‹ Les derniers ValoisChapitre 39 sur 47 · TT · texte numérisé non relu

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pardonnaient réciproquement et de bon cœur leur mort, qu'ils priaient les parents et amis de celui qui succomberait de ne jamais poursuivre le vainqueur ni par les armes ni par les voies de justice. Cela fait, ils vont se battre.

En arrivant sur le terrain, Nantouillet dit au comte de Sault : — N'entrez-vous pas en colère ? — -Et sur la réponse négative de celui-ci, Nantouîtlel ajoute : — Eh ! bien,j'ysuis,mûi, j'y suis tout-à-fait — Sur quoi, ayant mis tous deux pied à terre, Nantouillet dégaine, tombe en garde et demande au comte de Sault qui ne se pressait pas, s'il veut se battre avec son épée dans le fourreau. Le combat s'engage. Le comte de Sault reçoit deux coups d'épée sans gravité, niais il en donne cinq à Nantouillet qui tombe mourant. Le comte de SaulL remonte achevai et s'en va h l'abbaye de Saint-Denis quérir un religieux qu'il envoie consoler les derniers moments de celui qui va mourir.

Quoique ce duel ait eu lieu le 12 mars 1006, par conséquent dix-sept ans après la mort de Henri III, je n'ai pas voulu le passer sous silence, parce qu'il peint au naturel 1 esprit de ce temps sur le point d'honneur, l'état des mœurs de la société, parce qui! fait revivre des hommes qui, tous, avaient vécu et combattu sous le règne du dernier drs fils de Henri II.

Avènement de François II

A peine Henri II avait-il pendu le dernier soupir que les princes lorrains allèrent saluer le nouveau roi : ce qui provoqua l'observation que le duc de Guise s'était en cela montré plus pressé qu'il ne convenait en raison des fonctions qu'il remplissait auprès du prince défunt, et du traitement qu'il en avait reçu depuis qu'il avait rendu Cabris à la France* Mais il s'agissait de gagner de vitesse les Bourbons et les Montmorencys, besogne rendue pourtant bien facile par les rancunes de la reine-mère contre le connétable, par les propres maladresses de cet esprit peu subtil, et par les déplorables irrésolutions du roi de Navarre.

Le connétable avait été l'ami et l'allié de la duchesse de Valentinois, et il n'avait pas craint de dire à Catherine : « Les Français ont à cœur « l'obéissance de leurs princes naturçls, et à « contre-cœur celle des princes étrangers. » Deux crimes impardonnables auxquels venait s'ajouter, pour ce qui concerne le roi de Navarre, celui d'être le premier prince du sang, le plus

proche héritier de la couronne, et le chef avéré des huguenots.

Le connétable et la favorite n'avaient pourtant pas été toujours bons amis, et Lorenzo Gontarini, ambassadeur de Venise, ditenl553: « Ces deux personnages sont ennemis déclarés: « cette hostilité compte déjà trois années. « Enfin, aux instances de Sa Majesté, ils « firent la paix en apparence mais, au fond, « leur haine est non moins grande que « jamais. » La duchesse était alors l'alliée des princes lorrains, mais, par la faute du cardinal de Lorraine, cette amitié se changea en haine. Mme de Valentinois suggéra à Henri II de charger le connétable de traiter de la paix avec 1'tispagne; elle lui procura un bon accueil du roi et par conséquent de toute la Cour; el quand, pour prix de ses bons offices, elle proposa le mariage de sa petite fille, Henriette de Bouillon, avec un des fils du connétable (li, « le bonhomme », comme l'appelle Brantôme, n'eut garde de refuser. Rien ne pouvait faire prévoir, et il ne pouvait se douter que cette reine, jusqu'ici si modestement effacée, fut sur le point de devenir l'arbitre de la politique

fi) Henriette ou Antoinette delà Marck, fille aînée de Robert de la Marck, duc de Bouillon, prince de Sedan, maréchal de France, et de Françoise de Brézé, fille de Diane de Poitiers. Elle épousa effectivement, en 1558, Henri de Montmorency, Mis puîné du Connétable, qui fut duc de Montmorency et maréchal de France et continua la lignée des ducs de Montmorency.

et le véritable roi de France sous le règne nominal de ses trois fils.

Dès que Henri II eut rendu le dernier soupir* le duc de Guise avait obtenu que la reine mère et le jeune roi allassent s'installer au Louvre; c'est dans l'antique demeure des rois (1 que fut signé le premier acte de François II , sous forme d'un mandement au prévôt de Paris, publié le 13 juillet, défendant à tous prélats do laisser prêcher sans permission dans retendue de leurs bénéfices. Le 15 juillet, Grespiii de Brichanteau, sous-prieur de Saint-Denis (2), qui avait été « prédicateur et confesseur du Dauphin », était nommé « conseiller-confesseur ordinaire du roi »; et le Zi paraissait une déclaration défendant de porter des arquebuses >

(1) A peine habitable, car In grosse tour du Louvre, de laquelle relevaient tant do fiefs, et le donjon de Pilippe-Âuguste venaient d'être jetés bas par ordre de François I" > | m . nommant par lettres du 4 août 1546 Pierre Leswrt archti* Bli du Louvre, lui avait prescrit de le réédifier complètement. Lorsque Henri II mourut, il n'y avait d'achevé que l'aile occidentale et le pavillon d'angle, dit Pavillon du Roi; l'aile méridionale était commencée. Pierre Lescot, qui s'était adjoint Jean Goujon, fut pendant trente-deux ans architecte du Louvre.

(2) Grespin de Brichanteau appartenait à une ancienne famille de la Beauee, éteinte en Armand de Brichanteau, marquis de Nangis, maréchal de France en 1741, mort à Versailles le 8 octobre 1742. Grespin était né le 5 août 1514. Il avait d'abord été religieux à Saint-Denis, et docteur en théologie en 1553. Prédicateur et confesseur du dauphin le 22 janvier 1556, abbé de Saint-Vincent de Laon, conseiller, confesseur ordinaire du Roi, évêque de Senlis le 17 septembre 1559, mort le 13 juin 1560, avant d'avoir pris possession de son évêché.

:*8i AVÈNEMENT

des pistolets ou toutes armes à feu, sous peine de 500 écus d'or soleil d'amende, et de la mort, en cas de récidive.

Pendant ce temps, on s'était débarrassé du connétable, en le chargeant de veiller aux préparatifs des obsèques royales, ce qui le retenait au palais des Tournelles où reposait le corps du roi (1). 11 alla néanmoins visiter la reine mère, mais ce ne fut pas alors qu'il lui adressa les paroles rapportées plus haut, qui s'appliquaient directement aux princes lorrains, mais dont Catherine, en sa qualité de princesse italienne, pouvait s'attribuer sa part. Pourtant la reine mère avait à faire valoir un principal jrrief , bien féminin et qui lui était tout personnel, ainsi qu'on le verra plus loin. Le connétable trouva la reine environnée de l'appareil le plus lugubre, dépeint par l'ambassadeur vénitien Contarini, qui avait été lui porter les compliments de condoléance de la République ». Elle « était dans une chambre entièrement tendue « de noir, et tellement que, non seulement les « murailles, mais les parquets en étaient « couverts. 11 n'y avait d'autres lumières que

1 Catherine de Médicis n'ayant plus voulu paraître au palais des Tournelles, les bâtiments ne tardèrent pas à tomber en ruines. La ville de Paris les loua pour y établir des étables, de^ écuries et des dépôts de poudre. Charles IX y installa ses volières, ses chenils, et sa ménagerie; puis il en ordonna la démolition, le 28 janvier 1565. Tout fut rasé, les lusses lurent comblés, et de la grande cour intérieure on lit un marché aux chevaux.

« deux cierges brûlant sur un autel garni de « drap noir. Le lit de la reine était tendu de « même. Sa Majesté était vêtue des plus « austères habits, robe noire à queue traînante « qui n'avait d'autre ornement qu'un collet « d'hermine ». Toutes les princesses étaient entièrement habillées de blanc. G est dans cette espèce de sépulcre que le connétable fut reçu ; après avoir parlé de ses longs servieesj il manifesta le désir de se retirer à Chantilly, et pria la reine d'étendre sa protection sur les membres de sa maison. Catherine fit bon visage au vieillard, lui répondit par d'affectueuses paroles, et, touten lui laissant entrevoir qu'elle songeait également à vivre dans la retraite, elle promit qu'elle ne manquerait pas de prendre la iarnille de Montmorency sous sa protection. Après avoir tenté de se duper réciproquement, ils se quittèrent en apparence satisfaits l'un de l'autre. En rentrant aux Tournelles, le connétable dépêcha un gentilhomme au roi de Navarre, avec une pressante invitation de se hâter d'accourir. Mais, avant qu'Antoine de Bourbon fut arrivé à la Cour, le connétable l'avait quittée et s'était retiré à Chantilly, le cœur ulcéré, et brûlant du désir de venger l'injure qu'on lui avait faite en se bornant à le prendre au mot (1).

(1) A peine avait-il appris, à Gandoù il séjournait, la mort de Henri II, que Philippe II, roi d'Espagne écrivais au connétable de Montmorency pour lui annoncer que don Ponce

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Impatient d'attendre en vain l'arrivée du roi de Navarre, plu» impatient encore du pouvoir des Guises, le connétable était allé trouver le jeune roi à l'issue de son dtner et avait joué avec lui la même comédie qu'avec la reine mère. Mais, bien endoctriné, François II, tout en l'assurant que les siens et lui-même conserveraient leurs charges et leurs pensions, lui témoigna le désir dé le voir assister le plus souvent possible aux séances du conseil, où le secours de sa longue expérience lui serait toujours utile et agréable ; il ajouta que, pourtant, toutes les fois que le soin de sa sauté l'exigerait, il pourrait se retirer dans ses terres d'où on le verrait revenir avec plaisir : que dans le but de lui ménager un repos si bien gagné, il l'avait déchargé du fardeau du pouvoir pour le partager entre ses deux oncles, le cardinal de Lorraine et le duc de Guise. Le connétable, interdit, répondit qu'il était venu précisément prier le roi de lui permettre de se retirer de la Cour et des affaires, et refusa rentrée au conseil qui lui était offerte. De là, il se rendit chez la reine à laquelle il adressa cette parole, que j'ai rapportée plus haut» touchant

de Léon, duc d'Arcos, qu'il envoyait porter à la reine et au nouveau roi ses compliments de condoléance,. était chargé de le visiter... « vous priant de le croire et de demeurer certain que en tout temps vous me trouvera autant affectionné en tout endroit envers vous et les vôtres.*. • juillet 1559. — Philippe II ne pouvait moins faire pour celui qui, en négociant le traité de Cateau-Cambrési*, s'était montré plus espagnol que français.

le gouvernement des princes étrangers. Catherine riposta par de vifs reproches sur le dédain que faisait « son compère » des fonctions de conseiller de la Couronne, et lui demanda compte d'un propos outrageant qu'il aurait tenu jadis, en interrogeant Henri II comment il se faisait que le seul de tous ses enfants qui lui ressemblait était sa fille naturelle, Diane, veuve du duc de Castro et remariée au duc de Montmorency, son fils aîné (1). Le connclalili' s'emporta à son tour, traita le propos i\v calomnie, demanda à être ennfrontr avec I*' calomniateur, et retourna au palais des Tonrnelles qu'il ne quitta plus que pour conduire te corps de Henri II à Saint-De&ia. Mais, quand lu Cour se fut transportée a Raint-GermairHMi* Laye (2), le connétable tenta un suprême effort, et il eut la mortification de voir le roi le laisser confondu dans la foule des courtisans, sans lui adresser la parole. Les Guises avaient gagné la partie. Son départ eut l'air d'un triomphe. Tous les gentilshommes qui se trouvaient à Saint-Germain montèrent à cheval

(1) Diane, légitimée de France, fille naturelle de Henri II et de Diane de Poitiers. Apanagée du duché d'Angoulême en 1582. Elle avait épousé en premières noces Horace Farnèse, duc de Castro, en 1552, puis en 1557, François, duc de Montmorency, fils aîné du connétable. Restée veuve, sans enfant, elle mourut à Paris le 11 janvier 1619.

(2) La cour y était dès le 3 août. Le 26 juillet, avant de quitter Paris, le Roi avait publié un édit de création d'un maître de chaque métier dans toutes les villes du royaume, à l'occasion de son avènement à la couronne.

pour lai faire cortège. Bon nombre, parmi eux, avaient eu à se plaindre de lui, mais, chose rare chez des courtisans, ils ne voulaient pas paraître lui tourner le dos en même temps que la fortune. La Cour se trouva ce jour-là entièrement déserte. Mais peu importait aux deux Lorrains devant qui tout souriait et auxquels Catherine ne paraissait ni d'humeur ni de lorce à disputer le pouvoir.

Brantôme ne tarit pas d'éloges sur le « grand duc de Guise » ; en revanche, en peu de lignes, il maltraite fort le cardinal de Lorraine, son frère, qui fut, après tout, l'homme politique de la famille à cette époque, et le véritable ministre sous François II. Pour n'y plus revenir, j'en vais dire quelques mots.

Charles de Lorraine, cardinal de Guise, avait pris le nom de cardinal de Lorraine après la mort de son oncle Jean, archevêque de Reims, celui qui était si fastueux et si généreux qu a Home, un pauvre, recevant de lui une aumône considérable, s'était écrié : «r Vous êtes le Christ « ou le cardinal de Lorraine. » Brantôme représente d'abord Charles comme ayant a un « esprit fort subtil, parlant très bien de toutes « choses, entendant les affaires de la France, « voire d'autres pays étrangers. » Mais il ne tarde pas à le montrer sous de bien autres aspects. « Fort caché et hypocrite en sa religion, « de laquelle il s'aydait pour sa grandeur. S'il « eust été aussi vaillant que monsieur son frère,.

« il se fut faict chef de party; mais de nature « il estoit fort poltron, mesmes il le clisoit. » Le cardinal se consolait volontiers des inimitiés qu'il suscitait. Montrant un jour vingt-deux libelles publiés contre lui, il s'en faisait gloire comme d'une preuve de son zèle pour la religion et de sa fidélité au roi. Jean Correr, ambassadeur de Venise, dit que « personne n'avait « plus de crédit que lui dans Paris; » Puis, il mentionne la haine que les Montmorency et bien d'autres avaient pour lui, à cause de son caractère hautain. Né le 17 février 1524, il mourut à Avignon, le 26 décembre 157 i, d'un refroidissement contracté iï une procession à laquelle il avait assisté avec Henri III au devant de qui il s'était rendu. Ses derniers moments furent si terribles qu'il invoquait le diable. « Il mourut, dit l'Estoile, d'un** fièvre symp- « tomée -d'un extrême mal de leste provenu « du serein d'Avignon, qui est fort dangereux, « qui lui avoit offensé le cerveau à la procession « des battus (1), où il s'estoit trouvé en grande

(1) Los blancs battus ou flagellants s'étaient introduits en France au XIVe siècle. Marchant en procession à travers les rues d'une ville, ils se flagellaient mutuellement avec des fouets faits de plusieurs lanières terminées par des pointes de fer. La plupart des villes du Midi avaient leurs confréries d«' flagellants. Henri III les vit pour la première fois à Avignon, à son retour de Pologne, et il en voulut instituera Paris en 1583 trois confréries : les blancs, les bleus et les noirs, ainsi nommés de la couleur de la robe. Ces trois confréries réunies firent le 25 mars de cette année une procession solennelle à laquelle assistèrent le roi et toute la cour. La populace parisienne hua Henri III et les flagellants.

