues ûi Dm fort, héritier de bou fr*Vro, plus Lard mar.juis de Duras, chevalier
mars 1579, contre le baron do Salignac ;1 et le vicomte de Turenno (2), et celui-ci recevait dixsept coups d'épée.
Le 8 mars 1580, le baron de Biron, qui devint duc et maréchal de France, assisté de MM. de Loignac et de Génissac. se rencontre entre Montrouge et Vaugirard avec des Cars de Carency, fils aîné du comte de La Vauguyon. accompagné de MM. d'Estissac et de la Bastie. Biron, quoique blessé au bras gauche, tue Carency, Génissac tue la Bastie. Loignac blesse grièvement Estissac, remonte à cheval et reste tranquillement à regarder son adversaire mourir. Mais cette cruauté fut fortement blâmer et on lui prédit un châtiment qui tomba, non sur lui, mais sur ses descendants; son fils et son petit-fils furent tous deux tués en duel, l'un dans le Ilouergue par le baron de Mégalas: l'autre à Bicetre, près Paris, par le baron de lia bat. Le 18 avril 1584, MM. de Gerzeyen Anjou et de Monchy s'entretuèrent au Pré-aux- Clercs « desmélant une légère querelle ». Pour une fois que le roi s'en mêla, ses archers relies Ordres du Koi, conseiller en ses conseils d'Etat et privé. capitaine de 50 hommes d'armes des ordonnances. (1) De la famille de (iontaut.
2j Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, qui épousa, le 15 octobre 1591, Charlotte de la Marck, héritière du duché do Bouillon et de la principauté de Sedan. Henri IV, qui l'aimait beaucoup, le lit maréchal de France en 1598. 11 mourut a Sedan, le 25 mars 1623, à Page de 67 ans. Il n'avait doue que 2,'î ans à l'époque de ce duel auquel il survécut par miracle.
curent des horions. Le baron de Sanzey et le seigneur de la Roche des Aubiers allaient en venir aux mains au Pré-aux-Clercs. Des archers de la garde sont envoyés pour les séparer. Sanzey respectant la défense se retire aussitôt, mais la Roche des Aubiers et ses amis se mettent à charger les archers qui se défendent, et il y eut des morts et des blessés des deux côtés.
Contrairement à l'usage actuel, c'était l'appelant, c'est-à-dire le provocateur qui avait le choix des armes. On se battait la plupart du temps avec son épée et sa dague ; mais l'appelant avait néanmoins le droit incontesté d'apporter dagues et épées et de donner, parmi elles, le choix à son adversaire. Cela se spécifiait même dans le cartel que l'on envoyait à celui que Ton provoquait. Voici un curieux exemple de ces cartels envoyé par M. de Castelbayard à un de ses adversaires : « Monsieur, vous êtes si « peu de chose que, n'estoit l'insolence de vos <c paroles, je ne me souviendrais jamais de « vous. Le porteur vous dira le lieu où je suis « avec deux épées dont vous aurez le choix ; si « vous avez l'assurance d'y venir, je vous ôterai « la peine de vous en retourner ». Le fait est que ce fut Castelbayard qui s'en retourna, les pieds en avant, bien mort et porté par ses laquais.
