JU5QU A LEDIT DE ROMORÀNTIN
On a vu par la lettre de François 11 à Tavannes que Castelnau-Clermont, quoique lieu* tenant de roi du Dauphiné, avait été annihilé sous l'autorité du lieutenant général du duc dWiiniale dans la province de Bourgogne. C'était un brevet de suspicion. Le duc de Guise n'attendit pas pour le confirmer, que Tavannes se fut rendu en Daupbmé. Sans lui retirer ses pouvoirs, il commissionna Laurent de Maugiron, comte de Montléans, d'une des premières familles du Dauphiné, et que son père avait réellement gouverné sous le titre de liï'u tenant général, (1) pour lever des troupes et disperser les rebelles. Maugiron, pendant qu'il réunissait des solda ts en Bourgogne et dans les environs de Lyon, dans le plus grand secret, s'entendit avec un gentilhomme des environs de Valence, d'Ancezune de Vinay, pour user de ruse avec les réformés. Vinay, qui avait de l'influence et du relief, se mit à faire le huguenot avec un zèle excessif qui aurait dû ouvrir les yeux sur une conversion aussi prompte. Se mêlant aux réformés, assistant à leurs réunions, il y fit admettre d'autres faux-frères dont on ne se méfia pas plus que de lui, Par ses conseils exaltés une prise d'armes fut décidée, désarmes et des munitions furent rassemblées et réunies dans l'église de Saint- Apollinaire dont on fit un arsenal, Maugiron
{1) Guy rlti Maugiron, seigneur d 'À m puis, lieutenant trônerai du UauplniiL- rie 15£K à 1555 qu'il mourut.
n'attendait que cela pour se présenter à l'improviste devant Valence, dont il trouva les portes ouvertes, et pour occuper immédiatement cette église, privant d'un seul coup les huguenots de leurs principaux moyens de défense. Ceux-ci s'étant rassemblés dans le couvent des Cordeliers, et se mêlant aux soldats de Mirebel et de Quintel, se préparèrent à se défendre contre l'attaque qu'ils prévoyaient. Mais Maugiron ne tenait pas à provoquer un combat dont l'issue pouvait être douteuse avec des hommes désespérés et enflammés par les prédications de leurs minisires, et quoiqu'il disposât de dix-sept compagnies des vieilles bandes du Piémont et de quatre compagnies d'hommes d'armes, il fit proposer à Mirebel et à Quintel de venir conférer avec lui dans un lieu qu'ils désignèrent eux-mêmes. Ceux-ci acceptèrent et Maugiron qui, parait-il, avait la langue aussi bien affilée que l'épée, (1) sut leur persuader de se retirer chacun chez eux, avec leurs soldais, leur promettant qu'ils pourraient y pratiquer leur religion tout à leur aise. Les bourgeois, abandonnes à eux-mêmes, mirent
(1) Dans la correspondance de Catherine de Médicis, on trouve plusieurs lettres adressées par elle à Maugiron qu'elle caresse et félicite. Kilo fait mieux encore, en lui écrivant ceci le 9 janvier 1S53 : « Monsieur de Maugiron, afin que »» vous congnoissiez que je ne vous ai pas oublyé, comme » jamais je ne le fera y desquels je congnoys l'affection estre » droite et sincère au service du Hoy mon (Us, j'ai faict qu'il » vous a accordé et donné la charge d'une compagnie de » cinquante hommes d'armes. »
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bas les armes. Les plus compromis furent emprisonnés et Maugiron se mit à prononcer sur leur sort, après la réduction de Montélimar et de Romans qui s'obtint avec autant de facilité. Les commissaires du Parlement de Grenoble étant arrivés sur ces entrefaites, condamnèrent deux ministres, le bailli Marquet et quelques autres à être pendus ; on leur mit uu bâillon pour les empêcher de parler, car ces hommes énergiques voulaient confesser leur foi jusqu'au pied de la potence, Tavannes était arrivé pour regarder faire Maugiron.
