‹ Les derniers ValoisChapitre 44 sur 47 · JUSQU'A L'ÉDIT DE B0MOKANT1N · texte numérisé non relu

JUSQU'A L'ÉDIT DE B0MOKANT1N

reine d'Angleterre. Le chevalier de Seurre, (i) son ambassadeur, avait été Faire des remontrances qu'Elisabeth avait mal accueillies. En temps ordinaire, la guerre, ou tout au moins de graves complications auraient surgi, mais, comme l'avait dit Colîgny, on avait trop à faire en France pour s embarquer dans des aventures avec l'étranger. En temps ordinaire également, le roi n'eut pas écrit sur ce ton à Antoine de Bourbon et ne l'aurait pas invité à intervenir dans une question intéressant avant tout la personne du roi et l'honneur de la couronne* Mais les Guises n'ignoraient plus qu'Elisabeth avait connu les préparatifs delà conjuration, qu'elle y avait donné son assentiment et que si elle n'avait pas fourni de subsides3 elle avait du moins fait sur l'Ecosse une diversion pour favoriser le développement du mouvement projeté ; ils savaient que Condé s'était très avancé, et ils espéraient sans doute qu'une démarche blessante du roi de Navarre amènerait la reine d'Angleterre à compromettre, pour se venger, ceux qui pouvaient devenir ses alliés.

Si les Bourbons avaient noué des intelligences avec la reine d'Angleterre, la situation eut été fort embarrassante pour le roi de Navarre.

(1) Michel de Seurre, reçu chevalier de Malte le 12 janvier 1539; ambassadeur en Portugal en 1558 ; en Corse, eu Ï5S&; ambassadeur à Londres, en re ni placement de Gilles de Noailles, en 1559 ; grand-maître de Tordre de Saint-Lazare en 1564.

Mais ils est à peu près certain qu'il n'en était rien pour lui; aussi, le H mai. répondit il avec beaucoup d'assurance à la lettre de François II. N'hésitant pas à reconnaître que la proclamation lui était déjà parvenue, accompagnée d'une lettre ce d'un homme à moy incongneu, « fors que le stylle et le nom me donnent « conjecture qu'il est Anglais », ne sachant démêler si cet homme agissait en qualité d'ambassadeur de la reine ou de son propre mouvement, il avait beaucoup balancé s'il ne lui répondrait pas « que je ne suis ne serf ne « biche de sa maistresse et que ce n'est point a à moi qu'elle se doibve adresser pour vendre « ses coquilles » ; et que, quand bien même il aurait quelque sujet de se plaindre, ce ne* serait certainement pas à elle qu'il en ferait part. « Et combien que la proclamation par elle « faicte à tous les hommes de bon et solide « cerveau, face assez recongnoistre quel est « en cela l'artifice de la demoiselle qui, sur ce « fondement, vous a voulu bailler un soupçon ce sur les princes de vostre sang, pour puis après « les induire ou conduire à embrasser quelque ce secrette pratique qui nous fust avantageuse, ce toutes fois elle a esté en cela déceue d'oultre ce moitié de juste prix... Se conformant à la ce volonté » du roi, il écrit à l'ambassadeur et envoie au roi sa lettre tout ouverte afin que François puisse s'assurer par lui même de sa sincérité. Mais Bourbon ne riait pas, comme

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François 11 l'avait engagea le faire. Il est juste de reconnaître que François II et les Guises ne riaient pas davantage.