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« dévotion, avec le crucifix à la main, les pieds « nus et la teste fort peu couverte. Les hugue- « nots soutenaient que quand on lui pensoit « parler de Dieu, durant sa maladie, il n'avoit ♦ en la bouche, pour toute réponse, que des « vilenies, et mesme le vilain mot de /outre, « dont M. de Reims, son nepveu (1), l'estant « allé voir, et le voiant tenir tel langage, auroit « dit en riant, qu'il no voit rien en son oncle « pour désespérer, et qu'il avoit encore toutes « ses paroles et actions naturelles. » Le jour de sa mort, en se mettant à table , Catherine de Médicis dit : « Nous aurons la paix, à cette « heure. » Telle fut l'oraison funèbre que lui fit la reine. Voici maintenant celle de l'Estoile : « Le bon arbre se connoit au fruict; pour luy « ce fruit estoit, au témoignage de ses gens, « que pour n'estre jamais trompé, il falloit « croire le contraire de ce qu'il disoit. » Quant à Brantôme, il est plus concis et plus énergique, suivant son habitude « M. le Cardinal avoit « l*àme fort barbouillée, tout ecclésiastique « qu'il estoit. » Tel était F un de ceux qui allaient présider aux destinées de la France. Les deux frères n'avaient pas attendu le départ du connétable et l'arrivée du roi de Navarre pour « faire le partage de Montgommery, « tout d'un coté, rien de l'autre » (Proverbe

;i) Louis de Lorraine, cardinal de Guise, qui lui succéda ;i l'archevêché de Reims et fut assassiné à Blois avec le duc de Guise, son frère, le 24 décembre 1588.

du xvie siècle, basé sur les anciennes coutumes de Normandie, qui accordaient aux aînés de cette famille la plus grande partie des biens). Le duc François s était adjugé le commandement des armées, le cardinal de Lorraine la surintendance des finances. Madame de Valentinois, forcée de rendre gorge, avait dû restituer les diamants de la Couronne et abandonner Chenonceaux (1) en échange de Chaumont-sur- Loire. Le cardinal Bertrandi, archevêque de Sens, avait renvoyé les sceaux que Ton avait rendus à Olivier. (2). Le cardinal de Tournon, rappelé d'Italie, avait pris place dans le conseil (3). L'ensemble de ces mesures, dirigées

(1) Henri II l'avait acheté en 1547 et en avait fait don à Diane de Poitiers. Construit sous François l9\ par Thomas Bohier, il n'était pas encore achevé. Catherine de Médicis, qui le convoitait, le fit terminer.

(2) Les Bertrand ou Bertrandi étaient une famille française du Lauraguais. Jean Bertrand ou Bertrandi, né en 1470, capitoul de Toulouse en 1519, second président du Parlement de Toulouse en 1533, premier président en 1536, troisième président au Parlement de Paris en 1538, premier président en 1550. Devenu veuf, il entra dans les ordres, et fut nommé évèque de Comminges en 1551, archevêque de Sens et cardinal en 1557. Il fut garde des sceau* depuis 1551 jusqu'à la mort de Henri II en 1559. C'était une créature du connétable de Montmorency. Il mourut à Venise le 4 décembre 1560. François Olivier, qui redevenait garde des sceaux, après l'avoir été de 1545 à 1551, né à Paris en 1497, mort à Am boise, le 30 mars 1560, avait été successivement chancelier de Marguerite, sœur de François I,r, et président à mortier au Parlement de Paris en 1543.

(3) François de Tournon, né à Tournon en 1489, mort à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, le 22 avril 1562. Archevêque d'Embrun en 1517, de Bourges en 1525, d'Auch en 1537, de Lyon en 1551, abbé de Saint-Germain-des-Prés,'

principalement contre le connétable, car chacune d'elles l'atteignait plus ou moins directement, fut complétée par l'échange que l'on obligea l'aîné de ses fils, le duc François, A faire de son office de grand-maître de France, qui lui venait du connétable, contre un bâton de maréchal de France (l). Contre les Bourbons, les Guises procédèrent autrement, en imposant des faveurs que Ton se serait bien gardé de leur demander. Le prince de Condé fut envoyé à Gand, où séjournait Philippe II, pour lui voir

cardinal en 1530. Ministre d'Etat de François l", il avait (Hé envoyé à Rome à l'avènement de Henri II, en disgrâce, i* nouveau Roi n'ayant voulu conserver aucun des minisf.ivs de son père.

(1) Go fut le 19 novembre 1559 que François *W Montmorency reçut le bâton de maréchal et prêta serment, selon une lettre en date de ce jour du maréchal de Saint-André au connétable. Catherine écrit peu de jours après au connétable : « Le Roy mon fils... a trové sy bon de l'aunestefason que en y avés hausé (usé) que yncontynent yl a fest dépéché la maryebausié (a nommé maréchal) à vostm fyls et a comandé aussi vostre asinasion pour, vostre ranson... * On savait le point faible du connétable, une insatiable soif de l'argent, et comme on pensait que la cession forcée de la grande-maîtrise de France contre un bâton de maréchal n'apaiserait pas le ressentiment du connétable, on faisait brillera ses yeux la ratification du don que les Etats du Languedoc, province dont il était gouverneur, lui avait fait pour payer sa rançon de prisonnier de la bataille de Saint- Ouentin dont il ne s'était pas encore acquitté. Lorsque If duc de Guise fut tué devant Orléans, le 24 février 15C3, Catherine eut la plus grande peine à obtenir du connétable qu'il ne mettrait pas empêchement à ce que la grande maîtrise de France passerait au jeune duc de Guise. Ce ne fut «lue le 12 avril suivant que Catherine put en venir à ses fins, et ce jour là même le connétable quitta la cour « fort mécontent ». (Mémoires de Condé).

jurer l'observation du dernier traité de paix (1). Le duc de Montpensier l'accompagnait, avec la mission spéciale de remettre au roi d Espagne le collier de Tordre de Saint*MicheL Le cardinal de Bourbon, et le prince de La Roche-sur-Yon étaient chargés d'accompagner jusqu'à la frontière d'Espagne la nouvelle reine de ce pays, Madame Elisabeth, sœur de Henri IL Le terrain élait déblayé des princes du sang, mais, à vrai dire, étaient-ils si redoutables? On ne semblait pas le croire, puisque les missions qui leur furent confiées furent regardées par tons comme une offense préméditée, et h laquelle le cardinal de Lorraine ajouta la nouvelle offense de -n'attribuer aux deux premiers que la somme dérisoire de mille éeus pour le* frais de leur voyage.

Le prince de Condé n'avait pas encore donné sa mesure, et le roi de Navarre, par Tordre de primogéniture, était celui de qui Ton croyait encore pouvoir tout craindre ou tout espérer. Brantôme parle de Louis de Bourbon comme d'un hommed esprit vifetrailleur, qui « aymoit autant la femme d'autruy que la sienne », et d'un homme très brave. Les ambassadeurs vénitiens ne le mentionnent guère d'une manière spéciale. Son histoire et les traits de

(l) Le Prince de Condé arriva à fïand le 5 août avec une suite de 180 personnes. II eut son audience de congé le 9 et reprit le chemin de la France en passant par Anvers (Rap. de Sébastim de l'Aubépine, évoque de Limoges, ambassadeur en Espagne).

ce caractère aventureux se retrouvent presquà chaque page pendant dix ans de cette histoire : je ne m'y arrêterai donc pas. Pour son frère aîné, le roi de Navarre, voici comment Marc-Antoine Barbaro le dépeint : Il est d'un tempérament « sanguin et très faible. Sa figure n'est pas très « agréable : il est grand et maigre, et souvent « malade. Il est changeant, peu prudent, assez « simple quoiqu'il affecte une grande intelli- « gence des affaires auxquelles il ne me paraît « pas comprendre grand chose. C'est du reste « un prince bienveillant, affable, plein de dou- « ceur et d'humanité, et qui recherche l'amitié « de tous les princes ». Brantôme n'est pas d'accord avec le Vénitien sur l'extérieur du père de Henri IV : » Belle apparence, dit-il, belle « taille et plus haute de beaucoup que celle de « tous messieurs ses frères, la majesté tout « pareille, laparoleet éloquence très bonne...» — « Brave et vaillant, dit-il encore, car de cette « race de Bourbon il n'y en a point d'autres ». Brantôme déclare qu'on ne lui connaissait que « deux si », avoir un peu trop négligé ceux qui [avaient assisté dans la mauvaise fortune, et s'être montré peu vindicatif envers ceux qui l'avaient offensé, mettant ainsi sur le même pied un vilain défaut et une brillante qualité. Ses contemporains traduisaient cela en disant que si l'on faisait son autopsie, on ne lui trouverait pas plus de cœur que de fiel. On cite de nombreux exemples de l'irrésolution et de la

faiblesse de son caractère. Après la conspiration de 1560, sept à huit cents gentilshommes lui ayant offert leurs services, dans le cas où on voudrait l'inquiéter, Antoine les remercia en ajoutant qu'il demanderait leur grâce si Ton voulait procéder contre eux : <* Notre grâce? « répondit l'un deux : elle est au bout de nos « épées. Vous serez bien heureux si vous obtenez « la vôtre en la demandant avec humilité... » — « Après la mort de François II il voulut avoir la régence, mais l'énergie de la reine triompha de sa faiblesse et il dut se contenter du vain titre de lieutenant-général du royaume (1). A côté de cela, citons un exemple de véritable courage, tempéré par une grave faute politique. Quand

(1) Après l'avènement de François II, le Roi de Navarre était resté dans ses Etats. Le 3 août 1560, Catherine lui faisait porter par Tanneguy Le Veneur, baron de Carouges, (depuis comte de Tillières et lieutenant général au gouvernement de Normandie) une lettre pressante pour l'inviter à se rendre auprès du Roi. Un mois après, elle lui dépêchait Antoine, comte de Grussoi, son chevalier d'honneur, et le 17 octobre suivant, elle écrivait à Antoine : « jay esté bien esbahie de veoir ce que vou m'avé escript de l'occasion qui vous retarde poursuivre votre veoyaige à venir trouver le Roy ». On verra plus tard que le roi de Navarre se décida enfin à venir à Orléans et à quels périls il s'exposait par cette arrivée intempestive. François II à peine mort, le Roi de Navarre fut nommé lieutenant général du royaume, mais avec bien des restrictions, ainsi que le constate cette lettre du 27 mars 1561 de Catherine de Médicis à Jean de Brosses, duc d'Etampes : « Je l'ay faict lieutenant-général du Roy mon fils partout le Royaulme soubz moy, auquelle reste la suprême authoritè, le commandement des finances, les dépesches et la provision des offices à toujours, comme je l'ay eu jusques icy ».

Navarre et Gondé furent mandés par François II à Orléans, Navarre montra assez peu de jugement pour aller se mettre dans la gueule du loup, et il en faillit coûter la tête à son frère. Informé qu'il serait poignardé dans la propre chambre et sous les yeux de François II, Antoine de Bourbon refusa de reculer et dit seulement à un de ses gentilshommes : « S'ils « me tuent, portez ma chemise toute sanglante « à ma femme et à mon fils. Ils liront dans mon « sang ce qu'ils doivent faire pour me venger ». Antoine de Bourbon avait donc le courage personnel de ceux de sa race et justifiait le dire de Brantôme. On sait qu'il mourut des suites d'un coup d'arquebuse dans l'épaule, qu'il avait reçu dans la tranchée, au siège de Rouen, pendantqu'ilsatisfaisaitunbesoin naturel (1). Aussi lui fit-on cette épitaphe :

Amis François, le prince ici gissant, Vécut sans gloire et mourut en pissant.

Les irrésolutions d'Antoine le reprirent de plus belle quand il fut à l'article de la mort : il

(1) C'était pendant un assaut qui fut vigoureusement repoussé, le jeudi 15 octobre 1562, que le roi de Navarre reçut : « un*' arquebusade au-drssus de l'épaule gauche, joignant le b<>rd du corselet ^la cuirasse) plongeant le coup en dedans et la balle est restée dedans » (lettre du Président de Montfort, ambassadeur de Savoie, témoin oculaire). « Le Roy de Navarre a heu eune arquebuzade dan l'épaule goche et ayspère que sa ne sera rien » écrit le môme jour Catherine à la duchesse de (luise.

ne savait plus s'il devait mourir calviniste ou catholique (1).

Charles, cardinal de Bourbon, frère de3 précédents, qui ne fit réellement parler de lui que quand il accepta la royauté ridicule qui ne dépassa guère lesmursdu château de Fontenayle-Gomte où il était alors prisonnier et où il mourut, (2) était, dit Jean Correr <t un prince « plein de bonté, qui ne serait pas capable de « troubler l'eau même s'il le voulait... "Jérôme Lippomano le qualifie : « saint homme» mais « tenu pour peu propre aux affaires... ».HenriIIÎ disait qu'il était « un vieux fou ». Quand on eu fitleroi de la Ligue, il avait dépouillé la pourpre pour épouser la duchesse douairière de Guise. Un jour, le 23. juillet 1570, comme Ton racontait à Henri III qu'étant allé à Rouen trouver les

(1) Une lettre sans signature écrite au connétable de Montmorency le 19 octobre, constate que « s'ayant confessé, ayt resu son créateur. »» (Bibl. nat. fonds fr. n° 3158, f° 107). D'autre part, Charles IX écrit à Jean Evrard de Saint-Sulpice, ambassadeur en Espagne, que le 9 novembre « Nostre Seigneur l'a appelé (le Roi de Navarre) à soy avec tant decongnoissance de luy et telle repentance et résolution qu'il se peult dire avoir fait la plus belle et la plus saincte mort qu'il soit possible» (Bibl. nat. fonds fr. n° 15.897, f° 381). IL est vrai que Charles IX ne pouvait parler autrement.

(2) Enfermé au château de Fontenay-le-Comte (Vendée), au commencement de 1580, aussitôt après l'assassinat du duc de Guise, il y mourut le 9 mai 1590. Né le 22 décembre 152a à la Ferté-sous-Jouarre. Evêque de Nevers en 1540, de Saintes en 1544, cardinal en 1548, archevêque de Rouen en 1550. Un arrêt du Parlement de Paris le reconnut pour Roi sous le nom de Charles X, le 3 mars 1590. On battit monnaie à son effigie avec la couronne royale par dessus soi* ' bonnet de cardinal. »

huguenots dans leur prêche pour leur faire « quelques salutaires remontrances » ceux-ci s'étaient hâtés de déguerpir, et que c'était avec le bâton de la croix qu'il les avait chassés, le roi répondit : « je vouldrais que les autres « fussent aussi aisés à chasser, à la charge « qu'on y deust porter le benoistier et tout ». (LEstoile, journal). Quand Joyeuse fut tué à Goutras, la reine mère l'ayant pleuré « pour la forme, selon sa coutume » le cardinal de Bourbon le pleura « comme un veau, disant « qu'il eust voulu que le roy de Navarre, son « neveu, eust esté en sa place, et qu'il n'y eust « eu tant de perte de lui que dudit duc de « Joyeuse, ce qu'ayant esté rapporté au roy, il « dit que ceste parole estoit digne de ce qu'W « estoit», c'est-à-dire d'un imbécile. [UEstoile, journal ).