La tranquillité était rétablie dans le Dauphîné, mais pour peu de temps, et ce fut par la faute du Parlement de Grenoble qui mit littéralement les armes à la main h Montbrun. J'y viendrai un peu plus tard.
Au même moment, il y avait aussi des troubles en Provence. Paul et Antoine Richiend, seigneurs de Mouvans, frères, qui avaient servi avec distinction dans l'armée de Piémont, s'étaient, après la paix, retirés dans leur domaine, près de Gastellane; ils y avaient appelé un ministre protestant et tenaient chez eux un prêche public, en contravention avec les édits. Les vassaux de leurs voisins s'y rendaient assidûment, et ces gentilshommes, excitant le peuple contre les Mouvans, avaient provoqué des rixes dans lesquelles les deux frères avaient toujours eu le dessus. Antoine de Mouvans étant allé à Draguignan, y avait été massacré par la
populace avec des circonstances horribles, dignes de cannibales. On lui avait arraché le cœur et les entrailles et on les avait présentés à des chiens. Ceux-ci ayant refusé cette hideuse nourriture, on les avait assommés en s'écriant que des chiens hérétiques ne méritaient pas un meilleur sort que les hérétiques eux-mêmes. Paul de Mouvans commença par demander justice au Parlement de Grenoble qui répondit en informant contre la personne du mort. Désormais Mouvans avait à se venger des assassins et des prétendus juges. Les députés des soixante églises que la réforme comptait déjà en Provence s'étant assemblés dans les ruines de Mérindol pour entendre Chateauneuf qui revenait de Nantes, de la réunion qu'avait provoquée et présidée La Renaud ie, Mouvans y fut élu capitaine-général des réformés et chargé de fournir à Chateauneuf le nombre de soldats auquel La Renaudie avait fixé le contingent de de la Provence. Il en recruta deux mille de plus qu'il garda pour lui et avec lesquels il tenta vainement de surprendre Aix, Arles et Sisteron. Les catholiques étaient partout sur leurs gardes. Mouvans se mit alors à courir les campagnes, semparant partout de l'orf èvrerie des églises et des couvents, qu'il faisait peser et dont il délivrait des reçus, comme s'il ne s'agissait que d'emprunts remboursables (1). Mais Claude de
(1) Dans une lettre au Roi de Navarre, le 15 juillet 1559, Catherine de Médicis dit que le comte de Sommerive avait
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Savoie, comte de Tende et de Sommerivc, gouverneur et sénéchal de Provence, se mit à le pourchasser avec sa compagnie de trente lances desordonnances et avec quelques troupes d'infanterie que lui avait amenées Antoine Escalins des Aimars, baron de La Gardé. (1) Mouvans, serré de près, s'arrangea habilement pour compenser l'infériorité numérique de ses soldats par l'avantage delà position, lien choisit une à peu près inaccessible dans l'abbaye de Saint-André, située sur le sommet d'une montagne, et d'où il dicta pour ainsi dire ses conditionsau comte de Tende. Le comte se montra très accommodant; il parait que c'est parce qu'il avait les plus grandes difficultés à se ravitailler et que Mouvans avait tant de vivres qu'on ne pouvait espérer le prendre par la famine. A la suite d'une entrevue, Mouvans adhéra à un arrangement qui ne peut être appelé une capitulation. Il licenciait ses soldats qui se
été obligé « de retourner en Provence avec ses forces pour pourvoir aux dégâts que y faisait Mouvans ». Il faut convenir qu'ils étaient justifiés par la mort horrible de son frè re .
