‹ Les derniers ValoisChapitre 42 sur 47 · JUSQU'A L'ÉDIT DE ROMORANTIN · texte numérisé non relu

JUSQU'A L'ÉDIT DE ROMORANTIN

« roi, prince d'honneur, fils d'un si bon père et « d'une mère si sage, et qui ayant eu pour « ayeul et bisayeul des rois si vertueux, ne « pouvoit manquer de leur ressembler p4

Il n'y avait qu'un seul moyen de parer lecoup que le connétable avait voulu porter h ses ennemis, c'était la publication du récit officiel* A peine le discours du connétable était-il connu à Amboise, que la circulaire aux Parlements était rédigée et expédiée. Il faut y relever cette phrase bien signiiientîve : « Qu'ils se gardent « d'abuser du pardon général que nous avons « accordé en faveur de ceux qui ont paru « n'avoir péché que par simplicité, car notre « intention n'a point été que ceux qui ne se corri- « géraient pas, jouissent de l'impunité. » Le Parlement de Paris témoigna qu'il en comprenait le sens en rendant, dès le 3 avril, un arrêt pour prescrire aux officiers chargés de la police, de visiter les maisons de la ville et des faubourgs, et d'y saisir toutes armes, « comme pistoletz, harquebouzes, longsboys, pouldre à canon », d'expulser les gens sans aveu et d'interdire aux artisans, valets et gens de basse condition, de porter des épées et des dagues, sous peine de 10 livres parisis d'amende. Les Guises avaient également adressé cette relation officielle aux princes étrangers, notamment l'électeur Palatin, le landgrave de Hesse et leduc de Wurtemberg, que Ton accusait d'avoir connu à l'avance l'entreprise, et d'y avoir prêté

les mains, deux-ci, en protestant que, princes souverains, ils ne pouvaient jamais autoriser la révolte contre l'autorité légitime d'un souverain, suggérèrent que le meilleur moyen de faire cesser ces troubles était de faire cesser la persécution, et ils citaient l'exemple de l'Allemagne. Le roi d'Espagne conseilla d'établir l'Inquisition de laquelle il déclarait retirer les meilleurs résultats. Quanta Calvin et ses principaux ministres, directement pris à partie, ils répudièrent toute participation à la conju ration soit directe ou indirecte, en se basant sur le respect de l'autorité dont Calvin formait l'un des articles primordiaux de sa doctrine.

Tout entier à la justification de leurs implacables cruautés, les Guises omettaient de faire part d'un grand événement dont Amboise était encore le théâtre, le 30 mars. Forcé de s'associer aux actes tyranniques des Guises, épouvanté de tant de sang répaydu, le chancelier Olivier était mort de chagrin, dit-on. — Maudit homme, tu nous a tous damnés ! avaitil dit quand le cardinal, qui avait été le voir, sortit de sa chambre. — Damnés ! s'écria le duc de Guise, quand on le lui apprit, damnés ! 11 en a menti, le méchant! — Fils de Jacques Olivier, premier président au Parlement de Paris, François Olivier avait été successivement chancelier de Marguerite, sœur de François Ier, président à mortier au Parlement de Paris en, 1543, garde des sceaux et chancelier en 1545.

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Remplacé le 2 janvier 1551, dans les fonctions de sa charge, dont il avait refusé d'abandonner le titre inamovible, il écrivait à ce propos à l'Hôpital : « J'ai jeté l'ancre dans le port, et « pour tous les trésors d'Àttale,jene renonce- « rais pas au repos dont je jouis. )> Paroles d'un « mécontent qui ne veut pas le paraître, résignation forcée d'un homme qui tombe sans vouloir prêter à rire à la galerie. Il n avait pas fallu lui faire violence, pour ta rit, pour lui faire reprendre les sceaux. On assuré qu'il n'avait que le but de servir de frein dans cette ëru de réaction. Son frère, d'ailleurs, Antoine, évoque de Lombez depuis 1550, avait ouvertement embrassé la religion réformée. Ce fut précisément Michel de l'Hospital qui lui succéda, et il est difficile de s'expliquer les raisons qui dicte* rent le choix de la reine-mère et du cardinal de» Lorraine. Marie Morin, femme de l'Hospital, était calviniste, et lui-même penchait vers le parti des Bourbons, des Goligny et du conné-. table. Ce penchant le recommandait plus que tout à Catherine qui avait besoin d'un homme à elle, capable de former sous ses auspices et avec son appui, un contre-poids à l'autorité des Lorrains, qu'elle supportait plus impatiemment que personne. Catherine proposa donc sa nomination à l'instigation de la duchesse de Montpensier , Jacqueline de Longwy, fort en faveur auprès d'elle, tandis, que les Guises auraient préféré Jean de Mor-