Louis de Bourbon, duc de Montpensier, et le prince de la Roche-sur- Yon étaient frères. Du premier, Brantôme dit qu'il était « très brave et vaillant » et encore qu'il « vivoitplus sainctement que le commun ». Jean Correr prétend qu'il était « plus capable de diriger une comte munauté que de commander une armée ». Selon Lippomano, il n'aurait pas été «c très capable ». Tout ceci est en contradiction avec les jugements de tous les autres contemporains. 11 n'avait rien du saint, le prince qui « quand il « prenoit les hérétiques par composition, il ne « la leur tenoit nullement, disant qu'à un héré-

« tique on n'étoit pas obligé de garder sa foi » (Brantôme). Encore moins du moine, quand il s'emparait successivement, de vive force, de Blois, Tours, Angers, Bourges, Saintes, et de Tile d'Oléron; quand il combattait avec la plus grande valeur à Jarnac et à Moncontour. Un moine se serait-il mêlé aux assassins de la Saint-Barthélémy, en criant qu'il fallait tuer les huguenots jusqu'au dernier? Le duc de Montpensier laissa la réputation d'un des capitaines les plus braves, mais les plus cruels â& son temps. Le prince de la Roche-sur-Yun, « bon catholique et sage prince,., bien avise e| « avoitun très bon sens, et le tenoit en milice leur que celuy de M. son frère » (Brantôme» n'avait qu'une passion, de tuer le comte «!« Maulevrier qui avait, dans un divertissement, été cause delà mort du marquis de Beaupréau, son fils (1). Ce sage prince fut donné comme gouverneur à Charles IX, enfant, ce qui, comme le dit justement Brantôme, dispense d'en faire un plus long éloge.

Il ne faut pas oublier le maréchal de Saint- André qui avait été si en faveur sous le précédent règne, malgré l'avis de François Ier qui avait commandé à son fils de se défier de lui.

(1) Henri de Bourbon, marquis de Beaupréau, mort le 11 décembre 1560 d'une chiite de cheval qu'il avait faite la veille, <'ii courant un lièvre à Orléans où François II était mort le 5 décembre précédent. On voit que le deuil de cour et de famille royale n'était pas de longue durée.

Très brave, mais très insinuant, Jacques d'Albon avait trouvé le moyen d'édifier une fortune vraiment scandaleuse. Brantôme qui n'en sait pas mauvais gré au maréchal, dit seulement que ce fut lui qui introduisit à la Cour le luxe effréné qui ne cessa de croître jusqu'à Henri IV. Il avait fait de son château de Vallery, dans l'Yonne, une véritable résidence princière et y avait entassé un merveilleux mobilier qui fut vendu à l'encan, à Paris, après sa mort; « desquels meubles, dit Brantôme, on n'en put « jamais voir la fin, tant ils durèrent » ; et tout n'y était pas, car lorsque la maréchale de Saint-André se mit en tête d'épouser le prince de Condé, elle lui donna le château de Vallery entièrement et richement meublé, ce que le neu scrupuleux prince ne se fit pas faute d'accepter (1). Saint- André, au dire de Vielleville, était l'un des quatre qui « dévoraient le roi (Henri II), comme un lion sa proie » : les trois autres étaient, le connétable, le duc de Guise et Diane de Poitiers. Il a cependant à son crédit d'avoir déconseillé de livrer la bataille de Saint- Quentin où il fut fait prisonnier, et d'avoir tracé le plan de celle de Dreux où il fut tué (2).

(1) Marguerite de Lustrac, maréchale de Saint-André, fut formellement accusée, et ce ne fut pas sans preuves, dit-on, d'avoir empoisonné sa iille pour pouvoir donner sa fortune au prince de Condé.

(2) Le maréchal eut, dit-on, le pressenti -nent de sa mort: « Le matin avant la bataille, il vint trouver M. de Guise dans sa chambre, qu'il n'estoit pasencorejour etenentiant,

La reine-mère ne le regretta pas, car elle savait, dit Brantôme, a qu'il avoit desbattu au conseil « estroit du triumvirat qu'il la falloit jeter en « un sac dans l'eau ». Il n'y avait pas, en effet, « pour elle de quoi le regretter.

Saint-André se trouvait dans la r&cheuse alternative d'être recherché pour l'origine de sa fortune, et poursuivi par une meute de créanciers qu'il ne pouvait satisfaire. 11 offrit sa fille, qui devait être immensément riclii\ malgré les prodigalités de son père, au duc de Guise pour un de ses fils, nuise ne répondit ni oui, ni non; mais Saint-André, qui était devenu bon aménager, fut laissé sur le second plan, ce dont il se garda bien de se plaindre, tant il se croyait destiné à disparaître.

Tel était l'aspect que présentaient la Cour et le gouvernement quand, de Paris, on emmena à Saint-Germain-en-Laye le petit rpi que Gapello et Soranzo s'accordent à représenter comme d'un caractère difficile, taciturne, bilieux et obstiné, et qu'au physique on dépeint comme ayant la face plombée et boutonnée, l'haleine fétide, et qui tenait toujours la bouche

il demanda au jeune Tranchelion, brave gentilhomme qui en sortoit, ce que M. de Guise faisoit. Il luy dit qu'il vcnoit d'ouïr la messe et de faire ses Pâques (c'est-à-dire de communier) et qu'il vouloit déjeuner pour monter à cheval. — Oh ! Dieu, ce dit-il (car je l'ouis et y estois), je suis bien malheureux que je n'en ave autant faict et ne me sois mieux préparé, car le cœur me dit que j'auray.aujourd'huy je ne s ça y quoi »>. (Brantôme).

ouverte, parce qu'il ne pouvait respirer que par là. Si Catherine avait su que les ambassadeurs trouvaient une certaine ressemblance entre le fils et la mère, il est probable qu'elle ne l'eut pas plus pardonné que le sac du maréchal de Saint-André.

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Le Sacre et les Débuts du Règne

François II avait passé tout le mois de juillet à Paris, au Louvre. Dès le 3 août, on le trouve à Saint-Germain-en-Laye où il séjourna jusqu'au 21 du même mois, jour où la Cour se mit en marche pour se rendre à Reims où l'on devait procéder aux cérémonies du sacre. Il faut croire que ces cérémonies ne remplissaient pas d'aise les contribuables de cette ville, car ils étaient tenus à en acquitter les Irais, et le roi fut obligé, par une lettre du 15 août, de le leur rappeler en termes comminatoires. Dans l'intervalle de son séjour à Saint- Germain-en-Laye, pour rester fidèle au plan que je me suis tracé, je relève parmi les actes royaux, un édit de révocation des aliénations du domaine de la couronne, le 12 août; une déclaration, du 19 août, portant que les membres du Parlement établis dans le duché de Savoie, conserveront leurs qualités de présidents, conseillers, etc., jusqu'à ce qu'ils aient été « versés dans d'autres compagnies » ; une autre déclaration du 21 août, portant que les

comptables qui auront obtenu des lettres de révision des jugements rendus contre eux en la Chambre des Comptes de Paris, seront tenus, préalablement au jugement de révision, de payer les sommesauxquelles ilsaurontété condamnés. Le 18 août, les présidents de Thou et Séguier avaient été mandés à Saint-Germain pour s'entendre prescrire de hâter la solution du procès d'Anne du Bourg. Je parlerai tout à l'heure de cette affaire retentissante. Le 25 août, François II était à Nanteuil-le-Haudouin et le 27 août à Villers-Cotterêts.

Le roi de Navarre était arrivé à Paris le 20 août. Il était en Béarn quand il reçut le gentilhomme chargé par le connétable de l'inviter à se hâter d'accourir. Mais le connétable avait mal pris son temps pour donner cette marque d'intérêt à un prince qui avait à faire valoir contre lui de grands griefs. Antoine de Bourbon n'avait pas oublié que le connétable avait écarté son royaume des derniers traités de paix, et qu'il avait enlevé à son frère Condé le gouvernement de la Picardie pour en gratifier l'amiral de Goligny. Après bien des tergiversations, il s'était décidé a se mettre en chemin, mais, et ceci peint l'homme tout entier, tandis qu'il faisait savoir à Montluc et aux Gascons affectionnés aux Guises qu'il ne se transportait à la Cour que pour rendre ses devoirs au nouveau roi, il faisait aviser sous main les chefs des réformés que son voyage avait pour but de

réclamer la liberté de conscience et la réformation des abus.

Toute la noblesse du midi était montée h cheval et s'était offerte au roi de Navarre pour lui faire escorte, mais il les remercia en donnant pour prétexte que cette petite armée donnerait de l'ombrage aux Guises dont il avait à cœur de connaître les véritables sentiments à son égard. Ce fut donc sans un autre apparat que celui qui convenait à son rang qu'Antoine arriva à Vendôme OÙ il avait, donné rendezvous aux Bourbons, aux Montmorency et aux principaux des mécontents. Les princes de Gondéet de La Roche-sur- Yon, d'Andelot, le vidame de Chartres, le comte de La Rochefoucauld et bien d'autres s'étaient rendus à son appel. Le connétable s'était fait remplacer par Uardois son homme de confiance. Les Bourbons firent valoir l'état des esprits, encore indécis et flottants, qu'ils pouvaient ramènera eux par de l'audace et une vigoureuse démonstration. Ils étaient pour un coup de force, pour la guerre. Les Montmorency, d'Andelot, et Dardois au nom du connétable, répondaient qu'on n'était rien moins qu'assuré du concours de la noblesse, et que certainement on ne prendrait pas les Lorrains au dépourvu ; que sans écarter absolument l'hypothèse de la guerre, il fallait ne rien précipiter, tater auparavant le terrain mouvant de la Cour et tacher, dans la limite du possible, de connaître le fond de la pensée

de la reine-mère. Les atermoiements n'étaient pas pour déplaire à Navarre, puisque l'indécision était l'essence même de son caractère, et il se rendit volontiers à ce dernier parti. Il se dirigea donc vers Saint-Germain-en-Laye où était la Cour.

L'événement donnait tort aux Montmorency, car non seulement, sous le prétexte d'une chasse, François II ne vint pas au-devant de lui, comme c'était l'usage pour les visites des princes ou des têtes couronnées, mais, pour mieux marquer l'indifférence, il y eut une chasse qui fut dirigée d'un autre côté. Quand le roi de Navarre arriva à Saint-Germain, il ne trouva pas même de logis préparé, et si le maréchal de Saint-André ne lui avait offert le sien, on aurait eu l'indécent spectacle du premier prince du sang logeant dans une auberge. La reine-mère fut froide et affecta de ne parler que de la perte qu'elle avait faite. Le cardinal de Lorraine, qui était présent, manquant à son devoir et à toutes les convenances, attendit insolemment que Navarre vint le saluer. Enfin, prévenu du retour du roi, Navarre qui s'était porté au-devant de lui, n'obtint de François que quelques paroles banales, et le roi poursuivit son chemin sans plus s'inquiéter de lui. Le roi, pendant les jours suivants, soutint si bien son personnage que Navarre, honteux du rôle qu'il jouait, se souvint à propos que, n'ayant pas assisté aux funérailles du feu roi, il ne pou-

vait se dispenser plus longtemps d'aller saluer sa tombe. Il se rendit donc à Saint-Denis, et de là il alla à Paris où il tint de nouveau conseil avec ses amis. On résolut de tenter de gagner le Parlement, et quand on se serait assuré de ses bonnes dispositions, de lui présenter, au nom des princes et de la noblesse, une requête pour demander la réformation des abus et la convocation des Etats-Généraux. Les démarches faites individuellement auprès d'un certain nombre de membres de cette assemblée donnèrent l'éveil aux Guises qui hâtèrent les préparatifs du sacre, afin dp se débarrasser ensuite des Bourbons en envoyant les uns en Flandre, les autres en Espagne, comme je l'ai déjà dit, et de renvoyer le roi de Navarre dans le Béarn.

François II séjourna à Villers-Cotterêts. Il y était le 29 août, il y était encore le 4 septembre. C'est de là que, lé 29 août, il publie un édit interdisant à personne d'être admis à prêter serment comme procureurs postulants auprès des cours souveraines, des bailliages et des sénéchaussées, jusqu'à ce que leur nombre soit suffisamment diminué. Ces procureurs postulants sont les ancêtres des avoués d'aujourd'hui. Le i septembre, déclaration révoquant les survivances d'états et offices, et édit ordonnant d abattre les maisons où les réformés ont tenu « conventicules et assemblées illicites et nocturnes », et décrétant la peine de mort

contre ceux qui y auraient assisté. Les Guises n'attendaient pas les attaques. C'étaient eux qui portaient les premiers coups. Le Parlement s'y associait en ordonnant, le 7 septembre, aux propriétaires et aux locataires de toutes les maisons de Paris, de renseigner exactement les commissaires et quarteniers sur « la religion » de ceux qui y habitaient.

Le 14 septembre, le Roi était à Sézanne, d'où la reine-mère écrivait {à Gilles de Noailles (1), son ambassadeur en Angleterre, de lui acheter « une demye douzaine de guilledins » (chevaux hongres).

Le 15 septembre, François II faisait son entrée à Reims « par grant pluye et grant vent » — les éléments ne sont pas courtisans. — A la porte de la ville il reçut, suivant Tan tique usage, les clés des mains de « lapucelle, richement couverte et parée à l'antique ». La jeune fille, qui remplissait ce rôle symbolique, emblème de la ville de Reims, était coiffée d'un; chapeau de toile d'argent doré et d'un chapeau de fleurs par dessus, et vêtue d'une robe de soie bleue parsemée de fleurs de lys d'or, avec des bas blancs, et une résille de soie verte la recouvrant tout entière. Le cortège traversa les rues tendues de tapisseries. Douze clairons, marchant par quatre, ouvraient la marche.

(1) Né en 1524, mort le 1er septembre 1507, après avok rempli plusieurs missions importantes en Angleterre, en Pologne et à Constantinoplc.

Le connétable chevauchait en avant du poêle de velours sous lequel était le roi. Derrière, venaient le roi de Navarre, les grands officiers de la Couronne et toute la noblesse. Une indisposition du prince de Piémont retarda la cérémonie jusqu'au lundi 18, Elle s'accomplit suivant les rites accoutumés- Les pairs ecclésiastiques étaient tes évèques de Laon, de Langres, de Beauvais, de Chàlons et de Soissons; Tévêque de Noyon(l), absent, fut remplacé. Les pairs laïcs étaient le roi de Navarre, les ducs de Guise, de Ne vers (2), de Montpensier, d'Aumale et le connétable. Le duc de Montpensier avait soulevé tout d abord une querelle de préséance, en voulant ptèùéiàt Guise et Nevers, quoique ta création de leur pairie fut plus ancienne que la sienne (3). Le 16, le roi prononra qu'au sacre, les pairs marcheraient dans Tordre d'ancienneté de leur pairie, mais qu'à la Cour, les princes du sangauraient le pas sur les pairs; et M. de Chemaut, maître des cérémonies, reçut Tordre d'inscrire cette décision sur son registre.