^1) Connu sous le nom de capitaine Paulin, fils d'un paysan, né à La Garde (Drôme), vers 1498; général des Galères en 15'ii: destitué et emprisonné en 1547 pour les massacres deCabrières et de. Mérindol ; réintégré en 1551 ; cassé en 1557; réintégré de nouveau en 1566; mort en 1578 .Catherine écrivait à son sujet au ltoi de Navarre, en août 1560 : « Le baron de Lagarde m'a demandé congé pour sen aler. » Je lu y ay dist qu'il allât premièrement vous trouver- » Hamené-le en son bon sanc, car y me fayst pitié. Il est »> désespéré, et nai se qu'il a. » C'était l'effet de sa second q disgrâce qui datait depuis trois ans.
retiraient sans être inquiétés, à l'exception de cinquante qu'il gardait pour sa sûreté. Le libre exercice de sa religion lui était accordé chez lui, pour lui et tous les gens de sa maison. Le comte de Tende et Mouvans avaient déjà tiré chacun de leur côté, quand le baron de La Garde, qui désapprouvait le traité, se mit à la poursuite de Mouvans. Celui-ci, prévenu, lui tendit une embuscade dans laquelle il défit le bourreau de Cabrières et de Mérindol, s'en empara, mais le remit en liberté après l'avoir contraint de lui faire des excuses pour cette trahison. Mais cette leçon ne fut pas perdue pour Mouvans qui, au lieu de s'arrêter chez lui» passa furtivement en Suisse et se réfugia à Genève. On prétend que le duc de Guise lui fit offrir son amitié et sa [protection s'il voulait rentrer en France, mais que Mouvans répondit par un refus dédaigneux.
Dans le Languedoc, les choses n'allaient pas si vite. Le gouvernement de cette province appartenait au connétable qui avait écrit au roi, le 12 avril, que tout y était tranquille. Le 19, François II avait répondu pour en témoigner sa satisfaction : « de l'asseurance que vous me « donnez que en votre gouvernement de Lan- « guedoc, les choses passent en grande tran- « quillité », et à cela les Guises faisaient ajouter, par la bouche du jeune roi, comme une marque de leur perpétuelle intention de se débarrasser de lui : « qui m'a esté grand plaisir
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« et vous sera aussi, mon cousin, grand soula- « gemen^d'aultantquecelacontinuantîComme « par la bonté de Dieu, je le y veoîs acheminer, « vous n aurez plus que faire de vous en trace vailler, et ne gérez iliverty, ni empesché de « donner ordre à voa affaires, i On pourrait croire que cette lettre n'avait pas d'autre objet que de faire comprendre au connétable que ce qu'il avait de mieux à faire était de rester chez lui. D'autant plus qu'à très peu de jours de là, le 26avril, le vicomte de Joyeuse sedéeidait enfin, en contradiction complète avec ce qu'il avait mandé jusqu'alors, d'écrire que le lundi de Pâques. 15 avril, il y avait eu du tumulte a Nîmes, à l'occasion de la Gène que les religionnaires voulaient célébrer publiquement. Trois ministres étaient venus de Genève pendant la Semaine sainte et avaient tellement échauffé les esprits par leurs prédications que les huguenots, augmentés d'un certain nombre d'étrangers, avaient fait une démonstration ci portant harquebuses et plusieurs armes, corselets et piques ». A cette nouvelle, Joyeuse s'était aussitôt transporté à Nîmes : il avait assemblé te présidial pour s'informer des mesures qu'il avait prises; mais y trouvant en majorité « des « si séditieux que j'ay oppinion que leur voie a « eu lieu à l'endroit des mitres », il s'était borné à faire arrêter quelques personnes dont il se réservait le jugement et à faire quitter la ville à cinq cents étrangers que quelques bourgeois
suivirent. « Vous savez, Sire, disait-il en termi- « nant, que je n'ay aucunes forces en ce gou- « vernement. Je n'ay point voulu faire amas «> sans premièrement vous en advertir ». Ce que Joyeuse ne disait pas, c'est que les huguenots avaient envahi l'église de Saint-Etienne, brisé les statues et foulé aux pieds les hosties consacrées. A Annonay, ils étaient si bien les maîtres que le Parlement de Toulouse qui leur avait envoyé le bailli du Vivarais pour les sommer de se disperser, n'avait pas été obéi. A Toulouse même, les esprits n -étaient pas si calmes, à Béziers et à Montpellier non plus. DansleMidi, comme partout, à côté des intransigeants des deux religions, il y avait nombre d'indécis, ce qu'un contemporain caractérise en ces termes : « Un air de réforme, dit-il, dont les pré- « dicaleurs de la nouvelle religion faisaient « voir la nécessité séduisait les uns; la liberté « qu'elle favorisait corrompit les autres, et « dans l'incertitude, ou pour mieux dire l'ignore rance de la religion catholique et de la reli- « gion réformée, où on était, on ne savait à « laquelle des deux on devait s'attacheret quels « pasteurs il fallait suivre» .Quant aux réformés avérés, mais paisibles et qui ne songeaient pas à troubler l'Etat, après les cruautés d'Amboise, Brantôme leur entendait dire : « Hier « nous n'étions pas de la conjuration, et ne « l'eussions pas dit pour tout l'or du monde; « mais aujourd'hui nous le disons pour un écu,
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** et que l'en ire prise était bonne et sainte », Tout cela était menaçant, mais les Guises avaient semé, et ils récoltaient» L'inquiétude les prit. Ils voulurent marquer un temps d'arrêt dans leur politique de combat, et ils consentirent à Tédit de Romorantin.