A coté de ce modèle d'impertinence, que son auteur paya de sa vie, il faul consigner un autre cartel qui fut cité par toute la France» comme
un modèle de savoir-vivre. EdmedeMalain. baron de Lux, conseiller d'Etat, lieutenant du Hoi en Bourgogne et chevalier des Ordres du Roi, âgé de soixante ans, s'étant vanté un jour mal à propos qu'il avait été un de ceux qui avaient conseillé au roi Henri III de faire tuer le duc et le cardinal de Guise, le chevalier de Guise leur fils et neveu (1) l'ayant appris, contraignit le baron de Lux, qu'il avait rencontré dans la rue Sain -Honoré, à se battre séance tenante, et l'envoya rouler mort, d'un coup d'épée, dans la boutique d'un cordonnier. Le jeune baron de Lux, résolu à venger son père, fit porter au bout de quinze jours, au chevalier de Guise, un cartel conçu en ces termes : « Monseigneur, « nul ne peut être plus fidèle témoin du juste * sujet de ma douleur que vous-même. C'est « pourquoi, Monseigneur, je vous supplie de » pardonner très humblement à mon ressenti timent si je vous convie par ce billet à me v faire tant d'honneur de me voir l'épée à la « main pour tirer raison de la mort de mon « père. L'estime que je fais de votre courage « me fait espérer que vous ne mettrez point en « avant votre qualité pour éviter une action où « votre honneur vous oblige. Ce gentilhomme « vous mènera où je suis avec un bon cheval
U François-Alexandre-Paris de Lorraine, chevalier de r.uise, chevalier de Malte, lieutenant général en Provence. tue le l*r juin 1614 au château des Baux, en Provence, par f<s rclats d'une pièce d'artillerie à laquelle il venait de met-
Uv le feu.
« et deux épées desquelles vous aurez le choix. « Et s'il ne vous est agréable, j'iray partout où » vous me commanderez », Le chevalier de Guise comprit ce qu'il devait à un fils soucieux de venger son père: il accepta le cartel et le combat eut lieu à cheval, ce qui arrivait quelquefois, sans pourpoint et Tépée à la main. On courait l'un contre l'autre, ne pouvant échanger qu'un coup en se dépassant, comme on laisait avec la lance dans les tournois. A la seconde course, le chevalier de Guise eut l'épaule traversée; mais le baron de Lux7 touché à quatre courses successives, tombait mort i la cinquième. Les seconds, le chevalier de Grignan pour le prince et M. de iliolet pour le baron de Lux, avaient reçu, le premier, un coup d'estoc dans les reins, le second un coup de taille sur la tête. Gomme le vieux baron de Lux portait la croix du Saint-Esprit le jour où il avait succombé, on fit ce mauvais jeu de mots de dire que le chevalier de Guise avait tué le père, le fils et le Saint-Esprit.
Dans une circonstance analogue, la Providence se mit, du moins, du côté du bon droit M. de Millaud, de la maison d'Alègre, avait été tué en duel devant l'hôtel de Nesle en 1573 par le baron de Viteaux, de la famille du Prat (1). M. de Millaud le fils provoqua le baron de Viteaux et le tua, à son tour, derrière les Ghar-
(1) Guillaume du Prat, baron de Viteaux. Sa mère étant Marie d'Alègre, il se trouvait être le parent de son adversaire.
treux, l'épée d'une main et la dague de l'autre.
A la même famille du Prat appartenait aussi M. de Nantouillet, héros et victime d'un duel retentissant dont les contemporains ont conservé les détails, et par le récit duquel je terminerai cette étude. On disait communément alors qu'on n'avait jamais rien vu d'aussi extraordinaire.
Lorsque Henri, duc de Bar, fils aîné de Charles II, duc de Lorraine, vint à Paris pour épouser Catherine de Bourbon, sœur de Henri IV, quelques courtisans, parmi lesquels était Louis d'Agoult, comte deSault (1), allèrent au devant de lui pour lui faire cortège. M. de Nantouillet (2) se tenait à une fenêtre avec plusieurs autres, pour les voir passer. Comme on lui demandait pourquoi il ne les avait pas accompagnés, il répondit en se moquant qu'il n'y avait que les fâcheux dû la Cour qui y fussent allés. Le comte de Sault, à qui le propos avait été rapporté, dit que Nantouillet avait menti. Mais le roi leur envoya des gardes et on les réconcilia. Le marquis de Gœuvres (3), qui s'était proposé au comte de Sault pour lui servir
(1) Il était demi-frère de Charles de Blanohetort-Créqay, sa mère, Christine d'Aguerre, étant vetive d'Antoine de Blanchcfort-Créquy, lorsqu'elle épousa Françôift-Louls d'Agoult, comte de Sault.