Dans l'assistance, on remarquait les princes

1) C'était pour Laon,. Jean Hoc; pour langres, Claude de Longny, cardinal de Givry ; pour Beauvais, Eudes de Coligny-Châtillon cardinal; pour Chàlons, Jérôme Bourgeois; pour Soissons, Charles de Roucy, et pour Noyon Jean de Hangest.

:2) François II de Cièves, deuxième duc de Nevers.

(3) Nevers avait été érigé en pairie en 1347, avec confirmation on 1404; le duché de Guise en 1517 et le duché de Montpensier en 1538.

de Piémont, d'Orange et de Fôrrare. Le cardinal de Lorraine dit la messe du Saint-Esprit, assisté des évêques d'Evreux et de Meaux (1), faisant diacre et sous-diacre. Les otages de la Sainte-Ampoule, autrement dit les quatre grands seigneurs qui avaient mission d'aller la chercher à l'abbaye de Saint-Remy et de l'y ramener, furent Jean de Luxembourg, comte de Brienne; Jean de Luxembourg, vicomte de Martigues; Charles de Montmorency, seigneur de Méru et Eléonor Chabot, comte de Gharny. Le roi de Navarre avait retrouvé à Reims le rang qui lui appartenait et il avait pris séance au Conseil sans y avoir été invité, mais aussi sans qu'on lui témoignât du mécontentement de l'y voir. Il parlait plus haut et commençait à se faire écouter, quand un jour, on donna lecture au Conseil d'une lettre du roi d'Espagne qui offrait à brûle-pourpoint à son beaufrère le secours de quarante mille hommes pour mettre à la raison les mutins ou seulement les mécontents de son royaume : il y ajoutait que ses affaires étant en bonne voie dans les Pays-Bas, il se disposait à retourner en Espagne. La main des Lorrains était là dedans, et cette machination eut tout le succès qu'ils s'en étaient promis. Le roi de Navarre s'imagina que ce retour de Philippe en Espagne

(1) L'évêque d'Evreux était Gabriel Le Veneur deTilliéres, et l'évêque de Meaux était Louis de Brézé.

jâtitid

cachait un secret dessein contre le Béarn, et il accepta avec empressement le prétexte honorable qu'on lui fournit pour quitter la Cour. La jeune reine d'Espagne, qui avait voulu assister au sacre de son frère, ne pouvait plus retarder son départ pour Madrid. Le cardinal de Bourbon et le prince de La Roehe-sur-Yon avaient été désignés pour In conduire jusqu'à la frontière. On offrit au roi de Navarre de prendre la haute direction de cette mission, et il s'y résolut d'autant plus volontiers qu'il entrevoyait, à la faveur d'une entrevue avec Philippe II, la possibilité d'entamer directement des négocia* tions pour obtenir la restitution de la Navarre, ou du moins de toute la partie située au-delà des Pyrénées, dite Haute Navarre. Antoine de Bourbon qui était revenu avec la Cour à Fontainebleau, après le sacre, quitta avec elle cette résidence lorsque le roi partit pour Blois, devança la reine d'Espagne à Bordeaux, et la conduisit jusqu'à Roncevaux, où il attendit les ministres espagnols chargés de venir recevoir leur nouvelle souveraine. La cérémonie devait avoir lieu au Pignon, petit hameau situé au sommet de la montagne, sur la frontière même des deux pays. Antoine avisa les Espagnols qu'il les attendait à Roncevaux pour ne pas obliger la jeune reine à séjournerau milieu des neiges, dans un lieu où on ne pouvait lui fournir un logement convenable. Ceux-ci, après avoir résisté pendant quelques jours,

cédèrent devant la menace que fit le roi de s'en retourner en Gascogne avec leur reine, et ils allèrent la chercher à Roncevaux, mais ils protestèrent par écrit afin que cet acte de condescendance de leur part ne put tirer à conséquence pour l'avenir. De son côté, Antoine de Bourbon fit rédiger par deux notaires une protestation dans laquelle il était dit que le terrain sur lequel on se trouvait n'appartenait ni à la France, ni à l'Espagne, mais bien à la partie du royaume de Navarre dont il revendiquait la possession. Loin de s'opposer à cet acte dont ils étaient témoins, les Espagnols laissèrent entendre au roi que Philippe II ne serait peut-être pas éloigné d'être disposé à entrer en arrangements avec lui. Antoine de Bourbon s'éloigna rempli de ces illusions, qu'une lettre très dure de Philippe II devait dissiper quelques mois plus tard; et se désintéressant, en apparence du moins, de tous les événements, il ne quitta plus ses états qu'un an après, quand il commit la faute insigne devenir, sur l'appel de François II, se remettre et remettre son frère, à Orléans, aux mains de leurs pires ennemis.

Ou a vu par les premiers actes du roi, que j'ai mentionnés, que les Guises étaient décidés à agir avec rigueur h la fois contre les abus, contre les mécontents et contre les huguenots. Maîtres de tout, maîtres du roi par la reine et se croyant maîtres de la reine-mère qui n'avait pas encore eu l'occasion de leur donner la

mesure de ce qu'elle valait, ils paraissaient se soucier fort peu d'augmenter le nombre des mécontents et d'exaspérer les disciples de la nouvelle religion. Les banquiers étrangers et français, exploitant les nécessités des circonstances, avaient avancé à Henri II de l'argent à un taux usuraire. Sans souci de se fermer toutes les banques et de tarir le crédit, on se fit rendre compte par ces financiers de lout re qu'ils avaient perçu au-delà du taux ordinaire de l'argent auquel on réduisit leurs créances. Quantité d'offices de la maison du roi furent supprimés ; ceux qui étaient victimes de cette mesure furent renvoyés avec la moitié de leur* gages. François Ier dt Henri 11 avaient aliéné, soit par des dons, soit par des ventes, la plus grande partie du domaine de la Couronne : toutes ces concessions furent révoquées d'un trait de plume. Le connétable, par l'entremise du cardinal de Chàtillon, son neveu, eut le talent de s'en faire excepter, ce qui était injuste vu le caractère général de la loi, et odieux si Ton considérait l'immense fortune du vieux Montmorency. La moitié des offices de finances furent supprimés, à charge par ceux qui n'étaient pas atteints, d'acquitter de leurs propres deniers le prix des charges remboursées. Les offices de magistrature étaient frappés de réduction par voie d'extinction jusqu'à ce qu'ils fussent ramenés au chiffre qu'ils présentaient à l'avènement de François Ier. Enfin les

'il 4 LE SACRE

survivances furent abolies, et pour s'éviter le désagrément d'entendre de trop près le concert de plaintes qui s'élevait de tous côtés, une potence fut dressée devant le château de Fontainebleau, avec cet avis, que Ion y accrocherait quiconque viendrait à la Cour sans y avoir été appelé par le roi ou par la nature des fonctions qu'il remplissait auprès de sa personne.

Pour les huguenots, de la menace on passa à l'exécution, et le Parlement reçut l'ordre d'en finir avec Anne du Bourg (1). Mais celui-ci, destiné à faire un grand exemple, se défendait pied à pied et donnait fort à faire à ses juges. J'en parlerai rapidement, car Phistoire de ce procès célèbre appartient autant au règne de Henri II qui le fit commencer qu'à celui de François II qui en vit la conclusion.

Anne du Bourg, neveu d'Antoine du Bourg, chancelier de France, était conseiller-clerc au Parlement de Paris. Quand Henri II était venu faire au Parlement de sévères mercuriales sur la longanimité dont celui-ci faisait preuve envers les religionnaires, cinq conseillers avaient osé lesdéfendre,etilsavaienlétéaussitôtarrêtés et mis à la Bastille : Anne du Bourg en était un, et il resta seul en butte à la colère du roi, les quatre autres ayant fait leur soumission. Une

;H Los présidents de Thou et Séguier avaient été mandés le 18 août à St-Germain-en-Laye et avaient reçu cet ordre verbal de la bouche du cardinal de Lorraine et du chancelier.

commission composée du président Saint- André, de deux maîtres des requêtes et de deux conseillers au Parlement, ayant été chargée d'instruire le procès, du Bourg la récusa, se fondant sur le privilège des membres du Parlement de ne pouvoir être jugés que par la compagnie tout entière. Sommé de reconnaîtra l'autorité des commissaires, à peine d'être tenu pour rebelle, il s'exécuta et Tut, en sa qualité de diacre, renvoyé devant Tévêque de Paris qui le déclara hérétique, sentence contre laquelle du Bourg interjeta appel comme d'abus. L'affaire en était là quand Henri II mourut.

Trois jours après la mort du roi, alors que Ton croyait généralement que le procès allait être abandonné, le cardinal de Lorraine fit expédier de nouvelles lettres à la commission, laquelle infirma l'appel de du Bourg. Celui-ci riposta par un nouvel appel devant l'archevêque de Sens, Bertrandi, auquel on venait précisément de retirer les sceaux. Bertrandi ayant confirmé la sentence del'évêque de Paris, du Bourg forma devant le Parlement un nouvel appel comme d'abus. L'acharnement déployé contre du Bourg effrayant, et à juste titre, les membres de la nouvelle religion, l'église réformée de Paris intervint par une lettre couverte d'un grand nombre de signatures, que la dame de Roye (1) et l'amiral de

(1) Madeleine de Mailly, veuve de Charles de Roye, comte de Houcy, mort en 1552, et belle-mère de Louis de Bourbon

Goligny se chargèrent de remettre à la reine mère. En lisant cette protestation contre les persécutions avec lesquelles on allait ensanglanter les premiers jours d'un nouveau règne, cet appel à sa justice et à sa clémence, Catherine parut s'émouvoir et consentit à recevoir à Reims, pendant les cérémonies du sacre, le ministre le plus éclairé de 1 église de Paris, Celui-ci s étant présenté chez la reine mère, sous les auspices de l'amiral, la reine ne put s'entretenir avec lui et remit l'entretien à un moment plus favorable, parce qu'elle voulait qu'il ne fut connu de personne.

Pendant que ses amis et ses coreligionnaires travaillaient en sa faveur, du Bourg, encore seul et sans avocats ni conseils, continuait à se défendre avec une habileté et une persévérance qui aurait dû toucher ses persécuteurs, et qui commençait à éveiller en sa faveur de nombreuses sympathies dans le Parlement. 11 présenta au Parlement une requête tendant à récuser plusieurs présidents et conseillers qu'il tenait pour ses ennemis personnels, à obtenir un conseil composé de quelques célèbres avocats, et à revendiquer son privilège de ne pouvoir être jugé que toutes chambres assemblées. L'avocat général Dumesnil conclut naturellement au rejet de la requête, mais elle avait assez embarrassé le cardinal de Lorraine pour

prince de Gondé,que sa fille, Eléonore deRoye, avait épousé en 1551.

qu'il se crut autorisé à employer un moyen inusité et qu'il jugeait propre à frapper l'esprit du Parlement. Par son ordre, le chancelier Olivier, le cardinal de Bourbon, plusieurs conseillers d'Etat et maîtres des requêtes, vinrent prendre séance au Parlement, et le cardinal y parut en personne. Prenant la présidence, Olivier déclara qu'ils n'en agissaient ainsi que pour compléter l'assemblée, en raison des récusations que réclamait l'accusé, enjoignit au greffier de donner lecture des pièces du procès afin que les parlementaires de fraîche date fussent mis au courant des diverses phases par lesquelles ce procès était déjà passé, et termina, en som* mant du Bourg de déclarer les noms de ceux qu'il récusait pour ses juges. Du Bourg répliqua qu'il récusait l'assemblée ainsi composée, les conseillers d'Etat ne pouvant siéger au Parlement qu'en présence du roi, les maîtres des requêtes n'exerçant la justice qu'aux requêtes de l'hôtel ( 1 ; , et il réclama de nouveau l'assemblée de toutes les chambres. Requis encore une fois de nommer individuellement ceux qu'il prétendait récuser, du Bourg désignales commissions qui avaient instruit son procès, le premier président Le Maitre et le président Minard, parce qu'il les tenait pour ses ennemis

(1) L'objection était réellement fondée. Si les maîtres des requêtes étaient réputés faire partie du Parlement, ils ne siégeaient utilement et avec autorité que dans leur tribunal des Requêtes de l'Hôtel, dont les sentences étaient jugées en appel par le Parlement.

personnels, les maîtres des requêtes Etienne Lallemant, de Vouze, et Nicolas de Pellevé, évêque d'Amiens (2), et enfin le plus grand de tous, le cardinal de Lorraine lui-même, comme étant l'instigateur des persécutions exercées contre ceux de sa religion.

Le cardinal s'étant retiré, après avoir protesté avec douceur, ce qui surprit tous ceux qui connaissaient, la hauteur et la violence de son caractère, qu'il n'était pas l'ennemi de du Bourg et qu'il n'avait pas tenu à lui qu'ils ne fussent amis, l'assemblée repoussa les 'récusations, sauf pour le président Saint-André et deux conseillers faisant partie de la commission, et désigna La Porte et Marillac pour servir d'avocats à l'accusé. Le premier ayant eu la lâcheté de refuser, Jean de Saint- Méloir et Pierre Robert s'offrirent pour le remplacer. François de Marillac, frère de l'archevêque de Vienne, d'une famille qui fournit au siècle suivant un garde des sceaux et un maréchal de France, obtint de son client qu'il lui laisserait faire appel à la miséricorde du roi, à la pitié des juges, et qu'il se laisserait représenter comme étant la dupe de quelques imposteurs. D'accord avec quelques uns des magistrats avec qui il s'était concerté à l'avance, Marillac obtint

(2) Créature des Guises et ligueur forcené, Nicolas de Pellcvé était né à Jouy-sous-Thelle (Oise}, le 18octobre 1518; il mourut à Paris le 26 mars 1594. Evêque d'Amiens en 1552; archevêque de Sens en 1562, cardinal en 1570.

ET LES DÉBUTS DU RÈGNE 4iî>

que la séance fut levée aussitôt que sa plaidoirie serait terminée, de crainte que du Bourg, en prenant la parole, ne détruisit tout l'effet qu'il avait produit. Mais à peine de retour en sn prison, du Bourg adressa par écrit au Parlement un désaveu formel de tout ce qu'avait dit son avocat, et, son a ppel comme d'abus de la sen lence de l'archevêque de Sens ayant été mis à néant, il en interjeta un nouveau à l'archevêque (ta Lyon, supérieur, en sa qualité de primai, de l'archevêque de Sens*

Le cardinal de Lorraine, sous le couvert d& François II, ne cessait de harceler le Parlement pour hâter le jugement et le supplice doat il se -croyait assuré* Le 13 octobre, d'Eclaron ou •Champagne, le 30 novembre, d'Àmboîse, des lettres-patentes ordonnent de terminer. Le 13 décembre, Marillac avait prononcé sa plaidoirie, le 19 du Bourg rétractait les aveux que Marillac avait fait en son nom; le 22 une lettre <îlose du roi ordonnait de presser le jugement, mais elle arriva trop tard : le 23 décembre, du Bourg étaitpendu, puis brûlé en place de Grève, ajoutant un nom illustre de plus à la liste, déjà trop nombreuse, des victimes des princes lorrains.