De Tédit de Bomorantin jusqu'à l'assemblée de Fontainebleau.
Le mal étant donné et connu, le cardinal de Lorraine, je l'ai déjà dit, ne trouvait rien de mieux que d'établir en France l'Inquisition à la manière espagnole. Ce n'était pas une création puisque le tribunal de l'Inquisition avait pour ainsi dire de tout temps existé en France. Les Parlements avaient souvent lutté contre lui, et bien qu'Antoine de Mouchy, surnommé Démocharès, en fut le président sous le titre d'inquisiteur de la Foi, l'Inquisition n'avait plus qu'une existence nominale. L'Espagne avait emprunté cette institution à la France, mais en lui donnant une extension et une autorité qui surpassait la puissance royale. Telle fut l'idée du cardinal de Lorraine et il saisit le Conseil du roi de la question. Le Conseil, qui était à sa dévotion, inclinait dans le même sens, mais il fallait s'assurer de l'assentiment de la reine-mère et du chancelier. Michel de l'Hospital, appuyé par Catherine, fit un coup de maître, et rédigea et fit accepter Tédit de Romo-
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rantin qui réduisait à néant les projets des Guises (1). De là la haine dont le poursuivit le cardinal de Lorraine, et qui se traduisit plus tard par un antagonisme constant et par des altercations très violentes jusque devant Charles IX lui-même
« Hay de plusieurs, pour estre poli tique et tem- « péré plus tôt que passionné w, cet illustre magis- « trat» avec sa grande barbe blanche, son visage « pasle, safaçon grave, qu'on eut dità le voirque « c'estoit un vrai pourtraict de saïiiLHicrosme » « a été, dit Brantôme, le plus grand person- « nage de sa robe qui fut n'y qui sera jamais ». Brantôme a rapporté sur l'HospHtil de curieuses anecdotes, mais aucune biographie ne vaut celle que le chancelier a tracé de lui-même dans son testament en date du 12 mars 1573. Brantôme Ta jugé ainsi puisqu'il a reproduit ce testament tout en entier, en se bornant à l'encadrer de quelques anecdotes qui montrent le chancelier tel qu'il était, c'est-à-dire « sage et « de nature et de pratique, point sévère sinon « que bien à propos, équitable quand il falloit, « non point chagrineux et rébarberatif, ny sé- « paré des douces conversations, entendant les « raisons, ny bizarre, ny fantastique ». Voici
(1) L'Hospital était encore, vers. la fin de mars 1560, auprès de la duchesse de Savoie, dont il était le chancelier. Ce fut là qu'il apprit la mort du chancelier Olivier et sa propre nomination. Partant aussitôt, il arriva à la Cour à la fin d'avril ou au commencement de mai. Ce fut pour ainsi dire au débotté qu'il prépara redit de Romorantin.