Des? historiens prétendent que c'est à ce moment que les partisans de la nouvelle doctrine reçurent le nom de Huguenots. L'un d'eux (Garnier, ttiit de France), va même jusqu'à affirmer que cette qualification date du séjour que le roi Ht auprès de Tours pendant les premiers jours d'avril 1560. Selon lui, une des plus anciennes portes de Tours était nommée porte Hugon en souvenir d'un personnage de ce nom qui l'aurait fait bâtir au temps de Charlemagne. On prétendait que cet Hugon se promenait toutes les nuits à cheval dans les rues avoisinant cette porte et qu'il battait ceux qui se trouvaient sur son passage. Les petits enfants connaissaient tous Hugon et en avaient une salutaire frayeur. Comme les réformés s'assemblaient la nuit dans le quartier que fréquentait le fantôme d'Hugon, on les appelait — à Tours — des Huguenots, Les courtisans trouvèrent la chose plaisante, d'autant que le suniom semblait une injure à ceux auxquels il s'appliquait, et ce surnom leur resta. A vrai dire, on n'est pas d'accord, et on ne sait pas trop d'où vient ce mot de Huguenots. Les uns penchent pour un terme injurieux, dont les réformés se firent un titre de gloire, et qui était dérivé du prénom Hugues, d'un hérétique. La majorité opine pour une altération de

l'allemand Eidgenossen, ce qui signifie confédérés, nom que portaient dès 1518 les partisans «de la liberté à Genève. Sismondi notamment l'explique ainsi. On a prétendu que le qualificatif de huguenot avait été employé pour la première fois dans une lettre du comte de Villars en date du 11 novembre 1560. C'est une •erreur. Le cardinal de Lorraine, en écrivant le 10 juin 1560 au duc de Nevers, lui annonce que : « On dit icy que les hucguenots veullent faire pis que jamais ». Il est évident que le terme était déjà connu et usité, puisque le •cardinal l'emploie sans le souligner. C'est d'ailleurs un détail d'une importance trop secondaire pour en faire l'objet d'une discussion.

Ce qui me préoccupe davantage, c'est l'exécution du plan que je me suis tracé, d'établir •en cheminant à travers l'histoire, l'itinéraire aussi exact que possible des fils de Henri II. Au moment où nous en sommes, je me heurte à de sérieuses difficultés. François II n'avait pas le don d'ubiquité, et il l'aurait eu cependant, s'il faut s'en tenir aux désignations des localités desquelles sont datées ses lettres officielles. D'Àmboise le roi alla à Tours, qu'il ne fit que traverser, et il fixa sa résidence à l'abbaye de Marmoutiers.

Des historiens le font, très arbitrairement je crois, voyager pendant les mois d'avril et de mai, à travers ce qui forme aujourd'hui le département d'Indre-et-Loire, sans se rendre

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compte des difficultés matérielles qu'il y avait pour se transporter à cheval, du jour au lendemain, d'une extrémité à l'autre du département. Que la Cour fut allée à Chenonceaux, c'est possible, c'est même probable, car après en avoir tout récemment dépouillé la duchesse de Valentenois, Catherine de Médicis devait céder à la tentation, en étant si proche, d'en prendre possession et d'en faire les honneurs à son fils et aux courtisans. Mais, on ne pouvait être à la fois à Chinon et à Loches- Aussi, pour ne pas me lancer dans le domaine des conjectures et pour ne m'appuyer que sur des documents authentiques, je ne puis préciser que ceci : Au mois d'avril, François II était à l'abbaye de Marmoutiers, les 9, 10, Il et 12; au Plessis-l^s- Tours, le 19. Pour le mois de mai, on le trouve à Chinon le 9 et encore le 13 ; à Beaulieu-les- Loches, du 18 au 24; à Romorantin, le 28, 29 et 30.

Dès le 12 avril François II écrivait à Gaspard de Saulx, seigneur de Ta vannes, alors lieutenant-général en Bourgogne, de réunir les compagnies d'hommes d'armes des ordonnances et d'aller « tailler en pièces » les rebelles du Dauphiné. Il y avait alors en Bourgogne, la compagnie du duc de Guise (100 lances) à Màcon, ■celle du duc d'Aumale (90 lances) à Beaune, celle de Tavannes (30 lances) à Dijon, enfin celle du duc de Nemours (30 lances) à Semuren-Auxois, au total 250 lances, soit 1500 hommes.