villiers, évêque d'Orléans (1), homme d'Etat et diplomate de valeur. Mais le prélat, qui distinguait fort bien qu'il n'aurait pas la faveur de la reine-mère, donna une preuve de plus de son habileté, en refusant un poste qu'il devait accepter et remplir plus tard, en 1570, au moment où Michel de l'Hospital fut disgracié, L'Hospital n'ayant plus de concurrent, fut agréé parles Guises, parce que, dit un historien « il leur devoit en partie son avancement et « qu'il n'avoit point cessé de les vanter dans des « poésies latines qu'on vantait beaucoup alors » . Mais Catherine eut soin de ne pas laisser ignorer à l'Hospital le mauvais vouloir que les Lorrains avaient témoigné pour sa candidature, et on prétend qu'elle sut obtenir de lui un engagement formel de s'attacher à elle sans réserve et de ne reconnaitre d'autre autorité que la sienne.

Né vers 1507, de Jean de l'Hospital, médecin du connétable de Bourbon, Michel avait terminé ses études de droit en Italie et avait été auditeur de rote à Rome. De retour en France, après quelques années, il épousa la fille du lieutenant-criminel Morin dont l'influence valut à son gendre une charge de conseiller au Parlement de Paris. Nommé par Marguerite, fille de François Ier et duchesse de Savoie, pré-

(1) Né le 1" décembre 1506, à Blois, mourut à Tours le 23 octobre 1577; évoque d'Orléans 1552, ambassadeur à Venise, garde des sceaux de 1568 à 1570.

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sident de son conseil, puis chancelier de Berry, il devint ensuite maître des requêtes, en 1553, surintendant des finances, et enfin» premier président de la Chambre des comptes, en 1554. D'Aubigné affirme d'une manière formelle que l'Hospital fut l'un des complices de la conjuration d'Amboise et que sa signature figurait, entre celles de d'Andelot et de Spifanie.sur « l'original de l'entreprise » qui était, dit-il, entre ses mains, et qu'il fit voir à diverses personnes. Cette assertion très précise h pourtant rencontré parmi les histo riens bien des incrédules. Quoiqu'il en soit, ceci n'altère en rien la grandeur de ce noble caractère, — * esprit merveilleusement adroit et pénétrant », ditDavila — qui, s'il se prêta à conspirer contre « la « tyrannie des Guises, se garda bien de le faire « contre la personne du roi, leur jouet et leur « victime ». En somme, la nomination du nouveau Chancelier n'était pas, tant s'en fautt une menace pour les réformés. Homme d'une bien autre.surface qu'Olivier, il réussit, du moins, à jouer le rôle de modérateur, et le prouva autrement que par des vœux platoniques, C'est à lui, conjointement avec t amiral de Coligny, que Ton doit redit de Romorantinet rassemblée des Notables, c'est-à-dire une double attaque au fanatisme religieux et à la tyrannie politique des Guises.

On avait résolu de s' éloigner d'Amboise, mais on ne voulait pas quitter encore les bords de la

Loire. Ce fut à Tours que Ton conduisit François II, et il y fit son entrée solennelle. Pourquoi avait-on fait choix de cette ville dont la population était, x en majeure partie, acquise aux nouvelles croyances, au lieu d'aller à Blois puisque Ton n'avait plus rien à craindre de* rebelles, d'abord parce qu'ils étaient ou morts ou en fuite, ensuite parce que les Guises avaient maintenant autour d'eux des forces qui leur auraient permis de prendre partout l'offensive? Les compagnies d'hommes d'armes des ordonnances des ducs d'Orléans, d'Angoulême, de Guise, d'Aumale, de Lorraine, de Nemours, de Nevers, du prince Louis de Gonzague, de dom François d'Est, du maréchal de Brissac, du vicomte de Tavannes, du comte de Grussol, de M. de La Brosse, dans lesquelles on avait eu soin d'encadrer celles du prince de Gondé etdu connétable, pour les mieux garder, formaient un total de mille lances environ, sans les deux cents arquebusiers à cheval commandés par Richelieu, que Ton avait appelées de leurs garnisons pour les grouper dans un rayon assez peu étendu autour de la Cour. Je crois qu'il faut chercher le mot de l'énigme dans la conduite que tint à Tours ce même Richelieu, qui, assurément autorisé, y joua le rôle d'agent provocateur. Tours avait été choisi pour frapper un coup sur les réformés, qui eut été comme l'épilogue du drame d'Amboise.