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comment, dans ce testatement, l'Hospital retrace sa situation et celle de la reine mère, son alliée, au moment où redit de Romorantin allait être publié : a Alors j'eus affaire à ces perte sonnagesnon moins audacieux que puissans, « voyre qui aymoient mieux ordonner les « choses par violence que par conseil et rai- « son, dont pourroit donner bon tesmoignage « la royne, mère du roy, laquelle fut lors ré- « duicte en tel estât qu'elle fut presque débout- « téede toute l'administration du royaume, à rai- « son de quoy se complaignant souvent à moy « je ne luy pouvois aultre chose proposer de- « vant les yeux que l'authorité de Sa Majesté, « de laquelle, si elle se vouloit dextrement ser- « vir, elle pourroit aysément rabattre et affai- « blir l'ambition et la cupidité de ses adver- « saires ». C'est dans ces conditions, sans crédit, sans autorité, que l'Hospital et Catherine présentèrent et firent accepter redit de Romorantin qui avait la double hardiesse de frappera la fois suri Inquisition etsur les Parlements, d'abolir Tune et d'interdire les questions de religion aux autres. L'Hospital s'y prit habilement pour obtenir l'assentiment des Guises; quant au conseil, il disait blanc et noir avec facilité ; pourvu que les Lorrains eussent parlé, c'était tout. Le chancelier fit valoir l'état de fermention que l'on remarquait, dans le Midi surtout, précurseur d'un mouvement général qui n'attendait qu'un prétexte pour éclater. L'Inquisition dé-
chaînerait la tempête. Il n'y avait, qu'à se rappeler comment l'avaient accueillie des peuples moins susceptibles que les Français. Quand Charles-Quint avait voulu l'établir h Naples, cinquante mille hommes en armes avaient réclamé et obtenu le retrait de l'édit. Plus récemment, encore, à la mort du pape Paul IV, le peuple de Rome s'était soulevé contre les officiers de l'Inquisition, avait brûlé leurs registres, brisé les portes des prisons du Saint-Office et délivré les prisonniers. Avec les Français, il fallait s y prendre autrement et procéder par des voies moins arbitraires. On voulait arriver à venir à bout des réformés, on le pouvait en édictant les mesures suivantes: 1° la connaissance du crime d'hérésie appartiendrait aux tribunaux ecclésiastiques et serait interdite aux séculiers, les évêques seraient les juges et les Parlements ne le seraient plus, l'Inquisition encore bien moins; 2° ceux qui fréquenteraient les conventieules ou assemblées secrètes, déclarés criminels de lèse majesté, seraient justiciables des présidiaux ou tribunaux de première instance, qui, pour ces causes spéciales, jugeraient en dernier ressort et feraient immédiatement exécuter leurs sentences ; 2° une récompense de 500 écus serait attribuée a celui qui dénoncerait une des assemblées secrètes. Telle est la substance de l'édit de Romorantiu qui fut signé dans cette ville dans les derniers jours du mois de mai. François II était à Romo-
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rantin le 25 et il y était encore le 30. Le 29, il y signa une ordonnance sur les postes, service encore très rudimentaire et qui n'avait été l'objet d'aucune réforme depuis que Louis XI Favait institué par une ordonnance donnée à Lucheux, près Doullens, le 19 juin 146i. Les « chevaucheurs de récurie du roi », ainsi nommait-on les courriers qui ne servaient encore sous François II, comme sous Louis XI, qu'à porter les dépêches et les paquets du roi. C'est à Henri IV, par ordonnance de mars 1597, qu'il devait appartenir d'en faire profiter le public. L'ordonnance de François II se borne à dénombrer les courriers ou « chevaulcheurs » et à fixer uniformément leurs gages à dix livres par mois. Il y en avait 36 de Paris à Bordeaux, 17 de Bordeaux à Saint-Jean-de-Luz, 17 de Blaye à Nantes, 17 de Paris à Boulogne, 24 de Paris à Metz, 18 de Lyon à Marseille, 16 de Bagnols à Thoules (?), 9 de Paris à Péronne.