Du Bourg avait commencé à être vengé avant sa mort. Le président Minard revenant du palais, monté sur sa mule, le 12 décembre, fut tué d'un coup de pistolet dans la rue du Temple. Il s'était montré impitoyable envers

les huguenots et acharné plus que tout autre contre Anne du Bourg. On prétendit que celui qui avait fait le coup était un gentilhomme écossais, nommé Jacques Stuart, parent éloigné de la jeune reine, huguenot déterminé, qui, dit Brantôme, « se meslait de faire des balles « trempées de telle composition qu'il n'y avoit « cuirasse à preuve nyde si bonne trempe qu'il « ne la perçast ; et lesappeloiton des Stuardes, et « en faisoit présent à ses amys huguenots ». Brantôme ajoute « il estoit fort de la Religion « et très brave et vaillant, de bonne grâce et « belle apparence et très déterminé, et qui s'est « bien faict redouter pour tel; et mesmes de « M. le cardinal de Lorraine, ; dont fut faict un « petit pasquin: garde toy, cardinal, que tune « sois traicté à la Minarde, d'une Stuarde ». (Je fut le même Stuart qui, à la bataille de Saint- Denis, blessa mortellement le connétable d'un couj) de pistolet, son arme favorite, et avec une de ses Stuardes, qui n'étaient probablement que des carreaux d'acier substitués aux balles de plomb, comme ceux dont, à son exemple sans doute, les huguenots se servirent notamment à la bataille de Goutras. Quoiqu'il en soit, il fallut s'en tenir aux soupçons, faute de preuves, et Stuart ne fut pas inquiété.

Pendant que la cour était à Fontainebleau, il y eut à Paris quelque émotion contre les huguenots, qui aurait dû servir d'avertissement au roi de Navarre, et qui ne fut certainement

pas perdu pour le prince de Gondé et les Châtillon,

Dû orfèvre nomme Russange, qui avait rem* pli pendant quelque temps l'office de diacre dan s l'église réformée et que l'on avait chassé comme convaincu de s'être approprié les aumônes des fidèles, s'ass ura deux coquins de son espèce, l'un peintre et l'autre fabricant d'instruments de musique. Tous trois s'adressèrent au cardinal de Lorraine et a l'inquisiteur de la Foi eu France, Antoine de Mouchy dit 0§m&ch&ri$ (1), et déclarèrent que les réformés s'assemblaient pour faire la ^âque avec un pourceau en ^uise d'agneau pascal, et, qu'après avoir éteint les lumières, hommes et femmes se prostituaient les uns aux autres. Ils citèrent notamment la maison de F avocat Trou il Ion, à la place Maubcrt, comme étant l'un des théâtres de ces orgies auxquelles prenaient part sa femme et ses deux tilles. Un des trois affirmait même qu'il avait possédé une des filles de l'avocat. Convaincus par le chancelier de faux témoignage, ces misérables échappèrent pourtant au châtiment de leur crime ; l'influence du cardinal de Lorraine leur obtint non seulement le pardon, mais une récompense, et l'avocat, sa femme et leurs filles, quoiqu'innocents, furent emprisonnés. Mais il y avait pourtant quelque chose de vrai, c'est que le faubourg Saint-Germain,

{1} W h lU>ssonâ-âur-Mata (Oise)T im 1494, mort k Paris en 157 V

surnommé la petite Genève, était surtout habité par les huguenots, et que ceux qui n'étaient que de passage à Paris choisissaient de préférence les hôtelleries de la rive gauche de la Seine. Le cardinal de Lorraine enjoignit donc aux officiers du Ghâtelet d'armer leurs sergents, d'y adjoindre un détachement du Guet, et d'envahir une hôtellerie tenue par un nommé Le Vicomte, un vendredi, à l'heurç du dîner, afin de surprendre ceux qui l'occupaient en train de manger de la viande et d'enfreindre les lois de l'Eglise. Quinze ou seize personnes y étaient en effet réunies. Au bruit, plusieurs sautèrent par les fenêtres et s'évadèrent par les jardins. Quatre seulement, dont deux gentilshommes angevins, deux frères nommés de Soucelles, se firent jour l'épée au poing au milieu des assaillants et réussirent à faire retraite sans être poursuivis. Le lendemain, ils furent arrêtés par les archers de la garde dans l'appartement du roi de Navarre auprès de qui ils s'étaient réfugiés, et qui les laissa emmener. Le conseiller de Bragelonne, qui dirigeait l'expédition, envoya Le Vicomte et sa femme en prison, où ils moururent pendant l'instruction de leur procès. La populace les précéda jusqu'à la porte du Ghâtelet, portant triomphalement devant eux des gigots de mouton et un chapon bardé, destinés à servir de pièces à conviction. Quelques compagnies du Guet étant arrivées pour prêter main forte à Bragelonne et à ses sep-

gents, on se mit à fouiller les maisons voisines, et Ton y arrêta quelques personnes, notamment Cpiflart, bailli de Saint-Aignan, sur lequel furent trouvés des écrits compromettants et qui fut conduit au château de Vincennes. Derrière les gens de justice, le peuple entrait et mettait tout au pillage. Les choses en vinrent à un tel point, que la reine-mère se plaignit au cardinal de Lorraine, lequel se contenta de répondre qu'il y avait des édits et qu'il se bornait à les faire exécuter. Le peuple de Paris, enhardi par cette impunité, se mit aussi à les exécuter à sa manière, en organisant la persécution et la délation. Non seulement, on recherchait soigneusement l'opinion de son voisin, on épiait ses pas et ses démarches pour le dénoncer; mais, connaissant l'horreur des huguenots pour le culte des images, on plaçait des statues de la Vierge et de quelque saint au coin des rues, sur les portes des maisons, dans les endroits les plus apparents. Au pied de ces statues se dressait une table en façon d'autel avec des cierges allumés, et on courait sus à quiconque ne saluait pas ou refusait de jeter quelque pièce de monnaie dans une boite qu'on lui présentait et dont le contenu était destiné à l'entretien du luminaire. Les maisons des gens suspects d'hérésie étaient assaillies, visitées et pillées de fond en comble, mais les assaillants ne s'en tiraient pas toujours sans horions, car les réformés qui ne

Vf \.¥. ftACMK KT LKH DÉHLTS DU RÉGNE

pratiquaient pan la douceur et la patience Avniif(<ilif|ijf!f résistaient quand ils se trouvaient mi forr.n ni ri« ho faisaient aucun scrupule d'MMnmmnr lotira persécuteurs.

LmhOuImoh, qui étaient tout le gouvernement, lit Imii IoiiI .fui ro ; aussi bion ilsauraienleu mauvaUo grrtoo «\ arrêter un mouvement cju'ils tivtilctit provoqua. Ils avaient d'ailleurs de plus irriivon préooou pu lions. Leur puissance dépendait do la vio du roi, et la santé de François H donnait dojt\ do sérieuses inquiétudes.

La conjuration d'Amhoise

Ce n'était pas le goût des déplacements, si notable surtout sous les règnes de Charles IX et de Henri III, ce n'était pas davantage une nécessité ou une combinaison politique qui en- Toyaient le roi et !a cour passer l'hiver à Blois : c'était des raisons de santé. A flai b li par une croissance rapide, François II était faible et languissant; des taches tantôt rouges, tantôt livides, marbraient son visage, « signes certains d'un épaîssissement de la lymphe et d'un sang qui tournait en putréfaction ». Les médecins avaient conseillé l'air salubre et tempéré de Blois, où François, par un exercice modéré, se préparerait à prendre des bains aromatiques au retour du printemps. On lit courir le bruit qm* le roi était atteint de la lèpre, et qu'il ne se guérirait de cette horrible m a la ri ie qu'en se baignant fréquemment dans le sang des enfants. Il paraît que cette croyance était si bien enracinée dans l'esprit du peuple que les gens des campagnes fuyaient devant le cortège royal, et que bien des villages, sur le chemin da Paris a Blois* étaient vides de leurs habitants

quand la Cour les traversait. François II, frappé de ce spectacle si étrange, voulut en connaître les motifs que Ton ne put lui cacher, et des larmes amères s'échappèrent de ses yeux. En allant au fond des choses, on eut la preuve que ces bruits horribles étaient répandus par des émissaires qui devançaient la Cour. On en arrêta même un à Loches, qui, mis à la question, accusa le cardinal de Lorraine de cette trame. Le cardinal à son tour accusa les réformés, et il s'affermit encore davantage dans les projets de mesures rigoureuses qu'il ne cessait d'imposer à la faiblesse de son royal neveu.

Je n'ai pas retrouvé la date précise du départ de Fontainebleau, mais le 4 octobre le roi était à Moutiers-sur-Saulx (Meuse, arrond. de Bar-le- Duc), où il signala nomination, en qualité de gouverneurs de ses frères, de Philibert de Marcilly, seigneur de Sipierre (1), et de François de Kernevenoy, dit de Carnavalet (2), gentilshommes ordinaires de sa chambre. Le choix était heureux. «Sipierre, dit Brantôme, qui « es- « toit le plus généreux, et le plus brave seigneur

(1) Mort à Liège en 1565. Après la paix d'Amboise, il commanda à Orléans. « C'était, dit de Thou, un homme de bien et un grand capitaine ».

(2) Gouverneur de l'Anjou, du Bourbonnais et du Forez, né vers 1520, mort à Paris en 1571. Ce fut sa veuve, Françoise de La Baume, qui acquit du fils du Président de Lignons le célèbre Hôtel de Carnavalet, construit à Paris par Androuet du Cerceau et orné de statues par Jean Goujon. C'est aujourd'hui le musée municipal de la ville de Paris.

d'amboise 427

'< qui fut jamais gouverneur de roi, ne lui pres- « choit (à Charles IX) que la valeur, la grandeur « et l'ambition ». Quant à Carnavalet, Castelnau dit de lui qu'il « se peut mettre au rang des « personnes les plus illustres que la Bretagne « ait données à la France » et que v ce prince « (Henri III) lui fut obligé de toute la gloire que « lui valut sa belle éducation w* Il se recommandait ainsi sérieusement à la postérité qui ne le connaît plus qu'à cause du bel hôtel que sa veuve acheta h Paris et qui , par une sorte de faveur spéciale, iVa pas cessé de porter son nom.

François était à Eclaron (Haute-Manie], le 11 et le 13 octobre ; on le trouve le 22 à Vau luisant (Yonne), abbaye de Cisterciens, dont il reste encore de curieux vestiges, La jeune reine d'Espagne y était avec lui, et ils se proposaient d'y séjourner de compagnie, mais Elisabeth fut obligée d'y prendre congé, ce jour-là, de son frère, car celui-ci, après la réception de dépêches de Sébastien de l'Aubespine, évoque de Limoges, son ambassadeur en Espagne, s'était acheminé aussitôt vers Blois. C'est la reine d'Espagne qui, le 22 octobre, le mande à l'ambassadeur. De son c'ôté, le roi de Navarre faisait diligence sur la route de Bordeaux où il voulait devancer la reine d'Espagne. D'autre part, de Thou dit que la reine-mère et François II conduisirent Elisabeth jusqu'à Poitiers, d'où ils revinrent à Blois. Ce qu'il y a de certain, c'est

que la reine d'Espagne passa les fêtes de Noël à Pau, chez le roi de Navarre, et que ce ne fut que le 6 janvier 1560 qu'elle fut remise, à Roncevaux, entre les mains des ministres espagnols.

Le 26 octobre, François II était au château de Valéry (Yonne), appartenant au maréchal de Saint-André qui continuait à se maintenir dans les bonnes grâces des Lorrains, et le i novembre il était rendu à Blois. Les édits pleuvaient contre les réformés, et aux provocations ceuxci ne tarderont pas à répondre. Le 9 novembre, édit portant la peine de mort contre les auteurs d'assemblées illicites pour motif de religion. Le 14 novembre, lettres de commissions ordonnant d'informer « secrettement, diligemment et bien » contre ceux qui, à Paris, favorisent les sacramentaires et ceux qui sont entachés d'hérésie. L'éditdu 1er décembre, renouvelé le 19 du même mois, interdisant le port des pistolets et armes à feu, sous peine de mort et de confiscation, visait évidemment surtout les réformés.

Les mois de décembre, janvier et février se passèrent daqs le calme. L'orage se formait, mais à la Cour on n'en entendait pas encore les grondements lointains. François II avait établi sa résidence à Blois , dont le château. situé sur une éminence, était entouré de belles promenades, où l'air était pur et favorable à sa sanlé, mais où la Cour pouvait facilement être

d'amboise 42&

surprise par une troupe de gens déterai i nos, C'est 00 qui prouve la complète sécurité dans laquelle on vivait. On n'ignorait pas que la

noblesse était mécontente, mais pour qu\m mécontentement puisse se traduire par des actes, il faut qu'il soit dirigé et exploité ; et les Guises, qui voyaient une armée de mécontents, ne soupçonnaient pas que quelqu'un put en prendre le commandement. Le roi de Navarre était trop irrésolu» le Connétable trop prudent, les GhAtillon, ses neveux, étaient assez dans les bonnes grâces de la reine. Le seul redoutable, le pririce de Gondê, se trouvait être celui auquel on pensait le moins. L'orgueil était le péché mignon des princes lorrains, et la situation exceptionnelle qu'ils avaient acquise les aveuglait à ce point qu'ils se croyaient non seulement invincibles, mais qu'il ne leur venait pas » la pensée que personne voulut oser s'attaquer à eux.

De Blois, François 11 faisait quelques excursions h Amboise et à Ghambord. Le d(î et le 17 décembre, notamment, il est à Cbarabord, il y retourne le 22. Je reprends l'indication de ses principaux actes, édits et ordonnances, pendant le laps de temps paisible qui s'écoula jusqu'à l'éclat de la conjuration d'Amboise. Le 2 décembre une déclaration attribue aux secrétaires du roi, à l'exclusion de tous autres, la faculté de signer et d'expédier les mandements du roi, elles arrêts de ses conseils et des cours souve-

raines. Le 10 décembre, François II fait don à sa mère du duché d'Alencon pour en jouir à titre de douaire (1). Le 17, édit contre les receleurs de condamnés par contumace à la peine de mort ou au bannissement, qui sont assimilés pour le crime et le châtiment à ceux qu'ils ont voulu soustraire à l'action de la justice. Le 20 décembre sont signés deux édits ; par le premier il est défendu de transporter les blés et les vins à l'étranger, sans des lettres de congé délivrées par un bureau de surveillance que l'ôdit crée et dont il établit le siège à Paris. Le second précise la manière de régler les conflits entre le Parlement et la Cour des Aides; et le moyen indiqué par le roi ressemble plutôt à une raillerie qu'à un acte sérieux. Ce moyen consiste à tacher, en conférant ensemble, de se mettre toujours d'accord. Le 1er janvier 1560, parait l'édit pour l'élection des juges et des officiers de justice (2) et le 8 on lance des lettres missives pour assembler quelques compagnies

(1) Le duché d'Alencon avait été réuni au domaine de la couronne en 1549, lors de la mort de Marguerite d'Angoulème, duchesse douairière d'Alencon.

(2) Le 3 janvier la reine mère écrivait à François de Montmorency, maréchal de France, (ils du connétable, mécontent que la dignité de Grand-Maître de France fut enlevée à sa maison : « Croyés moy, à cet coup et si en nestes tronpé, guardés cete letre pour me décrier la plus misérable et malheureus non royne, ne prynsèse, mes créature que Dieu aye james créaye et vous donnés cet contentement et à tous les vostres de avoyr ayté cause de la resteauration de ce povre royaume et lésé cete belle mémoyre de vous alla postérité et non de le avoir aydé à rouyner. » ■

d'amboise 431

de gens d'armes et pour les faire passer en Ecosse. L'histoire de ce royaume, pendant le règne de François II, se lie si intimement à celle de la France, qu'il faut bien dire pourquoi on y envoyait des troupes françaises.