La manière dont François II fît son entrée

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témoignait ou de la défiance de la population ou du désir de l'éviter. Au lieu de laisser aux bourgeois, comme c'était partout leur privilège, le soin d'escorter le roiT de former sa garde d'honneur, de préparer son repas et de le servir à table, on commença par les désarmer. Ce furent les troupes royales qui formèrent la haie depuis la porte jusqu'à l'Hôtel de Ville, ou le roi prit rapidement un repas préparé par ses officiers de bouche et servi par eux. Puis il quitta immédiatement Tours pour aller prendre yite dans l'abbaye de Marmou tiers, située dans le faubourg de Saint-Symphorien, en dehors des murs, et dont le cardinal de Lorraine était aboé. De tous ces visiteurs il ne resta dans la ville même que Richelieu avec ses deux ceuls arquebusiers. Pourquoi n'avait-il pas sui\i le roi pour exercer autour de lui la même surveillance qu'à Amboise? Assurément pour mettre à exécution un plan projeté et qui consistait à exciter une démonstration populaire pour avoir le prétexte d'exercer une sanglante répression. Richelieu avait été informé qu'à une certaine heure de la nuit, les réformés avaient l'habitude de se réunir pour entendre le prêche et pour chanter des psaumes. Suivi de sa troupe, qui cachait ses armes, il se mit à parcourir les rues, en chantant les psaumes, et en frappant doucement aux portes de ceux qui lui avaient été signalés comme étant les plus zélé$. -C'était ainsi, paraît-il, que procédait l'avertis-

seur chargé de rappeler aux fidèles que l'heure de la réunion avait sonné. Mais les bourgeois avaient été mis sur leurs gardes, et cette provocation étant restée sans effet, Richelieu imagina autre chose. Aux psaumes il substitua des chansons pur la reine mère et le cardinal de Lorraine, mais il n'éveilla d'autres échos que celui des rues endormies et désertes. Le lendemain, se présentant au cardinal de Lorraine, il lui dénonçait les principaux bourgeois comme les auteurs de ce tapage séditieux. Il n'est pas douteux que cette odieuse manœuvre aurait obtenu le résultat que souhaitait le cardinal si les officiers municipaux n'étaient venus en même temps porter plainte contre Richelieu, munis d'une enquête appuyée de nombreux témoignages et de procès-verbaux contre lesquels l'esprit le plus malveillant n'aurait pu s'inscrire en faux. On ne donna pas suite à l'affaire, mais Richelieu ne fut pas désavoué, encore bien moins puni. C'était, selon Davila, « un homme de haute estime, redouté et caa pable de grandes choses. » Si Richelieu se tira indemne de ce mauvais pas, en revanche les magistrats municipaux furent fort maltraités par le cardinal qui leur reprocha durement leur partialité et leur mansuétude pour les hérétiques et d'avoir laisser s'accomplir, voire même d'avoir favorisé la fuite des prisonniers qu'il avait confiés à leur garde.

A Blois étaient enfermés les survivants d'Àm-

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boise. et àTours,Soucelles cadet, Robert Stunrt, le bailli de Saint-Aignan et de -Vaux, Féouyer du prince de Gondé. Les prisonniers de Blois s étaient évadés pendant la nuit. Ceux de Tours en firent autant, à l'exception du bailli de Saint* Aignan qui, s'étant cassé la cuisse en tombant, fut retrouvé dans le fossé et réintégré dans sa prison. Soucelles, Stuart et de Vaux avaient écrit au cardinal ce billet: « Nous avons appris « l'évasion de vos prisonniers de Blois, et comme « nous ne doutons pas du chagrin que cette m nouvelle vous causerait, nous nous sommes * mis à courir après. Ne vous mettez point en « peine, parce que nous vous les ramènerons « bientôt et en bonne compagnie- » Dans les temps troublés les plus petites causes produisent parfois Ips plus grands effets. Ainsi fut sauvée la France de l'Inquisition d'Espagne. Les prisons ne s'ouvrent pas toutes seules dans plusieurs villes à la fois. Ceci donna à réfléchir aux cardinaux de Lorraine et de Guise qui rêvaient l'établissement de l'Inquisition comme seul juge en matière de foi, et au due de Guise qui laissait faire. Le Chancelier vint à la rescousse et, à son éternel honneur, provoqua et rédigea Fédit de Romorantin, œuvre imparfaite sans doute, mais encore plus modérée que les huguenots ne s'y seraient attend us.