C'était peu de chose pour aller contre les trois ou quatre mille réformés qui s'étaient « mis « ensemble, tant à Valence qu'à Romans et à « Montélimar, où ils font prescher publiquece ment à la mode de Genève, et exercent toutes « les autres insollences dont ils se peuvent ad- « viser ». Mais Guy, baron de Cas tel n au et de Clermont- Lodève, lieutenant de roi au gouvernement de Dauphiné, connu sous le nom de M. de Clermont, qui avait avisé le roi de ce qui se passait et de son impuissance à le réprimer avec ses seules forces, car il n'avait que sa seule compagnie de trente lances à Vienne, pouvait avec ce renfort lutter avec quelque avantage. Son autorité s'effaçait d'ailleurs devant Tavannes chargé de représenter le duc de Guise. Cependant François II ne prescrivait pas d'enlever de Bourgogne tout l'effectif de ses garnisons : il ordonnait au contraire d y laisser assez de monde, et notamment la compagnie du duc d'Aumale toute entière, pour tenir la province en respect en cas de besoin. François de Beaumont, le célèbre baron des Adrets, qui était encore catholique, était envoyé en Dauphiné pour y rassembler les légionnaires. Le comte de Tende, gouverneur de Provence, recevait Tordre d'expédier quelques troupes; enfin Tavannes était autorisé à réunir le ban et larrière-ban et à convoquer individuellement la noblesse . du pays au moyen de lettres en blanc, qu'on lui laissait le soin de remplir à sa convenance.

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Non seulement le roi lui donnait pleins pouvoirs, maïs il fallait qu'il fut aussi sévère que lui-même l'avait été à Amboise : « Je ne désire « rien plus que de les exterminer du tout entiècc rement, et en couper si bien la racine que «t par cy-après il n'en soyt nouvelles », Il était prescrit au Parlement de Dauphiné de prêter tout son appui à Ta vannes et de députer auprès de lui trois ou quatre de ses membres pour donner, par des jugements prononcés à l'avance, quelque apparence de légalité aux exécutions par lesquelles le représentant du duc de Guise devait signaler sa présence. Des historiens, qui ne tenaient pas un compte exact des dates, ont décrit ces troubles comme s ils avaient suivi l'édit de Homorautin. La lettre de- François II à Tavannes prouve absolument le contraire. La vérité est que ces troubles précédèrent, accompagnèrent et suivirent l'édit. dont je ne parlerai pourtant qu'après avoir raconté les événements, afin de donner plus de clarté au récit.

La conjuration d'Amboise avait eu darts le Midi des ramifications plus étendues que dans toute anlre partie de la France. Les désastreuses nouvelles ventres d'Amboise n'avaient pas abattu les courages, au contraire. Le Dauphiné et la Provence avaient pris feu en même temps, et dans le Languedoc il ne tenait à rien que Ton suivit le même exemple- Comme c'est à Valence que le calvinisme prit naissance dans

le Midi et que c'est de là qu'il rayonna et s'étendit, on a prétendu qu'on en était redevable à son évêque, Jean de Montluc. Ce personnage, qui joua un grand rôle, avait commencé par être dominicain, puis il devint aumônier de Marguerite de Navarre « qui aymoit les gens « scavans et spirituels, le cognoissant tel, le* « deffroqua (lui fît quitter la robe de bure pour « la soutane) et le mena avecques elle à la « Cour, le fit congnoislre, le poussa, luy ayda, « le fit employer en plusieurs ambassades ; car « je pense qu'il n'y a guères pays en l'Europe « où il n'ayt esté ambassadeur et en négocia- « tions ». Brantôme qui en parle en ces termes, trace en quelques lignes un charmant portrait de ce singulier prélat : « Fin, délié, rompu et « corrompu, autant pour son scavoir que pour « sa pratique. On le tenoit Luthérien au cornet mencement, et puis calviniste, contre sa pro- « fession épiscopale ». Jean de Montluc n'était pas le seul prélat qui sentit un peu le fagot. Avec lui on citait Jean de Saint-Gelais, évêque d'Uzès (1), Charles de Marillac, archevêque de Vienne (2), Jean des Moustiers de Fraisse,

(1) Il avait succédé en 1531 sur ce siège épiscopal à. Jacques de Saint-Gelais, qui l'occupait depuis 1503. Jean quitta son siège en 1560.