Marie de Guise gouvernait l'Ecosse sous le nom de sa fille. Ses frères lui avaient conseillé d'abolir la tolérance religieuse que les seigneurs écossais lui avaient imposée. Les protestants se révoltèrent aussitôt et, aidés des princes du sang, lui enlevèrent la régence, le 2i ociobry 1559. Les compagnies d'hommes d'armes désignées dans les lettres missives du 8 janvier étaient envoyées à son secours par les Lorrains. Mais Elisabeth d'Angleterre n'avait pas pardonné à Marie Stuart d'avoir pris les armes ei le titre de reine d'Angleterre, tout en trouvant bon, à l'exemple de ses prédécesseurs, de garder pour elle-même les armes et le titre de reine de France ; elle savait que le triomphe du catholicisme en Ecosse serait le signal du soulèvement des catholiques anglais; et puis, l'occasion s'offrait d'établir, sous prétexte de religion, sa domination en Ecosse, et elle était trop habile pour la laisser échapper. Elle envoya une armée et une flotte au secours des protestants. Les Français furent forcés de quitter l'Ecosse sans y avoir rien fait. La régente mourut, et Marie Stuart fut obligée de laisser le gouvernementaux princes du sang, de rétablir la liberté religieuse, et d'abandonner ses

droits à la couronne d'Angleterre (juillet 1560). Le cardinal de Lorraine écrivait en janvier à l'Aubespine, évêque de Limoges, ambassadeur en Espagne, que la reine d'Angleterre « ne peut demeurer en sa peau, et semble qu'elle ayt envye de faire ung sault en rue ». C'était pour l'empêcher de faire ce saut que La Brosse, chevalier de l'Ordre, avait conduit deux mille hommes de pied en Ecosse, que Sébastien de Luxembourg de Martigues y avait, à son tour, au commencement du printemps, mené mille fantassins et quelques cavaliers, et qu'enfin le marquis d'Elbeuf (1), frère des Guises, était parti avec huit vaisseaux chargés de soldats, de munitions et d'argent ; il avait pris la mer quand une tempête l'ayant obligé de relâcher sur la côte française, on prit prétexte de la conjuration d'Amboise qui venait d'éclater, pour rappeler avec lui des troupes dont on avait grand besoin.

Je reviens à François II. Par un mandement du 1er février, il indique à toutes les compagnies des ordonnances les garnisons dans lesquelles elles devront être rendues le 25 du même mois. Ce document prouve que Ton était toujours dans une parfaite quiétude, car pour la Touraine et l'Anjou, pour la province où résidait la Cour, on n'avait désigné que les compagnies du duc de Montpensier, de M. de

(1) René de Lorraine, marquis cTElbeuf, mort en 1566.

Gonnor et de M, de Vassé, chacune de trente lances, et la compagnie du i;omtft d'Aran, forti? de soixante lances. C'était en Normandie et à Orléans que se trouvait tout le gros de ces corps délite. C'est seulement à la fin de février que Ton eut connaissance du mouvement préparé . Le 25, le roi, étant à Am boise, écrit au connétable de lui envoyer le sieur de Soucelles (l)t le bailli de Saint-Aignan et Robert Stuart, qui étaient enfermés au château de Vineennes, pour les interroger sur ce que le roi et les (iuises appellent « la conspiration » (lettres au Connétable), et à laquelle ils soupçonnent que ces trois personnages sont affiliés. Tous trois étaient détenus pour des causes diverses, Souilles pour une lettre au rûî de X;minv, interfi'ptée, dans laquelle il Je blâmait de ne pas prendre le rang qui lui appartenait; le bailli de Saint-Aïgnan parce que, arrêté comme il voulait s'opposer au pillage des maisons de calvinistes, au faubourg Saint-Germain, comme je l'ai dit plus haut, on avait trouvé sur lui des vers satyriques contre les Guises, et un projet d'adresse au roi pour demander la réformation des abus; Robert Stuart parce qu'il était soupçonne d'avoir tué le président Minard et d'avoir projeté de mettre le feu en quelques endroits de Paris pour délivrer, à la faveur de ce tumulte, les huguenots enfermés dans les rîifle-

(l) De la faintilû angevine d& Boyie^ve.

sa

rentes prisons. La Place prétend qu'on les conduisit à la Cour masqués et déguisés.

Depuis quelque temps les indices et les avis n'avaient pourtant pas manqué aux Guises, et il est curieux de constater que c'était de l'étranger, des Pays-Bas, d'Espagne et d'Allemagne que ces avis étaient parvenus. Le duc de Savoie, qui entretenait des espions en Suisse et à Genève, mandait que les réfugiés français achetaient des armes et des chevaux et paraissaient s'attendre à une révolution qui leur rouvrirait les portes de la France. Comme indices, il y en avait deux fort graves : un courrier qui apportait au roi des dépêches très importantes, avait été assassiné et dévalisé aux portes mêmes de Blois, et un messager de l'inquisition, nommé Julien Formée, dépêché par l'inquisiteur Democharès au cardinal de Lorraine, avait subi le même sort. La défiance commençait à s'insinuer partout. C'était l'époque même à laquelle (25 février) le maréchal de Saint-André écrivait au Connétable : « Au temps où nous sommes le moins escripre est le meilleur ». Ce que les contemporains ont appelé « le tumulte d'Amboise » allait éclater. Mais avant de le retracer, il faut retourner de quelques pas en arrière.

Le roi de Navarre s'était éloigné mécontent, mais n'osant en rien laisser paraître. Le prince de Condé mécontent lui-même, restant sur la brèche, pour ainsi dire, formait avec son frère un contraste si saisissant qu'il semblait se dési-

d'amboise 435

gner naturellement au choix de ces hommes entreprenants qui cherchaient un chef. « Sous « une figure commune et un extérieur disgrâce cieux, sous l'enveloppe de la gaieté, de la folie « et de la dissipation, il cachait une âme pro- « fonde, ardente et fière, qu'aucun obstacle ne « pouvaitarrêter, qu'aucune adversité ne pouvait « vaincre». Les ad versaires lui rendent la même justice que les amis. Davila, écuyer de la reinemère, qui n'est pas suspect rfàlre un complaisant de Condé, n'a pour lui que des paroles de louanges : « Prince de grand rouir »t clil-îl, et ailleurs « prince en qui la valeur et le courage « suppléaient au défaut des biens de fortune». C'est précisément ce « défaut des biens de fortune » qui précipita Coudé d;ms les hasards de la conspiration et de la guerre civile.

La conjuration d'Amboise est connue ; connus sont aussi les autres événements du règne de François II. J'irai donc rapidement dans mon récit, car, en se plaçant au point de vue général, l'histoire a été faite, et tant de fois, qu'elle n'est plus à refaire. Je n'ai d'ailleurs entrepris celle-ci qu'en vue des petits détails, des menus faits qui pourraient avoir échappé aux graves historiens ou qu'ils auraient dédaigné de faire figurer dans leurs grandes scènes. Pour la reconstitution d'un édifice, la description de l'ogive d'une porte ou du meneau d'une fenêtre a bien son utilité.

Le roi de Navarre était à Nérac, où il tenait

i3t5 LA CONJURATION

sa Cour de préférence à toute autre ville de ses petits Etats. Il n'y avait aucun espoir de l'attirer. Condé prit sa place $ans lui demander son avis. Une grande réunion des principaux seigneurs de son parti et de celui des Montmorency fut tenue au château de La Ferté-sous- Jouarre qui appartenait au prince, et à laquelle, outre l'amiral de Coligny, assistaient les plus marquants d'entre les réformés. Condé n'appartenait pas encore à la nouvelle religion dont sa femme (1) et la dame de Roye, sa bellemère, faisaient publiquement profession, et Coligny, qui y était engagé, ne le laissait pas voir. Condé avait certes, moins que tout autre, ce qu'il fallait pour adhérer à une secte qui affectait les dehors de l'austérité la plus grande, non seulement dans ses paroles mais jusque dans ses vêtements. Il était le dernier des princes que Ton aurait pu croire capable d'écouter les verbeuses exhortations des ministres du nouveau culte et de plier ses habitudes de dissipation et de galanteries aux exigences de chef d'un parti de puritains. Mais l'ambition déçue et le désir de la vengeance sont des leviers bien puissants.

Coligny fut la cause principale du changement de religion du prince de Condé, et il l'amena à cette résolution à la faveur des

(i) Kléonore de Roye, qu'il avait épousée le ti juin 1551 et «lui mourut le 23 juillet 1564. Fille de Gharlei de Roye, comte de Roucy, et de Madeleine de Mailly

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d'amboise 437

entretiens qu'ils eurent au sujet du gouvernement de Picardie. Le duc de Guise venait de les jouer tous deux. Il avait laissé entendre à l'amiral qu'un personnage, dont il taisait le nom, sollicitait ce gouvernement et s'appuyait sur le motif que l'administration et la défense d'une province frontière étaient incompatibles avec sa charge d 'amiral, Gondé était clairement désigné, parce que le gouvernement de Picardie avait successivement appartenu à son père et à son frère aîné, et que, par ce fait, il était le seul à pouvoir y élever des prétentions sérieuses. Coligny offrit à Gondé de se démettre en sa faveur, en se plaignant seulement que le prince ne se fut pas adressé directement à loi pour réclamer ce à quoi il croyait savoir droit, Condé s'emporta et jura, comme il était vrai, qu'il n'avait jamais eu ce projet, et que, l'aurait-ileu, le ducde Guise était le dernier auquel il en aurait fait confidence. Néanmoins Coligny persista à résigner les fonctions de gouverneur de Picardie qui furent conférées au maréchal de Brissac (1), en dédommagement du gouvernement du Piémont. On ne pouvait mieux choisir, car le maréchal était un vaillant homme de guerre et de la fidélité de qui il n'y

fi) Charles de Gussé, comte de Brissac. l'un des plus grands capitaines du wr siècle, né en 1507, mort à Paris le 31 décembre 1563. Colonel-général de la cavalerie légère, grand maître de l'artillerie en 1547, gouverneur général du Piémont et maréchal de France en 1550.

avait pas à douter. Mais Condé et Coligny, ulcérés et réunis pour la vengeance, commencèrent à traiter la question d'un grand mouvement pour se débarrasser des Guises. C'est alors que l'amiral donna à Condé le conseil de se déclarer le chef des huguenots de France, afin de se créer un parti formidable et d'avoir dans la main une nombreuse armée. La haine des réformés pour les Guises, leurs ardents persécuteurs, était un sûr garant de leur ardeur et de leur constance.

Au château de La Ferté, la guerre futdécidée, et le prince reconnu comme chef de toute l'entreprise. On s'assurerait, par un coup de main sur le château de Blois, de la personne du roi et Ton attaquerait à outrance les Guises et leurs partisans. Le mot d'ordre était celui-rci : Délivrer François II de la captivité dans laquelle il était tenu par les princes lorrains. Cela donnait une étiquette respectable, méritoire même, â ce qui, par le fait, n'était qu'une rébellion. On le sentait si bien qu'une consultation fut demandée aux plus fameux jurisconsultes de France et d'Allemagne et aux plus célèbres théologiens du parti protestant. On prétend qu'elle était l'œuvre de François Hotman (1),

(1) Célèbre jurisconsulte. Il embrassa la Réforme en 1547» fut successivement professeur de belles lettres à Lausanne, professeur de droit civil à Strasbourg (1566), maître des requêtes du roi de Navarre, professeur de droit à l'université de Valence, puis h Bourges (1567), historiographe du . Roi et de nouveau professeur à Bourges. Après la Saint-'

d'amboise 480

fils d'un conseiller au Parlement de Paris, de Spifame (2), ex-évêque de Nevers, alors ministre à Genève, de Théodore de Bèze, et enfin de Calvin lui-même, quoiqu'il s en soU vivement défendu par la suite, comme renfermant des sentiments contraires à ses principes d'obéissance passive à l'autorité.. La réponse, qui n'était pas douteuse, fut qu'on pouvait. qu'on devait même opposer la force à la domination des Guises, pourvu que Ton agit sous l'autorité et que Ton combattit sous les ordres d'un prince du sang royal. C'était une consécration du choix de Condé, reconnu comme chef muet de l'entreprise et qui ne devait se faire connaître qu'après les premiers sur Cette précaution devait lui sauver la vit», car si les soupçons des Ihiises se portèrent sur lui, les victimes qui, dans leurs dépositions parlèrent du « chef muet », ne révélèrent jamais son nom. Mais il fallait un chef visible, agissant, et l'on

Barthélémy, il se réfugia à Genève où il devint professeur de droit romain (1572), il passa depuis à Bâle, revint à Genève et retourna à Bàle, où il mourut le 12 février 1590. Jl était né à Paris, le 23 août 1524. Ses œuvres réunies, forment trois volumes in-folio.

1 Jacques-Paul Spifame, né à Paris en 1502. Président aux Enquêtes et Conseiller d'Etat, se lit prêtre et fut nommé, évèque de Nevers en 154C. En 1559, il céda son évôché à son neveu Egide Spifame, passa à Genève, abjura le catholicisme et au moyen d'un faux épousa une femme dont il avait eu deux enfants. Ordonné pasteur protestant, il rentra. <-.n France malgré l'arrêt de mort prononcé contre lui par le Parlement; puis il retourna à Genève en 1566, fut arrêté et exécuté le 23 mars 1566, comme coupable de faux.

4'iO LA CONJURATION

choisit pour ce poste périlleux un homme duquel les Lorrains devaient se défier moins que de tout autre, parce qu'il avait été leur obligé.

Geoffroy ou Godefroy de Barri, seigneur de La Renaudie, d'une bonne maison du Périgord, avait été condamné à la détention perpétuelle pour avoir produit des pièces falsifiées dans un procès qu'il soutenait contre Jean du Tillet, greffier du Parlement de Paris (1). Le célèbre historien, en examinant les titres de la famille de Barri, y avait constaté l'existence de la possession héréditaire d'un riche bénéfice qu'il convoita pour son frère Louis, curé en Poitou (1), et auquel il en procura la nomination. La Renaudie entama un procès, mais redoutant rinlluence de son adversaire dans le Parlement de Paris, il demanda et obtint que son affaire fut renvoyée devant le Parlement de Bourgogne. C'est là. qu'il falsifia un titre de propriété dans lequel il avait reconnu un vice déforme. Le duc de Guise était gouverneur de la province. Il fit évader La Renaudie de la prison de Dijon et lui procura les moyens de

(1) Jean du Tillet, seigneur de la Bussière, né à Paris où il mourut le 2 octobre 1570. Sun Recueil des Rois de France, publié pour la première fois en 1580, a été plusieurs fois réimprimé.