François II passa quelques jours à Marmoutiers. C'est de là qu'il écrivit au roi de Navarre une seconde lettre dont je vais parler. Antoine

de Bourbon n'avait pas tenté de dissuader Gondé de venir le retrouver, quand celui-ci surtout lui avait écrit que « sa tête était mise sur le tapis ». Mais d'autre part, fidèle à son système de bascule et d'indécision, avec sa compagnie d'hommes d'armes, qu'il avait eu soin de maintenir auprès de lui, dès que les nouvelles d'Amboise lui étaient parvenues, il s'était mis à pourchasser environ deux mille réformés enrégimentés par le capitaine Mazères, et qui attendaient son signal pour aller le retrouver sur la Loire. Pour mieux donner le change, il déployait beaucoup de rigueur contre ces malheureux dont il partageait les croyances religieuses et la foi politique. C'était en vain, pour l'arrêter, que sept à huit cents gentilshommes lui avaient offert leurs services pour le cas où la Cour aurait voulu l'inquiéter. Antoine de Bourbon refusa, en ajoutant qu'il demanderait leur grâce si Ton faisait mine de procéder contre eux : « Notre grâce, — s'écria l'un d eux — elle est au bout de nos épées! Vous serez bienheureux si vofcs obtenez la vôtre en la demandant avec humilité! » Celui-ci était prophète.

La nouvelle lettre qu'il venait de recevoir du roi n'était pas de nature à laisser des illusions sur le fond de la pensée à son égard, des Guises, j'allais dire de François IL La lettre est longue : c'est un récit, sur de nouveaux frais, de la conjuration, du but que poursuivaient les conjurés, c'est-à-dire de s'emparer de la famille royale,

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de tuer les Lorrains et de « subvertir tout Tes- « tat du royaume et le mettre de toutes sortez en « perte et division. » Les coupables ont reçu le juste châtiment qu'ils méritaient, forçant le roi à sévir quand il lui eut été si doux de ne pas le faire. François II remercie ensuite son oncle « des offres que vous m'avez faites de me venir « aider et secourir. Ce que aussy, pour ne vous « donner cette peine, j'ay voulu réserver jus- « ques à plus grands besoins, considérant com- « bien vostre présence a servy en vostre itou- « vernement à contenir messubjectzen repos. » II l'exhorte « à les vouloir toujours conforter en leur bonne volonté ». Dans le cas Contraire, il faut « les faire promptemeol empoigner et chastier ». Il faut surtout s'en prendre aux « prédicans et ministres de Genève » et nommément « ung nommé Bois-Normand et l'autre « maistre David, qui sont, à ce que les prison- « niers ont confessé, deux des principaux sé- « ducteurs et qui les avoyent suscitez à ceste « belle entreprise ». Les prisonniers n'avaient rien dit; sur ce chapitre, Mazères seul, comme étant du Béarn, aurait pu parler; et l'on a vu qu'au contraire Mazères avait su mourir sans accuser, compromettre, ni trahir.

G'étaitdu Béarn qu'il s'agissait, car Bois-Normand et David, qui jouissaient d'une grande popularité dans le Midi, s'ils n'étaient pas directement attachés à la personne du roi de Navarre, résidaient souvent à sa Cour et raccompagnaient

même dans ses voyages. Le cardinal voulait la le te de l'un et de l'autre; aussi en guise de post-scriptum, François II écrit-il de sa propre main : « Je m'asseure, mon oncle, que vous ne « congnoissez pas Bois-Normand et maistre « David si meschans qu'ils sont. Je vous prie, « d'autant que vous avez envie de me faire ser- « vice, les faire prendre et mettre en lieu si seur * que je les puisse cy-après recouvrer, pour « leur faire recevoir la punition qu'ils ont bien « méritée. » — Le bourreau attendait; mais, s'il était irrésolu, Bourbon était chevaleresque : il refusa net, de façon à ce que personne ne put le trouver mauvais. Bois-Normand et David, écrit-il, ont disparu et bien malin quisauraitce qu'ils sont devenus. S'ils ont le malheur de reparaître, tant de gens sont mis sur pied pour les arrêter, que l'on ne manquera pas de les voir traînés devant le roi. François II peut s'en reposer sur son zèle. En attendant, prétendent les mauvaises langues, Bois-Normand et David se prélassent à Nérac, dans l'intimité de Bourbon, et bien malin ou bien hardi serait qui irait les y chercher. Le roi de Navarre termine en se plaignant des soupçons de complicité de la conjuration d'Amboise que l'on semble vouloir faire planer sur lui, et il requiert hardiment le roi de lui rendre justice.

Troisième lettre de François IL On ne parle* plus des deux ministres, car on a compris qu'on ne gagnerait rien de ce côté. H s'agit d'abord de

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