Ledit de Romoràntin n'était pas encore une œuvre parfaite, mais il fallait plutôt s'attacher à son esprit et en rechercher les conséquences par la manière dont il pouvait être appliqué. Les réformés qui avaient obtenu deux édits d'abolition, sans les avoir réclamés, — le dernier venait d'être rendu à Loches, peu de jours auparavant — tout en trouvant que celui-ci ne renfermait pas les mêmes sévérités que les édits précédemment dirigés contre eux, s'attendaient à une tolérance absolue pour l'exercice de leur
religion. L'article visant les conventicules ou assemblées illicites rendait impossible la célébration de la cène et les prêches. Ils ne se doutaient pas alors do danger auquel l'Hospital venait de les soustraire. D'autre part, le fait de les rendre justiciables des évèques, pour le crhne d'hérésie, et des présidiaux pour les conventicules, équivalait pourtant i leur assurer la presque impunité. Qu'était-ce que la juridiction d evêques ne résidant, pas, pour la plupart, dont les uns suivaient la Cour, dont les autres étaient employés dans de lointaines ambassades ? Qu'était-ce quel'autoriLé des présidiaux, des baillis et des sénéchaux, qui comptaient parmi eux des adeptes du calvinisme et qui seraient pris entre l'autorité qu'où leur confiait et la crainte que l'exercice de cette autorité n'excitât le ressentiment des Parlements dont ils dépendaient et dont ils avaient besoin. Le chancelier protégeait les huguenots, en paraissant les frapper. C'est le vrai caractère de ledit, qui n'échappa pas aux catholiques lesquels s'en plaignirent, sauf les évoques dont la juridiction s'accroissait. Mais les Parlements qui voyaient diminuer la leur ne pouvaient taire leur mécontentement. Le chancelier se présenta pourtant devant le Parlement de Paris le 5 juillet, sous le prétexte de prendre séance en qualité de chancelier de France. Il était accompagné de Charles de Marillac, archevêque de Vienne, de Jean d'Avançon,
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membre du Conseil privé, et de presque tous les maîtres des requêtes. Il s'était fait précéder d'une lettre de jussion, datée du 2juillet, car le Parlement avait laissé passer tout le mois de juin sans témoigner la moindre velléité d'enregistrer l'édit. Selon la tactique habituelle du Parlement, quand il ne procédait pas par voie de remontrances, il opposait la force d'inertie. C'était sa manière de témoigner son mécontentement et son mauvais vouloir.
Dans son discours, qui a été conservé, le chancelier ne parla pas de l'édit, et dans sa réponse le premier président affecta de n'en pas parler davantage. Aussi le chancelier en allant retrouver le roi à Dampierre, put-il lui apprendre qu'il fallait s'attendre à rencontrer une vive résistance. En effet, après le départ de l'Hospital, Le Parlement avaitdécidé qu'il ferait des remontrances. Mais le chancelier n'entendait pas les attendre. De nouvelles lettres de jussion, adressées le 11 juillet, mettaient le Parlement en demeure et ordonnaient à « ses députés » de venir le lendemain « coucher le plus « près de ce lieu qu'ils pourront, afin qu'ils ne « faillent d'être samedi matin à mon lever, pour « leur faire entendre notre vouloir et inten- « tion. » Le président Boullet et le conseiller Jacquelot, députés, allèrent d'abord trouver la reine-mère à Meudon : celle-ci les renvoya au cardinal de Lorraine, qui était avec le roi à Dampierre, mais après leur avoir déclaré qu'il
n'y avait rien à faire que de procéder à l'enregistrement A Dampierre, le cardinal parla de la surexcitation des provinces, de la conflagration générale qui était imminente, et à son tour il les renvoya au roi à qui, en définitive, furent faites les remontrances verbales, L'intraitable orgueil du Parlement eut à subir une nouvelle épreuve. François IL courtois &\ (.-aime, répondit que Ton pouvait mettre par écrit les remontrances et les lui apporter à Fniitninebleau où il ne tarderait pas à se rendre, qu'il les ferait examiner et donnerait ensuite, s'il y avait lieu, une déclaration interprétative de l'édit, mais qu'en attendant, il voulait que l'édit fut enregistré purement et simplement, sans observations ni réserves, Le 16 juillet, l'édit était enregistré « provisoirement et jusqu'à ce qu'autrement en eut été pourvu parle roi. » Le roi avait ordonné aux évêques de résider désormais dans leurs diocèses. Le procureur général au Parlement se hâta de se plaindre que les évoques continuaient de résider à Paris, et le Parlement leur fit signifier par ses huissiers de regagner leurs diocèses. L'affaire se termina par une déclaration datée de Fontainebleau, le 6 août, portant que, par l'édit de Romorantin, le roi n'avait pas entendu ôter aux Parlements la connaissance des assemblées illicites. Il y avait une raison à cette reculade. Elle visait ' principalement les Parlements du Midi, car de nouveau le Midi était en feu, et pour éteindre
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Tincendie le concours des Parlements était indispensable.