(2) Né en 15l0, mort le 2 décembre 1860, à Mfelun. Ambassadeur à Constantinople, 1540-1543, puis en Angleterre et en Espagne ; maître des requêtes, grand maître de la maison du dauphin; évoque de Vannes; archevêque de Vienne, 1557. . .

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évêque de Bayonne (1), Jean-Antoine Caracciolo (2), évêque de Troyes, et Jacques-Paul Spifame, évêque de Nevers. Spifame, Saint-Gelais et Garacciolo abjurèrent publiquement et se lancèrent à corps perdu dans les nouvelles* doctrines. Les autres se contentaient de nager entre deux eaux. Néanmoins, Montluc étant prêtre et aumônier de la reine de Navarre, avait eu un fils naturel, Jean de Montluc, seigneur de Balagny, dont Henri IV eut d'autant plus tort de faire un maréchal de France que Balagny, connu pour être un lAelie, laissa prendre par les Espagnols Cambrai que le Béarnais avait eu l'autre tort de lui donner à titre de principauté souveraine.

Cet évêque de Valence paraît avoir eu tout juste ce qu'il faut dç scrupules pour faire un bon diplomate. Ces talents diplomatiques, il avait eu occasion de les exercer un peu partout, à Constantinople en 1543, à Venise en 1548, en Angleterre, en Ecosse, plus tard en Pologne où il sut préparer l'élection du duc d'Anjou. Dans l'intervalle de ses missions, il fallait bien qu'il visitât ses ouailles. On prétend

(1) Evêque de Bayonne de 1550 à 1565, né au château de Fraisse en 1514, mort à Paris en 1569.

(2) Troisième fils de Jean Caracciolo, prince de Melfi, maréchal de France ; mort à Château neuf-sur-Loire, en 1569. Abbé de Saint-Victor de Paris, en 1543; évêque de Troyes en 1551 ; il embrasse le protestantisme, mais ses diocésains le forcent à se rétracter, en 1553. Il abjura définitivement le catholicisme en 1561 et fut déposé par le roi-/.

qu'il prépara, dans ces occasions, son clergé à accepter le calvinisme, par les instructions véhémentes dans lesquelles il lui reprochait aprement son inconduite. On a peine à le croire, car ce clergé aurait pu lui objecter que ses propres mœurs n'étaient pas d'une pureté irréprochable. Au vrai, Montluc resta officiellement attaché au catholicisme, et ses brebis passèrent sous la houlette des pasteurs protestants. On ne sait que cela, tandis que, par exemple, pour Saint Gelais on sait que si la ville d'Uzès embrassa la réforme ce fut à l'exemple de son évoque. Le cas est donc bien différent.

Quoiqu'il en soit, les huguenots de Valence, timides d'abord, puis plus hardis parce qu'ils devenaient le nombre, s'étaient emparés du couvent des Gordeliers où ils tenaient leur prêche, en plein jour, faisant sonner les cloches. Deux gentilshommes du pays, Mirebel de la maison dauphinoise de la Tour-du-Pin, et Quintel, les protégeaient avec une compagnie d'infanterie qu'ils avaient établie dans les bâtiments du couvent. Gagnés par la contagion de l'exemple, les huguenots de Montélimar et de Romans s'étaient rendus maîtres de toutes les églises, et y avaient installé leurs prêches, sous la protection de notables gentilshommes, Pape de Saint-Auban, Caritat de Condorcet, Ghangy et Nicase. Ces trois villes s'étaient confédérées et avaient attirées à elles la plus grande partie de la noblesse.

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