(2; Michel-Antoine du Prat, seigneur de Nantouillet et de Précy, baron de Thouri.
(3) François-Annibal d'Ëstrées, marquis de Cœavras, frère de Gabrielie d'Ëstrées. maréchal de France, mort à Fige de 102 ans, à Paris, le 5 mai 1670.
de second, en fut donc pour ses frais. À quelque temps de là, le marquis de Cœuvres s'ctantpris de querelle avec M* ds BlanchelorL-Crcquy {ijf Nantouillet se hâta d'aller s'olfrîr à Cœuvres parce qu'il avait appris que le eomte de Sault serait le second de Créquy. Le roi ayant envoyé des gardes aux deux adversaires, Gréquy seul les reçut. Cœuvres s'enfuit du Louvre, sans manteau, et se retira au . chAteau de Nantouillet (2). Le comte de Sault et Nantouillet avaient été laissés en liberté. Nantouillet en profila pour voir le comte et lui proposa de renouer l'affaire à condition que les seconds, e'est-àdire eux-mêmes, se battraient « pour participer à la gloire de cette action ». Telles furent ses propres paroles, et on comprendra combien
vl) Fils d'Antoine de Blanchefort, dit de Créquy, lequel était lils de Gilbert de Blanchefort, baron de Sainte-Sévère et de Mi rebeau, et de Marie de Créquy. Son grand oncle Antoine de Créquy, cardinal, évoque d'Amiens, abbé de Selincourt et d»- Valoires, le dernier nulle de la branche aînée de sa maison, avait laissé tousses biens à son père à condition de prendre les nom et armes de Créquy. Charles de Blanchefort- Créquy avait déjà tué en duel Philippe, bâtard de Savoie, en 1599, après avoir eu avec ce demi-prince une première renmntre dans laquelle Philippe avait été blessé; c'était pour une écharpe. Charles de Blanchelbrt-Créquy devint maréchal de France en 1G22, et fut tué d'un coup de canon au siège de Brème (Italie) 17 mars J638.
{2} Seine-et-Marne, canton de Claye. Les restes très importants et encore en fort bon état de ce magnifique château ont été convertis en ferme. Il avait été construit pur Antoine du Prat, chancelier de France, cardinal, archevêque de Sens, qui. avant d'entrer dans les ordres, avait été premier président au Parlement de Paris. Le cardinal était l'arrière grand'père du seigneur de Nantouillet dont il est question ici.
les édils contre les duelsétaient illusoires quand ils avaient à lutter contre de pareils principes. Le comte de Sault s'était excusé sur ce que Créquy était gardé à vue : — Mais quoi, dit Nantouillet, que ferons-nous ? — Tout ce que vous voudrez, répond le comte de Sault, car je n'ai pas de gardes. — Oh I répliqua Nantouillet» vous parlez comme un homme de bien doit faire, et afin que vos actes ne démentent pas vos paroles, trouvez-vous demain de grand matin à Saint-Denis.
Là-dessus, Nantouillet monte à cheval et s'en va à Nantouillet passer la soirée avec le marquis de Cœuvres à qui il ne souffle mot de sou projet, remonte à cheval à la tombée de la nuit, et franchit les cinq lieues qui séparent Nantouillet de Saint-Denis où il arrive avant le jour et par conséquent avant l'ouverture des portes de l'église dans laquelle il avait donné rendez-vous au comte de Sault. En attendant, il prend une chambre à l'hôtellerie de FEpée Royale et se tient à la fenêtre pour surveiller l'arrivée de son adversaire. Dès qu'il aperçoit le comte de Sault, venu lui-même avant l'heure, il court le rejoindre; tous d'eux entrent dans l'église que l'on vient d'ouvrir, y entendent dévoteiùent la messe» ente à cote et vont ensuite déjeûner à rii/iM lioj/ale. Avant de partir, les deux cousins (ils étaient parents) écrivent et signent une déclarât ion constatant qu'ils n'étaient pasennemis et n'avaient jamais eu de querelles, qu'ils se