Dans le Dauphiné, notamment, la tranquillité n'avait pas duré longtemps, si tant est qu'elle y eut jamais été complètement rétablie, et on prétend que l'état précaire de cette province ne fut pas un des moins bons arguments que le chancelier sut mettre en avant pour faire accepter aux Guises l'édit de Romorantin. Avant que Tédit ne fut publié, les Guises avaient en effet été contraints de porter spécialement leur attention sur le Dauphiné et de prendre à son sujet des mesures exceptionnelles. Dès qu'il fut publié, Montluc, évêque de Valence, avait réuni les Etats dans sa ville épiscopale, les avait exhortés à faire acte d'obéissance au roi et leur avait demandé s'ils voulaient jouir du bénéfice de l'édit de Romorantin: les Etats avaient répondu qu'ils étaient prêts à justifier leurs actions et qu'ils ne voulaient pas de grâce. Puis ils avaient protesté contre la nomination du nouveau lieutenant général au gouvernement du Dauphiné comme attentatoire aux privilèges de la province qui ne pouvait être administrée par des étrangers au pays, exception faite pour le gouverneur, qui était le duc de Guise.
Montbrun était la cause de tout. Charles du Puy, seigneur de Montbrun, dit le Brave, né vers 1530 au château de Montbrun, en Dauphiné, devait être l'un des grands capitaines des guerres de religion. J'aurai l'occasion de rap-
porter plus tard, à leur date, ses actions mémorables, en racontant les- événements auxquels il se trouva mêlé, jusqu'au jour où Henri III, malgré les instances des plus grands seigneurs de tous les partis, le fît décapiter à Grenoble ta 12 août 1575. Montbrun s'était converti an protestantisme. Après avoir servi avec distinction, quoique jeune encore, dans 1rs guerres du Piémont, il était revenu à Mmilbruu ôl y avait installé un prêche où Ton venait de tous les villages d'alentour. J'ai lu quelque part, sans pouvoir me rappeler dans quel historien, que Montbrun employait la force pour faire des prosélytes, mais c'est difficile h croire en reliéchissant à tous les gages de dévouement que le Dauphiné et le Midi donnèrent à la Cause de la réforme. Quoiqu'il en soit, ajourné à comparaître devant le Parlement de Grenoble, il lui fit une réponse dans laquelle les formules d'un refus courtois enveloppaient mal la raillerie, et le Parlement le décréta de prise de corps, en chargeant Marin Bouvet, prévôt des maréchaux .delà province, de s'acquitter de cette difficile mission. Les prévôts des maréchaux, disons-le en passant, étaient des officiers de police dont les fonctions avaient été érigées en titre d'office à la fin du règne de Louis XL Investis de la juridiction militaire, par l'édit de janvier 1514, ils s'étaient vus attribuer, par celui du 3 octobre LVi L la connaissance de tous les méfaits commis sur les routes et des assemblées illicites.