(1) Un bénéfice catholique était singulièrement placé entre les mains de ce personnage qui se lit huguenot, qui était revenu à la foi catholique et qui finit par redevenir hugue not.

gagner la Suisse où celui-ci se fit l'agent principal des réformés, mettant en rapport les calvinistes de Genève avec ceux d'Allemagne

et des Pays-Bas. Les réformés le tenaient pour un martyr de la bonne cause , et le grave historien de Thou affirme, de son côté, que dans le procès de La Renaud ie, l'innocent payait pour le coupable. Quoiqu'il en soit, par l 'influence desKuises, cet homme énergique et remuant obtint la révision de son procès, l'autorisation de vivre en France et d'y professer librement sa religion. Il se faisait appeler alors le capitaine La Foret, quoiqu'il n'y eut pas lieu pour lui de dissimuler sa présence (I). L'injuste sort de son beau-frère, Gaspard de HeuT que les Guises firent torturer et pendre, l'ayant dégagé envers eux de toute reconnaissance, il se jeta avec ardeur dans le mouvement projeté et contribua à faire nouer à Go ridé des intelligences avec les gens les plus marquants de son parti. Tel était l'homme actif et résolu, que l'on mit a la tête de l'entreprise, si pleine de périls, dont Condé était l'ànie.

Muni des instructions secrètes du prince, La

fi) Il était au xvi* siècle d'un usage constant que presque tout g-entiihomme prît un nom de guerre et s'appeldt le capitaine X... avi-e un nom tout différent de sou nom patronymiiLuc Cet usage suscita une très grande dîfllculte" à pouvoîrt'Liblir l'identité de beaucoup de personnages cités dans les écrits contemporains sous leur pseudonyme. ïl m'a été impossible de dé terminer les motifs de cette étrange coutume, et aucun historien n'y est parvenu davantage.

Renaudie passa en Angleterre pour obtenir l'assentimentcTElizabethetpour l'engagera faire en Ecosse la diversion dont il a été parlé ; puis il se mit ensuite à parcourir toutes les provinces de la France, tissant les mailles du filet dans lequel on comptait enlacer les Lorrains. A tous les conjurés il distribuait des balles de paume, mi-partie de blanc et de noir, et il recueillait des signatures d'adhésion sur la consultation qu'il avait été également faire signer en Allemagne et aux Pays-Bas. Ce fut dans la maison de Pierre Terrasson, à Lyon, qu'il rendit compte de sa mission aux principaux affiliés, et qu'il assigna rendez-vous à Nantes, pour le 1er février 1560, aux chefs des contingents provinciaux, qui devaient être accompagnés des personnages les plus marquants de leur province, afin de composer une assemblée plénière dans laquelle les dernières résolutions seraient définitivement arrêtées. Ces chefs provinciaux étaient Castelnau pour la Gascogne; le capitaine Mazères (1) pour le Béarn ; Le Mesny pour

(1) Dans une lettre de Charles IX à l'évoque de Hennés, en date du 2'» octobre 1561, le roi rappelle que le capitaine Mazères, avant d'être exécuta et dans l'espoir de racheter sa vie, aurait averti François II « qu'il y avoit des Espagnols qui avoiont conjuré contre luy dont il luy donna soudain avertissement ». Par une lettre du 19 mars 1559, François II annonçait au connétable que le baron de Castelnau, lo baron d'Anbeterre, lo capitaine Mazères et d'autres chefs de la conjuration étaient en son pouvoir. — La femme du capitaine Mazères faisait partie de la suite d'Klisabeth de France quand celle-ci alla rejoindre en Espagne Philippe II son mari, et était encore auprès de cette princesse pendant que

d'amboise U3

le Limousin et le Périgord : de Pons, baron de Mirambeau (1), pour le Saiotonge ; Baint-Gyr Puygrefïîer, pour le Poitou (2); de Maillé-Brézé, pour l'Angoumois et la Touraine ; La Chesnaye, pour le Maine et l'Anjou (3); le ministre de Chiré, pour le Chatelleraudois et le Mïrebalais; Montejan (4), pour la Bretagne; Sainte-

Mazères était décapité à Amboise. Du capitaine Mazèrcs voici ce quedil Brantomôs •* Ce capitaine là avoit esté autrefois « en Piémont, fart renom m*"' et déterminé soldat et si IjΗ « zarre pourtant qu'on le tenoit pour avoir de l'humeur « (être un peu fou.*.) par ces te maie détermination. Il fui « pris comme les autres et .saisi d'une fnrt longm espëe ; il « confessa tout » Le cardinal de Lorraine, qui refusa au duc de Guise, son frère, la grâce de Maures, répétait qui* celui-ci était une des mâtures du Roi de Navarre; aussi ce roi s'était-il (force meut sans doute) déclarr contre les huguenots et se cruL-il obligé de tailler en pièces ceux, au nombre de deux mille, que La Henaudie avait rassemblés dans le pays d'Agen.

il) Pons, ville de Saintonge (Charente-Inférieure) avait donné son nom à cette grande maison dont le chef était alors celui-ci, François de Pons, marquis de Mirambeau.

(2 Tanneguy du Bouchet, seigneur de Puygreffier, dit Saînt-Cyr Puygreffier, fut tué à la bataille de Moncontour, le 3 octobre 1569, à l'âge de 85 ans. « Son ministre huguenot « lui disant de haranguer ses gens: — A gens de bien « courte harangue, dit le bonhomme — et à ses compa- « gnons : — Voici comment il faut faire: —là-dessus, couvert m à la vieille (mode) française d'armes argentées, jusques « aux grèves et aux soulerets (c.-à-d. en armure complète) <« le visage découvert et la barbe blanche comme neige, « âgé de 85 ans, il donne vingt pas devant sa troupe, mène « battant les maréchaux de camp et eniin il fut tué». (D'Aubigné, Ilist. univ.)

(3) Vincent de Gournay de La Chesnayc-Vaulouest, plus tard gouverneur de Fougères, tué en 1592.

(4) Famille d'Anjou, qui a fourni un maréchal de France, René de Montejan, mort en 1538.

Marie du Mont, pour la Normandie; Cocqueville(l), pour la Picardie; Maligny(2), pour la Brie et la Champagne ; Gastellane (3) et Mouvans (4), pour le Languedoc et la Provence ; et Charles du Puy-Montbrun (5) pour le Dauphiné.

(1) François de Cocqueville, gouverneur de Doullens. Il s'était emparé de Saint-Valery-sur-Somme où il fut assiégé par les catholiques. Fait prisonnier, il fut décapité à Abbeville sur la place du Marché, le 21 juillet 1568: sa tète fut portée à Paris et exposée sur la place de Grève. Il était fils d'un gentilhomme du Vimeu (partie de l'arrondissement d'Abbeviile 'Somme), entre cette ville et la limite delà Seine- Inférieure).

(2) Edme «le Ferrières de Maligny, d'une famille de Bourgogne: il mourut noyé à Genève» en 1560. Son frère aîné, Jean de Ferrières, seigneur de Maligny, devenu vidamede Chartres après la mort à la Bastille de son cousin, François de Vendôme, fut massacré à bord d'une galère, le 4 avril 1586, par les catholiques, parce qu'il ne pouvait pas payer sa rançon.

(3) Louis-Honoré de Gastellane, seigneur de la Verdière, tué dans la retraite après la levée du siège de Sancerre, le 19 juillet 1562.

(4) Paul Richiend, seigneur de Mouvans, né à Draguignan, tué au combat de Massignac, le 15 octobre 1568.

(5) Charles du Puy, seigneur de Montbrun, dit le Brave, un des plus célèbres capitaines du parti protestant. Né au château de Montbrun (Dauphiné), vers 1530. Dans la première guerre civile ,1562), il emporta d'assaut Mornas; dans la seconde (l."»67), il combattit à Jarnac et à Moncontour et défit les catholiques au passage du Rhône en 1570. Après la Saint-Barthélémy, il soumit aux Calvinistes une partie du Dauphiné, refusa de souscrire à la prise de La Rochelle, battit les catholiques auprès du pont de Royan en 1574 et obligea Henri 111 lui-même à lever le siège de Livron (janvier 1575). Ce fut son arrêt de mort; aussi lorsque assailli par des forces supérieures, il fut fait prisonnier avec la cuisse cassée, et qu'il eût été transporté à Grenoble, malgré les prières des plus grands seigneurs du parti catholique on le porta sur l'échafaud dans un fauteuil, et il fut décapité le 12 août 1575.

D AMBÛISE

t ir.

La Renaud ie avait choisi Nantes à cause de son commerce qui y attirait un grand nombre d'étrangers, parce que le Parlement de Bretagne y siégerait et enfin parce que le mariage dTun des grands seigneurs de la province y amènerait beaucoup de noblesse de différents pays. En arrivant, comme ils le firent, vêtus en marchands, en plaideurs portant leurs sacs de pièces sous le bras, ou en gentilshommes invités à la noce, les conjurés ne risquaient pas d'attirer l'attention, et cela eut lieu ainsi. La réunion fut tenue dans la maison de La i îaraye, gentilhomme breton, et un Normand, nommé La Digne» qui était secrétaire de La Renaudie, y assista aussi avec son maître. La, Renaudie, qui parlait avec facilité et élégance, fit un long discours^ réquisitoire en règle contre la maison de Lorraine, De Thou le rapporte tout entier, mais il est permis de croire qu'arrangé par le savant historien, ce morceau n oiïre que le sens des paroles de La Renaudie. En terminant, celui-ci s'écria: « Protestons ici de vive voix et « prenons Dieu à témoin que nous ne pensons, « ne dirons» ni ne ferons jamais rien contre le « roi, la reine, sa mère, contre les princes, ses " frères, ni contre ceux de son sang; qu'au l< contraire, nous défendrons Leur Majesté et « leur dignité, et en même temps l'autorité do-, « lois et la liberté de la patrie contre la tyrannie « de quelques étrangers ».

Le discours fut fort applaudi et la protestation

iiO LA CONJURATION

signée par tous les assistants. Les pouvoirs des chefs provinciaux furent confirmés, et, au nom et sous l'autorité du « chef muet » dont le nom ne fut pas prononcé, on convint de lever dans toutes les provinces un corps de cinq cents gentilshommes armés de toutes pièces, et mille à douze cents hommes d'infanterie, commandés par trente capitaines expérimentés. Le rendezvous de ces forces était fixé pour le 6 mars à La Fredonnière, village aux environs de Blois. d'où Ton enverrait, le 10, une députation sans armes présenter au roi une requête pour demander la liberté de conscience et la permission de tenir des prêches. Dans le cas, trop certain, d'un insuccès, les soldats qui suivraient de près les députés entoureraient le château de Blois, s'empareraient du duc de Guise et du cardinal de Lorraine, les massacreraient même en cas de besoin, et Ton contraindrait ensuite le roi à déclarer le prince de Condé lieutenant-général du royaume. Les chefs provinciaux chargés de recruter les gentilshommes et les soldats destinés à marcher sur Blois, devaient, en outre, avant d amener eux-mêmes ce détachement, déléguer leurs pouvoirs à un ou deux lieutenants qui armeraient tous leurs partisans, s'empareraient du plus grand nombre de villes qu'ils pourraient, feraient main basse sur les recettes générales et les deniers royaux, et empêcheraient ainsi les Guises de recevoir ni troupes ni argent. C'était le feu mis aux quatre

û'am boise 447

coins du royaume. On se sépara ensuite, en se

jurant fidélité et secret.

Chose surprenante, ce secret, partagé entre tant de personnes, venues de tous les points de la France, et qui avaient pour mission ^de recruter de si nombreux adhérents, fut religieusement gardé. Ce fut La Renaudie, luimême, qui perdit tout. Il était allé a Paris, toujours sous le nom de La Forêt, tant pour rendre compte au prince de Coudé que pour conférer avec les principaux ministres de l'église de Paris et notamment avec tihamiieu, sur la part des contributions qu'elle fournirait* Antoine de Ghandieu, seigneur de La Roche- Ghandîeu, était le plus fameux des théologiens du parti réformé, malgré son jeune Age, car il était né en 153-1. A peine était-il âgé de vingt ans quand il devint pasteur. C'était avec lui que la reine mère avait voulu s entretenir à Reims, pendant les cérémonies du sacre. La Renaudie s'était logé nu faubourg Saint-Germain, dans une sorte d'hutcl garni h l'usage des calvinistes, tenu par Pierre des À venelles, un avoeatpauvn\ calviniste lui-même, mais en secret. Des Avenelles prit ombrage delà quantité de ministres que recevait La Renaudie et des longs et fréquents entretiens qu'il avait avec les hommes considérables du parti* Il força La Renaudie a s'ouvrir à lui et à lui révéler les grandes lignes du complot. Soit par crainte des responsabilités qu'entraînerait pour lui le fait seul d'avoir donné

asile h La Renaudie, soit par cupidité car il estimait que les Guises ne sauraient payer trop cher un service aussi signalé, dès que La Renaudie eût quitté Paris, des Avenelles alla déclarer tout ce qu'il avait appris à Lallemand de Vouzie, maître des requêtes et intendant du cardinal de Lorraine, et à Millet, secrétaire du duc de Guise. Ceux-ci, épouvantés, mirent par écrit la déclaration de l'avocat, la lui firent signer, et la firent porter en toute hâte à leurs maîtres, auprès de qui des Avenelles fut aussitôt maildé. C'était pour les Lorrains un véritable coup de foudre. Se jugeant perdus s'ils restaient à Blois, ville située dans une plaine découverte, sans fossés ni murailles, sous prétexte d'une partie de chasse ils gagnèrent avec toute la Cour Amboise, placée dans un pays coupé de bois et de rivières, qui, bien que négligée comme place de guerre depuis une cinquantaine d'années, conservait encore un château où le roi et la famille royale pouvaient jusqu'à un certain point, être en sûreté contre un coup de main. C'est d'Amboise que Ton manda des Avenelles pour compléter sa déposition, et que Ton ordonna au connétable d'envoyer Soucelles, le bailli de Saint- Aignan et Robert Stuart que l'on croyait affiliés au complot et qui y étaient totalement étrangers, par suite de la détention prolongée qu'ils avaient subie. Le maréchal de Montmorency les amena lui-même. C'était comme un otage que le connétable donnait

d'amboise 449

de sa fidélité, et, de fait, il n'était pas de sa personne mêlé à la conjuration. Ses partisans, pour la plupart, en étaient. 1) est permis de croire que c'était de son aveu, et que, le lendemain du succès de Condé, il fut venu lui dire : Part à deux ! — ïjuoique des Àvenelles ne fut pas tenu pour suspect ou encore moi us considéré comme prisonnier, on l'enferma dans une des tours du château d'Àna boise j pour s assurer de su discrétion, et il y eut pour compagnons Soucelles, le bailli de Saint- Aignan et Robert Stuart. L'écossais fut mis à la torture, mais il ne put rien dire et l'on ne turtlu pas à s'apercevoir que l'ensemble et les détails de la conspiration leur étaient également inconnus.

Une fois à Âmboi^. les Guises avisèrent aux moyens de parer le coup qui Jes menaçait. Le cardinal « à qui la peur grossissait encore les objets », voulait qu'on allât chercher des troupes jusque dans les villes de la frontière ; que les sénéchaux et les baillis assemblassent le ban et arrière ban ; que, dans les villes, les bourgeois fussent mis sous les armes, et il estimait qu'en face d'un pareil déploiement de force les conjurés se disperseraient sans que, en informant contre eux, on mit la France entière dans le secret de la partie qui avait été nouée contre leur gouverneme nt. Le propre intérêt des huguenots et des conjurés répondait de leur discrétion. Aces raisonnements, certainement assez

spécieux, le duc de Guise répondit par l'exposé d'un plan tout différent. Selon lui, l'appel aux armes de tout un peuple fournirait aux conspirateurs le droit de prétendre que l'accusation portée contre eux n'était qu'une nouvelle machination de leurs adversaires; que cet appel aux armes pouvait avoir pour conséquences de couper le pays en deux, et d'armer une moitié contre l'autre ; que le vrai moyen de guérir le mal, ce n'est pas, en pareil cas, de le prévenir, . mais d'attendre qu'il soit déclaré pour y porter remède ; qu'il fallait obliger les rebelles à 8* démasquer eux-mêmes et à se compromettre jusqu'au bout ; qu'enfin la maison du roi suffirait amplement à défendre le château, et qu'en faisant battre la campagne' par les quelques compagnies des ordonnances qui tenaient garnison dans un certain rayon, ainsi qu'en invitant les gentilshommes dû voisinage à monter à cheval pour la défense du roi, on aurait facilement raison des détachements qui allaient converger vers La Fredonnièref lieu du rende* vous. L'avis de l'homme d'épée l'emporta sur celui de l'homme d'église. Guise demandait en outre que les pouvoirs de lieutenant-général do royaume lui fussent conférés. Mais ici il ée heurta à la résistance obstinée du chancelier Olivier, qui, quoique créature des Lorrains, refusait de transporter entre leurs mains toute l'autorité souveraine. La partie était déjà à moitié gagnée pour les Guises quand il se dé- -

Wr

cidaàcéder* mais il ne le fit qu'à la condition que les pouvoirs sollicités par le duc de Guise ne lui seraient accordés qu'à titre provisoire et jusqua ce que les troubles fussent apaisés, Les lettres patente* portent la date du 17 mars, veille de la mort de La ïtenaudie et du jour on la conspiration était écrasée en même temps que son chef. Pour atténuer encore, s'il était possible, la portée de cet acte, le chancelier avait rédigé et fait signer par le roi, des le 2 mars, — le 11 mars suivant quelques-uns — un édit d'abolition « pour tous crimes ou actes concernant le faict de la Foy et religion, » Cent le 1 1 mars que Tédit fut enregistré par le Parlement de PariSj ce qui permet de croire qu'il fut -effectivement signé le 2 mars. Ce qui n'est pafl douteux, par exemple, c'est que cet acte fut dû ii l'influence combinée du chancelier et des Chatillon, qui étaient à Àmboise, principalement de l'amiral Coligny: mais ce que le duc de Guise donnait d'une main, il le retirait de l'autre, car il transmettait en même temps* Tordre à tous les gouverneurs des provinces et des villes de se tenir sur leurs gardes, et de courir sus à tous les rassemblements do réformés. Sur ces entrefaites, Gondë arrivait à Amboise, où on no l'attendait pas, Marsilly de Sipierre, qae le duc de Guise avait envoyé & la découverte sur la route d'Orléans, rencontra le prince qui se rendait à la Cour, et Tin forma de tout ce qui se passait. Sans paraître ému le

i.Y2 LA CONJURATION

moins du monde, Condé Fécouta et continua son chemin. Il était accompagné d'un certain nombre de gentilshommes, parmi lesquels Edme de Ferrières-Maligny, dit le jeune Maligny, l'ancien guidon de sa compagnie d'hommes d'armes et son parent, qui, laissant à des lieutenants le soin de conduire le contingent de Champagne et de l'Ile-de-France, s'était chargé d'introduire soixante soldats déterminés dans la ville, et trente autres dans le château, à la tête desquels il devait poignarder Guise et ouvrir les portes à ceux qui attendraient dans la ville. Dès son arrivée, Condé ne tarda pas à démêler que la situation était gravement compromise et qu'il était tenu en suspicion. Le zèle exagéré qu'il témoigna, ses instances pour obtenir des troupes et courir sus aux rebelles, eurent un effet contraire à celui qu'il attendait. On se défia d'autant plus de lui, mais en évitant de le lui témoigner ouverlement. On lui confia même la défense de la porte du château, celle qui donnait sur les jardins venant d'être murée afin de ne rendre le château accessible que d'un seul coté, et le cardinal lui adjoignit son frère François de Lorraine, grand prieur de France, et des courtisans à sa dévotion, qui avaient bien plutôt pour mission de surveiller Condé que l'ennemi du dehors. Quoique observé de près, le prince avait réussi à faire prévenir La Renaudie qu'il fallait renoncer a l'entreprise et songer à se mettre en sûreté.

On affirme que celui-ci s'y refusa nettement, et ne voulut pas entendre parler de séparer son sort de celui de tant de braves qui avaient mis en lui leur confiance. La sécurité affectée, par les Guises contribuait peut-être à l'entretenir dans l'espérance qu'ils n'étaient pas maîtres de tout son secret. Il ne pouvait ignorer pourtant que Sipierre, le maréchal de Saint- André, le duc de Nemours et quelques autres, avec des compagnies de cavalerie légère et des détachements des gardes, parcouraient les environs d'Am boise dans un rayon assez étendu, poussant même jusqu'à Blois, pour éclairer les mutes, fouiller les villages et les bois. Ces détachements n'avaient d'ailleurs rien découvert de suspect et voici pourquoi :

Sans se laisser décourager par le changement de résidence, pourtant fort significatif, des Guises et de la Cour, ni par les prudents avis Ûë Condé, La Renaudie avait changé le jour de l'exécution qui t du 10 mars fut transporté au 16, et indiqué pour lieu du rendez-vous La Curreliëre, à trois lieues d'Amboise, Le plan primitif, qui n'avait pas été modifié, consistait à se porter avec cinq cents chevaux aux portes d'Amboise. Ferrière-Maligny, qui était avec Condé au château d'Amboise , disperserait soixante hommes dans les auberges, et Saint- Cyr Puygreffier en introduirait trente dans le château. La Renaudie, Castelnau, Mazères et les principaux chefs, qui auraient couché lu

4i>4 LA CONJURATION

veille au château de Noizay (Indre-et-Loire, canton de Vouvray), arriveraient à la tête de plusieurs détachements pour prêter main-forte. Quand on se serait rendu maître des Lorrains, du Conseil et de toutes les issues, à un signal parti du château, les détachements déboucheraient de la forêt dans laquelle ils seraient embusqués. Mais le temps avait manqué à La Renaudie pour faire connaître à tous les conjurés le changement du lieu de rendez-vous, et quelques-uns se trouvaient à La Fredonnière où ils attendaient le moment de se porter sur Blois, quand ils furent chargés à Timproviste par un détachement parti d'Amboise, qui en ramena une quarantaine prisonniers.

Quoiqu'on if eut pas rencontré à La Fredonnière tous ceux que Ton s'attendait à y découvrir, les indices recueillis chaque jour confirmaient les aveux de l'avocat des Avenelles. Mais le retard apporté à l'exécution et Tincertitude ou Ton était sur le nouveau lieu de rassemblement des conjurés entravaient les mesures décisives que les Guises auraient pu adopter. Ils dispersaient leurs forces et se privaient inutilement du concours de leurs principaux hommes d'action pour les envoyer dans des postes d'observation, alors qu'ils auraient été bien plus utiles à Amboise. C'est ainsi qu'ils avaient dépêché le comte de Sancerre (1)

(i) Louis de Bueil, comte de Sancerre, grand échanson de France en 15,53, mort en 15G3. Blessé à Marignan, fait pri-

d'amboise 455

à Tours, Vieilleville à Blois, le maréchal de Termes à Angers, le duc de Montpensier à Bourges, Barbezieux (1) à Poitiers et Burie (2) en Guyenne. A peine le comte de Sancerre était-il arrivé à Tours, qu'il y trouvait Castelnau et Mazères, et les laissait échapper. Mais il avisait les Guises que, de ce enté, on marchait contre eux. La déconvenue de Louis de Bueil, comte de Sancerre, était d'autant plus surprenante qu'il avait fait ailleurs vaillamment ses preuves, notamment en défendant avec intrépidité Saint-Dizïer contre Charles-Quint, en 1544. Le baron de Caste! nau, le capitaine Mazères et un certain nombre de soldats qui les escortaient, s'étaient arrêtés dans une hôtellerie des faubourgs. Sancerre, averti, était venu les joindre, et, reconnaissant Castelnau, avec lequel il avait été élevé dans la maison du duc

sonnier à Pavie. « Ce fut, dit Brantôme, un très brave, sage et vaillant capitaine, qui avoit la façon très belle et honnorable représentation, homme de bien et d'honneur, et n'ayant jamais dégénéré de ses prédécesseurs. »

(1) François de Chemerault, seigneur de Barbezieux. En 1562, il était chargé de défendre la ville de Sens. Avant le 4 mars 1563, Catherine de Médicis lui avait donné l'abbaye de Rivoure, à deux lieues de Troyes, et s'excusa, à cause de cela, de ne pouvoir la donner au maréchal de Montmorency qui la lui avait demandée. (Lettre de Catherine de Médicis; 4 mars 1563.)

(2) Charles de (Joucy, seigneur de Burie, lieutenant de roi à Bordeaux et lieutenant-général en Guyenne en l'absence du roi de Navarre. Catherine de Médicis lui écrivait, le 20 mai 1561 que « ceulx d'Agen continuant à faire les folz, il « sera bon, n'estant loing de là, que vous y fassiez ung « tour ». Employé à pacifier la Guyenne en 1561 et 1562, il remporta une victoire, le 9 octobre 1562, sur Symphorien de Durfort, seigneur de Duras.

d'Orléans, fils de François Ier, il lui demanda où ils allaient dans cet équipage, avec des cuirasses sous leurs manteaux, et s'il ignorait les édits du roi contre le port d'armes et les attroupements. Castelnau ayant répondu avec non moins de hauteur qu'il allait à la Cour pour des affaires dont il ne devait compte à personne, et voyant que Sancerre se disposait à le faire arrêter, donna Tordre à ses soldats de tirer quelques coups de pistolets en l'air. Sancerre se retira et essaya de soulever la population pour qu'elle lui prêtât main-forte; mais les Tourangeaux, calvinistes pour la plupart, étant restés tranquillement chez eux, Castelnau et Mazères purent atteindre le château de Noizay où ils s'arrêtèrent pour attendre La Renaudie.

Ceci se passait le 15 mars, au moment même où les Guises recevaient enfin la confidence complète de tous les détails de la conspiration. Le capitaine de Lignières , engagé dans cette conspiration, avait deux de ses frères qui appartenaient à la maison de Catherine de Médicis. S'était-il ouvert à eux, ou avait-il reçu la promesse, non-seulement de sa grâce, mais d'une magnifique récompense, ou tout simplement avait-il au dernier moment été épouvanté des dangers de l'entreprise, toujours est-il qu'il accourut h Amboise, et que ses révélations achevèrent d'éclaircir tous les points que celles de des Avenelles avaient laissés dans l'obscurité. Le duc de Nemours fut immédiatement

lancé sur le château de Noizay, et il surprit et enleva tes capitaines Raunay et Mazères qui se promenaient dans l'avenue; mais Castelnau, qui était dans le château , se prépara I une défensive si vigoureuse que Nemours dut aller conduire ses deux prisonniers h Amhoise et y chercher du renfort. Pendant ce temps, Castelnau dépêchait des courriers à La Rcnaudie, pour lui demander de venir le dégager. On s'est demandé pourquoi le brave et sage Castelnau n'avait pas profité de ce répit pour se mettre en sûreté. Il paraît, dit lin contemporain, que Noizay ayant été désigné comme une des places de ravitaillement, étant bien fourni d armes et de munitions, Castelnau se fit un point d'honneur de s'y défendre et, fut le martyr de sa loyauté. Quand le duc de Nemours revint, Castelnau ne tenta pas une défense inutile avec des soldats découragés par le nombre des assaillants, et tant sur la sollicitation des siens que sur celle de ses adversaires, il consentit à entrer en négociations, Castelnau ayant exposé que leur but était de présenter au roi une humble requête et non d'attenter a ses jours ou à sa liberté, Nemours lui proposa de les amener jusqu'auprès de François II , s'ils voulaient se rendre h discrétion; il engagea sa parole de prince qu'ils auraient présentement la vie sauve et la liberté ensuite. Castelnau se laissa persuader et Nemours le conduisit à Araboise ou les autres capitaines employés par le

duc de Guise, non moins heureux, conduisaient aussi des bandes de prisonniers qu'ils avaient réussi à surprendre, à la faveur d'embuscades, et qui s'étaient rendus après une plus ou moins longue résistance.

La'Renaudie croyait que Gastelnau serait en état de retenir quelque temps devant Noizay la plus grande partie des forces dont la Cour pouvait disposer. Aussi se donnait-il un mouvement incroyable pour pousser directement sur Amboise tous les détachements qu'il rencontrait, et qui étaient successivement défaits et pris sans qu'il s'en doutât. Parmi ses allées et venues, La Renaudie vint donner, dans la forêt de Ghateaurenaud, sur une troupe supérieure en nombre, commandée par son cousin Pardaillan. Malgré l'avantage que leur supériorité numérique et la discipline des vieilles troupes aguerries donnait aux royalistes, La Renaudie n'hésita pas à attaquer. Les deux chefs se cherchèrent et en vinrent aux mains. La Renaudie, qui montait un cheval des écuries du prince de Gondé, était, quoiqu'il fut couvert d'une armure, reconnaissable au panache noir et blanc, couleur des conjurés, qui flottait sur son armet. Pardaillan, qui était également armé de toutes pièces, l'ajusta avec son pistolet dont l'amorce seule prit feu. La Renaudie riposta par un coup d'estoc, ou épée d'armes, qui, bien dirigé, pénétra jusqu'à la tête de Pardaillan par la vue de son armet,

d 'amboise 459

c'est-à-dire la fente horizontale correspondant aux yeux, et le tua raide. Maïs, au même moment La Renaud ie tombe mort à son tour d'un coup d'arquebuse tiré par le page de Pardaillan, et le page lui-même est tué aussitôt par un des soldats huguenots qui vengeait son chef. Le combat ne cessa néanmoins que quand la plupart des calvinistes furent tués ou blessés, car la mort de La Renaudie n'avait fait qu'exciter leur ardeur à combattre.

Bienheureux, pendant ces deux ou trois journées, ceux qui purent mourir de la mort du soldat. Ce fut le plus petit nombre, car les vainqueurs s'attachèrent à faire des prisonniers pour alimenter l'échafaud. Amboise ne fut plus bientôt qu'un charmer. Le corps de La Renaudie, accroché d'abord à un gibet à l'entrée du pont, avec cette inscription : « La Renaudie, dit La Forêt, chef des rebelles », avait été ensuite dépecé en quatre quartiers attachés sur des pieux dressés aux quatre coins de la ville. De quelque côté qu'ils entrassent dans Amboise, les prisonniers pouvaient saluer les restes sanglants de leur chef et se préparera subir un semblable sort- Tant qu'il y eut une place vacante aux créneaux, on y lendit gentilshommes et soldats, tout bottés et éperonnés. (Juand la ville eut ainsi une ceinture de cadavres, ee fut dans les eaux de la Loire qu'on précipitait les victimes, attachées par grappes humaines de dix, douze ou quinze

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